BREF DU SOUVERAIN PONTIFE
A nos vénérables frères, les évêques et vicaires apostoliques et à nos fils bien- aimés, les fidèles des missions des Indes orientales.
PIE IX, PAPE
Vénérables frères et fils bien-aimés, salut et bénédiction apostolique.
Vous savez, vénérables frères, et vous, nos fils bien-aimés, vous n'ignorez pas complètement tout ce que les souverains pontifes, nos prédécesseurs, s’acquittant du devoir de leur apostolat suprême et de la charge qu’ils ont reçue de Dieu en saint Pierre, de garder et de paître le troupeau du Seigneur, ont entrepris depuis longtemps pour relever et fortifier dans ces régions la foi catholique, affaiblie par le malheur des temps. Vous avez d’admirables monuments de cette incessante vigilance du saint-siége dans les lettres apostoliques et les sanctions de ces mêmes prédécesseurs, et surtout de Grégoire XVI, d’heureuse mémoire, qui, quoique d’une manière extraordinaire, comme le demandaient lus circonstances, a cependant suffisamment et pleinement pourvu, et à l’administration de ces pays, et aux nécessités des fidèles, par des vicaires ecclésiastiques apostoliques et des ouvriers évangéliques. Vous savez aussi ce que nous-même, placé par les impénétrables desseins de la divine Providence dans cette chaire du Prince des apôtres, nous avons fait, dans la sollicitude de notre charge, pour continuer cette œuvre, en attendant que les circonstances permettent d’introduire ou de rétablir dans ces contrées la forme et l'institution ordinaires des églises. 11 est arrivé cependant,
ce que l’on pouvait à peine penser, que, pami les catholiques, il s'est trouvé des hommes qui, entraînés par des raisons spécieuses et trop humaines, ont osé s’opposer à ces dispositions salutaires, résister à l’autorité suprême du vicaire de Jésus-Christ sur la terre, et semblent même encore malheureusement s'obstiner dans leur crime. Vous comprenez, vénérables firères et fils bien-aimés, que nous parlons de cette dissidence coupable qui, commencée depuis longtemps dans ces régions par quelques indignes prêtres do Goa, s'étend de plus en plus, au grand détriment spirituel des fidèles, et menace de jour en jour de consommer un schisme honteux. Dès l’origine du mal, comme dans ses progrès et toujours, vous le savez, le saintsiège n’a cesse de donner des preuves de ses lumières, de sa patience et de sa charité, pour rappeler dans le droit chemin, et les prêtres égarés, et ceux des catholiques qui les avaient suivis; et nous-même, désireux d'imiter le zèle et la longanimité de Grégoire XVI, notre prédécesseur, nous nous sommes efforcé, par nos avertissements, nos exhortations, nos instructions, de retirer lesdits prêtres et leurs sectateurs de la voie de la perdition. Mais, vénérables frères, vous savez que tous nos efforts ont été vains ; vous voyez quels dommages la religion éprouve chaque jour de ce côté, et, en pleurant avec nous sur le troupeau de Jésus-Christ, depuis si longtemps divisé et déchiré, vous reconnaissez qu’il est besoin do remèdes plus efhraces. Il nous en coûte de les employer, mais nous y sommes forcé par les derniers actes que viennent de consommer à Ceylon, à Bombay, et ailleurs peut-être, les perturbateurs aidés de l’évêque de Macao ; ces actes, vous les connaissez, et ils ont singulièrement augmenté les douleurs et les chagrins de notre âme. Nous avons appris que le susdit évêque, sans aucun mandat ou permis de notre part, parcourt les régions soumises à la juridiction des vicaires de ce siège apostolique, avec l’aide et à l’instigation des principaux du clergé dissident, et qu’il n’a pas craint d’administrer le sacrement de
