LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME à
SAINT-HonoraT (Ile). — M. Mérimée pense que la chapelle octogone de Saint-Sauveur est un ancien baptistère. Le dôme peu élevé est construit en blocage. Ce monument a été restauré il y à une vingtaine d'années par Mf l’évêque de Fréjus.
SAINT-LéonarD (Haute-Vienne). —. Quelques antiquaires considèrent comme un baptistère un édicule de forme ronde, muni de bas-côtés, avec quatre absidioles orientées aux quatre points cardinaux.
Tours. — Grégoire de Tours nous dit (1) qu'il fit construire un baptistère dédié à saint Jean près de sa cathédrale, et qu’il y plaça des reliques de saint Jean, de saint Serge et de saint Bénigne. Ce baptistère, situé au nord de la basilique Saint-Martin, communiquait avec le préau de la collégiale ; avant les ruines amoncelées par la Révolution, il servait de salle capitulaire.
VALENCE. — En 1866, M. l'architecte Épailly a découvert dans des travaux de nivellement, sur le flanc méridional de la cathédrale, les fondations d’un baptistère du vi* ou vu siècle. C'était un monument en forme de croix grecque, avec un porche et trois absides. On a trouvé en même temps les tuyaux de plomb qui amenaient les eaux, les canaux d'écoulement et des fragments du pavage en mosaïque qui représentait, entre autres sujets, la chute d'Eve, des cerfs altérés buvant aux quatre fleuves, des lions affrontés devant un calice ansé, des corbeaux dont l’un semble vouloir aveugler un lièvre que défend un aigle aux ailes éployées, le Jourdain figuré par des ondulations régnant sur tout le périmètre, et sur le bord desquelles errent des animaux symboliques, le cerf, le lion, le corbeau, l’agneau et le léopard. « Ces sujets, dit le Rapport adressé sur cette découverte à la Société de Statistique de la Drôme (1866), ne sont certainement pas de pure fantaisie. En se rappelant que le corbeau était l'emblème du Judaïsme ou de la Loi morte et charnelle; que le lièvre et l’agneau personnifiaient le Chrétien, probablement avec des qualités différentes; enfin, que l'aigle est pris quelquefois comme l'emblème de la Régénération ou de la Grâce obtenue par le baptème, ne pourrait-on pas dire que ces deux sujets, qui ont entre eux une grande analogie, représentent également l’action salutaire que la grâce obtenue par le baptême opère
(1) Hist, Franc. 1. XX; n°19.
en faveur du Chrétien contre les attaques du Démon, avec cette différence que, chez le Chrétien, la timidité ou la prudence, caractérisée par la nature du lièvre, est seulement défendue, tandis que l’innocence, représentée par un agneau à côté d’une fleur de lis, est mise hors des
atteintes du mal. »
VENASQUE a eu pendant quelque temps des évêques distincts de ceux de Carpentras. M. l’abbé Pougnet (1) décrit ainsi le baptistère de cette antique cité, lequel passait naguère pour être un temple de Diane ou de Vénus: « On entre dans notre baptistère par un porche au nord de l’église principale ou cathédrale, avec Jaquelle il pouvait communiquer ; une fenêtre géminée l’éclaire à l’orient et une autre à l'occident. Ce porche est aujourd’hui transformé en habitation. Je ne sais si c’est à ce porche, ou plutôt au baptistère lui-même, ou encore à quelque crypte qu’appartiennent les peintures antiques ou fresques dont parlent quelques auteurs du siècle dernier ; je les crois à tout jamais perdues, et je n'ose plus espérer de voir retrouver la crypte. Du porche, par une rampe, qui sans doute aura succédé à quelque emmarchement, on descend jusque dans le baptistère en forme de croix dont chacun des bras serait terminé par une abside circulaire : quatre piliers carrés supportent la voûte centrale, d’arêtes à la romaine, trop restaurée pour qu’on puisse justifier de son ancienneté; huit grandes colonnes antiques de granit accompagnent ces piliers et supportent quatre arcs ouvrant les absides ; celles-ci, ornées dans leur pourtour chacune de six colonnes de marbre qui supportent des arcatures, sont voûtées en cul de four. Toutes les colonnes sont antiques à l’exception de six, dont on a dépouillé le monument pour en enrichir le portail occidental de Saint-Siffrein à Carpentras; les bases sont pareillement antiques aussi bien que quelques chapiteaux. Ce sont autant de restes d’édifices romains divers de proportions, ce que rendent sensible les hauteurs et les modules variés des colonnes, dont plusieurs ne correspondent ni aux bases sur lesquelles elles reposent, ni aux chapiteaux qui les surmontent ; quelques colonnes même sont assez courtes pour que l’architecte de l'édifice ait cru devoir les allonger par une pièce de rapport. Les chapiteaux sont barbares pour la plupart, ceux surtout qui sont dus à une restauration moderne. L’abside principale opposée à la porte tourne au nord. La seule fenêtre qui éclaire aujourd’hui ce temple est à lorient. On a restauré le pavé
(1) Rey. des Bibl, paroiss, d'Avignon, 30 juin 1868.