‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 31 sur 148 · LES AV£KT1SS£K£HTS · texte numérisé non relu

LES AV£KT1SS£K£HTS

i'Éta( » , est avertie le 27 février. Un second avertissement ne tarde pas à punir sa persistance » à dénaturer les inten- B tioDs libérales de l'Empereur, en les attribuant à des in- » fluences que ce journal appelle cléricales « .

Les correspondances adressées de Paris aux journaux des départements étaient devenues l'objet de la surveillance la plus active de la part du bureau de la presse. La correspondance parisienne de la France centrale de Blois attire le 27 février à ce journal un deuxième avertissement, pour eicitation à la haine et au mépris du gouvernement. La correspondance de l'Espérance du peuple, a conçue dans une pensée factieuse », vaut h ce journal deux avertissements consécutifs du 1" au A mars. Les articles sur la Cbambre ne cessent pas d'être un grave sujet de ^ëoccupation et d'inquiétude pour les journaux. Le compte rendu officiel des séances des Chambres donnait lieu à de graves reproches d'inexactitude. M. Ernest Picard avait signalé le 19 mars à la tribune du Corps législatif t^ne différence notable entre le texte des débats du Sénat inséré au Moniteur et celui que le président de cette assemblée faisait rédiger pour les journaux. II s'agissait d'une phrase retirée du discours prononcé par le sénateur Siméon dans une discussion sur les affaires du banquier Mirés auxquelles il était mêlé. Les journaux pouvaient-ils se permettre des réflexions sur ce cbangcmenl, sans s'exposer à les voir transformées eu appréciation de la séance dans un moment oiï la moindre réQexion passait pour compte rendu « injurieux et ioûdèle » aux jeux de M. de Persigny? L'avertissement donné à la Presse le 22 février prouva qu'elle avait eu tort de le croire.

Un avertissement au sujet de quelques lignes vives et ^irijuelles sur le génértU de Goyon, commandant en chef

de l'armée d'occupation à Rome, prévint te Charivari que l'Empire ne permettait pas aux petits journaux la piquante et inoffensive raillerie, tolérée par tous les gouvernements : le Progrès de Lyon, le Mémorial des Deux-Sèvres^ la Guienne, la Gironde sont, après le Charivari, les seuls journaux avertis, du mois de juin au mois de septembre ; le Progrès de Lyon et la Gironde reçoivent deux avertissements danscetespace de temps.La Chronique de t Ouest, VOpimon du Midi, coupables de prétendre que les catholiques « ont besoin de se coaliser pour se procurer une protection qu'ils ne trouvent pasauprès du gouvernement» , sont frappés dans le courant de septembre.

Le Siècle est également atteint, le là novembre, des foudres ministérielles dans la personne de son directeur politique, M. Havin, signataire d'un article sur la fixation du nombre des députés, considéré par l'administration comme «une atteinte au respect dû à la Constitution et aux lois». L'auteur de la correspoudance parisienne du Phare de la Loire excite à ■ la haio^ et au mépris du gouvernement en excitant une catégorie de citoyens à prendre contre lui la défense des libertés publiques ». Dans un article sur les élections, le gouvernement le rappelle au sentiment de ses devoirs, et termine l'année par la suppression du Propagateur de la Martinique, coupable de la publication de mauvaises nouvelles du Mexique.

La presse avait à se défendre non-seulement contre les rigueurs du gouvernement, mais encore contre les tentatives des hommes d'affaires, toujours désireux d'avoir un journal pour soutenir leurs entreprises financières, et ne reculant devant aucun sacrifice d'ai^ent pour se procurer cet auxiliaire; c'est ainsi qu'on vit à la fin de cette année M. Millaud, banquier, ancien associé de Mirés, devenir

LA PRESSE ET LES nitAnCIERS. 30S

propriétaire de la Presse. Les rédacteurs de ce journal adressèreot tout de suite la lettre suivante au gérant :

a Monsieur,

■ Nous TOUS prions de bien vouloir annoncer que nous sommes i dater d'aiyourd'hui élrtngers i la rédaction de la Presse. B Agrées, etc.

