‹ Histoire du Sacrement De BaptemeChapitre 297 sur 445 · LIVRE XVIII. — ICONOGRAPHIE DU BAPTÈME · texte numérisé non relu

LIVRE XVIII. — ICONOGRAPHIE DU BAPTÈME

avec crainte; il tient un vase d’où il verse de l’eau. Autour du Christ, des poissons. »

M. Didron constate dans les représentations orientales un détail que nous ne trouvons pas dans nos contrées. « Il est un fait, légendaire sans doute, dit-il (1), dont ne parle pas le Guide de la peinture, que j'ai vu figurer en Grèce peut-être vingt fois en mosaïque et à fresque, et dont je n’ai pu avoir l'explication, malgré toutes mes recherches et toutes mes questions. Au baptême, Jésus est donc nu au milieu du Jourdain, mais ses pieds posent sur une pierre carrée qui s'élève entre deux eaux, et qui porte le Fils de Dieu. Des quatre angles de cette pierre sortent quatre serpents qui dardent corps, cou et langue vers le Christ, avec une furie très marquée, mais impuissante. Ces vipères sont-elles l'emblème du péché, de la mort spirituelle entrée dans le monde par la désobéissance d'Adam et d'Eve, et que le Christ écraserait sous cette pierre au moment de son baptême ? Le peintre d’Esphigménou, qui avait cependant représenté ce sujet, ne put m’en donner la signification ; il avait reproduit, sans le comprendre, un motif ancien. Dans une petite croix de bois que j’ai rapportée du Mont- Athos, et sur laquelle sont sculptées les différentes scènes de l’histoire du Christianisme, Jésus, baptisé par saint Jean, pose les pieds sur la pierre carrée dont nous parlons. Le défaut de place n’a pas permis d'y mettre les serpents. Dans la coupole du baptistère de Sainte- Laure, au Mont-Athos, le baptême de Jésus est ainsi figuré : Jésus pose les pieds sur un rocher rouge qui est au milieu du fleuve, en plate-forme, à fleur d’eau et duquel, aux quatre coins, un serpent sort le cou, en sifflant et en se dressant vers le Fils de Dieu. Saint Jean met la main droite sur la tête de Jésus. Le Jourdain, sous la forme d’un vieillard tout nu, barbu, ayant la couleur de l’eau, se sauve en regardant Jésus avec effroi. Le Jourdain est à la droite du Christ; à sa gauche est la Mer, c’est-à-dire une femme qui a la couleur glauque des flots. La Mer est nue; elle porte une couronne de couleur verdâtre, et elle est assise entre deux gros poissons rouges, deux monstres marins, qui la traînent comme deux chevaux, et qui l’'emmènent hors de la présence de Jésus. Pourquoi donc, en face du Christ, cet effroi de la Mer, des fleuves (figurés par le Jourdain), et de la terre, que représentent probablement les serpents et le bloc de marbre rouge sur lequel Jésus est posé ? Pourquoi étendre à la nature entière ce que

(x) Manuel d’'iconographie chrétienne, p. 164. CHE 34

David ne dit que du Jourdain ? Et pourquoi, d’ailleurs, le Jourdain s’effraye-t-il de la sorte ? »

Nous croyons que l'artiste aura voulu traduire ici ce passage du cantique de l'exode : Mare vidit et fugit ; Jordanus conversus est retrorsum (psaume CXIIT). Mais il faut convenir que c’est là une bien mauvaise application des paroles du Psalmiste à la scène baptismale; car si l’on fait du Jourdain une personnification intelligente, bien loin de fuir le Sauveur, il doit le bénir d’avoir sanctifié

ses eaux.

Rome. — M. de Rossi considère comme remontant au u° siècle une fresque du cimetière de Prétextat représentant selon lui le couronnement d’épines. Le Père Garucci y voit le baptême du Christ. Les roseaux que semblent tenir deux personnages favorisent la première opinion; la seconde s'appuie surtout sur la présence d’une colombe (voir Perret, t. I, pl. xxx, et Martigny, 2° éd., p. 582); l’un et l’autre EE sont tout à fait Ent pour cette époque.

Au-dessus de la porte d’une des cryptes de Lucine, une fresque presque effacée représente aussi le baptême du Sauveur. Saint Jean, posé sur un tertre, donne la main à Jésus pour l’aider à sortir de l’eau. Au-dessus, une colombe qui ne plane point, tient un rameau d’olivier dans son bec.

Rien n’était plus clair pour un chrétien, tandis que ce n’était là qu'une scène insignifiante pour

Baptême de Notre-Seigneur. = Crypte de Lucine,

ceux qui n’étaient pas initiés.

Dans le baptistère de Pontien, une peinture du vn° ou vrr° siècle nous montre saint Jean, debout sur un tertre, vêtu d’une peau de bête et portant le pedum ; il pose la main sur la tête du Christ, entièrement nu; nimbé et plongé dans l'eau jusqu'à mi-corps. Un ange ailé et himbé tient les vêtements du Sauveur; près de lui, un cerf va se désal« térer dans les eaux du Jourdain. Au-dessous de cette représentation, on voit une croix gemmée et fleuronnée dont le pied baigne dans la vasque, pour montrer que c’est la Passion de Jésus-Christ qui a communiqué à l’eau la vertu d'effacer le péché originel.

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