ConGrmation et même celui de l'Ordre, sans tenir compte des sanctions canoniques, ni des constitutions apostoliques, soit générales, soit particulières; qu'ajoutant le scandale de sa parole à celui de ses exemples, il trompe les peuples fidèles, les fortifie dans leur erreur et les éloigne de plus en plus de la soumission et de l'obéissance qu’ils doivent à leurs légitimes pasteurs. Dès que ces tristes nouvelles nous furent parvenues, nous avons expédié des lettres à l'évêque de Macao ; nous l’avons averti de l'énormité de sa faute ; nous l’avons exhorté à s’abstenir de semblables actes, et è réparer, autant que possible, le scandale qu’il avait donné. Ayant reçu peu après de nouvelles relations de la mission de Bombay, nous avons cru devoir encore avertir le même évêque, et nous l’avons exhorté de nouveau à songer à son âme et à la réparation qu’il devait faire ; espérant qu’il se rendrait à nos paternels avis, nous l’avons conjuré dans le Seigneur de ne pas nous forcer à user de sévérité et à sévir contre lui dans la rigueur des saints canons. Quoique nous ayons des preuves nombreuses et malheureusement trop convaincantes de l’endurcissement des prêtres mentionnés ci-dessus, cependant, afin de ne point bannir toute espérance de salut pour eux, afin aussi de raffermir, autant que possible, les peuples fidèles contre leurs captieux artifices et de retirer ceux qui marchent sur leurs traces du danger où ils sont de se perdre éternellement, nous pensons devoir tourner vers eux notre sollicitude spéciale. Entre tous ces prêtres, qui, depuis si longtemps, travaillent 5 maintenir et à propager la dissidence et à consommer le schisme, prêtres qui sont dignes évidemment des peines et des censures ecclésiastiques, nous jugeons convenable de signaler nommément les principaux compbccs de l’évêque de Macao, en ce qui a eu lieu dans le vicariat général de Bombay ; ce sont : Marien-Antoine Suarez, qui se dit vicaire général de l'évêque de Goa à Bombay; les prêtres Gabriel de Sylva, Braz Fernandez et Joseph de Mcllo. C’est à eux surtout que nous adressons avec
amour ces avertissenicnts, et nous les exhortons dans le Seigneur à renoncer enfin it une conduite si criminelle, et à songer à leur salut et à celui des autres. Quoiqu’ils n’ignorent pas que, depuis longtemps, ils sont atteints des peines canoniques et des censures ecclésiastiques, cependant nous déclarons de nouveau que, si, dans deux mois, à partir de la publication de nos présentes lettres, ils ne se soumettent pas, ils les ont encourues, et qu’ils doivent être regardés comme suspendus a divinis, comme des schismatiques et retranchés de l’unité catholique, et nous les désignons et dénonçons comme tels aux peuples fidèles. Nous savons bien qu'il y a aussi d’autres prêtres qui également s’efforcent depuis longtemps à favoriser et à consommer le même schisme dans d’autres pays, tels que Madras, Ceylan, Maduréet autres missions ; toutefois, nous nous al)stenons de les condamner et les frapper nommément. Car nous espérons que ces prêtres, ainsi que ceux dont nous venons de parler, prêteront à nos exhortations paternelles une oreille docile, et qu’ils voudront se soumettre, avec les peuples trompés par eux, aux pasteurs légitimes, c’est-à-dire aux vicaires apostoliques du saint-siège, et nous dispenser par là de prendre des moyens plus sévères. De même, quoique après les décrets, les constitutions et les ordonnances du saint-siège, faites depuis si longtemps et à plusieurs reprises, il ne puisse y avoir aucune ombre de doute sur ce qui concerne les pasteurs légitimes des Indes orientales, néanmoins, pour prévenir toute espèce de subterfuge, nous déclarons de nouveau expressément, autant que la chose le demande, que, dans les vicariats apostoliques existants, toute l’autorité et juridiction appartient aux vicaires apostoliques du saint-siège ou aux administrateurs, de manière que, sans leur permission et faculté, il n'est permis à qui que ce soit d’exercer les fonctions sacrées dans ces régions-là, ni d’administrer les sacrements. Rien n’est plus vain que les prétextes inventés et répandus, dit-on, par ces prêtres pour séduire la simplicité des fidèles, à savoir, qu’il y a un
