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CIRCULAIRES DES PRÉFETS

»I1 vous appartient, monsieur le maire, d'aider dans ces limites le zèle des électeurs de votre commune. Rappelez-leur combien il importe que ce nouvel exercice de leurs droits de citoyens consacre une fois de plos leur étroite union avec la politique impériale. Engagez-les à se reodre tous au scrutin et à y déposer le témoignage de leur sympathie pour les hommes honorables présentés à leur choix par Tadmiùistration. Elle a la conscience de servir les intérêts de la population en appelant sar ces candidats la préférence des électeurs, et par cette déclaration (hache elle entend favoriser, comme elle espère devancer la véritable expression de l'opinion publique. »

La circulaire de M. Tonnet, préfet du Calvados, contient cette phrase significative :

c Dans cette grande manifestation de l'opinion publique, c'est un devoir pour chacun de nous d'apporter dans l'urne notre bulletin de vote. C'est un témoignage de reconnaissance que nous devons au gouvernement de l'Empereur, et s'il m'était permis de mêler à ces sentiments l'expression de l'estime que vous portez à mon administration, je serais heureux d'en avoir la mesure par votre empressement à répondre à mon appel. »

Voler pour les candidats extra-officiels c'était donc montrer des sentiments peu sympathiques non-seulement au gouvernement de TEmpereur, mais encore à l'administration départementale.

M. Remacle, préfet du Tarn, donne aux sous- préfets et maires les instructions suivantes :

«Vous mettrez un soin particulier à presser les électeurs, principalement dans les campagnes, de se rendre au scrutin. Pleins de confiance dans l'élu de la nation et témoins de sa sollicitude pour toutes les classes de citoyens, ils s'en remettront volontiers à lui du soin de tous leurs intérêts. Montrez-leur qu'il s'agit du fonctionnement régulier de la constitution que l'Empereur lui-même nous a donnée ; qu'en allant nommer leurs députés ils Feront preuve d'attachement aux institutions impériales ; qu'il s'agit d'une grande manifestation populaire servant à faire ressortir Tinsigne faiblesse des partis hostiles, s'ils osent se produire, et que toute hésitation doit cesser devant ce grand but politique à atteindre. »

M. le préfet des Deux-Sèvres recommande T unité du vote, gage de 1* unité de sentiments :

c Imposez silence aux adversaires, s*il s*en rencontre ; empécbei énergiquemenl leurs manœuvres. Excitez ceux qui voudraient s'absteair; rappelez-leur que le temps n'est pas encore bien loin où ils tremblaient pour leurs intérêts les plus chers. Rassurés aujourdliui, voudraient-ils risquer de ralentir les progrès de la polit iq je glorieuse et réparatrice de Napoléon III? Ingrats et imprudents I ils seraient les premiers è gémir et à regretter. »

M. le préfet de la Nièvre, en recommandant aux maires de la 1" circonscription électorale la candidature de M. le général baron Petiet, député sortant, leur trace ces règles do 'conduite :

4 Aucun comité électoral, aucune réunion spéciale ne doivent être tolérés. La liberté de suffrage universel n'a pas besoin de ces moyens pour s*exercer avec sincérité. »

M. Belurgey de Granville, préfet de TAube, s'adresse en ces termes à ses agents :

(( Pour nous, fonctionnaires publics, à quelque degré de la hiérarchie que nous soyons placés, nous n'oublierons pas que l'autorité et la légitime influence que donnent les fonctions que nous tenons de la confiance du gouvernement, doivent tout entières être consacrées à faire prévaloir ses décisions et à faire respecter les lois.

» Dans cette ligne de conduite, toute simple et toute locale, aucun fonctionnaire, aucun agent de Tadministration, j*en suis convaincu, oe fera défaut.»

M. Bourlon de Rouvre, préfet des Vosges, apprécie ainsi la candidature extra-officielle de M, Buffet :

< L'ex-ministre se plaint d*être signalé aux électeurs comme sollicitant les suffrages pour faire de Topposition à celui qui fut son bienfaiteur.

