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LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME

ARTICLE III

De l'emplacement des fonts

Un certain nombre d’archéologues, croyant qu’on cessa au vrr* siècle de construire des baptistères isolés, pensent que ce fut à cette époque qu'on les transporta pour ainsi dire dans l’intérieur du temple, tantôt en en faisant une espèce de chapelle à gauche de la porte occidentale, où le bassin baptismal conserva sa forme ronde ou octogonale, son dôme et sa colonnade; tantôt en réduisant le transport à la cuve, qu’on plaça ordinairement sous le porche, contre le pignon de l’ouest, en face du bas-côté septentrional. Nous pensons que cette évolution n'est pas aussi ancienne et qu’elle n’eut lieu, du moins en France et en Allemagne, qu'aux vin® et 1xe siècles, après l’abandon des piscines où l’on ne pouvait pas immerger facilement les enfants qu’on baptisait alors environ à l’âge d’un an. Parfois la cuve était placée sous le porche dans l’axe de la nef centrale, et il faut présumer qu’en ce cas c'était un vase mobile, en bois ou en métal, qu'on apportait seulement au moment de la cérémonie, car des fonts fixes en pierre auraient pu gêner l'entrée des fidèles. Ce ne fut guêre qu’au xr° siècle, et même plus tard en Italie, qu’on les plaça communément à l'entrée du bas-côté septentrional ; cela dut contribuer à faire adopter le système des chapelles latérales qui, comme l’on sait, furent toujours fort rares dans l'architecture romane.

Cet emplacement des fonts au nord-ouest, inspiré par la position relative des anciens baptistères, avait les mêmes raisons symboliques. L'Occident est la contrée de l’ombre, des ténèbres, de l'ignorance des choses divines, des œuvres du démon; c’est là que, pour les combattre, la sculpture produit les sujets relatifs à l’enseignement chrétien, et que la liturgie place l'Évangile, les saintes huiles, la chaire de prédication, l'armoire de la réserve eucharistique. Le Nord symbolise les mauvaises passions, le règne du péché; c’est là que se trouvent le plus souvent figurées les scènes de la Chute originelle et le Jugement dernier. Rien n’était donc plus convenable que de placer au nord-ouest ces fonts où le péché est effacé, où la lumière divine dissipe les ténèbres de l’âme.

Cette règle traditionnelle a toujours été maintenue plus ou moins sévèrement par les Conciles et les Rituels. Un concile de Salzbourg ordonne que les fonts de cette cathédrale soient enlevés du milieu de la nef pour être placés du côté gauche. Le Rituel romain de Grégoire XIII veut qu'ils soient toujours situés à gauche, en entrant dans l’église. Saint Charles Borromée dit (1) que pour les établir ailleurs il faut une dispense formelle de l'évêque. Ces mêmes prescriptions sont renouvelées jusque dans les Statuts modernes (2).

Cette règle est observée dans les églises rurales où, à défaut de chapelle, on place les fonts à la gauche du portail, en face du bénitier qui se trouve à la droite des fidèles à leur entrée dans l’église. L'usage primitif se perpétue dans les églises d'Allemagne dont la nef se termine par une abside occidentale. Les fonts qui s’y trouvent constituent une espèce de baptistère uni à l'église, et font pendant à l'autel, ce qui constate leur haute dignité. Il en est ainsi dans les cathédrales de Trèves, de Munster en Wesphalie, à l'église Saint-Georges de Cologne, etc.

On peut constater , surtout en Allemagne, un certain nombre d'exceptions à la loi liturgique dont nous nous occupons : ainsi les cuves baptismales sont placées dans le transept septentrional, à Sainte- Marie-du-Capitole, de Cologne; à l’église des Douze-Apôtres, de la même ville; à la cathédrale d'Amiens; à Saint-Riquier, etc.; dans le latéral gauche, près du chœur, à la cathédrale de Strasbourg ; derrière le chœur, dans les cathédrales de Mayence et de Bâle; du côté méridional, à la cathédrale de Poitiers, à Santa-Maria de Toscanella et dans la plupart des églises des Nestoriens et des Syriens. Il est très probable qu’un certain nombre de ces fonts désorientés ont été transportés, là où ils se trouvent aujourd’hui, à des époques plus ou moins récentes, alors que s’est oblitéré le sentiment des convenances liturgiques. Le moyen âge avait la profonde intelligencé de ces convenances : aussi décorait-il avec une certaine prédilection la chapelle des fonts, laquelle était naturellement placée sous le vocable de saint Jean- Baptiste. La plupart des exceptions qu'on peut citer à cet égard proviennent du changement qui a été fait de l'emplacement primitif des fonts. Ce n’est qu’assez récemment qu’on a dédié quelques chapelles baptismales à l’Immaculée-Conception. M. le comte Grimouard de

(1) Anstr. fabr. eccl., c. xvurr.

(2) Statuls syn. de Lyon, 1827; Satuts de Beauvais, 1858.

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