‹ Histoire du schisme portugais dans les IndesChapitre 12 sur 34 · HO · texte numérisé non relu

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du 29 mors 1 855 ‘ . I^e prûlal y raconle sommaircnruînt l(‘s événcmenlsdont nous avons rendu compte au chapitre précédent, et demande à tous les clercs et lidèh's du vicariat des prières, afin d’obtenir (pie ses soulTran- (^es tournent à la gloire de Dieu et au triomphe de l’église sur le schisme. Il rappelle que , d’après le droit canon et 1a discipline catholique, aucun évêque ne peut exercer d’actes épiscopaux dans la province d’un autre évêque , et que, s’il y fait quelque ordination , il se trouv3 suspendu ipso facto avec tous ceux qu’il a ordonnés. Monseigneur Hartmann conjure ensuite son troupeau, au nom de Jésus-Christ , , de se tenir en garde au retour de l’évêque de Macao, annoncé pour le mois prochain , et il supplie ceux qui se sont séparés de l’autorité légitime de nV parer le scandale en donnant à l’avenir l’exemple de l’union et de la soumission.

Nous avons eu occasion de dire que le vicaire apostolique de Bombay avait adressé déjà une lettre circulaire aux évêques, vicjiires apostoliques des Indes orientales et de l’île de Ceylon , à l’occasion de l’arrivée de J. da Matta dans son vicariat; il

‘ Voy. Pièc(*s jnslilicalin's, u» 17.

leur en écrivit une également après l’attentat de Mahim , pour les informer de ce qui s’était passé, et pour réclamer le secours de leurs prières, de leurs conseils et de leur assistance.

Cette pièce, faisant connaître le résultat delà première lettre écrite par monseigneur Hartmann à ses collègues , et ayant eu pour conséquence une démarche collective des vicaires apostoliqu<!s auprès du saint-siège, nous croyons devoir la transcrire ici in extenso. En voici la traduction.

Lettre-circulaire de Monseigneur Hartmann, administrateur apostolique de Bombay, à ISN. SS. les évêques, vicaires apostoliques des Indes orientales et de l'ile de Ceylon. ^

Vénérables confrères, •

Les tribulations qui sont venues m’accabler de nouveau m’ont empêché d’envoyer plus tôt à Vos Grandeurs cette seconde lettre. L’évêque de Macao, en prolongeant son séjour ici, et en s’arrogeant les fonctions épiscopales, causa une telle commotion dans les îles de Bombay et de Sals(>tte , (jue b s chrétientés, jusqu’alors obéissantes, commencèrent à chanceler. Mais surtout quelques-uns des plus influents du clergé indigène n’ont pas eu honte de travailler à entraîner avec eux leurs chrétienfés dans la juridiction de Goa ; crime d’auLant plus grand, que le clergé n'a jamais eu à se plaindre de moi ; au contraire, il a souvent avoué qu’il se trouvait heureux sous'* mon obédience.

Ln révolte schismatique devait commeucer.»en l’église de • ISi

Saint-Micbcl de Mahim, qui avait alors pour curé Joseph de Mello, ex-vicaire général. Je n’ai rien omis pour empêcher un pareil attentat. Les malveillants, s’étant réunis le dimanche de la Passion, se tenaient renfermés dans le vestibule de l’église, fermée depuis deux jours, afin de recueillii’ les suffrages pour transférer leur église, et accomplir avec éclat ce dessein criminel. Je suis entré dans l’église contre leur attente, j’en ai pris la possession, et j’y suis demeuré jusqu’à ce moment ; car il m’était impossible de préserver autrement du schisme le troupeau confié à mes soins, et de le délivrer des loups ravissants. Vos Grandeurs connaissent sans doute tout ce que j’ai enduré dans cette occasion. Mahim est le champ de bataille entre le catholicisme et le schisme ; l’issue de cette guerre est d’autant plus incertaine, que les schismatiques et les habitants de Goa font de vives instances auprès de la couronne de Portugal pour que l’ évêque de Macao soit nommé à l’archevêché de Goa ; il est d’ailleurs attendu ici sous peu, pour recommencer ses actes ^ schismatiques. Cependant je mets toute ma confiance en Dieu et dans le glorieux archange saint Michel, en priant instamment Vos Grandeurs de vous souvenir de moi dans vos saints sacrifices. Je souifre pour une cause qui est aussi la vôtre et celle de la religion. J’espère donc que le secours de vos prières réunies ne me fera pas défaut. Déjà deux fois le Seigneur est venu à mon aide d'une manière sensible et admirable; deux fois il a déjoué les menées des méchants : ainsi il achèvera son œuvTe, quand l’heure marquée sera venue.

