L'ATTAQUE DE SOLFERINO
une brigade du côté de la plaine, l'autre sur la hauteur contre le village de Solferino. La division des voltigeurs de la garde, commandée par le général Camou, doit appuyer cette attaque. L'artillerie de la garde va prendre position à 300 mètres de Tennemi. La garde impériale entre en ligne à onze heures avec la division Forey.
Cette double attaque, soutenue par le feu d'une batterie de lartillerie de réserve du l" corps et de deux pièces de bataille placées sur le Monte Fenile^ doit décider du succès au centre de la ligne.
L'empereur d'Autriche, dès le commencement de Faction, avait quitté son quartier général avec tout son état-major pour se rendre à Volta, où il reçut la nouvelle du choc des Français contre Solferino ; il avait donné, à neuf heures et demie, les ordres suivants : La 2' armée, commandée par le général Schlick, défendra Solferino aussi longtemps que possible ; le 8* corps, après avoir repoussé les Piémontais sur le lac de Garde, enverra des détachements pour soutenir le 3* corps. La 1" armée continuera son mouvement comme il lui a été prescrit et dégagera le centre attaqué par lennemi. La division de cavalerie de réserve MensdorfF est chargée de soutenir la i'' armée pendant sa marche.
Cette armée devait donc se porter en avant et atteindre Carpenedolo; le V corps de la !'• armée était déjà en marche vers Solferino. La 1" division du 7" corps se porta eu avant pour soutenir le 5" corps; la 2' division du même corps, qui n'avait pas encore fait sa soupe, suivit la i'^
Revenons maintenant à Solferino contre lequel gronde le canon de Monte Fenile. La 2^ brigade do la division
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Forey se porte rapiilcment en avant pour gagner la hauteur la plus voisine vers Test de Solferino, mais elle est repoussée par une forte colonne aulrichienne qui débouche de la plaine boisée sur la droite delà position. La brigade française, accablée par la supériorité du nombre, est soutenue par le général Manèque, à la tète de trois bataillons des voltigeurs de la garde qui repoussent l'ennemi jusqu'au pied du Monte Sacro, oix la lutte devient plus acharnée. La 2^ brigade de la divisioD Forey cherche à tourner le flanc droit de la tour de Solferino, mais le feu de mousqueterie et de mitraille de l'ennemi fait au milieu d'elle de cruels ravages. Les Autrichiens se défendent avec bravoure et opiniâtreté.
La division Ladmirault, à son tour, s'est portée à l'assaut du cimetière et du château défendus par deux brigades. Les Français sont disposés en colonnes : le général Douay à droite, le général Négrier à gauche. Un escadron du â*" chasseurs, en profitant des int^alités du terrain pour masquer sa faiblesse, couvre le flanc gauche de l'attaque pour empêcher l'ennemi de se jeter dans l'intervalle qui sépare l'armée piémon taise do 1" corps. Ces colonnes d'attaque rencontrent la plus vive résistance; le général Ladmirault, en atteignant les premiers retranchements de l'ennemi, est blessé à l'épaule par une balle ; il reste à son poste et lance contre l'ennemi sa réserve forte de quatre bataillons ; une seconde balle l'atteint : le 1'" régiment des zouaves appuie la droite de la 2"" division, mais tous les efforts des assaillants s'épuisent contre les feux croisés du mamelon des cyprès et du cimetière et contre les difficultés du terrain. Le maréèhal Baraguey d'Hilliers appelle vainement au se-
LE MAMELON DES CYPRÈS. 52i
cours de cetto attaque une grande partie de la division Bazaine.
Les Autrichiens^ décimés et accablés de fatigue, après une lutte de six heures, sont devenus incapables de la continuer. Ils attendent avec impatience le 1" corps qui n'arrive pas. Le comte Sladion retire ses troupes des retranchements de Solferino, et confie la garde du château, de la tour et du cimetière à sa brigade de réserve et à des détachements de renfort envoyés par le général Zobel.
Le maréchal Baraguey d'Hilliers, convaincu qu'il ne mènera son attaque à bonne fin qu'en tournant la position, tente de s'emparer de la tour de Solferino et du mont des Cyprès ; de là il prendra Téglise et le cimetière à revers. Les troupes gravissent les collines sous une grôle de projectiles pendant qu'une batterie de la garde, dirigée par le général Lebœuf, prend position avec Tartillerie du 1" corps sur le point très-exposé où se joignent le Monte Garnal et le Monte Mezzana. Cette artillerie bat le cimetière, le château de Solferino et le mamelon aux cyprès, où les Autrichiens ont également placé de Tartillerie; lennemi résiste bravement, mais les Français redoublent d'énergie et se rendent enfin maîtres du mamelon des Cyprès, ainsi que du mur qui relie ces formidables hauteurs.
