CHAPITRE XI
RÉVOLTE A LA PAROISSE DE SAINT-MICHEL (mAHIM SUPKPIEUr), DANS LE VICARIAT DE BOMBAY.
La paroisse de Saint-Michel, dont nous devons nous occuper maintenant, a été pendant longtemps la plus paisible et la mieux ordonnée de TUe de Bombay.
Étant devenue vacante en Tannée 1850, monseigneur Hartmann en confia la direction au révérend José de Wello, vicaire général de Tévêque Whelan
Peu de temps après cette nomination, les dissen-
^ Ancien vicaire apostolique fie Bombay.
lions commencèrent *. Le curé se brouilla, à propos de la gestion des intérêts pécuniaires de l’église, avec un certain M. Misquitta, qui se trouvait au nombre des administrateurs des biens de la fabrique. Dès lors, deux partis hostiles, acharnés l’un contre l’autre, se formèrent et divisèrent la paroisse. L’un de ces partis, celui de M. Misquitta, se posa en ami dévoué des missionnaires carmes établis dans leMahim supérieur, l’autre, celui du curé Mello, se déclara leur ennemi acharné et demanda leur rappel. — L’exaspération des esprits fut bientôt à son comble. Le curé chercha à faire dépouiller M. Misquitta et sou frère des emplois qu’ils exerçaient dans l’église ; M. Misquitta, de son côté, résolut d’intenter un procès à José de Mello , comme étant coupable de malversations et détenteur de quelques biens appartenant à la fabrique. D’autres causes accidentelles envenimèrent la querelle, monseigneur Hart- ' mann s’interposa et fit de vains efforts pour cal-
* Les suites importantes de raiTaire de Mahim, et la démarche collective des vicaires apostoliques qui en a été la conséquence, nous obligent à la faire connaître avec tous scs détails. Du reste, ce fait si grave est bien loin d'être exceptionnel et isolé : les schismatiques se sont très-souvent rendus coupables» dans les divers vicariats apostoliques, de violences semblables.
mer ces? esprits irrités ; il lança successivement trois monitoires qui n’eurent aucun résultat. Enfin le curé refusa d’admettre ses adversaires à la communion, et leur interdit l’usage de Vopas, costume de cérémonie porté jiar les principaux membres des confréries. Cette conduite irrita le parti de M. Misquitta au delà de toute expression.
Tel était l’état des choses, lorsqu’au commencement du mois de février l’évêque de Macao arriva à Bombay, à l’occasion de la parodie pastorale dont il a été question dans notre avant-dernier chapitre. Nous * savons qu’au moment de la venue de ce prélat le schisme déclinait, et que plusieurs congrégations séparées semblaient disposées à se soumettre au vicaire apostolique, mais que la présence de J. de Matta avait réveillé toutes les mauvaises passions à peine assoupies. Les principaux schismatiques manifestèrent un grand enthousiasme, ainsi que nous avons eu occasion de le dire, et se livrèrent aux plus folles attaques contre les délégués du saint-siège et ses missionnaires. Des gens qui, jusqu’alors, avaient été fidèles au vicaire apostolique furent ébranlés dans leur foi, et commencèrent à le considérer comme un usurpateur ; on pouvait craindre la perte de quel-
ques églises, et il était à prévoir qu’à la suite de la tournée de l’intrus tout le vicariat deviendrait ingouvernable. M . Misquitta et son parti, sincèrement attachés au légitime représentant du successeur de saint Pierre, s’empressèrent de faire des ouvertures au curé et à ses adhérents, afin que l’on s’arrangeât à l’amiable, et que la querelle qui divisait les paroissiens de l’église de Saint-Michel ne devînt pas, dans des circonstances aussi difficiles, une occasion de scandale et de désobéissance. Monseigneur Hartmann, charmé de ces dispositions, qui faisaient espérer une réconciliation prochaine, conjura le curé de s’y prêter, convaincu qu’il dépendait maintenant de lui seul de rétablir la bonne entente et l’harmonie parmi toutes ses ouailles. José de Mello fit de belles promesses à son supérieur, mais les conditions qu’il imposa à ses adversaires étaient inacceptables et furent rejetées.