>A. Petrat, Elias ïtEGN au lt, E, D. Forcubs, Jules Juif, Gustave Uéquet, Ad. Gaiffe. »

SOHitiBE. — L« tieigi et le roi Jérôme. — HandamenU et cérinwniet runibru. Oraiion funibre du louave Gîequd. — Lu France, Rome et rtlalie, par M. de I& Guironnière. — U'évique de Paillera dtféré comme d'atiD* «u CoomiI d'KUt.

— Le pri»éljti«me religieux. — Procès devent 1* Cour de Lille. — Le clergi loumis i la juridiction adminiilralive. — Circulaire de H. Delangle. — La Sociale de Saint- Vinceol de Paul. — Conférence de Lutigtian. — Le Kouiernement et la ikicièlé de Saint-Vincent de Paul, — Circulaire de M. de PerNfnjr. — Le gouvernement veut accaparer la direclion de la Société. -- Le Siècle et la Société de Saint-Vincent de Paul. — Procè» de Hiom. — Encore le prosélytisme religieux. — Circiiiaire de H. Rouland. — Suppresaion de quelques maiions reli(ieuies> — Les éwéquei et la canonisation des martjri du Japon. — N. Reaan nommé 1 la chaire d'hébreu du Collège de France.

— Sa dmlituUon, — Le jubilé de Toulouse.

Le gouvernement et le clergé continuaient à offrir !e siwctacle de deux puissances qui, en restant d'accord sur l'ensemble et sur le fond des choses, se disputent sur certains délaits. La vivacité de la lutte n'empêchait pas le clergé de prêter son appui au gouvernement dans tes occasions importantes et de déployer dans les autres un très-grand zèle courtisanesque auprès de l'Empereur et des membres de ta famille impériale, si l'on en juge par ce passage d'une lettre de condoléance écrite à Napoléon ID par te cardinal Donuet, archevêque de Bordeaux, à Toccasion de la mort du prince Jérôme, son oncle: «La A mort de S.A. \. le prince Jérôme, en afQigcant le cœur » de Votre Majesté, a excité de douloureuses sympathies » dans ta France entière. Vos sujets, qui ont toujours'été si » heureux de vos prospérités, ont été atteints dans le plus D intime de leur Ame par ce cruel événement. » Le prélat

ORAISONS FCntBRES DES HO&TS DE CASTU.F1DARD0. 207

terminait sa lettre en joignaot ses regrets « à ceux de l'Em- B pereur et de l'Impératrice, dont l'àme si sensible a dû » particulièrement souffrir de la perte d'un oncle qu'elle a » toujours entouré de son pieux respect et de sa filiale « affection » .

Quelques évéques cherchaient, il est vrai, à faire acte d'opposition au gouvernement en célébrant en grande pompe des services funèbres pour le repos de l'âme des défenseurs du pape, morts à Castelfidardo, qu'ils fussent obscurs ou illustres, roturiers ou nobles. M" Pie, évéque de Poitiers, ajoutait aux prières de l'Ëglise des morceaux oratoires dont les lecteurs des journaux religieux faisaient leurs délices. M" Pie, quelques jours après avoir prononcé l'oraison funèbre du général dePimodan, readit le même honneur à un simple zouave nommé Jean Gicquel, qui « avant de voler au secours du Sainl-Siége « était venu lui demander sa bénédiction. «Je n'oublierai jamais, » dit l'orateur sacré, « l'impression de bonbeur qui brillait sur sou visage quand il se releva. » Cette oraison funèbre émut profondément l'auditoire ; elle se terminait ainsi :

u Notre héroïne vendéenne n'a-l-elle pas raconté dans des pages immortelle» la courageuse bospit«lit£ que les soldais de nos armées calboliqnei du Poitou recevaient des soldais breionsî Hélas ! tu ne rencontrerais plus au pays natal ni père, ni mère, ni sœur pour pleurer ta mort, mais Poilien, ta ville adoptive, le donne en ce moment des larmes ; ma parole en fait co'jler dans bien des yeux, mais ce n'est pas assez ; nous Toulona qu'aux flancs de cette colline de Tibur où lu es couché, non pas sur le lirais gaion et dans la molle altitude du poSle : vdiati Tibur, supinum TibiT, mais dans ton liocenl de sang, dans ton suaire de martyr, nous voulons qu'un modeste monumeot recouvre ta tombe. Oa y lira ces mots : « A Louis Gicquel, mort pour la défense des Ëtsis de l'Ëglise, a ses frères d'armes partis comme lui de Poiliers. vi Elt sur ce marbre, lea noms les plus nobles de notre province mêlés i ceux de plusieurs enfants du peuple viendront Aûre corlége au tien, n