Tandis que le l*' corps français est engagé à Solferino, le 2* corps lutte avec le 1" corps autrichien commandé par le général Clam. Les Autrichiens occupent la position de San Cassiano et Cavriana, et menacent d'isoler le maréchal Mac-Hahon. Heureusement le succès obtenu à Solferino va permettre de le dégager. Les grenadiers du général Melliuet remplissent l'intervalle qui sépare le
1'' corps du 2*; mais le général Manèque et la batterie de la {çarde dirigée par le général Lebœuf, se trouvant à Monte Sacro en face de forces supérieures, ont besoin d'ôlre secourus. Les grenadiers accourent sur ce point. Le général Manèque, à l'arrivée de ce renfort, se jette avec ses voltigeurs sur Tennemi et le cbasse de la position de Casai del Monte. Le général Manèque se maintient sur le plateau de Monte Sacro ; la brigade des grenadiers est chargée de soutenir la gauche du 2' corps. Le général Noël, qui commande cette brigade, se porte avec ses grenadiers sur le village de San Cassiano. Le maréchal Mac-Mahon, grâce à ces puissants renforts, peut non-seulement contenir Tennemi, mais encore prendre l'offensive. Pendant que les troupes de Baraguey d'Hilliers se groupent sur les hauteurs de Solferino, le général Decaen se porte perpendiculairement à la roule de Mantoue. Le maréchal Mac-Mahon s'avance ensuite jusqu'au camp de Medole, plaine d'une lieue carrée; il se place sur les deux côlés en ligne avec la 2* division ; la droite dans la direction de Medole couverte par un pli de terrain qui la met à l'abri de Tartillerie ennemie. La 2* brigade se tient en réserve derrière Cajsa Marino, reliant le 1'^ corps au 2*; 2i pièces d'artillerie, qui battent le camp de Medole, sont placées devant le front de l'infanterie. Les deux divisions de cavalerie Parlouneaux et Desvaux, à peine arrivées avec leurs deux batteries, sont placées de façon à occuper l'espace libre entre Medole et Monte Medilano. La division Partouneaux, à la gauche de la 2* division du 4' corps, général Vinoy, est mivsquée par les bois de Medole. La division Desvaux est déployée entre la route de Gindizzolo et les bois. Le 2* corps résiste, dans cette
RÉSISTAKCE DO 2« CORPS. 523
position, au feu continu de rartillerie lennemie ; la brigade Harlung du 5* corps autrichien venant de Giudizzolo, àneuf heures du malin, par la route de Mantoue, s'avance vers Casa Marine. Les Autrichiens mettent en batterie leur artillerie à 1000-1900 mètres du front de bataille du 2* corps, et ouvrent un feu très-vif. Le maréchal Mac- Mahon fait avancer les quatre batteries de la l''' et de la â* division de son corps et les batteries à cheval de la garde qui se sont jointes à son artillerie : leur feu prend en écharpe Tarlillerie autrichienne inférieure en nombre, et Toblige à chercher une nouvelle position en arrière. Mac-Mahon, protégé pendant ce temps-là parle feu de son artillerie, conservait sa position sans pouvoir secourir le 1'^ corps à Solferino, ayant son flanc gauche découvert et menacé par la division de cavalerie du général Mensdorif.
Six escadrons de hussards tentent, vers huit heures, de tourner la gauche de Mac-Mahon ; ils rejettent devant eux les patrouilles de cavalerie française, chargent à la hauteur de Casa Marino les bataillons de la division Decaen, refoulent un bataillon de chasseurs français, poussent en avant et, rencontrant un détachenxent de cavalerie de la garde impériale, ils le repoussent en désordre sur la grande route de Castiglione.
Le 2* corps attendait Tentrée en ligne du A* corps; pour bâter la jonction du "i!" oorps au premier, Mac- MahoQ reçoit Tordre d'opérer un mouvement de conversion à gauche ; il fait en même temps remplir, par la division de cavalerie de la garde, le vide que le 3! corps laisse sur la droite. Cette division n'avait quitté Castenedolo qu'à huit heures, retardée, comme on vient
bU LXMPtRE.
de le voir, dans sa marche par les hussards autrichiens ; elle arrivait cependant à temps sur le champ de bataille.
