LE COMPLOT DE L4 RCINE-BLANCHE
les coDspirations militaires répu^i^aient d'ailleurs aux ré* publicains de l'intérieur. Le nom du général Cavaignac pouvait être utilement invoqué devant les soldats, mais n'était-ce pas déjà trop pour la France que l'armée se fût associée une fois à un coup de main contre le pouvoir? Le général Cavaignac en était trop sincèrement convaincu pour servir de point de ralliement aux conspirateurs de l'armée. Le bruit de la découverte d'un complot militaire à Saint-Omer circula cependant à la veille de la procla* mation de l'Empire. Des officiers de la garnison de Lille formèrent, dit-on, le projet de frapper le dictateur dans un bal donné eu son honneur à l'Hôtel de ville. Ces com* plots, s'ils ont jamais été sérieux, ne trouvaient guère alors que des incrédules.
Le dictateur se tenait sur ses gardes, et sa police voyait partout des conspirateurs. Quinze cents billets d'un bal organisé à l'Ëcole militaire ayant disparu du tiroir où ils Paient renfermés, la crainte d'un complot fit changer la couleur des cartes d'entrée ; une conspiration dont les membres se réunissaient dans une maison isolée de la rue de la Reine-Blanche, presque en face des Gobelius, ne tarda pas à être dénoncée. La police, en pénétrant dans cette maison, trouva les conspirateurs occupés à entourer des tubes en fonte de toile de coutil goudronnée destinés à remplir l'office de canons ; des perquisitions à leur domicile amenèrent ladécouverte d'une association ayant, d'après les feuilles du gouvernement, les plus vastes ramifications; de nombreuses arrestations furent opérées. Le Moniteur déclara cependant quelques jours après qu'il ne fallait pas attacher une trop grande importance au com- {rfot de la Reine^Bianche. Le tribunal de police correction-
nelle n'en prononça pas moins, le 18 septembre 1852, les condamnations suivantes contre les accusés Yiguier, ancien officier de marine, deux ans de prison (par défaut) ; Durand père» trois ans; femme Durand, deux ans ; Durand fils, quinze mois; Corbet, trois ans; Ménard» dix-huit mois; Bertbé, trois ans; Pâté, deux ans; Carpeza, deux ans; Brasseur, vingt mois; Machinal, dixhuit mois; Pelletier, deux ans ; Gradelet, quinze mois ; femme Desmares, deux ans; Henri Favre, médecin, deux ans. Ces citoyens montrèrent une grande fermeté pendant les débats, et ils accueillirent le jugement aux cris de : Vive la République 1
l^ Prince-président allait commencer dans le Midi son voyage à la recherche d'une couronne; M. Sylvain Blol, préfet de police à Marseille, met aussitôt la main sur une machine infernale se composant de 250 canons de front, plus de quatre canons de tromblon divisés en 28 assemblages, déposés dans une maison du grand chemin d'Âix,
La police s'introduit dans cette maison et s'empare de deux hommes : Baekler et Gaillard. Ce dernier s'échappe. Des arrestations ont lieu à Paris et dans toute la France. Les journaux du gouvernement apprennent à leurs lecteurs que la machine infernale de Marseille a été fabriquée par les membres d'une société secrète dite des invisibles j dont le but est la mort du chef de TÊtat, le piW lage et la ruine de la société. Les projets incendiaires des invisibles vont se dérouler devant la cour d'assises, car Gaillard a été entouré, pris et garotté à Saint-Êtienne dans le bureau même du commissaire de police où il est venu chercher un passe*port. Les journaux officieux s'é-
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tendent sur rarrestation de cet homme et sur ses révélatkffis touchant la terrible société dont il est évidemotent le chef. Le lendemain ils sont obligés de se rétracter : rbomme en prison à Saint<-Ëlienne n'est qu'un faux Gaillard, le vrai est en fuite, mais on ne tardera pas à rarrMer. La machine infernale, en attendant, est déposée au greffe de ia cour d'assises d'Aix qui a commencé riDstruction de Taffaire* Le plébiscite pour le rétablisse^ iDeot de l'Empire ayant été adopté à une majorité oonsi*^ dérable, la machine infeniale fut mise de côté.
Bianqui s'étant échappé de Belle-Isie, et quelques troubles ayant eu lieu à Paris à Tenterrement de l'ouvrier LeboD, de nouTellea arrestations désolèrent les familles dans les départements et à Paris. Le procès de la machine infernale de Marseille allai t^ ditron, être repris ; mais bientôt ratteoUon publique fut attirée par la presse du gouvernement sur une nouvelle conspiration. La police venait, à les en croire, de s'emparer des émissaires du comité de la Commune révolutionnaire de Londres, por^ teurs d'une liste de gens auxquels ils pouvaient s'adresser pour contracter un emprunt. Les vexations et les perse* cutions redoublèrent à cette occasion contre les républicains. Le préfet de Yaucluse lança des circulaires pour empêcher les réunions aux funérailles; le commissaire central saisit à Marseille le produit d'une quôte qui se faisait, d'après lut, dans un but essentiellement politique. Les prisons se remplirent de nouveau ; la police prétendit avoir trouvé chez certains individus arrêtés des diplômes de « membres de la sainte cause » .
U misère était grande parmi les réfugiés à Londres, Le comité de la Commune révolutionnaire eut l'idée
d'émettre des bons à un Franc, qui, joints au produit de la vente de divers manifestes républicains sortis de la plume de Félix Pyat, viendraient en aide aux familles des proscrits. La police mit la main sur les émissaires partis de Londres pour placer à Paris ces bons et ces manifestes. Elle découvrit une partie de leurs papiers dans la boutique d'une fruitière de la rue Neuve-des-Auguslins, la veuve Libersalle ; elle eut aussitôt recours à sa tactique ordinaire. Elle groupa les personnes arrêtées en diverses catégories, forma un faisceau de faits isolés, de façon à le présenter comme le résultat d'un complot* La justice se chargea du reste. Les débats de l'affaire de la Commune révolutionnaire s'ouvrirent le 22 juillet 1853 devant la police correctionnelle ; vingt et un individus étaient inculpés.
Premièrement : Félix Pyat, Boichot, Caussidière, L. Avril, Bougée, Baoul Bravard, Aug. Berlier, Génin, Alph. Gravier, veuve Libersalle, Bardot, Cordier, Laugénie, Merlet et Vigneaud, d'avoir, en 1852 et en 185S, fait partie d'une société secrète ;
Deuxièmement : Félix Pyat , Boichot , Caussidière , L. Avril, Bougée, Bravard et Berlier, d'avoir été les chefs et fondateurs de ladite société ;
Troisièmement : Bravard, Berlier, Génin, Gravier, veuve Libersalle, femme Foubard, époux Obin et Besenfants, d'avoir à Paris, en 1853, distribué des écrits sans autorisation ;
Quatrièmement : Bravard, Berlier, Génin, Gravier, veuve Libersalle, femme Foubard, époux Obin et Desenfants, d'avoir, par l'un des moyens énoncés en l'art. !•' de la loi du 17 mai 1819, en vendant et en distribuant l'écrit intitulé : Lettre au peuple français^ daté de Lon-