Je fais savoir à Vos Grandeurs que j’ai reçu la réponse à la première épitre, de la part de tous NN. SS. les évêques, quatre exceptés, qui n’auront probablement pas reçu ma lettre ; ce sont : NN. SS. les vicaires apostoliques Je Madras, do Dacca, de Vizagapatam et d’Ava-Pégou. De plus, je n’ai pas écrit au vicaire apostolique d’Agra, par la raison qu’il n’y a jia.s de schismatiques dans son diocèse, ni aux vicaires apostoliques absents ou à leurs suppléants. Or, l’opinion des neuf

évêques dont j’ai reçu la réponse est que tous doivent unir leurs elTorts et adresser, d'un conunun accord, un recours formel au saint-siège, en le priant :

1® Que l’évêque de Macao soit frappé des censures ecclésiastiques, pour son attentat de schisme commis à Colombo et à Bombay.

* Un seul demande seulement la suspension des fonctions épiscopales; les autres sont pour l'excommunication.

2® Que le Concordat et la nomination du nouvel archevêque de Goa soient différés jusqu’à ce que le schisme soit éteint, ou que la couronne de Portugal renonce eâicacement à ses prétentions.

5® Que les prêtres et leurs principaux fauteurs soient déclarés schismatiques formels, à moins qu'ils ne se soumettent aux vicaires apostoliques avant un terme marqué ; ou bien qu'ils se retirent dans le territoire indo-portugais.

* Les déclarer solennellement schismatiques, c'est les excommunier par là même.

4® Aucun des vicaires apostoliques n'est d’avis que la cause soit confiée à trois évêques, ou que (]uelqu’un des vicaires apostoliques soit députe à cet effet auprès du saint-siège.

* Quelques-uns pensent que l’affaire pourrait être traitée avec le saint -siège, au nom de tous, par quelqu’un des vicaires apostoliques résidant maintenant à Rome.

5® Un vote demande que les vicariats apostoliques des Indes soient érigés en hiérarchies, afin d'avancer la cause de la religion par cette concentration des forces.

6° Tous les vicaires apostoliques semblent désirer que je prépare moi-même une lettre au saint-siège, que les autres vicaires apostoliques signeront. C’est pourquoi j’envoie à Vos Grandeurs deux exemplaires de cette lettre adressée au saintsiège, afin que vous en gardiez un pour vous, et que vous daigniez signer l’autre, en y ajoutant vos observations. Celles-ci entreront ensuite dans la rédaction de la lettre qui devra être

présentée au saint-siège, et dans laquelle j’apposerai le nom de chaque prélat, d’après la permission que j'en aurai obtenue par écrit. Si quelque prélat désire que ses observations soient présentées directement au saint-siége, il pourra les consigner sur la feuille ci-jointe, qui sera expédiée à Rome; de cette manière, on satisfera aux vœux de chacun, sans retarder la supplique au saint-siége.

7° Mon opinion est que la lettre destinée au saint-siége soit confiée à Sa Grandeur Beruardin de Sainte-Agnès (1 ) , vicaire apostolique de Mangalore, ainsi qu’au R. P. Ignace, de l’ordre des (iapucins, mon secrétaire, et au R. P. Laurent Pucinelli, de la Compagnie de Jésus, missionnaire apostolique au Haduré, qui résident maintenant à Rome; de manière qu'ils agissent tous les trois de commun accord , et que si quelqu'un d'entre eux venait à être empêché par quelque raison que ce fût, les deux autres (et à défaut d’un d'eux, celui qui resterait seul), ))oursuivcnt l'affaire de la commission au nom de tous. — Voici les motifs sur lesquels se fonde mon opinion. L’archevêque de Cyrra, selon toute probabilité, ne reviendra plus aux Indes. Quant à Sa Grandeur Bernardin de Sainte-Agnès, elle n’a pas besoin de recommandation ; mon secrétaire est connu et trèsbien vu des membres les plus influents de la S. Congrégation et du saint-siége lui-même. Enfin le R. P. Laurent Pucinelli combat le schisme de Goa avec un zèle héroïque; déjà, l’année dernièrei. >1 a adressé au cardinal secrétaire d’État un mémoire vraiment remarquable sur les moyens d'y mettre un terme. Ce mémoire, dont je possède un exemplaire, a été dédié à l'éminentissime cardinal Franzoni, La S. Congrégation, ainsi que le saint-siége, semblent accorder une grande confiance dans cette affaire diflicilc au P. Puciuelli.