très-grand nombre de choses qui sont établies, non pas par le saint-siège, ni par le souverain pontife, mais seulement par la sainte congrégation de propagande Fidc, à l’insu du souverain pontife et sans son consentement, et que, d’ailleurs, on ne doit pas faire attention à certaines dispositions, par la raison qu’il leur manque le plncel de l’autorité civile. Qu’ils sachent donc que tout ce qui a été statué là-dessus, les souverains pontifes l’ont décrété eux-mêmes de leur propre mouvement, de science certaine, délibérément et de la plénitude de leur pouvoir; qu’ils sachent aussi que, si nos prédécesseurs, de récente mémoire, ou bien nous-même, nous avons décrété quelque chose par la sainte congrégation, tout cela a été décrété et établi, non point à l’insu et sans le consentement des souverains pontifes et du nôtre, mais bien par notre volonté et d’après nos ordres; caria sainte congrégation, tout le monde le sait, ne fait qu’assister le siège apostobque de ses conseils, et exécuter ses mandats et ses ordres. Quant à l’assertion que les droits conférés au siège apostolique par Dieu lui-méme, ainsi que la clef du pouvoir suprême dans l’Église , pouvoir donné par Notrc-Scigneur Jésus-Christ, puisse être restreint, diminué et sujet à la prescription par île bon plaisir et la volonté humaine, c’est un mensonge aussi méprisable qu’il est impie. En vain se glorifierait-il d’appartenir à la communion cathobque, celui qui n’est pas uni au souverain pontife ; qui n’est pas avec lui est contre lui, et, par là, il faut bien qu’il le reconnaisse, il est hors de l’unité; car quiconque ne recueille pas avec nous, celui-là dissipe. Or, nous ne pourrons jamais regarder comme uni à la chaire de Pierre et au pontife romain celui qui s’oppose et refuse d’obéir aux vicaires du saint-siége, préposés par celui-ci au gouvernement des fidèles. Il ne faut pas omettre non plus que les prêtres mentionnés plus haut, nonseulement résistent au pouvoir légitime de l'Église, et par conséquent à l’autorilé divine elle-même, mais que, par cette sorte de dissension, ils empêchent en même temps que les négociations
que nous avons commencées avec notre très-chère fille en Notre-Seigneur, la très-fidèle reine de Portugal, Marie, et avec sôn gouvernement, aient l’issue désirée : ainsi, loin de la servir, comme ils se l’imaginent, ils s’opposent aux vœux de leur reine.
Enfin, c’est à vous aussi, nos bien-aimés fils en J. G., que nous adressons nos paroles, en vous avertissant et vous exhortant avec un grand amour d’éviter soigneusement ceux qui s'efforcent de vous séparer de vos pasteurs, et par là même de notre communion, et de ne souffrir jamais qu’on vous arrache à l’unité, hors de laquelle il n’y a point de salut. Gardez-vous de ceux qui viennent chez vous en habits d’agneau, mais qui ne sont au fond que des loups ravissants. Nous vous annonçons de nouveau que ces prêtres de Goa et autres de ce genre qui vous troublent, n'ont ni juridiction, ni pouvoir ou faculté quelconque d'exercer le saint ministère dans ces régions oh ont été établis nos vicaires apostoliques ; de manière que vous ne pourrez vous unir à eux qu’en exposant le salut de vos âmes, tant qu’ils resteront séparés de ces mêmes prélats. Nous confiant, du reste, en celui qui est l’auteur de la paix et le Dieu de toute consolation, nous espérons que, cette présente lettre ime fois publiée parmi vous, les déviés rentreront dans le chemin de la justice et du salut, et qu’il n’y aura partout qu’un seul bercail . En attendant cette nouvelle, nous donnons très-affectueusement notre bénédiction apostolique à vous, vénérables frères, et à tout ce troupeau bien-aimé qui est confié à vos soins.
Donné à Rome, à Saint-Pierre, le 3 mai, an 1855, de notre pontificat le septième.
Plus PP. IX ^
Dans les derniers jours de mai, les pères Ignace Persico et William Strickland se rendirent de Rome
* D’après les dernières nouvelles reçues de l’Inde, la publication de ce bref a produit déjà d’heureux effets ; plusieurs
en Angleterre pour réclamer en faveur des catholiques auprès du gouvernement et de la cour des directeurs de l’honorable Compagnie des Indes orientales, et pour demander qu’enfin les anciens engagements et les anciennes promesses fussent tenus.
