M. SAINTE-BEUVE SIFTLÉ AU COLLÈGE DE FRANGE
lear fidélité au passé de voile transparent dont se couvrent les envieux, les jaloux, les détracteurs du temps présent. Les étudiants résolurent de profiter de la nomination de M. Sainte-Beuve à la cbaire de poésie latine au Collège de France pour lui témoigner leurs sentiments; ils se portèrent à son cours le jour de l'ouverture et Vempéebèrent de parier. M. Sainte-Beuve accepta la condamnation, et donna sa démission.
M. Nisard, quelques années plus tard, en 1855, recul une leçon pareille. Tour à tour républicain, orléaniste, impérialiste, comme M. Sainte-Beuve, ses travaux sur les poètes latins de la décadence lui valurent la place de maître des conférences à TÊcole normale pour la littérature française. Le retentissement donné par la polémique des journaux à son article sur la lUtiratisre facile rendit ion nom presque célèbre, et le fit député de la Côte*d*Or, ffofiBsseur d'éloquence latine au Collège de France, cbef du secrétariat au ministère de Tinstruction publique, maître des requêtes et chef de la division des sciences et dtt arts. M. Nisard perdit tout cela en février. Ayant ïmk vite fait acte d'adhésion à l'Empire et proclamé dans les journaux son dévouement au nouveau mattre, M. Fortoul lui donna comme première récompense l'inspection gé- Dérale de renseignement supérieur, puis la cbaire d'éloquence française à la Sorbonne, vacante par la mise à la retraite de M. Villemain. M. Nisard n'était pas homme à refuser son concoura à l'oravre réparatrice du ministère de rinstruction publique, et s'il regreUa quelque chose, ce fut de n'èlre pas chargé de raccomplir lui-même. La jeunesse lui reprochait d'avoir déclaré en pleine Sorbonno, le jour où M. Duruy soutenait sa thèse de doctorat, qu'il
Il» L'IMPIBE.
y a deux morales, Tuoe bonne pour le vulgaire, Tautre à l'usage des hommes politiques et des faiseurs de coups d'État. M. Nisard s'est défendu depuis d'avoir jamais professé une pareille doctrine. Mais dans les premiers moments, les étudiants, sans attendre la justification de M« Nisard, et profitant de cette occasion pour protester contre les palinodies honteuses dont ils étaient journellement témoins, se rendirent à son cours et le sifflèrent. Les sergents de ville ayant opéré des arrestations, na procès eut lieu, à la suite duquel les étudiants Roland (1), Rogeard (2), Lefort et plusieurs autres furent condamnés à l'amende et à la prison.
L'enterrement civil du sculpteur David (d'Angers) eut lieu le 7 janvier 1856 (â). Le chansonnier Béranger, reconnu dans la foule, fut salué par les étudiants (&) aux cris de Vive la liberté \ Ce cri que Paris n'avait pas entendu depuis le 2 décembre était d'un bon augure sorti du cœur de la jeunesse, et donna lieu à des arrestations. Les générations nouvelles appartenaient à la république, mais leur jour n'était pas encore venu ; les anciennes générations,
(1) nit de madaino PauMoe Rolaiid.
(2) Auteur de : Les propos de Labienut.
(8) M. de Comenin, conseiller d'&tat, en appreDant que le corpt de celai qu'il appelait son ami ne serait pas porté à l'éf lise, quitta iffimidiateoient la maison mortuaire. 11 fit dire à la famille de DaTÎd qu'il allait à régUse Toîtine bire célébrer une messe pour le repos de Tàme du défUnt.
(d) Une chanson manuscrite, attribuée à Béranger, fut mise en circulation à eette époque. En Toici un couplet :
Oui, i'ai chanté l'épopée héroïque Des habits bleus par la victoire usés.
C'étaient les fils de notre république Battant vingt ans les rois coalisés ; Mais ce soldat bien brossé qui nous gnatte. Qui nous tuerait pour passer oflicier.
Est-ce le mien trinquant à la guinguette? ▲Il ! pardonnes au pauvre chansonnier*