LIVRE XI. — DES LIEUX DU BAPTÈME TI
Parfois les baptistères sont désignés par des termes qui spécifient d'une manière plus précise les mystères qui s'y accomplissent, comme Crater vilæ, Oracula, Sacrarium regenerationis, gorioripuov, etc. Le baptistère de Sainte-Sophie à Constantinople, en raison de ses vastes “dimensions, était appelé ueyx guririptov, le grand illuminatoire, ou yes guriotne, le grand illuminateur.
Comme les baptistères étaient la plupart dédiés à saint Jean-Baptiste, on les désigna souvent au moyen âge sous le nom d’Ecclesia sancti Johannis in fonte ou ad fontes, en ajoutant souvent le vocable de Péglise voisine dont ils dépendaient ; mais parfois aussi, c’est le baptistère qui communique son nom à l’église voisine : ainsi, à Rome, San Damaso al fonte Vaticano; à Milan, San Ambrogio al fonte di Santa Tecla. Le baptistère de Constantin a donné aussi son nom de Saint-Jean à la basilique voisine, qui portait d'abord le vocable de Basilique du Sauveur où de Latran.
Les Syriens appelaient leurs baptistères Beth-Maamudito, c’est-àdire maison de baptême. La plupart des Orientaux donnent encore
aujourd’hui le nom de Jourdain soit aux baptistères, soit aux chapelles ARE
ARTICLE. II
Origine, durée et emplacement des Baptistères
Lorsque le baptême solennel fut fixé à la vigilé de Pâques, c'està-dire à une époque-encore froide, il devint plus difficile de recourir à l'immersion dans les rivières. Chaque ville épiscopale n'avait point . dé cours d’eau, et d’ailleurs il n’était point aisé, dans ces baptèmes en plein air, de concilier les règles de la décence avec la dénudation des Catéchumènes. Parfois on eut bien recours aux églises, comme le prouvent les ruines de piscine qu’on a découvertes à Saint-Irénée - de Lyonjiet dans la nef de Saint-Réparat, église construite en ” Afrique à la fin du second siècle. Mais par là même que le baptème ne s’administrait qu’à deux époques solennelles de l’année, les candidats étaient nombreux, et l’espace manquait dans les temples primitifs
N pour y construire de vastes bassins. D'autre part, il edtrété ins convenable de pratiquer les cérémonies de l’exorcisme dans l’intérieur même de l’église ; les grandes basiliques, qui furent rares aux premiers siècles, pouvaient te offrir des annexes qui fussent appropriées aux cérémonies préparatoires. On se trouva amené à recourir aux bains que de riches particuliers possédaient dans leur maison, à ces bassins plus ou moins grands où l’eau tiède parvenait ot par des conduits. Ainsi donc le baptistère a pour type primitif Pafrium et l'exedra des maisons romaines converties en oratoire; nous en retrouvons une des dispositions principales dans les baptistères de Latran, de Ravenne, d'Aix, qui conservaient à ciel ouvert le centre de leur colonnade. Quand le Christianisme aura conquis toute sa liberté d'action et entouré ses rites de pompes solennelles, il pourra exiger des temples spéciaux pour le premier des sacrements et, au vi* siècle, les Pères du cinquième concile général de Constantinople feront un grave reproche à quelques Chrétiens d'avoir érigé un baptistère dans leur maison ; mais jusqu’à la conversion de Constantin, ce devait être là le lieu le plus propice et le plus convenable pour l'administration du baptême.
Parmi les exemples de ce genre, on peut citer la fontaine Paptismale que sainte Praxède et sainte Pudentienne firent disposer près de l’oratoire que leur père, Pudens, avait improvisé dans son domicile, et le baptistère que saint Cyriaque établit dans une maison que lui avait donnée l’empereur Domitien et que le paien Carpasius, par dérision du Christianisme, métamorphosa en bains profanes qui devinrent le théâtre de ses débauches (1). es
On voit par là que, dans les temps de persécution, il n'était plus guère possible d’abriter le secret des mystères dans les intérieurs domestiques ; on se trouvait donc forcé de les accomplir dans les refuges obscurs des Catacombes. Nous en parlerons dans le chapitre consacré aux lieux exceptionnels du baptême.
Après le triomphe de l’Église, on s'empressa de consacrer au baptême des monuments spéciaux, soit en utilisant pour cet usage des temples paiens ou des mausolées, soit en construisant exprès de nouveaux édifices. Ce fut Constantin qui en donna l'exemple en érigeant le baptistère qui porte encore aujourd’hui son nom, près de la basilique de Saint-Jean de Latran. Ces monuments se multiplièrent rapidement
(1) Boll., 16 jan., Act. S. Marcelli, c. 1v, n. 23.