t P. s. S .1 Griindcur Uernardin de Sainic- Agnès venanl à ilH-èder à Rome lé <5 février 1855, la S. Congrégalion De propagaada Fidf a mis à sa plan; le R. P. Guillaume Strikiand, de la Coinpafciiie de Jésus, par un déenu d.ité dn 45 mai de l'année courantei

Vos Grandeurs daigneront donc me ri'nvovf'r le plus tôt possible l’incluse munie des signatui es en règles, avec les observations qui leur paraitront utiles ; et elles y joindront une antre lettre par laquelle elles m'autoriseront à signer leurs noms dans la lettre adressée au saint-siège.

Que Dieu accorde à Vos Gi andeurs de longues et d'heureuses années

Donné dans l'église de Saint-Michel, à Mahim. ^

|ti> (II! nomliay, 12 avril (8S3.

Anastase Hartmann, Episc. Administ. Ap.

Les vicaires apostoliques des Indes, accédant à la proposition de monseigneur Hartmann, adressèrent à notre très-saint père le pape la lettre collective suivante :

Lettre des évêques, xdcaircs apostoliques de l'Inde, au trèssainl père le Pape Pie IX, heureusement rêqnant.

Très-saint Père,

Une des affaires les plus épineuses du siège apostolique est, sans contredit, celle qu’il a entreprise avec la c4^ de Portugal pour guérir les blessures faites à l’Église des Indes orientales par l’archevêque de Goa,

Marchant sur les traces de Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, et pour rendre la paix à ces vastes contrées. Votre Sainteté avait transféré à un autre siège Joseph de Sylva y Terrés, archevêque de Goa, en même temps que, dans l'allocution consistoriale du 17 février 1851 , elle condamnait ses actes et donnait de vives esi)érances sur l’heureuse issue des négocia-

lions avec la couronne de Portugal. Quoique celte allocution ne produisît pas tout Teffet qu’on désirait, cependant le schisme de (joa commença dès lors à perdre tous les jours de ses forces et de son audace, et déjà plusieurs chrétientés se disposaient à se soumettre, frappées qu’elles étaient à la vue de la métropole de Goa piivée de son pasteur. C’est pourquoi quelques vicaires apostoliques prièrent avec de plus grandes instances de n’élire personne à l’archevêché de Goa avant l’extinction du schisme, extinction qui n’aurait pas tardé d’avoir lieu d’clle-même. Mais quelle ne fut pas notre douleur quand nous apprîmes que le saint-siège avait approuvé le vicaire capitulaire de Goa, dont l’élection, contraire aux^canons, était tout à fait nulle, et dont l'esprit schismatique et les dispositions hostiles aux vicaires apostoliques ne pouvaient être ignorés de Rome même !

A peine le vicaire actuel de Goa eut-il obtenu l’approbation du saint-siège, que les principaux fauteurs du schisme reprirent courage ; ils adressèrent, sans tarder davantage, à la couronne de Portugal une supplique, pour que l’évêque de Macao vint à Goa remplir les fonctions épiscopales. Ce prélat y consentit d’autant plus volontiers, qu’il connaissait l’approbation donnée par le saint-siège au vicaire capitulaire, ainsi que le décret de la couronne de Portugal et la sanction du nonce apostolique.