» Il ne nie pas qu*il est l'adversaire du gouvernement impérial. Il prend même soin, par des attaques plus violentes et plus injustes que celles contenues dans sa circulaire du 4 4 de ce mois, de oiieax indiquer les sentiments baineux qui Tont déterminé à se mettre sur les rangs pour la députation.

^11 nie dofic les bienfaits doni il a été comblé par le chef de l*Étai.

B Les électeurs des arrondissements de Mireeourt et de Neufchâteau sont appelés à décider si rhomme qui manifeste sa reconaaissaoce de cette manière mérite leur coaflaoce.

» Us D*hésiteroat pas à doaaer une leçon sévère à M. Buffet. >

De nombreux journaux, entretenus aux frais du gouvernement par les subventions et par les annonces judiciaires quand les subventions ne suffisent pas, servent d'auxiliaires dévoués aux préfets. Les uns, comme le Journal du Tarn^ célèbrent la grandeur de la candidature officielle :

c Ce qui assure le succès des honorables candidats, ce qui donnera ua grand éelat à leur triomphe, c*est la désignation que le gouvernement a faite d'eux pour les circonscriptions dans lesquelles ils se présentent. A ieui-s titres pcrsoanels Tiennent se joindre, dès ce mqment, ceux que le gouTernement lui-même présente à la conGancé et à la reconnaissance du pays. Représentants de sa cause, ils reçoivent de lui leur principale force. Ils deviennent ses hommes, et les sulîrages de ses amis, c* est-àdire des amis de l'ordre, leur appartiennent tous sans exception. >

Le Mémorial de la Creuse fait valoir Tinfluence du candidat officiel :

c Nos lecteurs apprendront avec plaisir que, sur la recommandation ^ M. Sallandrouae de Lamornaix, 8. Ëxe. M. le ministre des cultes vient d accorder un secours de 3000 francs à l'école chrétienne conimuaale de notre ville...

* Mous avons la douée assurance que M. Sallandrouxo do Laraorcaix, notre député, qui connaît et sait si bien servir les intérêts des arrondissemeuts qu'il représente, recevra dans quelques jours, de la part de ses concitoyens, un nouveau et édataot témoignage de eonfianeo, d'estime et d'affection. »

Le Napoléonien^ seul journal désigné pour rinsertion des annonces légales et judiciaires de rarroodisseoient Je Troyes, — tel est son titre, — trace ce portrait flatteur du candidat qui se présente avec l'appui de M. le préfet :

^Ikmxtwrs faciles^ d'un abord aceessible à tou^, M. Moreaii ne sera

jamais plus heureux que lorsqu'il pourra se faire, auprès du gouveroement, rinterprète de ses compalrioles. Son mandat lui sera rendu par sa position indépendante, les fonctions qu'il a remplies , ses relations de de famille et la haute confiance dont Thonore TËmpereur... >

Le Var est le plus ingénieux et le plus fécond avocat pour M. Lescuyer-d'Attainville :

(( La même activité que M. d'Altainville a déployée dans les queslions de rembranchcment de Draguignan et de la route de Vence, il va li mettre au service des intérêts de ce canton qui attend avec anxiété la solution des affaires relatives aux chemins du Muy à Sainte-Maxime, et de Sainte-Maxime à Hoquebrune. L'opposition du génie pèse sur. ces voies de communication pr'ojetées, mais nous espérons qu'avec un tel avocat l'intr rêt des populations finira par triompher. »

Une loterie a été tirée à Angoulème : la Charente mpoléonienne saisit habilement cette occasion pour faire réloge de M. le général Gellibert des Seguins, candidat de Tadministration :

c Trois mille trois cents billets ont été pris et deux cent vingt-trois lots tirés. Le beau lot donné par S. M. l'Empereur a été gagné par rbonorable général Gellibert des Seguins, qui a représenté la Chareote avec tant de dignité, et qui a su, pendant le cours de son existence parlementaire, acquérir de beaux droits aux suffrages des électeurs. >