Ces deux missionnaires apostoliques rédigèrent et présentèrent, le 24 juin, un Mémoire duquel ont été tirés les faits que nous avons rapportés au chapitre précédent.
communautés chrétiennes ont ohéi à la voix du souverain pontife. On assure que deux des prêtres désignés dans le bref sont disposés à se soumettre ; mais plusieurs des principaux coupables persistent au contraire dans leur endurcissement ; VAbelha a publié des articles dcsünés à démontrer qu’il est des cas où l’on doit refuser l’obéissance au pape; — J. da Matta, dans une circulaire du 10 juillet, essaye de se justilier en accusant ses adversaires de l’avoir calomnié; il feint de ne pas comprendre la signification et la portée du bref; le gouverneur général des Indes portugaises proteste contre l'Encyclique par une circulaire du 18 juillet: il la déclare attentatoire aux droits de la couronne, et demande qu’on la rejette avec mépris.
Le prétendu évêque élu deCochin, vicaire capitulaire de l’archevêché de Goa , publie une pastorale, dans laquelle il déclare le bref détestable et apocryphe ; il ordonne au clergé de l’archevêché de Goa de le considérer comme non avenu, et de prémunir contre tous les fidèles. — Cette dernière pièce est datée du 21 juillet dernier. (V. Pièces justificatives, n*" 20, 21 et 22.)
Ils concluaient de la manière suivante :
« Résumant tout ce qui a été exposé, nous nous permettons de demander :
« 1° Que le gouvernement reconnaisse la position actuelle des vicaires apostoliques deTInde, de même qu’elle est reconnue dans les colonies anglaises, et qu’ainsi il les mette à même de correspondre officiellement avec lui pour les affaires ecclésiastiques. Nous demandons aussi que le gouvernement reçoive de tous les vicaires apostoliques la liste des prêtres autorisés par eux en qualité de chapelains ou de missionnaires, et que Ton ne reconnaisse en ces qualités et n’accorde de salaires qu’à ceux ainsi autorisés et portés sur la liste officielle des vicaires apostoliques. Nous demandons également qu’on assigne un traitement proportiomié à leur rang aux vicaires apostoliques, au moins à ceux qui ont des stations européennes et des chapelains dans leurs districts.
« 2° Que, dans tous les cas où un chapelain est donné pour un certain nombre de protestants, un chapelain soit donné également pour le même nombre de catholiques ; — et que, pour tout ce qui regarde la paye, les pensions de congé ou de retraite, etc., le gouveincment accorde au chapelain
catholique la moitié de ce qu’il accorde au chapelain de l’Kglise établie. Mais que les frais de voyage soient les mêmes pour les deux *.
3° Que toutes les allocations et assistances données par le gouvernement pour des églises, cimetières, orphelinats, et pour le culte public, soient étendues également, et en proportion de leur nombre, aux protestants et aux catholiques.
« 4“ Que, dans tous les hôpitaux, prisons, établissements militaires ou civils destinés aux Européens protestants et catholiques, les chapelains catholiques aient le meme accès et les mêmes facilités pour l’instruction religieuse de leur troupeau que les chapelains de l’Eglise établie.
5® Que les fonds qui pourront être alloués par le gouvernement pour des établissements d’éducation destinés aux Indiens soient divisés également, en proportion du nombre d’individus appartenant chaque communion, dans les districts où les établissements en question seront formés.
Confiants en la justice de leurs réclamations, etes-
' Les chapelains catholiques, étant célibataires, rivent plus économiquement. Les frais de route ne sont jamais qu’une dépense* personnelle.
pérant qu’on les prendra équitablement en considération, les soussignés, commissaires des vicaires apostoliques de l’Inde, soumettent le document cidessus, qui représente la position actuelle des catholiques romains de l’Inde, à tous ceux qui peuvent être intéressés dans le gouvernement de ce vaste empire.
a Signé : Ignack Persico, missionnaire apostolique et secrétaire du vicaire apostolique; William Stricklasd, missionnaire aposto- i lique et chapelain : commissaires des vicaires apostoliques de l’Inde.