Mac-Mahon, averti que le général Niel est en mesure de se porter sur Cavriana, prend l'offensive en faisant avancer la 1" division vers Solferino pour opérer sa jonction avec la brigade des grenadiers, restée devant San Cassiano. La 2* division, commandée par le général Decaen, doit suivre le mouvement. La division la Motte- KougOi couverte par les tirailleurs algériens, tourne à droite San Cassiano et Gavriana, où il y a des forces considérables. Un combat acharné va se livrer sur ce point. Les Algériens se sont déjà emparés d'une redoute sur le premier mamelon de Monte Fontana ; mais le prince de Hesse, parti plus tard et retardé dans sa marche par les équipages et les voitures qui encombrent la route, vient d'entrer enligne avec sa division. Ce général» établi dans une position défendue par une suite de mamelons, résiste intrépidement aux Français, repousse leur première attaque et, se repliant sur la crête, il se porte en avant, à la tète de deux brigades, repousse les Français et reprend la redoute occupée par les tirailleurs algériens. Les Français reviennent à la charge et s'emparent du mamelon Fontana qui retombe une seconde fois aux mains des Autrichiens.
Le prince de Hesse continue sa marche sur San Cassiano ; les grenadiers de la garde et l'artillerie accourent de Solferino. Le général d'artillerie Sevelinge prend en écharpe et d'enfilade la route deCavriana. Quatre pièces sont portées à bras au sommet du mont Foutana, quatre autres sur le flanc de la colline. Cette artillerie ouvre un
MARCHE DU PRINCE DE HESSE. 5!l5
feu très-vif, auquel Tartillerie autrichienne, d'une portée inférieure, répond faiblement.
L'empereur d'Autriche, même après la perte de ses positions de Solferino, conservait encore l'espoir de la victoire. Il donne Tordre de rassembler toutes les troupes de la 2*" armée en état de combattre sur les hauteurs de Cavriana. Il espère qu'un succès dans la plaine changera le sort du combat. Le T corps est intact : une brigade du 3' corps et la division de cavalerie de Mensdorff, formant un total d'environ 2â 000 hommes, établies dans une bonne position, peuvent encore lutter contre les 3& 000 Français appartenant au 2* corps d'armée et à la garde impériale. Laissons François-Joseph à ses espérances, et revenons au li"" corps laissé au delà de Medole.
La tète des colonnes du 3' corps d'armée autrichienne paraît à Medole à neuf heures et demie du matin. Le général Luzy, commandant la 1" division, serré de près par une division autrichienne, envoie aussitôt demander des renforts au maréchal Canrobert, qui donne l'ordre à deux brigades de la division Renault de soutenir la droite du 4* corps. Le maréchal, croyant, sur de fausses informations fournies par l'Empereur, qu'un corps ennemi, fort de 20 à 30000 hommes, est sorti de la place de Hantoue, ordonne à la ts** et à la 3* division encoro échelonnées sur la Chiese de se tenir prèles à repousser l'ennemi. La division du général de Luzy venait de soutenir des combats acharnés au moment oi!i la division Renault, marchant par la route de Medole, se portait en avant, dans la direction de RcbecC'O.
L'empereur François-Joseph, de la hauteur de Cavriana où il s'est rendu à dix heures, s'aperçoit que le mouve-
n^ L'EMPItl£.
meal du général Wimpifen par Medôle sur Carpendolo a complètement séparé la l" armée de la 3*; il ordonne au général Wimpffen de se diriger, avec le gros de ses forces, sur Castiglione à cheval sur la grande route pour faire échouer Tattaque de reunemi sur ce point. Le 11" corps se trouvant vers midi à la hauteur do Giudiz-' zolo, deux de ses brigades sont dirigées sur Robecco pour soutenir le 9' corps, et deux autres pour servir de réserve au y corps; au nord de la route une cinquième brigade forme la réserve générale. La division autrichienne Grene ville se relire devant Canrobert, après avoir échangé quelques coups de canon avec rartiUerie du général Renault, montrant ainsi qu'elle renonce au projet de tourner Textrêrae droite du ù' corps pour rompre la gauche en attaquant la division Yinoy postée, au sortir de Medole, dans la direction de Casanova sur la route de Mantoue, à 2 kilomètres de Giudizzolo. Celte division, dans sa marche pour joindre la roule de Gastiglione à Goïto d'où elle doit prendre à droite pour se rendre à Giudizzolo, rencontre la division Crenneville; un coinbat acharné s*engage. Le général Niel craignant, s'il s'avance dans la plaine, d'être accablé par les fortes colonnes d'infanterie et de cavalerie autrichiennes, a{h puyées par une nombreuse artillerie, ordonne au général Vinoy de se rapprocher du 2'' corps; le général de Failly entre en ligne avec le général Vinoy. Le général Niel fait, en même temps, demander pour la seconde fois des secours au maréchal Canrobert.
Le 9" corps autrichien, appuyé à la ferme de Casanova, sur la lisière du bois, prend en ce moment l'offensive. Les Autrichiens s'avancent vers Medole, mais ils sont