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DES LIEUX DU BAPTÈME

Dans le cours des premiers siècles, on baptisait partout-où il y avait de l’eau, dans les fleuves, dans les rivières, dans les lacs, dans les étangs, dans la mer, dans les fontaines, et, quand la nécessité l’exigeait, dans les catacombes, dans les prisons, dans les maisons particulières. Lorsque le Christianisme eut conquis une existence officielle, il s’empressa d’ériger des temples spéciaux destinés au baptême ; plus tard, quand l'administration solennelle du sacrement ne fut plus réservée aux évêques seuls, il fallut multiplier les églises baptismales, et un temps vint où des fonts furent placés dans presque toutes les églises paroissiales. Les cinq chapitres qui vont suivre seront consacrés à l'étude de tout ce qui concerne les lieux du baptême, c'est-à-dire, 1° les fleuves et les fontaines ; 2° les baptistères ; 3° les églises baptismales ; 4° les fonts baptismaux ; 5° quelques lieux exceptionnels du baptême, comme les catacombes, les prisons, les maisons particulières et les chapelles privées.

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Fleuves, rivières, cours d'eau, fontaines, mer, étangs

L'exemple de Notre-Seigneur baptisé dans le Jourdain dut naturellement faire choisir les fleuves pour les premiers lieux du baptême ; rien, d’ailleurs, ne pouvait être plus favorable que ces vastes cours d’eau pour les immersions des foules qui se convertissaient au Christianisme. Mais, comme il n'y a point partout de rivières, les écrivains des premiers siècles (1) ont eu soin de faire remarquer que la mer, les lacs, les étangs, les fontaines sont également propres aux immersions baptismales.

Ces ablutions fluviales disparurent dans les contrées où furent érigés des baptistères ; maïs elles restèrent en usage dans les pays idolâtres où s’accomplirent, à diverses époques, de nombreuses conversions : les églises, encore rares et trop exiguës, n'auraient pu suffire à de si nombreux baptêmes. Ainsi saint Grégoire l’Illuminateur, qui avait érigé une église à Bacauba, près de l’Euphrate, n’en continua pas moins à baptiser dans ce fleuve. Au vir siècle, saint Paulin, évêque d'York, confère le sacrement régénérateur à quelques grands personnages dans les églises en bois qu’il improvisait; mais, quant aux grandes foules, il les baptise dans les rivières de Glen, de Trent, de Swale (2) et surtout dans le Derwent, dont une section a conservé le nom bien significatif de Jourdain (3).

Du vin au xrr° siècle, ce n’est plus que fort exceptionnellement et seulement dans les pays de missions qu’on pratiqua l’immersion dans les fleuves. Il arriva parfois que les peuples barbares du Nord, convertis un peu rapidement et comprenant mal les effets du baptème,

(x) Justin, ZI Apol.; Clément, Recognit., 1. IV, c. xxxn ; Victor Ier, Epist, ad Theoph.; Tertullien, De Bapi., 1v. 2

(2) Bède, Hist. angl., 1. IT, c. xrv et xvr.

(3) Times, n° du 17 mars 1865.

considéraient comme souillé l’endroit de la rivière où avaient eu lieu les immersions (1).

On comprend que l'ampleur des fleuves n’ait guère permis, si ce n’est pour le Jourdain, d’attacher des souvenirs bien précis aux endroits qui furent jadis sanctifiés par l’administration du baptême. Il n’en est pas de même des fontaines; beaucoup de celles qui servirent à cet usage sont restées entourées d’une pieuse vénération.

La plus célèbre assurément est celle de Aïn el Haniïeh, à trois lieues de Thecué, dans ia vallée de Sorec, que les Latins, les Grecs et les Arméniens considèrent comme l'endroit où l’apôtre saint Philippe descendit dans l’eau avec l'Eunuque de la reine d’Éthiopie. Cette fontaine dite de Saïnt-Philippe est abritée par une petite rotonde qui est peut-être antérieure à l'époque byzantine ; près de là on voit les vestiges d’une église et d’un couvent. Cette tradition, qui est loin d’être incontestable, ne saurait se concilier avec un témoignage très précis de saint Jérôme : « Bethsour, dit-il (2), est dans la tribu de Juda ou de Benjamin ; c’est aujourd’hui le village de Bethsorou, situé à vingt milles de Jérusalem, sur la route d’'Hébron, et auprès duquel une fontaine, sortant du pied de la montagne, est absorbée par la terre qui lavait produite. Les Actes des apôtres rapportent que c’est là que l’'Eunuque de la reine de Candace a été baptisé par Philippe. » L’assertion de saint Jérôme se trouve confirmée par le témoignage de l’auteur de l’Zfinératre de Bordeaux à Jérusalem qui écrivait vers Pan 333 (3). M# Mislin (4) croit reconnaitre lemplacement de Bethsour dans des ruines qui se trouvent non loin d’Ascalon, sur la route de Jérusalem à Hébron. C'était, d’après M. de Saulcy (5), le chemin qui jadis conduisait à Gaza, chemin encore très praticable aujourd’hui, tandis que celui qui mène à la fontaine dite de Saint-Philippe ne paraît guère avoir été jamais carrossable. L'emplacement réel du baptême de l’'Eunuque aurait donc été à la fontaine nommée Aïn-ed-Diroueh, et cest aussi l'avis de M. V. Guérin (6) qui ne fait pas remonter au delà des Croisades la tradition erronée qui a cours aujourd’hui.

(1) Kristendoms Saga, p. 9.

(2) De locis hebr., vo Bethsur.

(3) Inde Bethazora millia quatuordecim ubi est fons in quo Philippus Eunuchum baptizavit.

(4) Les Lieux saints, t. II, ch. xxx1v, p. 100.

(5) Voyage en Terre sainte, t. I, p. 163.

(6) Descript. de la Judée, t. II, c. Lxxvi,

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