Ces cérémonies, où les légitimistes se rendaient en foule, n'étaient pas sans porter ombrage au gouvernement, dont

It) mécoiitciilement se trabit bientôt par le langage de ses journaux. Le Journal (fArras établît ud rapprochemeut entre la pompe bruyante des funérailles des victimes de Castelfidardo et l'oubli dans lequel te clei^é laissait les soldats morls dans la récente expédition de Chine et de Cocbincbine; il rappela que les feuilles cléricales avaient pourtant salué de leurs acclamations le départ des troupes pour l'extrême Orient. «La France reprend, disaienl-elles, ses glorieuses traditions, son épée sort du fourreau pour proléger le calholicL<ime. » El maintenant t'Ëglise n'avait pas de prières pour ceux qui étaient moi'ts pour défendre ces traditions.

M" Parisis répondit au journal officieux de sa métropole par d'amères récriminations contre des guerres qui n'avaient servi, selon lui, qu'à fournir aux persécuteurs des prétextes spécieux qu'ils n'avaient pas jusque-là : les chrétiens pourchassés, non-seulement comme chrétiens, mais comme Françaisoucommealliésde la France, les chrétientés autrefois florissantes, errant maintenant comme des troupeaux saus pasteur à ta merci des loups, les rebelles détruisant les églises ; tels étaient tes résultats de ces k lamentables expéditions » . Le prélat ajoutait : « Et c'est dans » ces circonstances que l'on vient nous inviter, presque » officiellement, à célébrer le triomphe de la vraie foi en » Chine! »

L'allocution du pape du i7 décembre 1860 arriva en France dans ce moment : ■ La perGdie, la trahison régnent » maintenant partout, et notre &me est fortement attristée » de voir que l'Eglise est persécutée, même en France, oîi le » chef du gouvernement s'était montré si bienveillant pour » nous et avait feint d'être notre protecteur {« era finlo » nmtro proteitûrey Maintenant il nous est difficile de savoir

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»si Qous sommes protégés par des amis, ou si nous sommes V mis ea prison par des eonemis : Petrus est in vincuUs. » Les évèques français ne pouvaient manquer de répondre à ce cri de douleur duSaint-Père. Les mandements et les lettres pastorales devenant chaque jour plus nombreux et plus violents, le gouvernement crut devoir leur imposer les formalités du dépôt et du timbre. M. de la Guéronnière, conseiller d'Ëlat, directeur de l'imprimerie et de la librairie, venaitde publier sa brochure: la France, Rome et l'Italie, inspirée par l'Empereur et reproduite in extenso dans le Siècle. M. de la Guéronnière atUiquait sans ménagement le parti catholique, « ce parti qui a exploité la charité elle- • même, qui s'est servi de vastes associations, qui a trans- » formé de sublimes textes de l'Ëvangile en sophismes de » son ambition, et qui a fait de la charité un piège (endu » aux âmes généreuses » , el dirigeait contre MM. de Falloux et de Montalembert les insinuations les plus perfides. M" Dupanloup lui répondit, dans une brochure, que ces deux hommes étalent précisément ceux qui depuis dix ans avaient eu le moinsd' influence sur te Saint-Siège, auquel ils ne cessaient de conseiller des réformes, tandis « qu'une » autre école s'était formée parmi les catholiques pour > les humilier, eux, et qui fut à l'Empire, tout à l'Bmpire B .

L'évéque de Poitiers, M" Pie, suivit son collègue d'Orléans dans l'arène; il salua l'avènement de la brochure dans un mandement qui n'était lui-même qu'une brochure: « S'agil-il de populariser une idée quelconque, une entre- » prise quelconque, les tuteurs d'office et les conseillers "établis de la multilude s'avancent sur la scène... Labro- » diure est annoncée plusieurs jours à l'avance, les mieux » instruits ont chuchoté à demi-voix des confidences mysté-

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