‹ Histoire du second empire (1848-69) (volume 2)Chapitre 30 sur 148 · DESTITUTION DE H. DE LAPRADE · texte numérisé non relu

DESTITUTION DE H. DE LAPRADE

pècbé, dans certaiDes circonstances, de se séparer de ce gouvernement. Le Constitutionnel aussitôt d'avertir la Patrie avec terreur de bien se garder de confondre l'indépendance avec l'opposition «■ terrible, effrénée, impitoyable » de l'adversaire de M. de Villèle. Querelles de boutique et luttes d'influence ! Chaque journal officieux avait alors soo «inspirateur», ministre, candidat ministre ou sénateur; et ces hommes d'Etat, cachés derrière les joamaux, se battaient comme les dieux d'Homère, cachés derrièreles nuages.

L'année 1861 touchait à sa fin, lorsque M. Victor de Laprade, membre de l'Académie française, professeur de littérature française à la Faculté des lettres de Lyon, poète d'uD grand talent et homme de cœur, voyant l'empressement avec lequel des écrivains comme M. Sainte-Beuve, par exemple, venaient en aide à l'Empire dans son œuvre de démoralisation des esprits et des caractères, exprima son indignation dans une éloquente pièce de vers intitulée : Les Muses dÈtat. M. Rouland, ministre de l'instruction publique, se bâta, dans un rapport adressé à l'Empereur, de proposer la destitution de l'auteur de ces vers, remplis «d*ailusions injurieuses envers te souverain issu du suffrage universel el envers la nation qu'il gouverne glorieusement» . Le Correspondant^ qui avait publié la satire, en fut quitte pour un avertissement.

Le rapport de M. Rouland articulait contre M. de Laprade le délit d'excitation à la haine et au mépris du gouvernement. Simple citoyen, il eût été traduit devant les tribunaux, et par conséquent il eût couru les chances d'un acquittement-, journaliste, on se serait contenté de Vavertir; professeur, on le frappait sans débat contradictoire de la peine la plus rigoureuse. Cette disproportion

dans la pénalité montra combien il était nécessaire de rétablir la justice spéciale devant le conseil de l'instruction publique, qui existait sous la Restauration, à l'usage des membres de l'Université. I^ évoques n'avaient-ils pas gardé le privilège d'élre soumis à la juridiclton spéciale du Conseil d'Ëlat?

M. Saint-Marc Girardin cl6t la liste dœ journalistes avertis en 1861. Il est piquant de voir cet écrivain, d'une expérience si consommée et d'une si parfaite modération, accusé par M. de Persigny d'avoir, dans un article âuJournaf des Débats, n porté atteinte à la foi dans la force et dans la durée de nos institutions » .

L Orléanais ouvre ta marche funèbre des victimes de l'administration pendant l'année 1863. Il est frappé le 10 janvier d'un premier averti^ement pour avoir commenté un décret de l'Empereur en termes injuneus; il s'attire un second avertissement le 13 juillet, parce que sa revue politique « contient un article relatif àla reconnaissance du royaume d'Italie par la Russie, qui, eu outn^eeot un souverain ami de la France, attaque indirectement te gouvernement de l'Empereur». M. Rouland, chaîné de l'intérim du ministère de l'intérieur, signale en même temps à l'Empereur ce journal qui, averti deux fois pour excitation à la baine et au mépris du gouvernement, « continue un système d'attaques violentes et d'oppûsition déloyale » . VOriéanais, en effet, ne s'est-il pas permis de soutenirque « l'état de l'industrie des couvertures est déplorable dans le département du Loiret » . Un décret impérial daté de Vicby ne tarda pas à punir par la suppression la dangereuse assertion de YOrléarutis.

L'Opinion nationale, qui « se livre à des appréaations injurieuses et déverse l'outrage sur un des grands corps de

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