‹ Histoire du schisme portugais dans les IndesChapitre 9 sur 34 · HO · texte numérisé non relu

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l’étal ecclésiastique par un zèle pur et désintéressé et se dévouaient aux missions, sans penser à rançonner les chrétientés, ni à amasser, — comme aujourd’hui, — des héritages convoités par des frères et des sœurs dépourvus de moyens d’existence Toutefois, nous le répétons encore, le clergé séculier et régulier goanais n’a commencé à avoir la haute main dans certaines missions qu’après la suppression d(^ la compagnie de Jésus, et si Gou a fourni à une époque reculée quelques ouvriers distingués , c’est à cela que se bornent ses litres à la reconnaissance des Indiens. 11 y a bien loin de là au nom pompeux A’apôtî'es de r Hindoustan que scs habitants voudraient s’attribuer. Voilà donc la prétention à la paternité spirituelle, si audacieusement émise par les fcîuilles schismatiques, réduite à sa juste valeur.

' I.e vicaire apostolique déjà mentionné, dans une lettre qu'il a l)ien voulu nous adresser, relativement au sujet que nous traitons, nous dit ; « On a vu les parents des prêtres originaires de Oo.i venir trouver ces derniers dans leurs églises respectives, leur prendre les pieds et les conjurer de ne pas se soumettre aux vicaires apostoliques, parce que, outre qu’ils ne pourraient plus rien amasser, le gouvernement de Goa wnfisquait les biens de. ceux (|ui se soumettaient au bref MuUa præclare. — Je n'ai connu que deux prêtres, — ajoute Sa Grandeur, — qui aient préféré être catholiques avant tout. »

Reste la question de l’allachement des peuples pour le clergé indo-portugais. — Nous avons démontré précédemment déjà ‘ que cet attachement n’a jamais existé; — nous aïïirmons maintenant qu’il n’existe pas de nos jours, et nous ajoutons que le mépris dont les prêtres goanais sont le juste objet portera un préjudice irréparable à la religion catholique, s’ils viennent à se répandre davantage et à rester dans les missions.

iMais, nous dira-t-on, si tes Indiens ont de l’antipathie pour les prêtres de tioa, comment se làil-il que ces prêtres soient reçus et conservés dans plusieurs chrétientés, et comment expliquer l’accueil fait à l’évêque de Macao dans ces derniers temps?

Rien n’est plus facile à comprendre pour quiconque connaît l’Inde.

D’abord il e.st essentiel d’établir une distinction entre les chrétiens indigènes purs Indiens et les descendants des Portugais.

Nous n’avons pas à nous occuper de ces derniers; ils sont très-nombreux, surtout dans l’ilc de Rombay, si voisine de (ioa. 11 n’y a pas lieu de s’émerveiller

‘ Voy, ch. V

de ce (ju’à Tallichery, Canamore, Calicul, Cochiii et Colombo, il y ait un certain nombre de chrétiens, accoutumés aux usages, aux chants et aux cérémonies goanaises; enclrtintés de fêter J. da 31atta et attachés aux prêtres de Coa : ils ont la même origine et parlent la même langue qu’eux, ils portent les memes noms et les mêmes costumes.

Ce que nous disions du peu de sympathie pour le clergé de Goa ne s’applique qu’aux Indiens demeurés Indiens quoique convertis ; et, si parmi ceux-ci il est encore des chrétientés soumises aux Goanais, ce fait doit être attribué, non à des sentiments d’attachement ou de reconnaissance, mais à cinq causes que nous allons développer succinctement; ces cinq causes sont :

4" L'ignorance. Les Indiens ne sont ni théologiens ni canonistes. Ils voient les prêtres de Goa célébrer la messe, baptiser, marier et confesser comme les autres; ils en concluent que c’est la même religion. Quand on leur dit que ces prêtres n’ont pas de juridiction, ils ne comprennent pas pourquoi, puisqu’ils montrent leurs patentes. Lorsqu’on uflirme qu'ils ne sont pas soumis au pape, on répond que cependant ils reconnaissent dans le pape le chef suprême de l’Eglise. — Les prêtres de Goa traitent les autres

