‹ Histoire du second empireChapitre 70 sur 176 · LES CANDIDATS DE L'EMPEREUR · texte numérisé non relu

LES CANDIDATS DE L'EMPEREUR

Le parti catholique soutint, comme on Ta vu, quelques candidats isolés. Les légitimistes purs et les orléanistes restèrent sous leur tente; les républicains étaient divisés : les uns voulaient nommer des députés qui prêteraient serment et qui siégeraient à la chambre ; les autres consentaient bien à désigner des candidats, à la condition que les élus refuseraient le serment constitutionnel ; une troisiènae fraction, la moins nombreuse de toutes, était pour l'abstention complète.

Les républicains proscrits furent consultés sur le parti à prendre définitivement. M. Louis Blanc, en réponse à cette question, publia la lettre suivante qui donnait gain de cause aux partisans du refus de serment, en ajoutant à ce refus la condition de le motiver publiquement ;

« Aide-toi, le ciel l'aidera ! » Voilà tout d'abord ce que je réponds à ceux qui m'ont demandé : <x Aux prochaines élections, que faut-il faire ?»

» .... Il est vrai que les difficultés de la situation sont immenses; qo'uD mur de baïonnettes entoure Paris désarmé, et que le peuple, dans une atmosphère de délation, su/Toque. Quel mouvement d'ensemble est possible, quand la rencontre de vingt personnes sur un même lieu est réputée crime ? Raison de plus pour qu'on ne néglige aucun des mojeos d'actions qui restent. La politique d'abstention serait fatale, évitez que la paralysie ne soit réduite en système. S'abstenir ne servirait qu'à décourager les bons, à réjouir les pervers, à fournir un masque aux sceptiques, à livrer les hommes de cœur et à protéger les lâches. Le nœud gordien ne se dénoue pas de lui-même. Si vous ne savez rien oser ni tenter, attendez-vous à voir la France passer de l'engourdissement de rhabitude dans le sommeil delà honte, et du sommeil de la honte dans celui de la mort. . .

> .\utre question : Que feront les candidats élus s'il est permis de croire à une victoire électorale môme partielle? Iront-ils prendre rang parmi des législateurs eunuques, dans l'antichambre officielle de l'Empire? impossible. Prêter serment avec intention de le tenir serait un crime sous forme de suicide. Le prêter sérieusement avec arriérepensée de le violer serait une bassesse. Que faire alors ? La seule chose possible, selon moi, serait de tracer aux candidats, comme condition des suffrages obtenus, un rôle de nature à produire en France, non pas une agitation superficielle, mais une émotion profonde et durable. Supposons que, dans une occasion solennelle, à propos d'un de ces événe*

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ments qu*on ne peut ni taire ni \oilcr parce qu*ils fixent les yeui du monde, des hommes d*une position sociale élevée se fussent mis d'accord pour exprimer courageusement, au nom de la France, ce qu'elle pense, ce qu'elle veut, ce qu'elle souffre, le but que je viens d'indiquer ne serait-il pas atteint? £h bien! Touverture du Corps législatif fournit l'occasion désirée. Que les élus du peu) le, ce jour-li, ne se bornent pas au refus du serment. Ce qu^il faut, c'est un refus motivé de telle sorte qu'on y entende vibrer ce grand cri qu'a retenu au fond des consciences le succès prolongé de l'attentat par où la liberté de la tribune et celle de la presse ont péri; interrompus, que les élus de la nation insistent ; menacés, qu'ils résistent, jusqu'à ce que la force brutale, intervenant, les empoigne.

» Je me sers à dessein de ce mot grossier parce qu'il a une valeur historique. Qui ne sait combien fut favorable à la cause de la liberté, sous le règne de Louis XVIII, le scandale parlementaire qui montra Manuel empoigne sur son banc par des gendarmes. Ce traitement indigne, loin de le flétrir, lui fut un impérissable titre de gloire. J'avoue que, sous le règne de Kouis XVllI, l'opinion publique avait plus de force que ne semble lui en laisser le régime impérial ; et je pense qu'aujourd'hui foute protestation individuelle serait de nul effet, si même elle n'en avait un funeste, en jetant sur ceux qui ne s'y seraient point associés Tombre d'un triste contraste. Mais comment mettre en doute la portée d'an déploiement collectif d'énergie, résultant d'une entente préalable entre les élus du peuple?

» Qu'arriverait-il?

0 Le gouvernement impérial se contenterait-il de dévorer un pareil affront?... Les opposants seraient-ils emprisonnés, jugés ou proscrits sans jugement? et quand bien même cela serait? La France a besoin d'hommes dont, le talent, la position sociale et la renommée rendent le dévouement utile. Des cœurs dévoués battent certainement sous la blouse de l'ouvrier et sous l'humble habit du paysan ; mais du complet asservissement de la presse, il résulte que les sacrifices individuels venant d'hommes obscurs ne peuvent qu'être perdus. Nul ne lesconnatt : comment contribueraient-ils au réveil de l'esprit public? Hais que des hommes éminents donnent, dans une circonstance solennelle, un grand exemple de courage civique, croit-on que cet exemple serait inefûcace ?

» Le parti que je propose aurait, en outre, l'avantage de placer Louis Bonaparte dans l'alternative, ou de s'humilier devant un jugement qui serait un des faits les plus saillants de l'histoire contemporaine, ou de frapper, dans la personne d'un certain nombre de ses élus, le corps électoral tout entier. Et quelle ne serait pas l'impression produite en France, quel démenti ne serait pas donné en Europe à ceux qui alfecteot de croire au respect de l'Empire pour le suffrage universel, si Louis Bonaparte était amené à étouffer avec scandale la voix de cette noême souveraineté du peuple dont il ne craint pas de prétendre que son pouvoir dérive I Laissez-le, laissez-le, s'il l'ose, mettre à nu les seuls vrais fondements de son despotisme. G*est à nos amb en France de décider

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