L’évêque ÿ Macao vint donê^animé du même esprit que l’archevêque Joseph de Sylva y Torrès. A Colombo, il communiqua avec les schismatiques, conféra le sacrement de confirmation, et exerça les autres fonctions épiscopales. 11 y a plus : arrivé à Bombay, il fit plusieurs ordinations, et, lorsque l’administrateur apostolique le pria de lui montrer les mandats apostoliques, il ne daigna pas même lui. répondre. A Goa, il ordonna plus de deux cents sous-diacres et près de trois cents minorés. Son dessein était, avant de partir pour l’Europe, de visiter, après Pâques, pour la deuxième fois Bombay, où est le cœur du

schisme ; car dans ce vicariat, sur quarante mille chrétiens, à peine la moitié obéit au vicaire apostolique. Mais déjà des suppliques ardentes sont portées à la Couronne de Portugal pour que le susdit évêque de Macao reste à Goa; ces suppliques seront accueillies avec bienveillance, et Goa aura ainsi, contre son attente, un archevêque tout à fait digne de son prédécesseur.

L’arrivée de l'évêque de Macao a déjà causé une violente agitation dans les ilcs de Bombay et de Salsette ; l’audace et la fureur des schismati(iues n'ont pas de mesure; leur rage contre les propagandistes (c'est ainsi qu’ils nomment les vicaires apostoliques et leure missionnaires) passe toutes les bornes ; ils les traitent d'usurpateurs , d'imposteuis , de vo • leurs, de loups; et cela non-seulement dans des discours privés, mais encore dans leur feuille publique Abclha, et même du haut de leur chaire, en présence et sous les yeux du susdit évêque de Macao.' Bombay est sur le point de voir un grand nombre d'églises et de prêtres indigènes passer au schisme. Déjà l'une d’entre elles tombait victime, lorsque l'administrateur apostolique, évêque de Derbe, s’y étant renfermé, se résigna à souffrir les plus indignes traitements, persuadé que c’était le seul moyen de sauver la chrétienté et d'arrèler les progrès du schisme. Comme Votre Sainteté a reçu une exposition exacte de tout ce qui s'est passé à Bombay, nous ne nous y arrêterons pas davantage. Qu'il nous soit permis seulqment d’ajouter que l’archevêque Joseph de Sylva y, Torrès avait, il y a neuf ans, conunencé, lui aussi, à exciter la guerre à Bombay, et que de là elle s’était étendue sur toutes les Indes et dans Geylon. Si Joseph de Sylva y Torrès a agi très-mal, la conduite de l’évêque de Macao est bien plus coupable, non- seulement parce qu’il n’est pas évêque de Goa, mais aussi parce qu’il ose, après la punition du dernier archevêque, entreprendre les mêmes choses qui ont mérité ce châtiment. C’est nonseulement fouler aux pieds les décrets de l’Eglise, c’est encore

cüiuluiiinci'hautciiieiilsu cunduite ctjustifior les actes de Joseph de Sylva y Toi rès. C’est anéantir la dignité du siège apostolique, détruire, le fruit de nos travaux et notre paix, et causer des torts iiTéparables à la cause catholique, au point de faire de la religion un scandale public.

C'est pourquoi nous, vicaires apostoliques, actuellcnieiit résidents dans nos missions qui renferment des schismatiques, ajirès nous être concertés, prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous y déposons cette présente supplication, en la conjurant en Notre-Seigneur :

1“ (Jue l’évèque de Macao soit frappé d’excommunication. La suspension et l’excommunication de ce prélat sont tout à fait urgentes , tant à cause de scs délits que pour donner en sa personne un exemple public. Car, si ce prélat n'est point frappé du glaive de l’excommunication, le schisme triomphe, la cause delà religion est entièrement perdue pour ces contrées, et notre conscience même nous défend d’y rester plus longtemps.

‘2® Qu’on enjoigne aux prêtres, de quelque rang ou dignité que ce soit, de sc soumettre, sous peine d’excommunication, aux vicaires apostoliques avant trois mois, ou bien de sortir de leurs territoires; qu’on déclare, de plus, schismalit|ues formels tous ceux qui s’y opposeraient, ainsi que leurs principaux fauteurs,

ô” Qu’on donne ù cette excommunication et à cette déclaration de la publicité et de la solennité par le moyen d’une allocution consistoriale, et qu’on le fasse en vertu de la plénitude du pouvoir apostolique, afin que les obstinés n’aient pas de sube rfuge , sous prétexte que la publication n’a pas été faite par fe décret de la reine ; enfin, que cette publication soit confiée aux vicaires apostoliques.

i® Que toute négociation relative au concordat et à l’élection de l’archevêque de Goa soit aussitôt iuteiTompue et suspendue, jusqu’à ce que la Couronne de Portugal renonce soleuuellement et efiicacemcnt au droit prétendu de patronage

et qu’elle ordonne au clergé dépendunt de lu juridiction de Goa dans les missions de se soumettre aux vicaires apostoliques, ou bien de rentrer dans le territoire indo-portugais, et qu'elle retire aux délinquants tout honoraire et toute protection.