Les journaux subventionnés ne se contentent pas de chanter les louanges des candidats of&ciels, ils combattent à outrance les autres. La Franche-Comté prêteà M. de Montalembert Tintention de se présenter aux élections, en se résignant « à avoir contre lui les campagnes et le clergés . M. de Montalembert réplique qu'il se représente, mais qu'il ne renonce point à l'appui «des honnêtes gens, sans distinction entre les villes et les campagnes, entre les prêtres et les laïques » . M . le comte de Montalembert ajoute :

c Je n'ai renoncé à aucun des principes, ft aucune des croyances qui

m'oQtTaltt trois fois l'honneur de représenter les électeurs indcpendanis do Doahs, et j'ai la conscience de ne leur avoir fourni aucun motif légitime de changer d'opinion sur mon compte, n

La Francke-Comté reprend avec indignation :

c Tant que le député du Doubs a défendu, avec le talent que chacun se platt à lui reconnaître^ le grand principe d'autorité, ses commettants l'ont applaudi et lui ont maintenu leur confiance ; mais, depuis qu'aux yeux du dei^é catholique il s'est fait le chef d'une petite Église et qu'aux yeux des habitants des campagnes il s'est montré l'advei'saire du gouveroement de celui qu'ils ont acclamé co«nme le sauveur et la gloire de la France, à quel titre M. de Montalembert pourrait-il revendiquer leurs suffrages? »

La Franche-Comté trouve ensuite, pour'démolir la candidature de }L de Montalembert et pour défendre celle de M. de Conegliauo, des arguments qui ne manquent ni d'imprévu ni d'originalité :

c M. de Montalembert ne doit compte qu'à lui-même et à l'histoire des errements de sa vie politique. Mais nous dirons aux électeurs : Votre ancien député a perdu la confiance de l'Empereur; voyez si vous voulez lui conserver la vAtre. Il s'est posé en adversaire déclaré de ces institutions que vous avez fondées, de cet ordre de choses que vous avez fait, de ce gouvernement que vous aimez parce qu'il est votre œuvre, parce qu'il répond essentiellement à vos instincts et à vos besoins, parce qo'enfin il a porté la France au plus haut degré de prospérité et de grandeur; voyez si vous voulez vous déjuger.

i> Et ù ceux qui discuteront les titres de M. le marquis de Gonegliano, nous ne répondrons que ceci : Quand on a l'honneur d'être le petit-fils du maréchal Moncey, on peut se présenter avec confiance devant des Francs-Comtois. »

M. J. Brame, candidat dans le département du Nord, a commis l'imprudence de se dire indépendant; le Mémorial de Lille trouve Tépithète surannée et impliquant une antithèse injurieuse pour son concurrent et pour le gouvernement qui propose celui-ci aux suffrages des électeurs*, hd Mémorial de i/i/fe n'admet pas qu'un

candidat veuille môme causer un déplaisir au gouvernement. Voici le dilemme dans lequel il place M. Brame :

c En résumé, ou M. Jules Drame est un adversaire de la politique impériale, et il ne doit pas être nommé par une population intelligente, laborieuse, dévouée, qui a si grand intérAt à ce que Tavcnir soit calme pour permettre à TKmpereur d'achever son œuvre; ou bien M. Jules Brame a la môme foi politique que M. Th. Descat, et il ne devrait pas jeter la division parmi les électeurs, provoquer un acte qui, en même temps qu'il serait empreint d'ingratitude envers un député qui a fait son devoir, ressemblerait à une tentative d*opposition^ et apporterait, sinon une entrave, au moins un déplaisir au gouvernement de YEmpereur. »

M. Louis Bazile, député sortant pour les arrondissements réunis de Chàtillon et de Semur (Côte-d'Or), a pour concurrent M. L. Philippon de Larrey. Lç- Moniteur de la Côle-dOr ne publie point la circulaire électorale de ce dernier, mais il la critique vivement. Deux choses dans cette circulaire ont le privilège de Tindiguer :

« M. Philippon c désirerait, dit-il, que le gouvernement rendU de 1 rinitiative aux mandataires du pay§ et ouvrit un champ plus large à > la discussion ». C* est-à-dire que M. Philippon voudrait nous replacer précisément dans la situation périlleuse d'où le 2 décembre nous a si heureusement fait sortir .