P. S. — Nous croyons devoir rapporter, en terminant la partie historique de ce travail, à titre de simples renseignements et pour faire connaître l’état présent des choses et des esprits, les articles suivants, que l’on a lus, il y a peu de temps, dans plusieurs journaux, et quelques extraits de lettres récemment arrivées des Indes.
« Les correspondances de Lisbonne nous apprennent i|uc le 20 juillet dernier des interpellations ont été faites dans lu Chambre des députés, sur la question du patronat des Indes, qui soulève dans ce moment des difficultés entre le Portugal et le saint-siège. Un des députés d’opinion avancée a proposii
que la Chambre déclarât que certains prêtres de ces contrées, au sujet desquels le saint-père a publié un bref et qu’il a frappés d’excommunication, amieiil bien mérite' de la patrie. Un autre député, d'opinion plus modérée, et qui occupe une position élevée dans le gouvernement, a modifié cette proposition quant au point de droit, se bornant à dire : Qu'en fait ils étaient demeurés fidèles au droit du patronat portugais en Orient, et laissant ainsi à l’écart la partie du &it sur laquelle la condamnation avait pu porter. Cette proposition fut volée et admise.
« L’intcrnonce de Sa Sainteté, après une manifestation qui pouvait donner lieu à des interprétations diverses et devenir un scandale public, si elle n’était aussitôt expliquée, menaça de demander ses passe-ports sur-le-champ. Cette démonstration du représentant pontifical produisit son effet. Dans la Chambre même, le gouvernement ouvrit des conférences avec l’envoyé du saint-siége, dans le but de donner officiellement les explications nécessaires et les déclarations convenables d’obéissance et de respect envers le souverain pontife. Au moment du départ du bateau à vapeur , la note explicative et respectueuse pour le chef de l’Église était, nous dit-on, déjà rédigée ou sur le point de l’être. Comme c’est avec les gouvernements que le saint-siége est en relation, c’est à eux aussi qu’il appartient de remédier aux exagérations des partis qui ne réfléchissent pas à la portée de ce qu’ils font. Les gens de bien faisaient des vœux pour que le saint-père ne vit pas, dans un acte de l'une des deux Chambres l’expression d’un sentiment propre à la nation entière, car celle-ci déplore au contraire une motion aussi inconvenante. Il est à espérer que l’attitude conciliante et ferme de l'intcmoncc aura pour effet d’obtenir du gouvernement des déclarations de respect filial propres à tempérer dans le coeur paternel de Sa Sainteté l’amertume que lui causera cette nouvelle.» {Univers du 6 août 1855.)
— IHÎ) —
• Le journal de Lisltoniu- .1 Maçao du ô I août nous up^torte le texte d’un acte qui lestera dans les fastes de rÉf?lisc couiine un monument de la fui du clergé portugais, de son dévouement au saint-siège et de son eoiirage en présence des partis perse cuteui's dont le Portugal subit aujourd'liiii le joug. Voici la traduction de cette adniiraldc protestation :
l'IlUÎESTATIOX.