Le curé avait souillé, alors déjà, son caractère sacerdotal , en allant présenter ses hommages respectueux à J. da Matta pendant sa visite. Les journaux schismatiques lui avaient prodigué l’encens à cette occasion ; — José de Mello chercha à s’eu excuser auprès de monseigneur Hartmann en
assurant que les faits avaient été présentés sous un jour entièrement faux; monseigneur lui ordonna de se laver de l'accusation, et de donner en même temps satisfaction à son supérieur légitime, par une protestation publique contre les articles de gazette où il était question de son entrevue avec l’évêque de Macao ; — José de Mello n’en lit rien.
r.epcndant l’administrateur apostolique continuait à négocier et à faire des efforts pour pacifier la paroisse de Saint-Michel et pour amener les deux partis à une réconciliation. Le prélat éprouvait une profonde angoisse, et ne cessait d’exhorter le curé à remplir fidèlement ses devoirs et à agir dans un esprit de paix et de charité.
Toutes les démarches de monseigneur Hartmann furent inutiles. L’exaspération allait croissant, excitée par ceux qui, à aucun prix, ne voulaient du rétablissement du bon ordre. Les chose.s en vinrent au point que le parti opposé à Misquitta ferma l’église à ses adversaires, le H mars (185î>), et manifesta hautement l’intention de mettre la paroisse sous l’obédience de l’archevêque de Goa. — L’était ce que voulait depuis longtemps José
de Mello. U attisait en secret le feu, tout en feignant un grand désespoir et en protestant de son attachement et de son respect pour son supérieur. Cet homme jouait le rôle de Judas dans toute cette affaire.
Sa duplicité n’échappa pas aux yeux clairvoyants de monseigneur Hartmann, qui chercha encore à l’arrêter au hord de l’abîme, en lui adressant, le 12 mars, un écrit conçu en termes à la fois paternels et sévères, et dans lequel se trouvaient les passages suivants :
« Il est de votre devoir pastoral d’essayer de tous les moyens pour empêcher les mesures que les paroissiens sont au moment de prendre. Vous savez quelle est votre responsabilité devant Dieu et devant l’Église. Souvenez-vous du moment de votre mort et du terrible compte que le prêtre aura à rendre au redoutable Juge
« Quiconque n'obéit pas à l’évêque établi par le saint-siège n’obéit pas à Jésus-Christ lui-même. Il n’y a pas de plus grand crime dans l’Église que le schisme et l’hérésie. Vous pouvez empêcher cette
fatale démarche, et il est de votre devoir absolu de
l’empêcher. Mais, si même cela vous était impossi-
ble , vous ne pourriez vous y associer ; et sub pœna suspensionis ipso facto incurrendœ^ vous seriez obligé d’abandonner vos paroissiens pour rester fidèle- à votre évêque »
Cependant le délégué du saint-siège, tout en étant à peu près convaincu de la perte imminente de l’église de Saint-Michel de Mahim, conservait encore un léger espoir et pensait que sa présence sur les lieux serait peut-être de quelque utilité. En conséquence, Sa (irandeur s'y rendit en voiture fermée, le dimanche 13 mars, disposée à endurer toutes les insultes qui pourraient lui être prodiguées. Revêtue du surplis, de la mosette, et portant la croix pectorale, elle arriva au moment où l'on s'y attendait le moins. — La foule était rassemblée, et on recueillait précisément alors les votes pour le transfert de l'église à la juridiction goanaise. Le prêtre rebelle, Braz Fernandès, dont nous avons parlé déjà, se trouvait au presbytère et attendait la fin de ce conciliabule sacrilège, pour' prendre possession solennelle de l'édifice au nom de l'archevêque de Cîoa et y célébrer le service divin. — Un hasard providentiel voulut que les portes de la nef eussent été rouvertes au
moment même où l'évêque mettait pied à terre. Il
était temps que Sa Grandeur arrivât. Une demiheure plus tard tout était perdu. Ges portes avaient été fermées le jeudi d’auparavant, et elles devaient demeurer closes jusqu’après le vote ; mais le parti scliismatiqiu‘, d<yà sûr de la victoire, les ouvrit avant l(* moment convenu *. Monseigneur Hartmann traversa paisiblement l’assemblée et entra dans l’église sans que personne songe«at à Ten empêcher. L’idée (ju’il pût se présenter en un semblable instant n’était venu à aucun des acteurs de la scène; son arrivée occasionna une sorte de commotion électrique, et, avant que la stupeur générale fût passée, Sa Grandeur se trouvait déjà aux pieds de l’autel. Les fidèles mirent les cloches en branle, en dépit des efforts que tirent les schismatiques pour les en empêcher. Tous ceux qui étaient attachés de cœur à leurs devoirs se groupèrent , pleins de joie , autour de
* Ce parti était cependant le moins nombreux, car, malgré toutes ses intrigues et l'admission au vote de pei'sonncs qui ne savaient ce qu’elles faisaient, il n'avait recueilli que trois cent cinquante bulletins; — le parti de Misquitta, au contraire, qui restait passif, et dont la majorité avait refusé de voter, en comptait quatre cents. Toutefois, comme il arrive si souvent, sans la venue de l’évéque la minorité turbulente l'emportait sur la majorité bien intentionnée, mais manquant d’énergie.