de propagandistes, et les Indiens ne savent ce qu’est la propagande. — Jadis les prêtres recevaient leur mission de l’archevêque de Goa, aujourd’hui ils viennent encore de Goa. Lorsqu’on assure, que ledit archevêque n’a plus le pouvoir de les envoyer, les Indiens se contentent de dire : « Qu’en savons-nous, nous autres ignorants ? G’est à rarchevcquc à voir ce qu’il peut ou ne peut pas; — ces prêtres sont dans les anciennes églises, où nous avons été baptisés et où nos pères allaient... Quel mal y a-t-il à continuer?... » L’ignorance est ainsi une des causes principales de l’espèce d’attache, produite par l’habitude, que certaines chrétientés conservent encore pour le clergé indo-portugais ; — et les prêtres de Goa ont soin d’entretenir et de cultiver cette ignorance qui leur est si favorable, en publiant les mensonges les plus effrontés contre les bulles papales, et contre les vicaires apostoliques, qui, parce qu’ils ne viennent pas avec le placet de Lisbonne, sont traités par eux de faux pasteurs et d’imposteurs.

2® V esprit d’indépendance et T intérêt. Nous avons eu occasion de dire ‘ que l’esprit généralement bas

* Voy. ch. V.

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el la conduite si souvent ignoble des prêtres goanais avaient détruit les sentiments de respect dont les Indiens étaient animés autrefois envers leurs gourous (prêtres). Il en est résulté que les chrétiens et en particulier les chefs de village se sont habitués à traiter ces prêtres comme leurs égaux, ou plutôt encore comme leurs inférieurs. - — Les chefs en sont venus ainsi à exercer leur autorité sur les biens des églises, à disposer des revenus pour leur commerce, à les prêter à intérêts usuraires, ou à les dilapider sans que le prêtre ose rien dire, pourvu qu’il en ait sa part, car on le chasserait s’il s’avisait de résister. Ces mêmes chefs se posent aussi en despotes vis-à-vis des chrétiens; ils les jugent, les condamnent, les rançonnent, les excommunient ou les réintègrent, à volonté et sans appel, dans la caste ou dans l’église; — leur consentement est nécessaire au prêtre pour acheter, pour vendre, réformer ou construire. Dans bien des chrétientés où les comptes sont entre les mains de ces petits potentats intrigants, on redouterait la juridiction d’un évêque voisin, l’œil vigilant et la surveillance ferme du prêtre européen, car on sait que ce prêtre n’a d’autre crainte que celle de Dieu, et que la menace d’une révolte ne saurait le

faire manquer à ses devoirs on veut donc conserver ceux dont on est sûr et que l’on mène à volonté.

3® Les catéchistes. Il y a, dans le sud surtout, des catéchistes et des pandarams qui , depuis quelques générations, possèdent ces emplois de père en fils et les considèrent comme des bénéfices inamovibles dont on ne pourrait les dépouiller sans violer toutes les lois de la justice. Plusieurs de ces catéchistes exercent une autorité bien plus grande que le prêtre. Leur droit d’ancienneté, leur connaissance de la langue, leurs talents pour la médecine, pour le chant et la poésie, — dont les Indiens sont amateurs passionnés, — leur ont acquis des clientèles nombreuses et dévouées. — Ils usent de leur pouvoir pour favoriser toutes les superstitions, pour conniver aux mariages illégitimes et pour se livrer à toutes sortes de pratiques qui deviennent pour eux autant de sources de revenus. Personne ne se

‘ L’église de Tulucurin est retombée aux mains des schismatiques, parce que les prêtres européens voulaient en examiner les comptes. Dans le Paighat, peu s’en fallut aussi que le clergé du vicariat ne fût renvoyé, parce que les chefs de villages n'avaient plus carte blanche , comme au temps des Goanais.

permet de porter plainte contre eux, et, poussés par les mêmes motifs que les chefs de village dont nous parlions ci-dessus, ils retiennent bon nombre de chrétientés schismatiques loin du giron de l’Église*.

4“ Les disputes et divisions entre castes et familles. Les Indiens sont divisés non-seulement en castes diverses et très-nombreuses, mais encore diaque caste l’est en plusieurs branches ou lignées, qui forment à elles seules des corporations distinctes, surtout en ce qui touche aux* alliances et au droit de manger au même plat.

11 y a de plus, dans le sud, des propriétaires territoriaux et des cultivateurs fermiers.

