L-SVËQUE DE POITIERS PRCVENO CDUHE D'ABUS
M*' Pie n'avait pas besoin d'apprendre à ses lecteurs à qui faisait allusion celte réminiscence de Pîlate.
La publicité de ce maudement sous forme de brochure cl sa reproduction dans les jouruaux auraient pu, selon l'opinion exprimée par M. de Persigny dans une lettre adressée aux préfets, donner lieu à une répression judiciaire, mais il avait pensé « qu'il serait contraire aux ioléréts du » gouvememeot de dérober de pareils excès au jugement
0 de l'opinion publique ». La lettre du ministre de l'intérieur sa teiminait ainsi : « Je n'ai donc voulu prendre aucune ■» mesure pour empêcher la publication d'un document
• où se révèle avec tant d'audace la pensée d'un parti
1 qui, sous le voile de la religion , n'a d'autre but que de ■ s'attaquer à l'élu du peuple français. » M. de Persigny, pour rester conséquent avec lui-même , aurait dû se dispenser de déférer l'évéque de Poitiers comme d'abus au conseil d'État, juridiction impuissante d'ailleurs et ridicule contre l'auteur d'un mandement dans lequel il signalait les délits suivants : « Ingérence dans la critique des actes
• du gouvernement, offenses à la personne de l'Empereur,
• contravention aux lois de l'empire, procédés pouvant B alarmer la conscience des citoyens. »
Un procès destiné à jeter une lueur alarmante sur les procédés du prosélytisme religieux détourna un moment l'attention publique de ces petites querelles entre l'épiscopat et te gouvernement.
Un ÎDslituteur israélite et sa femme avaient huit enfants, dont cinq Qlles; l'atnée, née en 1825, vint à Paris pour se placer comme institutrice. Un de ses compatriotes à qui elle était recommandée la mit en communication avec l'abbé Ratiabonne, israélite converti, directeur de la maison de Sion, destinée à recevoir les néophytes juifs. I^ jeune
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Israélite y reçut le baptême sous le oom de Marie SiODoa. Elle y attira successivement une de ses sœurs et sod père, et plus tard trois autres de ses sœurs ; tous reçurent le baptême des mains de l'abbé Ralisboone.
Sionna, placée comme institutrice dans une maison de Cambrai, y fît la connaissance d'un chanoine de l'élise métropolitaine nommé Mallel. Leurs efforts réunis amenèrent la conversion d'un frère de Sionna. Sa mère, fidèle au judaïsme, partit pour Londres avec ses autres filles, mais bientôt lasse de sa solitude elle revînt à Cambrai oîi elle trouva Sionna installée chez le chanoine avec une de ses sœurs, et ses autres filles placées dans divers couvents. L'une d'elles, cachée successivement dans diverses maisons religieuses de Douai et d'Âms en Belgique, sous un faux nom, y recevait les visites fréquentes du chanoine Mallet qui, non content de lui inculquer la haine et le mépris pour sa mère, lui dictait des letti«s destinées à lui faire croire qu'elle était à Jérusalem. L'abbé Ratisbonne reçut une de ces lettres et la fit mettre à la poste à Alexandrie. La justice, sur la plainle des parents, ne put se refuser, dans l'intérêt des familles et de la morale publique, à des investigations dont le résultat fut la comparution de Halletdevant la cour d'assises du Nord, sous l'accusation de détournement de mineures.
Les débals du procès contiennent des détails qui ne seraient point à leur place ici, mais qui, répandus par les journaux, produisirent une 1res- vive impression surropinion publique, en lui révélant les tristes pratiques du prosélytisme religieux tel que le clergé semblait le comprendre et le pratiquer. Si l'homme qui croit avoir la vérité a le droit et le devoir de l'exposer publiquement, le prosélytisme au delà de cette limite devient un attentat à la
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liberté de conscience el une excilution à l'oubli de toute morale. Le prosélytisme le plus exalté s'excuse quand il est ennobli par le danger, mais ce cauteleux prosélytisme qui s'insiDue dans tes ramilles, qui s'adresse surtout aux femmes, qui ne craint pas d'exciter les instincts de cupidité, et qui, eu un root, achète des âmes, mérite le mépris des boiinètes gens. L'abbé Ratisbonne qui avait joué un rAle important dans cette triste affaire, parut devaut ta Cour en témoin, mais en témoin moralement incriminé. 11 ne sembla nullement embarrassé de sa situation, et il soutint que le prosélytisme est un droit supérieur à la justice et que la loi humaine doit céder à la loi religieuse. Cette doctrine, en vertu de laquelle le pape avait baptisé le jeune Mortara, parut d'autant plusmenaçanteque, del'aveu d'un témoin, il existait en France une association de conversion possédant 130 maisons et comptant 30000 mères de familles parmi ses afSliées.. Le prosélytisme s'opérait donc sur la plus vaste échelle et se dérobait à toute surveillance en faisant passer les enfants convertis de l'une h l'autre de ces mystérieuses maisons. Mallet fut condamné le 3 marsà six annéesde réclusion, maximum de la peine portée par la loi (1). La foule indignée le poursuivit de ses buées quand il passa devant elle pour retourner en prison.
Le nombre de plus en plus grand des mandements dans lesquels ta politique avait ta première place obligea le garde des sceaux, M. Delangle, à lancer te 10 avril 1861 ane circulaire pour rappeler aux membres du clergé catholique, qui verbalement ou par écrit traitent publiquement et dans l'exercice de leurs fonctions de matières que la loi leur interdit de discuter, que ces abus sont prévus
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m L'EHPIItE.
par les lois et qu'il les réprimera. « S'il ne l'a pas fait » jusqu'ici, c'est que l'attitude du clergé a été jusqu'à pré- » sent respectueuse et réservée, et que le gouvernement » dans son indulgence a mieux aimé tolérer des écarts isolés » que de poursuivre devant les tribunaux, au détriment » peut-être de la religion elle-même, des prêtres impru- B dents. »
Le cardinal Mathieu protesta dans la séance du Séuat du 31 mai 1861 contre cette circulaire; mais, ce qui toucha l'épiscopat bien plus que les menaces de M. Delangle, ce fut de voir des ecclésiastiques cités directement à la barre de l'administration, sans informations préalables auprès de leurs supérieurs, en vertu de ce qu'on appelle en langage canonique un venial ad audiendum imbum, et soumis comme de simples journalistes à la discipline secrète des préfets. Le pire, c'est que l'administration se permettait d'infliger des peines et de suspendre les traitements. L'épiscopat fit entendre à ce sujet des plaintes fort vives, que les cardinaux portèrent au Sénat. L'orateur du gouvernement leur répondit que du mois de janvier au mois de mai 18€1 les procureui's généraux avaient pu constater plus décent faits pouvant donner lieu à des poursuites contre des prêtres, et que par conséquent il ne se croyait pas tenu à de plus grands ménagements à l'égard de gens qui comparaient le souverain qui a le , plus comblé l'Église de bienfaits à Pilate et à Judas. De que! droit le clei^é opposant se plaîndrait-il de ce que le gouveruement aime mieux agir sur lui « par la voie des conversations amicales que par la voie judiciaire (i) » ?
L'hostilité d'une partie de l'épiscopat était si vive que le
(1) BîUaull,stanceduSËoikldui3 juinlSGl.