l’évèque; monseigneur Hartmann prit la parole, reprocha leur trahison aux coupables , et leur déclara que, s’il le fallait, il mourrait martyr dans l’église, mais que rien au monde ne l'en ferait sortir. 11 ordonna que le curé. José de Mello, et son vicaire, F. Gabriel de Sylva, chapelain de Sion, comparussent en sa présence. Ces deux hommes vinrent avec une contenance humble et respectueuse ; l’évèque les apostropha en termes sévères. Peu d’instants auparavant, le traître José de Mello avait adressé une lettre d’obédience et de soumission à Marien-Antoine Suarez , lequel se dit vicaii'e général de l’archevêque de Goa dans le Nord. Monseigneur Hartmann n’eut connaissance de ce trait de perfidie que dans l’aprés-midi .
Lorsque le calme fut un peu rétabli, l’évêque voulut exposer le saint sacrement et demanda au curé la (Jef du tabernacle; Jo.sé de Mello fut sommé à trois reprises de la livrer; il prétendit ne point l’avoir, ajoutant que ceux aux mains desquels elle se trouvait refusaient de la donner.
Deux fois dans la journée les schismatiques envahirent l’église, dans l’espoir d’en expulser l'évêque et ses adhérents; la .seconde invasion, qui eut lieu
tt,
dans la soirée., fut très-tiimultueuso, on craignit un moment qu'il n’y eût du sang répandu ; cependant les constables réussiront à faire évacuer les nefs , et peu de temps après les amis de Sa Grandeur revinrent prendre place auprès d’elle.
Mais les schismatiques n’avaient pas perdu leur temps; — la police du lieu, — on est en droit de le supposer d’aprèsla conduite que tint son surintendant, un certain capitaine Bayues, — avait probablement été gagiiée par eux. — Ce capitaine entra dans l’église à dix heures du soir, voulut obliger monseigneur Hartmann à en sortir, et se permit de lui interdire d’y célébrer le service divin. Monseigneur refusa positivement de se retirer, mais tout ce qu’il put obtenir du reste fut une promesse de protection pour sa personne. L’administrateur apostolique lit agir au dehors par .ses amis, en particulier par M. Le Messurier, avocat général, et par le solliciteur épiscopal, M. Dallas, pour demander l’appui du gouvernement, afin d’être maintenu dans ses droits. On lui répondit que l’aflaire devait être portée devant la cour des directeurs de la compagnie des Indes. Huit jours et autant de nuits se passèrent, et, pendant tout ce temps, l’évêque ne put quitter l’église uu seul in-
stanl. Le jour de la Saint-Joseph il célébra, pour la première fois, le sacrifice de la messe, mais sans aucun éclat.