c Nous, soussignés, ni le nmipte rendu de la séance de la « Chambre du 20 juillet dernier ; vu les (jualifîcations indignes « appliquées dans celte séance au bref pontifical du 0 mai; vu
I le journal officiel ipii cuiistate qu’on a osé donner le nom de « contre-bref, de cniitrc-bullc à une proposition votée par la 0 Chambre par up|>usition à la bulle du pape; vu les attaipies
II dirigées contre le souverain sacerdoce; vu qu’on prétend « rendre la nation {lortugaise solidaire de cet acte scandaleux ; s vu que dans la Cbambre on a soutenu des doctrines hetéro- « doxes ; qu'on y a loué comme ayant bien mérité do la patrie les « ecclésiastiques auxquels sont adressées les adinonestatioiis « formulées dans le bref en question, et qu'on y a exalté rade « même que le bref condamne: pour la décharge de notre « conscience, pour la satisfaction de la plus éminente et de la « plus nombreuse paitie du clergé portugais, pour l’honneur » de toute ou de presque tonte la nation portugaise, si alta- « thée à l’Église catholique, ouvriers de la vigne du Seigneur « pour qui le zèle est une obligation, nous jugeons que c’est « pour nous un devoir de protester publii|ueinent et solennel- « lement t
Il 1° Contre le manque de respect umm; lequel on a qualifié « le bref du 9 mai ;
(I 'i® (Joiitre la proposition approuvée par la Chauibie, qui « s’esl posée en assemblée ennemie du pouvoir pontifical ;
« 5“ Contre cette assertion calomnieuse que les pensées et N les sentiments, exprimés en cette circonstance, sont les pen- « sées et les sentiments de la nation portugaise;
« 4® Contre cette assertion que le pape ne peut pas refuser « d’admettre dans l’épiscopat les hommes que lui présente le « pouvoir séculier ;
« En un mot, contre toutes les doctrines erronées schisma- « tiques et hétérodoxes formulées dans le cours de cette séance « tristement mémorable ;
K Et, comme fils obéissants de l’Eglise, comme ministres de « l’autel, comme catholiques et Portugais, nous reconnaissons « dans févèque de Rome, vicaire de Jésus-Christ et suprême « pasteur de l’Église, non -seulement la suprématie de dignibi « et d’honneur, mais encore la suprématie de juridiction, et, <1 voulant demeurer à jamais unis au saint-siége, croyant tout « ce que l’Église enseigne et croit, nous protestons que nous « vivons et que nous mourrons dans la foi catholique, aposto- « lique et romaine.
« l.islionnc, le 30 août 185S.
.< Suivent deux colonnes des signatures <innl voici les premières :
« 0 principal Camaka, o [irincipal Coûte Real, o « Monsenhor José Maria da Clkha Gra e a Atiuïde, 0 ex-priorMon da ordem de Sanc- « liagodaEspadaBentü PaesdeSasdeeCastro, ‘ « 0 monsenhor Migiel DA CesHA Gran Athayde
, , , « e Mello, 0 monsenhor AntorioPaes de Sarde
, ^ K Castro. » . , „ ■
« A ia suite Je cotte pièce, le journal A Sàçao publie la dé-
claration que voici :
« Nous, soussignés, rédacteurs et collaborateurs du journal « A IVtiçao, actuellement présents à Lisbonne, jugeant que « noti’e devoir est de suivre et d’imiter un des plus nobles « exemples qui aient été donnés par le clergé portugais d<uis « les temps modernes, en nous unissant à la manifestation et « proteskitiun solennelle que nous venons de publier et qu'a « déjà signée une grande partie des ecclésiastiques du patriar- « cat; soldats de la légitimité religieuse, bien plus encore que « de la légitimité politique, nous adhérons de tout cœur à cetti‘ ( protestation et nous la souscrivons telle qu’elle est dans tou- « tes ses parties.
• Utl)onue, le SI août 185S.
« Manoel Makia iia Sylva Bkusciii, Joao de Lk- « NOS SeIXAS CaSTELLO BrANCO, A^TOMO JliAQI lM t Rireiro Gomks d’Abres , D. JttsE d'Alnada
« E LbISCASTRE, AaTOBIO r.OUTINHO PeREIRA DE « Seabra et Sousa. »
(l’niverxilu 12 septembre 18â3.)
« Le clergé portugais n'est pas seul à protester contre les prétentions anti>catboliques du parlement de Lisbonne. Nous trouvons dans le journal A ISaçuo du 2 septembre la déclaration suivante ;
« Nous, soussignés, ayant lu dans le journal A î^iiçao de ce « jour, une protestation signée par un grand nombre de dignes « ecclésiastiques, contre les doctrines erronées et hétérodoxes « formulées dans la séance de la Chambre des députés du 20 « juillet et contre la manière indigne dont on a prié dans « cette séance du bref pontifical du 9 mai dernier^ nous jn- « geons que notre devoir, comme fils obéissant de l’Eglise ca- « tholiqiic, est <le suivre un exemple si noble et si chrétien et
« d'adhérer à lu protestation susdite, confessant les doctrines •I qui y sont exposées et faisant nôtres les paroles par lesquel- J les y est condamné et flétri le scandale donné ledit jour dans « la Chambre des députés.
« üsbniiue, ce 1**' siopleinlire 1855.
