U LËGITIHITË. — L*0RL.£AN1SM£. — U FUSION
SoHMAiiC. -•- Lo parti légitimiste. — HdnîfleBte de WiesbaAen. ^— Le dae de Lévis, le duc Des GarS| le marquis de Pastoret, le général de Saint-Priest, Berryer, désignés comme ses mandataires fvar le comte de Chambord. — Manifestes du comte de Cbambord. — La majorité du parti légitimiste se rallie à l'Empire. — Défection de MM. de la Rochejacquelein, de Mouchy, de Pastoret. — Mesures du gouvernement français contre les correspondants légitimistes.— Arrestations de MM. de Saint-Priest, duc d'Almazan, René de Rovigo, de la Pierre, Yiilemessant, Virmaîlre, Aiibertin^ de Goetlogou, de Mirabeau. — Le gouvernement, pour tenir la balance égale entre les partis, fait arrêter MM. Théodore Pelloquet, Eugène Chatard, Charles Monselet, Vergniaud, Gharreau père, Etienne, Gérard. — Procès des Correspondants.
— Poursuites contre les légitimistes dans les départements. — Le complot de Vincennes. — La Ligue fédérale. — Décadence du .parti légitimiste. — Le jockey-club et la légitimité. — Le comte de Ghambord et le Grédit foncier.
— Les légitimistes et la Russie. — L'orléanisme et la légitimité. — Les orléanistes et les républicains. — Le stathoudérat. — Procès du Bulletin français à Bruxelles. — Les décrets du 24 janvier au Gonseîl d'État. — Démission de M. Reverchon, conseiller d*Ëtat. — Procès de M. Bocher. — La fusion. — Son origine. — Entrevue entre le comte de Ghambord et le duc de Nemours à Vienne. — Mort du dernier Louis WII. — Brochures bonapartistes contre la fusion. — M. Troplong descend dans la lice. — Le comte de Chambord à Nervi, — La fusion est rompue.
Sous la République, le parti légitimiste était en proie à des dissensions qui dataient du règne de Louis-Philippe; une fraction de ce parti, représentée par la Gazette de France, visait à reconstituer la monarchie héréditaire légitime sur la base du suffrage universel par une sorte de fusion mystique entre la droit divin et la souveraineté populaire. Les partisans du droit divin pur n'attendaient qu'une occasion solennelle pour faire condamner cette hérésie par le représentant même du principe de la légitimité.
LE COMTE DE CHAMBORD Â EUS. f 19
Le comte et la comtesse de Chambord s'étaient reDdus àEms en 18ili9. M. de laRocbejacquelein, alors en grande faveur auprès du prétendant, avail présidé dans cette ville une sorte de congrès légitimiste. L'année suivante, pendant le mois d'août, Théritier des Bourbons de la branche atnée, profitant de la prorogation de TAssem* blée législative, établit sa résidence à Wiesba^n» où « de tous les points de la France des hommes repré^ i> sentant les diverses positions sociales accoururent avec » un religieux empressement pour présenter leurs hom- » mages au petit^-fils de Henri IV »« Les membres royalistes de l'Assemblée législative se sont fait un devoir de se rendre les premiers à Wiesbaden ; le comte de Chambord les a reçus chacun en particulier, afin de se faire une idée exacte du mouvement des esprits et des divers intérêts des populations dans chaque département. Le comte de Chambord, dans ces différents entretiens, c s'est montré constamment préoccupé de la ligne de » conduite qu*en ce moment plus que jamais il importe • de suivre avec ensemble pour activer te progrès des » opinions légitimistes, et maintenir en même temps les » principes au-nlessus de toute atteinte (1) • •
Cette note s'adressait aux rédacteurs de la Gazette de France et à leurs adhérents. Les amis du comte de Chambord lui conseillèrent, pour corroborer et préciser le sens de la leçon, de publier une déclaration qui marquerait le but et les résultats de son voyage.
L'influence de M. de la Rochejacquelein avail eonsidérablemeot baissé à cette époque^ La <léokFation parut
(1) LUnion.
avec la signature de M. de Barthélémy ; elle se lermi* naît ainsi :
c M. le comte de'Chambord a déclaré qu'il se réservait la direction de la pditiqae générale.
» Dans la prévision d'éventualités soudaines et pour assurer cette unité complète de vue et d'action qui seule peut faire notre force, il a désigné les hommes qu'il déléguera en France pour rappUcalion de sa politique.
» Cette» question de conduite devait nécessairement amener l'appréciation définitive de la question de l'appel au peuple.
> Le comte de Ghambord condamne formellement le système de l'appel au peuple comme impliquant la négation du grand principe national de l'hérédité monarchique.
> Il repousse d'avance toute proposition qui, reproduisant cette pensée, viendrait modifier les condidons de stabilité qui sont le caractère essentiel de notre principe, et doivent le faire regarder comme l'uniqae moyen d'arracher enfin la France aux convulsions révolutionnaires.
n Le langage de M. le comte de Ghambord a été formel, précis ; il ne laisse aucune place au doute, et toute interprétation qui en altérerait la portée serait essentiellement inexacte.
» Tous ceux qui sont venus à Wiesbaden ont connaissance de cette décision; tous ont entendu M. le comte de Ghambord se prononcer avec la même fermeté, tandis que l'émotion profonde et l'expression du vrai bonheur qu'il pouvait remarquer sur tous les fronts semblaient lui promettre que cette déclaration venue de l'exil serait désormais une règle absolue pour tous les légitimistes de France. Mettre fin k toutes ces di^dences qui l'ont si vivement attristé et qui n'aboutissent qu'à notre amoindrissement ; abandonner sincèrement, absolumentj tout système qui pourrait porter la moindre atteinte aux droits dont il est le dépositaire ; revenir à ces honorables traditions de discipline qui seules peuvent relever, après tant de révolutions, le sentiment de YautorUé ; rester inébranlable sur les principes, modéré et conciliant pour les personnes : tel est le résumé de toutes les recommandations qu'il nous a adressées, et qui, nous en avons la confiance, seront fécondes en heureux résultats.