La position du prélat devenait critique ; le plan des schismatiques était de l’enfermer dans l’église comme dans une prison, jusqu’à ce que la mort s’ensuivît, ou de le forcer à leur en faire l’abandon en en sortant, et à leur livrer en même temps une portion considérable du troupeau confié à sa garde. Sa Grandeur pouvait s’attendre à tout de la part de pareils hommes. Voulant être prête à quelque événement que ce fût, elle nomma, le 20 mars, vicaire général, le très-révérend père Michel-Antoine de Saint-Louis de Gonzague, missionnaire carme, curé de l’église cathédrale de Notre-Dame de l’Espérance *; — elle adressa aussi une circulaire aux églises placées sous son obédience pour demander des prières publiques, et elle passa toute la nuit à genoux devant les saints autels. Le 21 , à neuf heures du matin, l’une des portes de l’église, qui était restée fermée depuis le commencement des troubles, fut
* Le R. P. Michel-Antoine a été nommé depuis, par Sa Sainteté, évêque de Mennith et vicaire apostolique de Mangalore. Il a été sacré, le 15 mai 1853, par monseigneur Hartmann.
subitement ouverte, et quelques constables, suivis des principaux meneurs schismatiques, se précipitèrent dans la nef. José de Mello était avec eux ; mais, retenu peut-être par la honte et par un reste de pudeur, il n’entra pas. M. Misquitta, qui n’avait pas quitté monseigneur Hartmann, reprocha énergiquement leur conduite aux constables, et s’éloigna pour faire sur-le-champ le rapport de ce qui se passait à M. (lorfield, chef de la magistrature à Bombay.
(’ependant les schismatiques commencèrent à fermer, avec des clous, toutes les portes de l’eglisc, espérant effrayer par là l’administrateur apostolicpie et le forcer à abandonner la place. Mais Sa Grandeur, prenant un crucifix à la main, s’assit en face de l’autel, avec la résolution calme et tranquille, mais inébranlable, de ne faire aucune concession aux rebelles.
Une seule porte restait encore ouverte; alors Gabriel Diaz, l’administrateur de la fabrique et l’un des plus dévoués amis de José de Mello, s’approchant de monseigneur Hartmann, l’engagea à sortir, afin que l'on pût procéder à la fermeture de cette dernière issue, ajoutant que l’église resterait vacante jusqu’au
moinenl où la cour suprême aurait reconnu à Tuii lies deux partis le droit de la posséder.
L’artifice était grossier; l’évêque n’en fut pas la dupe. Le capitaine Baynes ayant remis les clefs aux schismatiques et ayant autorisé ceux-ci à clouer les portes et à expulser leurs adversaires, rien au monde ne les eût empêché de rentrer dès que la place se serait trouvée vide. La possession était pour monseigneur Hartmann un incontestable avantage; il le comprit et répondit froidement à ses interlocuh’urs : « S’il vous convient de vous retirer, vous en êtes les maîtres; quant à moi, je demeurerai ici. »
Quatre-vingts fidèles environ entouraient le prélat ; lorsqu’on les somma de s’éloigner, ils répondirent à runanimité qu’ils ne quitteraient pas leur évêque.
Alors la dernière porte fut fixée à son tour avec de gros clous. La chaleur était insupportable ; une seule fenêtre, restée entre-bâillée par hasard, donnait un peu d’air ; les prisonniers commençaient à souffrir cruellement de la soif. Quelques personnes charitables leur firent passer de l’eau par la fenêtre, et monseigneur Hartmann profita de CÆtte issue pour envoyer à l’avocat général une lettre contenant le
récit succinct des derniers événements. Mais quelques moments plus tard les schismatiques découvrirent la fenêtre ouverte, et ils se mirent en devoir de la clouer.
Monseigneur Hartmann les conjura de n’en rien faire et d’avoir pitié des prisonniers qui étouffaient ; on ne l’écouta pas ; il s’adressa au constable qui se trouvait présent et le supplia d^intervenir pour l’amour de Dieu et de l’humanité ; le constable répondit que cela ne rentrait pas dans ses attributions. L’évêque et ses adhérents essayèrent enfin d’opposer quelque résistance ; mais les schismatiques étaient en plus grand nombre et avaient l’avantage de la position ; Sa Grandeur reçut une blessure à la main et la fenêtre fut fermée. — Monseigneur s’agenouilla alors devant l’autel, récita quelques prières, donna la bénédiction aux assistants et consomma les espèces consacrées qui se trouvaient encore dans le tabernacle.
