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LIVRE XI, — DES LIEUX DU BAPTÈME

On montre à Milan la fontaine où le baptême fut administré successivement par saint Barnabé, saint Anathalon et saint Caïus.

Sans sortir des limites de la Normandie, nous pouvons indiquer d'assez nombreuses fontaines, rendez-vous actuels de pèlerinages, que la tradition, souvent confirmée par des documents hagiographiques, considère comme d’anciennes piscines baptismales : telles sont les fontaines de Vaux, près Triel, où saint Nicaise baptisa trois cent dixhuit infidèles ; celle de Saint-Denis-d’Héricourt où baptisait saint Mellon ; la Baignerie de Charles-Mesnil qui se rattache au souvenir de saint Ribert; celle de Saint-Firmin, à Sommesnil, qui perpétue la mémoire du premier évêque d'Amiens, et bien d’autres fontaines paraissant porter le nom du saint qui se serait servi jadis de leurs eaux pour administrer le baptême, comme celles de Saint-Hellier, Saint- Landulphe, Saint-Méen, Saint-Ribert, Saint-Salve, Saint-Samson, Saint-Valery, etc. Il est à remarquer que dans plusieurs des pèlerinages qu'on fait à ces fontaines, comme à Caillouville, à Héricourt, à Sommesnil (Seine-Inférieure), on a coutume d’y baigner les enfants malades et parfois même les adultes. « Ces bains des enfants, dit l’abbé Cochet, ces immersions des hommes, sont un souvenir du baptême antique, administré par les moines-apôtres de ces contrées. La pensée que ces eaux salutaires guérissaient de la lèpre du corps n’est venue à ces peuples que de la foi qui leur enseignait qu’elles effaçaient le péché, la lèpre de l'âme. Aussi voyez quel temps est choisi pour ces immersions populaires, le vendredi saint et le mois de mai, c’est-àdire vers Pâques et la Pentecôte, les deux fêtes baptismales de l’Église dès le temps de Tertullien. »

Parfois des églises furent construites sur l'emplacement même d’une ancienne fontaine baptismale dont on ménageait pieusement la conservation. Ainsi, il y avait jadis dans l’église de Ponts (canton d’Eu), une fontaine dite de Saint-Valery, où, d’après la tradition, le célèbre thaumaturge aurait baptisé les paysans convertis par ses miracles.

Il nous paraît probable qu’il y avait en certains endroits, riches en cours d’eau, des sources exclusivement réservées pour l'immersion des femmes. C’est de là que viendrait cette double appellation de /a fonlaine des hommes, là fontaine des dames, qu’on rencontre à Saint- Vailery-sur-Somme et ailleurs.

Les Annales hagiographiques nous parlent assez fréquemment de sources miraculeuses que font jaillir les saints, alors qu’ils se trouvent dépourvus de l’eau nécessaire à l’administration du sacrement.

On lit dans la vie de saint Omer (1), que cet illustre évêque des Morins achevait la consécration de l'autel de Quernes, quand un envoyé du château vint le prévenir que l'épouse du seigneur de Quernes avait donné le jour à un enfant complètement aveugle. Omer fit porter le nouveau-né aux fonts baptismaux pour le régénérer par l’eau et le Saint-Esprit, dans ce temple même que le père, dans sa pieuse générosité, avait fait élever à la gloire de Dieu. Or il n’y avait point d’eau pour le baptème, car l’église venait seulement d’être consacrée : alors Omer frappe la terre de son bâton pastoral ; aussitôt une source limpide en jaillit, et un large bassin se creuse pour servir à la régénération spirituelle de l'enfant ; elle procura aussi le salut à son corps, car à peine l’eau eut-elle touché la tête du nouveau-né que ses yeux s'ouvrirent, inondés d’une vive lumière. Le P. Malbrancq dit avoir vu dans le cimetière de Quernes cette fontaine miraculeuse, but d’un pèlerinage. De son temps, une sculpture du maître-autel représentait le miracle de la source jaillissante.

Georges Salomon, dans sa biographie flamande de sainte Chrétienne, dit que cette vierge de Dendermonde (Belgique) fut baptisée à Londres, que l’eau ayant manqué au moment de l’ablution, une fontaine miraculeuse jaillit soudain et continua à couler jusqu’à l'apparition des Anabaptistes, époque où la source tarit subitement (2).

On trouve des faits analogues dans les Actes de sainte Anthuse de Séleucie, martyre à Tarse (3), de saint Cartag, évêque de Lismoria en Irlande (4), de saint Julien, martyr à Antioche (5), de saint Loman, évêque d’Athrima en Irlande (6), de sainte Pélagie, vierge et martyre àaMarse (7), etc. Er

Quelquefois les saints ne font point jaillir de source, mais ils en augmentent lémission d’eau. Le prêtre Ananie était conduit vers la mer par sept soldats qui devaient l'y précipiter, quand ceux-ci se convertirent et demandèrent le baptème ; arrivé dans un endroit

(1) Légendaire de Morinie, p. 264.

(2) Gileman, qui écrivait deux siècles auparavant et {dont les Bollandistes ont repro-

duit la notice biographique (26 jul., p. 314), ne mentionne pas ce miracle en parlant du baptême de sainte Chrétienne,

(3) Bolland., 22 aug., Act. S, Anthusiæ, n. 3, (4) Tbid., 14 maïi, 24 vit, S. Carthaci, n. 2. (5) Zbid., 9 janv., p. 587.

(6) Tbid., 17 febr., De S. Lomano, ? 1, n. 5. (7) Tbid., 4 maïi, De S. Pelagia, n. 7.

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