5® Pour cette affaire si importante, nous déléguons le R. P. Guillaume Strikland, de la compagnie de Jésus; le R. P. Laurent Pucinelli, de la même compagnie, missionnaire apostolique au Maduré; et le R. P. Ignace, de Naples, de l’ordre des capucins, secrétaire de l’évêque de Derbe, afin qu'au nom de nous tous ils sollicitent, de commun accord et de tout leur pouvoir, l’exécution de la présente supplique et des autres lettres concernant le schisme de Goa. Dans le cas où quelqu'un d’entre eux ne pourrait pas remplir cette mission pendant un certain temps, pour quelque cause que ce soit, nous voulons que les deux autres, ou même un seul, accomplissent en entier l'objet de cette commission.

Tousles jours nous répandons devant Dieu d’ardentes prières, afin que dans des temps si difficiles il Vous éclaire de ses lumières, qu’il Vous fortifie par sa grâce, et qu’il Vous accorde une vie longue et heureuse, et que l’Eglise triomphe dans Pie IX, comme elle a triomphé dans Pie VU.

Prosternés aux pieds de Votre Sainteté, nous implorons trèshumblement Votre bénédiction apostolique pour nous, pour notre clergé et pour le troupeau confié à nos soins. •

Suivent les signatures ‘.

La lettre qu’on vient de lire partit pour Rome. Tandis que les vicaires apostoliques prenaient cette mesure énergique, les principaux auteurs de

* Voy. Pièces justificatives, n“ 18. Avis inolivé d. s vicaires apostoliques des Indes, accompagnant leurs signatures.

l’attenlat de Mahini, comprenant qu’aprcs ce qui venait de se passer, il n’y avait plus moyen de dissimuler, s’étaient démasqués complètement dans une lettre adressée au vicomte Falkland , gouverneur de Horabay.

Cette épître portait les signatures des membres du conseil de fabrique de l’église de Saint-Michel;

V c’étaient les suivantes ; G. -F. Dias, administrateur; J.-D. de Mello, fabricien ; José de Ramos, trésorier; J. -Francisco Va%, gardien; André- Avelino Dias, gardien^ et Carlos Andrades, solliciteur. — Ils écrivaient à Sa Seigneurie pour protester contre l’épithète de menteur donnée au digne sieur Gabriel- Francisco Dias, par M. Corfield dans 1e premier moment de légitime indignation que ce dernier avait éprouvé en arrivant à l’église de Saint-Michel. Ces messieurs , on le voit , se montraient susceptibles à l’endroit du point d’honneur, au moment même où ils se déshonoraient publiquement par leur conduite.

On remarquait dans leur lettre le passage suivant : « 11 est de notoriété à Bombay, et Votre Seigneurie ne saurait ignorer, qu’un moine connu sous le nom de Fra Anastasius Hartmann, qui a été consacré évêque de Derbe, en Asie Mineure , et qui se

donne les titres tantôt d'évêque , tantôt d’administrateur de Bombay, a troublé pendant quelques jours la paix de cette paroisse, non-seulement avee impunité, mais, à ce qu’il parait, avec l’assistance active de la police.

« Notre intention n’est pas d’ennuyer Votre Seigneurie à propos de cet homme; notre recours contre lui existe ailleurs. Notre but est de nous plaindre de la manière grossière et violente dont M. Arthur King - Corfield croit pouvoir se comporter, lorsqu’il pense que (*ux auxquels il s’adresse occupent une position modeste... »

Suivent alors de longues récriminations, dans lesquelles le vicaire apostolique est encore désigné incidemment sous le simple nom de Fra Hartmann et traité avec le plus profond mépris. Puis viennent les signatures.