« SuivtMit les noms des signataires, qui remplissent une colonne et qui appartiennent aux fiunilles les plus honorées et les plus illustres du Portugal.
« Dans son numéro du 5 septemhn*, le journal /I .\'açfw publie une nouvelle adhésion ainsi conçue ;
» Nous adhérons à la protestation publiée dans la Naçao du <■ r’’ septembre. »
« Suit nue colonne de signatures d'ecclésiastiques et de
laïipies. »
U Hivers Au 13 septembre 1853.1
Extrait d'une lettre datée de Trichinapoly, du io juillet, adressée par un missionnaire apostolique à un de ses confrères, à Londres.
« Nous venons de recevoir une affligeante nouvelle. Nous avons perdu le procès intenté pour rentrer en possession des églises dont s'étaient emparés les schismatiques ici et à Sarugany. La cour de Madras nous a condamnés sous prétexte que nous aurions dû plaider, non contre les prêtres se disant de lloa, mais contre rarchevêque de Goa qui les avait envoyés.
« Ces tristes détails nous sont arrives peu de temps' après le dernier bref du pape. Déjà monseigneur Canoz avait fait conuaitre cette pièce au malheureux prêtre schismatique .\rokkiauader’, et eu même temps il lui avait adressé une lettrt*
i Cur«* ù Trichinap^ily.
toute paternelle pour l'eihorter à rentrer dans le devoir, à présent qu'il connaissait d’une manière si certaine la volonté du chef de l'Eglise et les censures dont il menace le clergé rebelle, |>ai'ti6an de l’archevêque de Goa. Mais monseigneur n’a reçu au> cunc réponse, et d'ici à [*en de jours, à notre immense regret, et au grand scandale de toute la chrétienté de Trichina|)ol\ , nous verrons le prêtre sacrilège rentrer dans cette église que nous espérions posséder à jamais; et ressusciter le schisme que le bref du Saint-Père devait détruire jusi|u’à la racine.
« Monseigneur Canoz m'a engagé à vous faire connaître notre position, 11 est urgent de chercher è nous délivTer d’Arokkianader ; il nous fait plus de mal que tous les autres et il poun a nous en faire davantage encore à la suite de la victoire qu'il vient de remporter.
* Les circonstances le favorisent. Ainsique vous le savez, la plupart de nos chrétiens sont établis sur le terrain de l'église qu'.\rokkianader a usurpé, ils sont dans sa dépendance, parce qu’il leur a lait des prêts d'argent et que beaucoup d'entre eux n'ont pas payé, depuis longtemps, la redevance qu'ils doivent à l'église, pour avoir bâti sur le sol qui lui appartient.
« Après avoir fait tant de dépenses pour sauver nos pauvres chrétiens, nous les voyons ainsi, exposés do nouveau aux vexations des schismatiques ; à force de roses et de violences, ils les contraindront à s’unir à eux.
« Quand même tous les prêtres goanais retourneraient dans leur pays, il pourrait se foire qu'Arokkianader restât ici, et en possession du presbytère, car il est natif de Pondichéry. Il est excommunié par les vicaires apostoliques de Pondichéry et de Madras, mais que lui importe, la police ne l'inquiète pas !
« Monseigneur désirerait que vous fissiez des démarches afin qu’on eût recours à la force, s’il en est besoin, pour renvoyer cet homme et ceux qui lui ressemblent. Agissez pour le mieux et n'oubliez pas que la question dont il s'agit est une question de ^vie ou de mort. Il semble d’ailleurs qu’aprî^s le dcnii<“i
bref du pape, l’Angleterre devrait adopter des mesures énergiques pour expulser de ses domaiues des bonunes qui y entretiennent le trouble, le désordre et la division...
Extrait d'une lettre postérieure, datée également de Trichinapoly, et adressée par le même missionnaire apostolique à un de ses confrères se trouvant actuellement à Rome.