> Ce qui en ressort incontestablement, c'est que, la direction de la politique générale étant réservée par M. le comte de Ghambord, aucune individualité y soit dans la presse, soit ailleurs, ne saurait désormais être mise en avant comme représentation de cette politique. En dehors de M. le comte de Ghambord, il ne peut y avoir aux yeux des légitimistes que les mandataires qu'il a désignés, et qui sont : MM. le duc de Levis, le général de Saint-Priest, Berryer, le marquis de Pastoret, le duc Des Cars.
> De retour en France, j'aurai comme par le passé l'honneur de tous transmettre leurs instructions, et j'ai la confiance que vous voudrez bien me continuer votre précieux concoura et me tenir au courant de la situation de votre département. »
Manifeste du comte de châmbord. i2i
Ces idées étaient peu faites pour rallier les esprits libé-raux à la monarchie d û droit divin. Le comte de Chauibord , averti du mauvais effet de son manifeste, en publia un second sous la forme d'une lettre de félicitation adressée à M. Berryer sur son discours dans la séance du 1 6 janvier 1851. Le comte de Châmbord s'adressa de nouveau à la natioii le 27 avril 1852, et le 27 octobre avant la proclamation de l'Empire. Voici le passage le plus impor^ tant de son manifeste à ce sujet :
« Français, tous Toulez la monarchie, tous avez reconnu qu'elle seule peut rendre, aTec un gouTemement régulier et stable, cette sécurité de tous les droits, cette garantie de tous les intérêts, cet accord permanent d*une autorité forte et d'une sage liberté qui fondent et assurent le bonheur des nations. Ne vous livrez pas à des illusions qui tôt ou tard tous seraient funestes. Le nouvel Empire qu'on vous propose ne saurait être cette monarchie tempérée et durable dont vous attendrez tous ces biens. On vous trompe, et Ton se trompe quand on vous le promet en son nom. La monarchie véritable, la monarchie traditionnelle, appuyée sur le droit héréditaire et consacrée par le temps, peut seule vous remettre en possession de ces précieux avantages et vous en &ire jouir à jamais. Le génie et la gloire de Napoléon n'ont pu lui sufQre à fonder rien de stable ; son nom et son souvenir y sufBraient bien moins. On ne rétablit pas la sécurité en ébranlant le principe sur lequel repose le trône. On ne consolide pas tous les droits en méconnaissant celui qui est parmi nous la base nécessaire de Tordre monarchique. La monarchie en France, c*est la maison royale de France indissolublement unie à la nation. Mes pères et les vôtres ont traversé les siècles en travaillant de concert, selon les mœurs et les besoins des temps, au développement de notre belle patrie. Pendant quatorze cents ans, seuls entre tous les peuples de rEurope, les Français ont toiiyours eu à leur tête des princes de leur nation et de leur sang. L'histoire de mes ancêtres est l'histoire de la grandeur pro* gressive de la France, et c'est encore la monarchie qui Ta dotée de celte conquête d'Alger, si riche d'avenir, si riche déjà par les hautes renommées militaires qu'elle a créées, et dont la gloire s'ajoute à toutes nos gloires. »
Le comte de Châmbord finissait par cet engagement solennel : « Fidèle aux lois du royaume et aux traditions 9 de mes aïeux, je conserverai religieusement jusqu'à » mon dernier soupir le dépôt de la monwçbiç b^rédi*
ils L'KMMKE.
» taire dont la Providenoe m'a confié la garde et qui est ]» l'unique port de salut où, apréà tant d'onces, cette » France, objet de tout notre amour, pourra retrouver » enfin le repod et le bonheur. »
Cette protestation, lancée des rives du Rhin par le comte de Chambord, à la tète d'un corps d'armée, aurait pu produire un certain effet ; mais partie du fond d'un château de la Bohème, elle n'éveilla point d'échos. Le gouvernement la fit publieSr tout entière dans le Mom^ leur du 15 novembre 1852.
La majorité du parti légitimiste semblait plus di^osée à suivre Texemple du clergé devenu ardent bonapartiste qu'à se rallier à la voix de Thérilier des lis. La célébration officieuse de l'anniversaire du Î81 janvier, l'empressement des plus hauts fonctionnaires à contremander leurs fêtes ce jour- là, rengagement de rendre à la noblesse son ancien lustre et de poursuivre les usurpateurs de titres, le projet de tailler en Algérie des espèces d'apanages au profit des serviteurs du règne, la publication de brochures parlant com plaisamment du rétablissement du droit d'aînesse et du mariage religieux, engageaient beaucoup de légitimistes à se rapprocher de l'Empire. Qu'est-ce^ après toy t^ qtie le droit divin? un dogme religieux qu'il faut bien se garder de confondre avec le principe dynastique. L^histoire démontre que les races elles familles s^éteignent; les derniers A^Nivingiens, tondus et jetés au dottro, o'ar vaient-ils pas fait place à une nouvelle dynastie à laquelle le pape conféra la légitimité par le sacre de Charlemi^ne? L'ï^;^ conférant la légitimité, le premier Napoléon a donc pu être investi régulièrement de ce droit par la cérémonie du ssfcre. Le comte de Chambord^ d^aïUeurs,