LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME [O
Saint-Laurent ne se montre pas défavorable à cette innovation « L’Immaculée Conception, dit-il (1), destinée à nous faire sentir le prix de cette pureté baptismale qui nous assimile en quelque sorte à celle même de Marie, en nous lavant des souillures dont elle a été à jamais exempte, peut présenter des droits à la préférence qu'on lui accorde quelquefois. »
Une autre innovation des temps modernes consiste à placer en face de la chapelle baptismale celle des âmes du purgatoire, destinée aux Offices des morts. D'un côté, l'entrée dans la Vie; de l’autre, l'entrée dans l’Éternité. Ce rapprochement ne saurait nous déplaire par cette seule raison qu'il était inconnu au moyen âge, et, si nous le blâmons, c'est parce que, presque toujours en ce cas, la chapelle des fonts est mise à droite, attendu que l'entrée de l’église est de ce côté. Nous devons regretter encore la vulgarité de certaines chapelles où rien ne rappelle leur sublime destination , et l’incurie qui les métamorphose parfois en magasins de débarras, comme aussi l’ignorante négligence de certains architectes modernes qui ne songent point, dans leurs plans, à ménager une place honorable pour les fonts, et qui les
accolent, après coup, contre un mur ou contre un pilier, comme un simple bénitier.
ARTICLE IV
Prescriptions liturgiques relatives aux fonts
Plusieurs anciens Rituels contiennent une oraison spéciale pour la bénédiction des nouveaux fonts (2). Le Pontifical copte en a une pour l’urne baptismale qui serait transférée d’un lieu dans un autre.
Bien que cet usage n'ait jamais été général, l'Eglise a toujours entouré d’une grande vénération ces fonts, qui se trouvent en quelque
(1) Guide de l'Art chrétien. t. 1, p. 174.
(2) Voici celle du Rituel de Bologne imprimé en 1566 : « Benedictio novi baptisterit. Omnipotens sempiterre Deus, baptisterium hoc salutis eterne, celesti visitatione dedicatum, Spiritus tui illustratione sanctifica, ut quoscumque fons iste lavaturus est, trina ablutione purgati omnium delictorum suorum indulgentiam consequantur : Per Christum, etc. »
sorte bénits par l’eau sacrée qu'ils contiennent, et au nom desquels on faisait serment au moyen âge (1). Quand Wallon de Sarton rapporta de Constantinople le chef de saint Jean-Baptiste et qu'il séjourna huit jours à Beaufort (Somme), il ne crut pas pouvoir mieux honorer son précieux trésor qu'en le déposant sur les fonts baptismaux. C'était à un clerc qu'était confiée la garde de la cuve baptismale,et le concile de Prague, en 1355, suspend de son office pour trois mois celui qui, chargé de garder sous clé l’eau baptismale et les saintes huiles, aurait manqué à ce devoir. Il n’est donc pas surprenant que tous les règlements diocésains rangent les fonts parmi les objets que doit surveiller le doyen dans la visite des églises de sa circonscription, et que les Conciles, les Rituels, les Statuts synodaux aient multiplié leurs recommandations relativement à la conservation de l’eau baptismale, à la clôture des fonts, à leur conopée, à leur piscine et à la décoration de leur chapelle.
Les Constitutions de saint Edmond de Cantorbéry défendent de garder plus de sept jours, dans les fonts, l’eau qui a servi à l’immersion d’un enfant : on devait alors la jeter dans le feu ou dans la piscine.
En 1404, le concile de Langres recommande de renouveler souvent l’eau des fonts, de peur qu’elle ne se corrompe. Le concile de Paris, en 1557, demande qu’on y ajoute souvent de la nouvelle eau. Ces renouvellements fréquents n’ont plus été nécessaires ou du moins l'ont été beaucoup moins, quand s’établit le mode d’infusion.
Un grand nombre de Constitutions ecclésiastiques prescrivent tantôt de sceller les fonts à la cire, tantôt de les fermer à clé, propter sortilegia (2). C’est qu'au moyen âge, et encore au xvin* siècle, des gens superstitieux tâchaient de tremper dans l'eau baptismale des linges qu'ils appliquaient ensuite sur les malades qu’ils croyaient devoir être guéris par là, et que les sorciers employaient l’eau bénite dans leurs incantations et leurs maléfices (3). Un autre genre de superstition faisait croire aux Nestoriens que l'eau baptismale et l'huile sainte étaient souillées et devaient être consacrées de nouveau, lorsqu'elles avaient été touchées soit par un laïque, soit par un prêtre non à jeun (4).
(1) Per Deum juro et sacros fontes per Sion et Sinaï montes, falsator est ille. Formula XIV nov. coll. Baluze.)
(2) Constitut. de S. Edmand de Cantorb. (1236); Statuts d'Eudes de Sully; Concile de Compiègne (1329) ; Synode de Soissons (1403) ; Instruct. synod. de Grasse (1672),
(3) M. Grilland, De Sortileg., q. III, n. 15.
(4) Assemani, Bibl. orient., t. III, part. 2, q. XLIV.