• Il est urgent (jue l’on prenne à Rome les mesures les plus énergiques pour l'extinction du schisme ; vous le comprendrez lorsque je vous aurai donné connaissance de la conduite indigne tenue par le prêtre Arokkianader i la suite du procès qui remet aux mains des scbismatiques les églises de Tricbinapoly et de Sarugany.
a Le dernier bref du pape est arrivé ici un peu avant la nouvelle de l’issue du procès en question. Monseigneur Canoz avait envoyé ce bref à Arokkianader, en l’exbortant à rentrer en lui-même et en lui promettant pardon et assistance temporelle. Arokkianader parcourut rapidement l’écrit et s’écria, au premier moment : Mukindu pocciu « tout est fini. » Notre vieux catéchiste, qui était présent, profita du moment pour le conjurer de songer au salut de son âme, d'abandonner les Goanais et de se soumettre au pape, à présent qu’il reconnaissait luimême que tout était fini. — Mais le misérable, après être resté silencieux pendant quelques instants, se borna à lui dire :
* Venez prendre demain ma réponse. « — Sur ces entrefaites la nouvelle de l’issue du procès arriva. — Le catéchiste retourna le jour suivant chez Arokkianader, celui-ci lui rendit simplement le bref du pape et lui conseilla de ne jamais remettre les pieds dans sa maison, s'il ne voulait s'exposer à quelque mauvais traitements de la part de ses chrétiens.
« Dimanche dernier (24 juillet) on a. pubUé dans nos églises
un sommaire du bref du pape, accompap:né d'une allocution du vicaire apostolique. Monseigneur y recommande aux fidèles de prier pour l’extinction du schisme et d’étre fermes dans la foi ; il y donne de bons conseils à ceux qui se sont laissé en> traîner à la rébellion , et il fait connaître les mesures prises |)Our contraindre les prêtres schismatiques à se soumettre aux ordres du souverain pontife. Mais, dès le mardi suivant, Arokkianadcr, poussé sans doute par le démon, invita par une lettre officielle tous les chrétiens à se réunir à lui dans l'antique église dont les tribunaux venaient de lui reconnaitre la possession. Tous les schismatiques et tout les mauvais chrétiens se rendirent à son appel. La solennité fut fètt'îc avec un grand fracas. Le malheureux chanta une grand’mcsse, puis il monta en chaire, et prononça un sermon dans lequel il déclara que la justice de Dieu venait enfin de se manifester pour consoler les affligés et humilier les superbes. « L’issue du procès, dil-il « entre autres choses, l’issue du procès fait reconnaitre évidem- « ment de quel côté se trouvent le bon droit et la justice, quels « sont les vrais prêtres et quels sont les usurpateurs ; soyons « donc sans crainte, et que tous ceux qui tiennent au salut de • leurs âmes s’unissent à moi. x « Puis, pour corroborer son sermon et pour détruire l’effet de l’allocution de Monseigneur, il publia de fausses nouvelles qui. disait-il, venaient d’arriver ; ces nouvelles prétendues portaient qu’un aiTangement avait été conclu entre Rome et le Portugal , entre le pape et la reine, que les prêtres de (îoa avaient la juridiction, et que c’était en conséquence de cet ari'angement que le jugement de Madras relatif aux églises avait été rendu.
« .l’ai voulu faire connaitre ces détails à V. R., afin qu’elle pùt juger des maux dont la nombreuse chrétienté de Trichinapoly est menacée de la part de cet indigne prêtre... Beaucoiqi de nos chrétiens sont débiteurs de la vieille église, les uns ne peuvent pas payer, les autres ne le veulent pas; ce fait aura les plus déplorables conséquences, ils finiront par se n-ndre à Arok-
kianadoi’ pour éviter les vexations et les procès. Les Indiens manquent en général d’énergie, comme vous le savez par ex~ l>érieiice, et, si on ne leur enlève les occasions de chutes en chassant définitivement le clergé rebelle, le schisme durera et s’étendra même plus que jamais, malgré les brefs et les huiles ilu pape.
« La nouvelle du la perte du procès relatif à l’Église de Sarugany y ravivera de même le schisme, et causera peut-être de très-graves désordres. Quoi «ju’il en soit, prions le Seigneur de nous accorder son assistance et sa grêce, afin de pouvoir ar- I (iinplir en tout et partout sa très-sainte volonté. Ainsi soit-il, »
DEI'XIKMK DIVISION.
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