MANIFESTES DES PROSCRITS EN ANGLETERRE
> Restons dans les principes, citoyens. Ce que nous avons à voua dire, le voici :
1 M. Bonaparte trouve que Tinstant est venu de s*appelcr Majesté, 11 n*a pas restauré un pape pour le laisser à rien faire ; il entend être sa*cré et couronné. Depuis le 2 décembre, il a le fait, le despotisme; maintenant il veut le mot, Fempire. Soit.
> Nous, républicains, quelle est notre fonction? quelle doit être notre attitude ?
> Citoyens, Louis Bonaparte est hors la loi ; Louis Bonaparte est hors Fhumanité. Depuis dix mois que ce malfaiteur règne, le droit à l'insurrection est en permanence et domine toute la situation. A Theure où nous sommes, un perpétuel appel aux armes est au fond des consciences. Or, soyons tranquilles, ce qui se révolte dans toutes les consciences arrive bien vite à armer tous les bras.
> Amis et frères, en présence de ce Gouvernement infâme, négation de toute morale, obstacle à tout progrès social; en présence de ce Gouvernement meurtrier du peuple, assassin de la République et violateur des lois, de ce Gouvernement né de la force et qui doit périr par la force, de ce Gouvernement élevé par le crime et qui doit être terrassé par le droit, le Français digne du nom de citoyen ne sait pas, ne veut pas savoir s'il y a quelque part des semblants de scrutin, des comédies de suffrage universel et des parodies d'appel ù la nation ; il ne s'informe pas s'il y a des hommes qui votent et des hommes qui font voter, s'il y a un troupeau qu'on appelle le Sénat, et qui délibère, et un autre troupeau qu'on appelle le peuple, et qui obéit ; il ne s'informe pas si le pape va sacrer, au maitre-autel de Notre Dame, l'homme qui -^ n'en doutes pas, ceci est l'avenir inévitable — sera ferré au poteau par le bourreau; en présence de M. Bonaparte et de son Gouvernement, le citoyen digne de ce nom ne fait qu'une chose et n'a qu'une chose à faire.: charger son fusil et attendre l'heure*
» Vive la République !
» Les proscrits démocratet-soclalisles de France résidant à Jersey, et réunis en assemblée générale le 31 octobre 1852.
> Pour copie conforme :
> La commission, > Victor Hugo, Fombertaux, Philippe Faurb. >
Les proscrits républicains, après avoir protesté contre l'avènement de Louis Bonaparte à TEmpire, se prépa* rèrenl à le combattre.
Le gouvernement issu des trois conspirations de Si ras* bourg, Boulogne et Paris, pouvait-il ctre renversé par
uuo conspiration? Les exilés, habitués pour la plupart k conspirer sous Louis-Philippe, répondirent à cette question par Taffirmalive. Le gouvernement de Bonaparte leur parut attaquable à la fois par les conspirations militaires et par les conspirations civiles.
L'armée ne s'était pas ralliée tout entière et sans répugnance au coup d'Ëtat. Le général Canrobert, uniquement retenu, disait-il, par le point d'honneur militaire, s'était engagé à se séparer du gouvernement après ce qu'il appelait le combat; le maréchal Saint-Arnaud fut sur le point de donner sa démission àlasuite des décrets du 22 janvier; la citadelle de Lille avait servi de lieu de prison à un grand nombre d'officiers détenus pour refus de serment. Les exilés crurent donc d'abord à la possibilité de faire servir l'armée à leurs desseins ; ils comptaient particulièrement sur l'armée d'Afrique, et le dictateur sembla prévoir le danger qui pouvait lui venir de ce côté en insérant dans le décret d'expulsion des représentants a bannis du territoire français et de t Algérie » • Le général Bosquet devait son avancement à la république, et il lui resta fidèle, du moins en pensée, jusqu'à la fin de la campagne de Crimée. Ce général exerçait sur les troupes d'Afrique une certaine influence dont ses anciens compagnons d'armes, restés ses amis politiques, espéraient profiter dans leurs tentatives contre l'Empire. Un plan de conspiration militaire a-t-il été tracé, des préparatifs sérieux ont-ils eu lieu pour le mettre à exécution î L'histoire ne peut que le soupçonner, tant que les correspondances de plusieurs généraux de cette époque n'auront pas été publiées. Il est évident toutefois que le parti républicain ne devait pas s^attendre à exercer une action bien grande sur Tarmée;