LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME
encore aux églises baptismales qui avaient le privilège de posséder des fonts; aux chapelles baptismales et aux fonts baptismaux que les Italiens continuent à appeler batfisterio. Par là même que les baptistères étaient des monuments isolés d’une certaine importance, où s’accomplissaient les rites sacrés du sacrement régénérateur, ils ont été souvent désignés sous le nom de basilique du baptistère (1), temple du baptistère (2), église baptismale (3), salle du baptême (4).
Le mot Baptistère a été employé dans des acceptions tout à fait dif. férentes. Il a signifié :
1° Le baptême lui-même ou son administration ;
2° L'eau qu’on emploie en baptisant (5);
3° La partie du Rituel où sont marquées les cérémonies du baptême. C'est en ce sens que saint Boniface, archevêque de Mayence, dit que l'évêque doit enseigner à ses prêtres le sens des paroles qui sont contenues dans le baptistère (6) ;
4° L'offrande qu’on donnait au prêtre qui avait conféré le baptême (7);
5° Le registre des actes de baptême. Dans le midi de la France, le mot baptistaire s'applique souvent encore aux registres des actes de naissance de la mairie, parce qu’autrefois l’état civil résultait de l’acte religieux (8) ; - |
6° La couverture en étoffe des fonts baptismaux.
Les Arméniens donnent le nom de Baplistère à la fête de l'Épiphanie, qui est principalement pour eux la fête du baptême de Notre- Seigneur.
Les édicules destinés au baptême ont été parfois désignés sous les divers noms que les Grecs et les Romains donnaient aux thermes ou aux bains : xoX/w6n0px (lavoir), mot que les Grecs modernes ont conservé dans le sens de cuve baptismale; Aourpdv (bain), gèn (fontaine), mot usité dans quelques provinces de la Grèce; A/veus, Balneus, Balnea, Columbus, Colymbus, Concha, Fons, Fontes, Gurges, Lavacrum,
(1) Baptisterii basilica ; Ambr., Epist. XX ad Marcell. (2) Templum baptisterii; Greg. Tur., Hist. Fr., 1. I, c. xxxr. (3) Ecclesia baptismalis; Ambr., Epist. XX ad Marcell. Baptismales tituli; Flodoard, ÆEhistRhem.:l: Il) cextx. .
(4) Fortunat, Carm. XII, lib. II.
(5) H. Ménard, Nof. CCCX VII in S. Greg. lib. Sacram. (6) Cf, Car. Magn., Capitul., ann. 780, c. vir. (7) Du Cange, Gloss., voc. Baptisterium.
(8) Jaubert, Gloss, du centre de la France, v° Baptistaire.
Natatorium, Nympheum, Piscina, Tinctorium, etc. Quand ces termes généraux ne sont pas accompagnés d'une épithète qui en précise le sens, comme fous sacer, Layacra divina, Piscina sancta, etc., il faut bien se garder de leur prêter toujours, dans les textes ecclésiologiques, le sens de baptistère ; ils peuvent désigner les bains, jadis annexés aux basiliques primitives et destinés exclusivement à l'usage du clergé, comme ceux que Constantin fit construire près de l’église Saint-Pierre, à Rome, et près de Saint-Victor, à Ravenne.
D'après Bingham (1), le mot #&pai dont se sert Eusèbe dans sa description de l’église d’Antioche, indiquerait un baptistère; William Wall (2) donne le même sens au mot fäux (lieu où l’on monte par des degrés) qu'emploie saint Grégoire de Nazianze dans son vingtième discours. Un terme beaucoup plus incontestable est celui de vyyv (chambre nuptiale), nom mystique que les Valentiniens donnaient au Plérome, et que les Gnostiques appliquaient à leurs baptistères (3).
Les Romains donnaient le nom de Piscina aux baignoires et aux citernes; mais le sens primitif du mot, comme l'indique son étymologie, était celui d’un vivier, d’un réservoir à poissons. On comprend que les Chrétiens durent volontiers s'emparer de ce terme, qui non seulement leur rappelait la piscine probatique de Bethsaide où guérissaient les malades quand l'ange venait en agiter les eaux, maïs, de plus, qui se trouvait si bien en harmonie avec la symbolique de Tertullien, comparant aux poissons ceux qui puisent dans l’eau le principe de la vie spirituelle. Le poisson, comme nous le verrons plus loin, était l'emblème mystérieux du Christ lui-même ; aussi saint Optat de Milève (4) nous dit-il : « C’est du Poisson par excellence, dont la vertu passe aux ondes baptismales, qu'on a nommé piscine les fonts qui nous purifient et nous sauvent. » La piscine proprement dite était le bassin central du baptistère qui, selon l'importance du monument, avait de deux à cinq mètres de diamêtre sur trente à quarante-cinq centimètres de profondeur ; mais, par extension, on donna ce nom aux baptistères eux-mêmes, ainsi qu'aux fonts baptismaux. Aujourd’hui ce terme est réservé pour indiquer l’endroit où va se perdre l’eau qui a servi à
l’administration du baptême : c’est ce que les Grecs modernes appellent Gvrov (sans fond) où xwveurouws (entonnoir).
(1) Ant eccles., t. II, p..252.
(2) History of infant Baptism.
(3) Matter, Hist. crit, du Gnosticisme, t. IL, p. 342. (4) Contra Parmen., 1. III,