La soif des prisonniers augmentait d’heure en heure; ils demandèrent à grands cris qu’on voulût bien leur donner un peu d’eau. Personne ne leur répondit. Mais, au bout d’un certain temps, quelques-uns des meneurs de la rébellion parurent à
l'une des galeries supérieures et proposèrent d'emmener ceux qui voudraient sortir de Téglisc, ajoutant cependant que quiconque s’en irait ne pourrait plus revenir auprès de Tévêque. Aucun des fidèles ne profita de la permission. Un constable était avec , les schismatiques; monseigneur Hartmann lui témoigna le désir de parler au capitaine Baynes, qui parut un moment après. Sa Seigneurie réclama la protection de la police. Le capitaine se borna à lui répondre : « Si quelqu’un vous fait le moindre mal, il sera sévèrement puni. — Et quel plus grand mal pourrait-on me faire, — répliqua doucement l’évê- (jue, — que de m’emprisonner cruellement sans me permettre de respirer, ni me donner une goutte d’eau? » — Mais le capitaine resta impassible ; il ne voulait ou ne pouvait prêter aucun secours aux victimes de cet odieux guet-apens. — Sur ces entrefaites, le docteur Dallas arriva à Mahim et désira voir l’évêque, son client: l’accès de l’église lui fut interdit ; cependant on remit à monseigneur une lettre du docteur. — Ce dernier engageait les captifs à enfoncer une des portes et à se forcer un passage ; mais le prélat ne voulut pas risquer de perdre l’avantage qu’il avait d’être en possession, et comme on
pouvait espérer que la cour suprême prononcerait son juycnient dès le jour suivant (lundi),, il préféra rester enfermé vingt-quatre heures de plus, malgré la privation de nourriture et de boisson. Le docteur Dallas proposa alors un compromis, d’après lequel le presbytère devait être évacué par José de Mello, l’église par l’évêque et ses adhérents, et les deux édifices remis à la garde de la police, jusqu’au moment ou la cour aurait prononcé. La proposition fut repoussée.
Tel était l'état des choses, lorsqu’à l’heure du coucher du soleil M. Corfield, chef de la magistrature de Bombay, arriva inopinément. Personne ne s’était attendu à une aussi prompte intervention ; il n’avait pas perdu un instant , et était accouru aussitôt après avoir été informé de ce qui se passait par le rapport que lui avait adressé M. Misquitta. — Il fut indigné en trouvant les portes et les fenêtres de l’église solidement et hermétiquement fermées ; et, M. Gabriel Diaz , l’administrateur, ayant refusé d’obéir à l’ordre, trois fois répété, de les faire ouvrir, M. Corfield chargea un constable de les enfoncer, ce qui fut exécuté sur-le-champ. Les fidèles se précipitèrent en grand nombre dans la nef,
pour l'éliciter monseigneur Harliiiaiiii de sa délivrance ; chacun voulait lui baiser la main et lui exprimer de la sympathie.
On découvrit aussi que si M. Corlield fût arrivé douze heures plus tard, tout eût été perdu. Les schismatiques espéraient que les amis de l’évèque. mourant de faim et de sojf, le quitteraient à rentrée de la nuit ; et, en eflét, Sa Seigneurie, témoin de leurs souffrances, les avait engagés déjà à se retirer dans leurs maisons pour prendre de la nourriture et du repos. On comptait profiter du moment où elle serait seule pour l’enlever de force et l’emmener. Personne ne sait où les coupables avaient le projet de conduire leur victime, mais déjà ils avaient disposé un palanquin et des porteurs pour faire le coup. On trouva également un feu d’artifice préparé; il devait être tiré avec accompagnement de sérénades et de réjouissances nocturnes, au moment où M. Hartmann aurait disparu, et où, par conséquent, l’église eût été au pouvoir des révoltés.
Ce plan ayant été déjoué , le vicaire apostolique célébra la messe le jour suivant, au milieu d’une immense affluence. M. Corfield ordonna à la police de maintenir Sa Grandeur en possession de l’église
et de la protéger contre de nouveaux actes de rébellion. Monseigneur accomplit, à Saint-Michel de Maliim, les cérémonies du jeudi, du vendredi et du samedi saint, et le dimanche de Pâques il oflicia pontificalement, avec toute la pompe possible; une foule compacte se pressait autour des saints autels pour recevoir sa bénédiction pastorale, et, en cette journée solennelle , un grand nombre des anciens adhérents de José de Mello revinrent à leur supérieur spirituel légitime.