M. SAINTE-BEDYB SIFFLÉ À!) COLLÈGE DE FRANCE
départementales et municipales* L'esprit français est prompt à donner aux influences passagères qu'il subit la forme d'une théorie politique; il croit ainsi les justifier. Le découragement qui s'empare des partis au lendemain de leur défaite, transformé en doctrine de l'abstention, se propageait sous la forme d'un principe. La plupart des notabilités du parti républicain, en professant cette opi* Dion peu comprise des masses que la meilleure manière d'agir contre le gouvernement était de ne pas agir du tout, allaient aunlevant des vœux du pouvoir, et retardaient comme à plaisir le réveil des idées républicaines. Cette politique de Fabdication ne pouvait pas être de longue durée. La jeunesse studieuse n'avait heureusement pas abdiqué ; la nomination de M. Sainte-Beuve à la chaire de poésie latine au Collège de France, lui fournit une occasion de montrer, presque au lendemain du coup d'Etat, que ses vieux instincts d'honneur, de liberté, d'indépendance, vivaient toujours.
M. Sainte-Beuve, ami de Carrel et rédacteur du National^ cessa bientôt de se plaire dans les rangs de la démocratie. Le gouvernement constitutionnel de Juillet lai offrit la croix d'honneur et une place de bibliothécaire qu'il accepta, mais en homme qui ne se croit point payé à son prix, qui proteste intérieurement et qui attend Toccasion de dire leur fait à ceux qui l'ont marchandé. La révolution de Février, ravivant en lui le souvenir et peut-être le remords de sa défection républicaine, il éprouva le besoin de se croire persécuté, et partit pour la Bdgique. Personne ne songeait à lui. Il revint de l'exil à rappel du docteur Yéron, pour se porter au secours de la société, de la famille et de la religion menacées. M. Sainte*
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lia L'BHPIKE.
Beuve, devenu rédacteur du Constitutionnel^ bonapartiste, conservateur et surtout dévot, reparut sous les traits d'un ultra de la Restauration , relevé d ' une pointe de mysticisme. 11 s'en prit non-seulement à Tathéisme et à Tirréligion, mais même à un certain libéralisme innocent et catho* lique. Il signala comme un délit social la publication des Ruines et du Catéchimie de la loi naturelle de Vobiey. Un jour vint même où la liberté de conscience telle que l'entendaient Marguerite de Navarre, Lbospital et Bayle, lui parut incompatible avec l'existence d'un gouvernement stable.
M. Sainte-Beuve, converti au despotisme en littérature ôomme en politique, regrettait qu'il eût manqué à la littérature de 1880 un Boileau soutenu par un Louis XIV. C'est un tort de croire, disait-il, qu'on ne dirige pas l'esprit public, et pour le prouver, il se mit à le diriger à sa façon, remplissant le rôle de critique d'État, rectifiant, gourmandant, prêchant tous les lundis les écrivains de l'opposition, applaudissant aux déplorables réformes universitaires de M. Fortoul et surtout à la bifurcation.
Les anciens amis de M. Sainte-Beuve, gens d'esprit et d'expérience indulgente, connaissant son caractère facile aux rancunes, patient aux vengeances, prompt au cbaugement, ne s'étonnèrent point de sa métamorphose et s'amusèrent de ses attaques cx»ntre l'opposition de l'Académie française dont il faisait partie contre les salons de la monarchie de Juillet dont il avait été l'humble protégé. Mais le cœur généreux de la jeunesse s'indigna en voyant M. Sainte-Beuve se séparer, au lendemain de leur défaite, des hommes avec lesquels il avait passé sa jeunesse, le meii* leur temps de la vie, se moquer de leur tristesse et traiter