PRELIMINAIRES DE VILLAFRANCA
« Les deux souverains favoriseront la création d^une confédération italienne. Cet^e confédération sera sous la présidence honoraire du Saint- Père.
• L'empereur d^Autriclie cède à Tempereur des Français ses droits sur la Lombardie, à l'ei^eptioD des forteresses de Mantoue et de Pesehiera, de manière que la frontière des possessions autrichiennes partirait du rayon extrême de la forteresse de Peschiera , et s'étendrait ea ligne droite le long du Mincio jusqu'à Le Grazie, de là à Scarzarolo et Lnzarra au Pô, d'où les frontières actuelles continueront à former les limites de TAutriche.
> L'empereur des Français remettra les territoires cédés au roi de Sardaigne«
• La Véhétiefera partie de la confr^déralion italienne, tout en restant sous la couronne de l'Empereur d'Autriche.
• Le grand-^luc de Toscane et le duc de Modène rentrent dans leurs États en donnant une amnistie générale.
> Les deux empereurs demanderont au Saint-Père d'introduire dans ses États des réformes indispensables.
» Amnistie pleine et entière est accordée de part et d'autre aux personnes compromises à l'occasion des derniers événements dans les territoires des parties belligérantes.
> iijmlktl8$9. >
Les deux souverains, après être restés pendant une heure en tête à tête, descendirent dans la rue et se présentèrent mutuellement les principaux personnages de leur suite.
bhO L'EMPIRE.
François-Joseph était pâle et triste.
Victor-Emmanuel apprit le soir même de la bouche de Napoléon IIÏ que si François-Joseph acceptait les préliminaires que le prince Napoléon était allé lui porter à Vérone, la paix serait bien vite conclue. Le roi de Piémont répondit d'un .ton froid : «Quelle que soit la déci- » sion de Votre Majesté, je garderai toujours la plus vive )) gratitude pour ce qu^elle a fait pour T indépendance » de TïtaHe, et je vous prie de croire que dans n'importe » quelle occasion vous pouvez compter sur ma fidélité. »
M. de Cavour, à la nouvelle de la conclusion de Tarmistice, crut d'abord qu'il ne s'agissait que d'assurer aux troupes le temps de repos dont elles avaient grand besoin. Un courrier français qui se rendait à Paris, rencontrant un de ses collègues piémontais à la gare de Turin, lui fit part de ce qui se passait au quartier général : le courrier en informa M. de Cavour. Voilà comment le premier ministre du royaume de Sardaigne apprit l'entrevue prochaine des deux empereurs ; il partit aussitôt pour Monzanbano avec son secrétaire M. Nigra. Les deux voyageurs trou- . vèrent le chemin de fer coupé à Dezenzano, et le pap en fermentation : des groupes animés, s'entretenant à voix haute des événements du jour, couvraient la place publique ; le café dans lequel les deux voyageurs entrèrent en attendant une voiture de poste, retentissait d'injures et de malédictions contre l'empereur des Français; l'un l'accusait de trahison, l'autre s'écriait que cette triste On de la guerre avait été prédite par Mazzini, quelques semaines auparavant, dans son journal Pensiere ed aziom. Ces discussions passionnées donnaient à M. de Cavour une idée de l'effet que la brusque conclusion de la paii
DÉSAPPOINTEMENT DE M. DE GAYOUR. bH
allait produire, et du danger qui pouvait en résulter pour son gouvernement.
M, de Cavour put enfin trouver une voiture délabrée qui le conduisit au quartier général. Les officiers qui le virent descendre de la timoîiella eurent de la peine à le reconnaître, tant sa figure si ouverte et bienveillante avait une expression de mauvaise humeur et de dureté; il répondit à peine à leurs saints, demanda brusquement où était le roi, et se dirigea vers la Casa Melchiori où il logeait. Victor-Emmanuel et son ministre restèrent longtemps ensemble. Le lendemain ils eurent une seconde entrevue dans laquelle le roi apprit à son ministre que le sacrifice était consommé. M. de Cavour ne put se contenir à celte nouvelle ; il laissa échapper des mots très-irrévérencieux pour l'empereur des Français et même pour le roi de Sardaigne : « L'Italie, trahie et blessée dans sa dignité, il ne restait plus à Victor-Emmanuel que deux partis à prendre : rejeter les propositions de paix en retirant son armée de la Lombardie, ou abdiquer. » La violence de son langage, la rudesse de ses expressions, obligèrent M, de Cavour à se tenir pendant quelque temps éloigné du roi.
M. de Cavour sortit exaspéré de la Casa Melchiori^ M. Nigra et son secrétaire essayaient en vain de le calmer. Des officiers et des correspondants de journaux, profitant du moment où il buvait un verre d'eau dans un café, s'approchèrent pour avoir des nouvelles. M. Nigra, se penchant à l'oreille du correspondant du Daily News, lui dit : «Vous pouvez écrire en Angleterre que le comte (le Cavour n'est plus le conseiller de la couronne, et que Rattazzi ne tardera pas à être chargé de former un minis-
tère. » La voiture stationnait devant le café. Le ministre, déçu dans ses plus chères espérances, y remonta sans prononcer une parole, et donna de la main le signal au cocher. I^ voiture partit au milieu des cris de : a Vive Cavour ! »
M. de Cavour atteignit Dezenzano au moment même où quatre voitures dans lesquelles se trouvaient Napoléon m, le prince Napoléon et leur suite, arrivaient au quartier général. Le roi Victor Emmanuel reçut ses hôtes à la porte de la villa, et les conduisit dans la salle où le couvert était rais. La figure de FEmpereur n'indiquait comme d'habitude aucuoe< émotion ; le prince Napoléon parlait avec volubilité aux généraux sardes; Victor- Emmanuel gardait le silence en s'efforcant de paraître empressé. Le roi de Sardaigne, après le dîner triste et rapide, conduisit ses hôtes à la Casa Melchiori; quelques mots à peine furent échangés entre eux pendant le trajet; une politesse sèche et froide remplaçait déjà la cordialité dans les rapports entre les «officiers des deux nations : ils se parlaient encore; quelques jours plus tard, ils ne se saluèrent plus.
Le 12 juillet, Napoléon III adressa cet ordre du jour k Farmée : ,
« Soldats !
7t Les bases de la paix sont arrêtées avec l'emptTenr d* Autriche. Le but principal de la guerre est atteint, l'Italie va devenir pour la pi«mière fois une nalion. Une confédération de tous les États deTItalie, sous la présidence honoraire du Saint-Père, réunira en un faisceau les naembres d*tine même famille; la Vénétie reste, il est vrai, sous le sceptre de TAuiriche : elle sera néanmoins une province italienne faisant partie de la confédération.
» La réunion de la Lombardie au Piémont nous crée de ce cdtédes Alpes un allié puissant qui nous devra son indépendance. Les gouvernements restés en dehors du mouvement ou rappelés dans leurs posses-