9 Tout le monde a déjà remarqué que M. Philippon garde un silence absolu sur les institutions impériales, qu'il n^exprime pas la moindre adhésion à ces institutions qui ont rendu à la France sa Torce, sa gloire, sa grandeur et sa prospérité.

» Les électeurs qui connaissent 11. Philippon sauront parfaitement ce que veut dire ce silence intentionnel »

M. de Romand dit dans sa circulaire aux électeurs de Saône-et-Lolre : « Je me suis assuré depuis longtemps de » l'agrément du gouvernement de TEmpereur, en ce qui » concerne mon entrée au Corps législatif. » Et plus loin : « J'ai prévenu de mes intentions le gouvernement de » l'Empereur , ainsi que M. le préfet du département. »

Le Journal de Saône-et-Loire s'élève contre cette affirmatiou :

< Il est vrai que M. le baron de Romand se garde bien de dire quel accueil ont reçu ses dernières ouvertures, et nous comprenons fort bien sa rôserve. Mais que lui importe que son nom n'ait pas été Tobjet d'une désignation offîcielie? Il s'en console aisément, et, à l'aide d'une inlerprélatioQ ingénieuse, il trouve le moyen de donner au langage de M. le uiioistre de l'intérieur un sens favorable à ses vœux •

Le Périgord insère la note suivante : « Le gouverne- » ment démont formellement Tassertion que M. Gibiat D s'est permis d'insérer dans sa lettre aux électeurs, en » affirmant qu'il se présente à leurs suffrages avec tatiio- » risaiion du gouvernement. Sa candidature est, au con- » traire, complètement désavouée.» M. E. Gibiat reuonce alors à la candidature pour ne pas engager ses amis dans une voie qui pourrait devenir périlleuse pour eux.

Le Corrézien de Tulle^ déconcerté dans sa marche par la publication tardive de la circulaire de M. le ministre de rintérieur, expose avec une naïve tristesse les inconvénients de la position d'un journaliste de province :

c La province n*a plus d'opinion ; elle l'attend par le courrier. Nous aroos compris autrement notre mission. Depuis tantôt sept ans que nous écrivons dans ce déparlement, nous avons voulu, avant tout, être nous^ c'est-à-dire ne jamais accepter les jugements tout faits, et suivre la ligne que nous nous sommes tracée, sans emportement mais aussi sans faiblesse, car nous ne sacriQons nos convictions & quelque intérêt que ce soit.

> Cette indépendance, qui n'exclut pas la prudence, n'est pas suffisamment comprise et appréciée autour de nous. »

La Charente îiapoléonnienne publie un article destiné à prémunir les électeurs contre les fausses nouvelles :

« 11 faut se défier des parents, des amis, des agents intéressés : ils transforment en réalité ce qu'ils espèrent.

» Nous engageons les lecteurs à ne pas se laisser surprendre, à se dcfendrc des égarements dans lesquels on tente de les entraîner, et à réserver leurs suffrages pour les candidats qui représentent le mieux leurs vériut* blés sentiments, pour les candidats présentés par le gouvernement. »

Le Courrier de la Rochelle dit le vrai mot sur le rôle de la presse en ce moment :

« La presse départementale étant condamnée à se mouvoir dans un cadre si restreint qu'elle craint à chaque instant de se heurter contre un danger imprévu, son rôle se réduit à exposer simplement les faits. •

Aucun candidat, quelque dévoué qu'il soit au gouvernement, n'ose solliciter les suffrages des électeurs s'il n'en a pas obtenu Tautorisation officielle. Des renseignements particuliers, adressés à la Patrie par son correspondant du département de Vaucluse, affirment qu'il était question de remplacer M. Millet par M. Pamard, maire d'Avignon, et chaudement appuyé par le préfet, M. Durand Saint- Amand. M. Pamard, maire d'Avignon, s'empresse de répondre àlaPa^r/(?qu'il ne croit pas devoir accepter la candidature qui lui a été offerte par un certain nombre de ses concitoyens, tant que le gouvernement ne s'est pas décidé à lappuyer.

IjCs préfets ne sont pas seuls à imposer leurs candidats aux électeurs, TEmpereur a aussi les siens. Voici la lettre qu'il adresse à un de ses protégés :

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