RETOUR DE NAPOLÉON III A PARIS
sioDS comprendront la nécessité des réformes salutaires. Une amnistie f^éaérale fera disparaître les traces des discordes civiles. L'Italie, désormais maîtresse de ses destinées, n'aura plus qu'à s'en prendre h ellemême si elle ne progresse pas régulièrement dans Tordre et la liberté.
D Vous allez bientôt retourner en France ; la patrie reconnaissante accueillera avec transport ces soldats qui ont porté si haut la gloire de DOS armes a Montebello, h Palestre, à Turbigo, à Magenta et à SolferioD^qui. en deux mois, ont affranchi le Piémont et la Lombardie, et ne se sont arrêtés que parce que la lutte allait prendre des proportions qui n'étaient plus en rapport avec les intérêts que la France avait dans celle guerre formidable.
0 Soyez donc fiers de vos succès, fiers des résultats obtenus, fiers siiirtout d*èlre les enfants bien -aimés de cette France qui sera toujours la grande nation, tant qu'elle aura un cœur pour comprendre les nobles causes et des hommes comme tous pour les défendre.
» Au qovticr impcrial de Valecgio, le 12 joiUfll 1850. >
L'Empereur partit le môme jour pour la France. Le silence de la foule qui remplissait les rues de Milan et de Turin sur sou passage lui révéla les sentiments des Italiens sur celte paix de Yillafranca qui laissait la Yénélie à la merci de l'étranger, et rendait les duchés à T Autriche en les restituant aux archiducs. Napoléon III, dans sa réponse au discours du gouverneur de Milan, s'étonna cependant de l'ingratitude des Italiens.
Le lendemain de son arrivée aux Tuileries, il reçut les grands corps de l'Ëtat et leur adressa ce discours :
c Messieurs,
» En me retrouvant au milieu de vous qui, pendant mon absence, avez entouré l'Impératrice et mon fils de tant de dévouement, j'éprouve le besoin de vous remercier d'abord, et ensuite de vous expliquer quel a été le mobile de ma conduite.
» Lorsque, après une heureuse campagne de deux mois, les armées française et sarde arrivèrent sous les murs de Vérone, la lutte allait inévitablement changer de nature, tant sous le rapport militaire que sous le rapport politique. J'étais fatalement obligé d'attaquer de front un ennemi retranché derrière de grandes forteresses, protégé contre toute diversion sur ses flancs par la neutralité des territoires qui Ten- (ouraient, et, en commençant la longue et stérile guerre des sièges, je
trouvais en face l*Europe en armes, prête, soit à disputer nos succès, soit à aggraver nos revers.
» Néanmoins, la diOlcullé de l'entreprise n*aurait ni ébranlé ma résolution, ni arrêté l'élan de mon armée, si les moyens n'eussent pas été hors de proportion avec les résultats à attendre. Il fallait se résoudre à briser hardiment les entraves opposées par les territoires neutres, et alors accepter la lutte sur le Rhin comme sur l'Adige. Il fallait partout franchement se fortifler du concours de la révolution. Il fallait répandre encore un sang précieux qui n'avait que trop coulé déjà ; en un mot, pour triompher, il fallait risquer ce qu'il n'est permis à aucun soutcrain de mettre en jeu que pour l'indépendance de son pays.
» Si je me suis arrêté, ce n'est donc pas par lassitude ou par épuisement, ni par abandon de la noble cause que je voulais servir, mais parce que dans mon cœur quelque chose parlait plus haut encore : Tia* térét de la France.
» Croyez-vous donc qu'il ne m'en ait pas coûté de mettre un freina l'ardeur de ces soldats qui, exaltés par la victoire, ne demandaient qu'à marcher en avant?
9 Croyez-vous qu il ne m'en ait pas cofilé de retrancher ouvertement devant l'Europe de mon programme le territoire qui s*étend du Mincio à l'Adriatique?
)) Croyez vous qu'il ne m'en ait pas coûté de voir dans des cœurs honnêtes de nobles illusions se détruire, de patriotiques espérances s'évanouir?
}) Pour servir l'indépendance italienne, j'ai fait la guerre contre le gré de l'Europe; dés que les destinées de mon pays ont pu être en péril, j'ai fait la paix.
» Est-ce à dire maintenant que nos eiïorfs et nos sacrifices aient été en pure perte? Non. Ainsi que je l'ai dit dans les adieux à mes soldats, nous avons droit d'être fiers de cette courte campagne. En quatre combats et deux batailles, une armée nombreuse, qui ne le cède à aucune en organisation et en bravoure, a été vaincue. Le roi de Piémont, appelé jadis le gardien des Alpes, a vu son pays délivré de TinvasioB et la frontière de ses États portée du Tessin au Mincio. L'idée d*une nationalité italienne est admise par ceux qui la combattaient le plus. Tous les souverains de la Péninsule comprennent enfin le besoin impénenide réformes salutaires.
» Ainsi, après avoir donné une nouvelle preuve de la puissance mflitaire de la France, la paix que je viens de conclure sera féconde en heureux résultats ; l'avenir les révélera chaque jour davantage pour le bonheur de l'Italie, l'influence de la France, le repos de l'Europe.»
La paix surprit la France autant que l'Italie. Aussi ce discours est-il plein de Tcmbarras dans lequel se trouvait Napoléon IIÏ pour justifier sa conduite. Nesavail-il pas, avant de commencer la guerre, qu'il serait obligé de
RÉSULTAT DE LÀ GUERRE. 5â5
compter avec la révolution? Les mouvements de T Allemagne étaient-ils plus menaçants après Solferino qu'après Magenta? Aucune réponse satisfaisante ne pouvait être faite à ces interrogations. Quelle preuve l'Empereur pouvait-il donner à l'appui de cette assurance, que tous les souverains de la Péninsule comprenaient le besoin impérieux de réformes salutaires ? Le contraire était évident. Quoique l'Empereur eût répondu au corps diplomatique admis le 21 à lui présenter ses félicitations, qu'il comptait sur la durée de la paix, le sentiment public ne prit point le change, et les doutes à ce sujet redoublèrent dans tous les esprits au moment même où l'armée opérait sou retour en France. Elle fit sou entrée triomphale à Paris, le 14 août, au milieu des acclamations publiques. Les maréchaux, les généraux et les principaux officiers supérieurs de l'armée d'Italie furent réunis par l'Empereur dans un banquet aux Tuileries, et le lendemain le silence commença à se faire sur ses exploits, comme il s'était fait sur les prouesses de l'armée de Crimée.
Le refus du maréchal Canrobert de marcher sur Rebecco à trois heures donna lieu entre lui et le maréchal Niel à une correspondance qui, sans l'intervention personnelle de l'Empereur, se serait terminée par un duel. Le maréchal Canrobert, atteignant Medole de bonne heure et aidant Niel au début de l'action, aurait pu couper Taile gauche des Autrichiens et changer leur défaite en une déroute complète. Son indécision, fatale à l'Italie, comme elle l'avait été à la France en Crimée, rendit possible et presque nécessaire le compromis de Villafranca, d où la guerre générale fut sur le point de sortir.
TAXILE DELOAD. II. — 35