LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME
guéris : c’est ce qui faisait donner à ces fonts le nom de Calice bruyant. On devine que le tuyau en question était tout simplement le conduit d'écoulement de la cuve (1).
TRIESTE. — Baptistère octogone, dédié à saint Jean, placé près du flanc septentrional de la cathédrale, et englobé plus tard dans les agrandissements de l’église.
en (x)
Espagne
Osserum. — Grégoire de Tours raconte (2) que le baptistère d’Ossetum, dans la Bétique, se remplissait miraculeusement d’eau la veille de Pâques. C’est sans doute de ce même baptistère que parle saint Ildefonse (3), comme ayant été témoin de ce prodige. Trois jours avant son accomplissement, une odeur merveilleuse remplissait les alentours. Au moment de l'administration baptismale, les eaux arrivaient si abondantes qu’elles s’élevaient au-dessus du bassin et, sans déborder, agitaient leurs flots bouillonnants. Les fidèles buvaient de cette eau limpide et en emportaient chez eux, sans que le contenu du bassin parût diminuer de volume. Dès la première immersion baptismale, les eaux tumultueuses rentraient dans le calme, et, après le dernier baptême, elles disparaissaient aussi mystérieusement qu’elles étaient arrivées. Théodégisile, roi des Goths, supposant là quelque fraude, scella la porte avec le sceau de l’évêque et posta des gardiens autour du temple. Malgré ces précautions, le miracle se renouvela, et il en fut encore de même l’année suivante. Le Roi, resté incrédule, fit creuser autour de la basilique des fossés de 15 pieds de large et de 25 de profondeur, s’imaginant qu’on trouverait des canaux souterrains par lesquels l’eau serait arrivée si bien à point. Il n’en fut rien. Le Roi, ajoute saint Grégoire, mourut l’année suivante, en punition, sans doute, de sa téméraire et persévérante incrédulité. Quelques circonstances de ce récit sont de nature à nous le rendre suspect, et l’on ne saurait le
(1) Bull. mon., t. II, p. 450.
(2) De glor. Mart., c. xxIv.
(3) De cognit. bapt., c. vr.
concilier avec le fait incontesté que Théodégisile n’a régné en tout qu’un an et sept mois. Il est aussi fort singulier qu’Isidore de Séville n'ait rien dit d'un pareil prodige, lui qui avait vécu dans ces parages ; car Osselum était situé sur les bords du Guadalquivir. Cette ville s'élevait à l'emplacement de Saint-Juan de Alfarache, d’après Ukert, et, selon d’autres, de Castello de la Cuesta.
Sr
Grèce
ConsTANTINOPLE. — L'empereur Justinien, avant l’achèvement de Sainte-Sophie, fit ériger près de cette église patriarcale un baptistère consacré à saint Jean. C'était un édifice circulaire, surmonté d’une coupole dorée. L'Empereur avait exclu l’usage du bois, si ce n’est pour les neuf portes qui furent brülées au rx° siècle, sous le règne de Michel Rangabé qui les fit remplacer par des portes de bronze couvertes de magnifiques ciselures. La seule qui subsiste encore aujourd’hui a été respectée par les Turcs, parce qu’elle n'offre aucune figure d'homme ou d'animal. Ce somptueux baptistère, où se tinrent plusieurs conciles, était appelé, en raison de ses vastes proportions, le Grand Illuminatoire, éya puTioTngrov.
Gonzalez Clavigo (1) décrit ainsi le baptistère de Saint-Georges : « Devant la porte de l’église, en dehors, il y a un bassin pour baptiser, bien grand et bien beau, et, au-dessus, un dôme porté sur huit colonnes de marbre blanc taillé à toutes manières de figures. »
On lit dans la Vie de saint Marcien, prêtre, économe de l’église de Constantinople à la fin du v* siècle, qu’il construisit plusieurs baptistères admirables. L’un d'eux avait cinq portiques comme la piscine probatique, et son toit était revêtu de lames d’or (2).
Moxr-Arkos. — M. Didron (3) s’est trompé en considérant comme de véritables baptistères les fontaines claustrales du Mont-Athos. On ne baptise jamais dans ces solitudes monastiques. Mais il est vrai de
(1) Constantinople en 1403, ap. Revue d'archit., 1841, col. czxt. (2) Bolland., x janv., p. 614.
(3) Ann. arch., t. XXI, p. 80.