Os causes , auxquelles s’en joignent une foule d’autres qu’il serait trop long d’énumérer ici, engendrent des querelles, des procès, des divisions, des expulsions de castes, des cabales et des partis, où les plus riches s’attachent les plus pauvres. — Lorsque l’un des chefs, poussé par un motif quelconque , se donne à l’un ou à l’autre des partis re-

‘ A Caronmattnmpatty, dans le Coembatour, il y avait un cathéchiste qui changeait à volonté les prêtres du lieu. A Tanjaour, il s’en trouvait un qui promettait de ramener cinq à six . cents chrétiens, si on voulait lui assurer une bonne paye. — On pourrait citer un bon nombre de faits du même genre.

ligieux, tous ses adhérents le suivent. On a vu ainsi un homme puissant soumettre toute une province au vicaire apostolique , tandis que , dans le Mangalore, un seul individu retenait dans le schisme des milliers de pauvres chrétiens... De meme, souvent la moitié d’un village appelait le prêtre catholique, parce que l’autre moitié était du côté schismatique, et vice versâ... 11 est arrivé que des familles influentes se sont données au schisme , parce qu’on avait permis des mariages auxquels elles s’opposaient injustement. Très-ordinairement les mauvais sujets qui ont reçu quelque réprimande de la part de l’autorité ecclésiastique , ou qui se sont vus dtV bouter de quelque demande inique , appellent le prêtre schismatique, lequel est toujours disposé à se prêter à tout. Ainsi, la chrétienté tamoule, de Madras. a été divisée, et sept cents âmes se sont donnéej5 aux Goanais de San-Thomé , il y a quelques années, parce que l’on avait refusé la sépulture ecclésiastique à un de leurs chefs mort sans sacrements. Un autre chef, touché de la grâce, revint il y a deux ans, et ramena près de six cents personnes; ceux qui restent reviendraient également si leurs chels leur en donnaient l’exemple,-

5' Les serments de fidélité exigés par les Goanais dans les chrétientés dont ils se sont emparés. Les prêtres de Goa font souvent jurer à ceux qu’ils ont attachés au schisme de rester avec eux en enfer ou en paradis ; ce serment sacrilège et ridicule effraye les âmes simples et les empêche de rentrer dans la droite voie. Un vicaire apostolique, récemment revenu en Europe , nous en citait un frappant exemple; voici en quels termes il nous écrivait : « Au Gourg, il y avait de grandes disputes entre les chefs en 1846. L’un d’eux avait exercé toute l’autorité pendant la vie d’un prêtre, son parent ; — voyant que le successeur de ce prêtre lui refusait l’obéissance , il écrivit , plein de dépit , à Goa , et demanda qu’on lui en envoyât un pour lui et cinquante à soixante familles. — Goa en expédia un, donna de l’argent afin de construire une chapelle à ces révoltés , et fournit tout ce qui était nécessaire pour le culte. — Cette chrétienté m’ayant été confiée en 1850 ou 51, je visitai ces pauvres gens l’année dernière. Les principaux chefs schismatiques vinrent me voir. — Parmi les obstacles à la réunion , il y en eut un qui les retint plusieurs jours, et qui empêche encore quelques-uns d’entre

eux de revenir : c’est la crainte de violer le serment de fidélité qu’ils ont fait au prêtre goanais. — On vit ce malheureux prêtre employer même les païens pour empêcher la réunion ; il menaça de se tuer si on le quittait, et je fus obligé de prendre sur ma tête le péché, — s’il y en avait, — de violer cet indigne serment. »

Telles sont les raisons qui attachent encore quelques chrétientés indigènes au clergé de Goa , à ce clergé méprisé des Gentils , qui n’inspire aucune confiance aux chrétiens et qui déshonore la religion aux yeux des protestants anglais. Voilà les causes auxquelles il faut attribuer la réception faite en divers lieux à l’évêque de Macao ; on se tromperait du tout au tout en assignant des motifs, autres que ceux que nous venons d’indiquer, aux ovations dont il a été l’objet; l’admiration, la reconnaissance, 1(1 souvenir d’anciens bienfaits, tous les sentiments nobles et relevés, en un mot, y ont été parliiitemenl étrangers.

Cependant nous le proclamons , le mal est immense, et il menace de ruiner la religion. Ce mal. il faut l’étouffer par de promptes et énergiques mesures ; il faut que le clergé goanais se soumelte aux

évêques nommes par le sainl-siége, ou qu’il quille sur-le-champ les missions.

A présent que nous avons fait voir ce qu’il faut penser des amplifications el des pompeuses narrations des feuilles livrées au schisme , nous pouvons reprendre le fil de notre récil au point où nous l’avons laissé en terminant le précédent chapitre.

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