Telle est la manière dont des hommes, <pii se prétendent catholupies, parlent de leur supérieur ecclésiastique légitime *. Nous avons insisté à dessein smr

* également, prodigua l’injure à monseigneur Hart-

mann et aux propagandistes, à propos de l’affaire de Mahim . Les articles qu'elle publia à cette occasion sont un ramassis d’inepties triviales et grossières qui ne peuvent être prises au

celte lettre parce qu’elle fait bien comprendre la misère du schisme de Goa, et qu’elle met à nu tout ce qu’il a de ridicule et d’absurde, ainsi que la contradiction flagrante où se trouvent ses adhérents avec les principes qu’ils prétendent admettre eux-mêmes.

En effet, les schismatiques de Goa font profession de croire avec l’univers catholique « que le saintsiège et le pontife romain ont la primauté sur le monde entier. — que le pape est le vicaire de Jésus- Christ et le successeur du Prince des apôtres, et qu’il a reçu du Seigneur, en la personne de Pierre, le pouvoir de gouverner tout le troupeau et tous les pasteurs.» — Les schismatiques savent, également, qu’il est du devoir de tous les évêques d’agir conformément aux principes ci-dessus énoncés, et qu’à leur consécration, ces évêques prêtent le serment solennel « d’obéir au souverain pontife, d’observer les mandats apostoliques de tout leur pouvoir et de veiller à ce (ju’ils soient observés par tous ceux qui dépendent d’eux. »

sérieuse. Lorsqu’on se permet d’attaquer la base fondamentale de tout ordre, on n'est plus catholique. De semblables sottises se réfutent d’elles-mémes, ce serait perdre son temps que s’en occuper.

La conduite des rebelles est-elle d'accord avec ces maximes dont ils reconnaissent la vérité ? La bulle Milita prœclare, les brefs érigeant les vicariats apostoliques, les lettres défendant à T archevêque de Goa d’exercer aucun acte de juridiction dans ces vicariats, étaient-ils, oui ou non, des mandats émanés du saint-siège? Joseph de Sylva y Torrès et l’évêque de Macao les ont-ils observés de tout leur pouvoir et les ont-ils fait observer par ceux qui dépendent d’eux, — ou les ont-ils foulés aux pieds au grand scandale de l’Inde entière ? Et ceux qui se sont séparés de leur supérieur légitime pour s’associer aux menées de l’archevêque de Goa et de J. da Matta, ontils été, ou n’ont-ils pas été complices du crime dje ces prévaricateurs ?

Les schismatiques de Goa savent également que le pape dirige et gouverne, de droit divin, l’Église universelle et qu'il a reçu, à cet effet, le pouvoir illimité de lier et de délier, et cependant, — au moins en ce qui les touche personnellement, — ils veulent subordonner l’exercice de cè droit à la couronne de Portugal. — Les circonstances sous l’empire desquelles le saint-siège avait fait à cette couronne quelques concessions jugées nécessaires ont com-

plétement changé ; les événements ont forcé impérieusement les souverains pontifes à adopter de nouvelles mesures, — n’importe, on ne reconnaît au pape le droit d’agir, dans ce cas particulier, que sous le bon plaisir de la cour de Lisbonne!

Les schismatiques proclameraient, au besoin, que la reine très-lidèle n’exerce aucune puissance spirituelle dans ses propres Etats, et qu’elle n’a aucun pouvoir temporel dans les contrées appartenant à la Grande-Bretagne, et cependant ils prétendent faire dépendre de cette même reine l’autorité du pape dans les Indes anglaises. En d’autres termes, ils affirment que personne n’est tenu d’obéir, dans ce pays, au vicaire de Jésus-Christ, à moins que Sa Sainteté ne parle par la bouche de la souveraine du Portugal !

La plupart des schismatiques, nés et élevés aux Indes, n’ont aucun rapport quelconque avec dona Maria da Gloria, ils reconnaissent qu’elle n’a nul droit de leur commander, et que les autorités auxquelles ils doivent soumission et respect sont, quant au temporel^ le gouvernement anglais, — quant au spirituel, le saint-siège, et, malgré cela, ils veulent être dépendants de la reine de Portugal et su-

jets à son contrôle pour le choix de leurs évêques !

Est-il possible d'imaginer une plus complète absence de logique, un plus entier aveuglement, et n’est-on pas en droit de supposer qu’il faut qu’en toute cette affaire les meneurs soient sous l’empire de quelque arrière-pensée et de quelques espérances secrètes? — Nous chercherons à pénétrer ce mystère au chapitre prochain.

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