SECONDE PARTIE
M. NORMANDIN
Messieurs, nous vous saluons— Nous sommes d’anciens élèves qui nous trouvions à la grande fête de l’année dernière ; nous y avons eu une si douce jouissance que nous sommes revenus pour assister à la distribution des prix qui doit avoir lieu dans la journée, et jouir encore du plaisir de revoir des confrères avec qui nous rappelions tout le bonheur que nous avons goûté au beau jour de la réunion.
M. LANGEVIN
Vous nous faites beaucoup d'honneur, messieurs, en voulant bien prendre part à la fête littéraire d’aujourd’hui, Nous aussi nous sommes sous l'influence des émotions de celle de l’année dernière. A la joie que nous avons vu éclater chez les anciens élèves, nous avons compris ce qui nous est répété si souvent, que le temps du collége est le plus beau de la vie, et cela nous fait apprécier davantage notre séjour en cette maison d'éducation.
M. NORMANDIN
Jouissez de la paix que vous y goûtez. Vous ne la trouverez pas toujours au sortir de cette enceinte, Vous rencontrerez des soucis de toute espèce, et dans la vie privée et dans la vie publique,
M. RICHARD
Nous respirons ici une atmosphère de paix et de sérénité qui nous réjouit, ce me semble. Vous êtes
heureux d’habiter dans cet asile de la science, et de: jouir habituellement, du moins à la belle saison, de: ces bosquets magnifiques qui avoisinent cette maison et du beau parterre qui en fait l'avenue ; nous le trouvons encore embelli cette année,
M. DUCHARME
Nous ne voyons ces lieux qu'avec une émotion pleine d’allégresse au souvenir de tout ce qui s’y est passé l’année dernière, l’intéressante séance de la veille, la messe à la paroisse avec les anciens cantiques, la procession solennelle, l'inauguration de la statue de M. Girouard, les discours qui ont été prononcés, le diner où la joie a éclaté avec toute la vivacité et la naïveté du jeune âge. .
M. GUERTIN.
Pour nous, il est un souvenir que nous avons spécialement conservé, c'est celui de l'entretien où l’on a raconté l’histoire des premiers temps du collége; ce . qui a excité vivement notre intérêt, en même temps que nous avons été bien amusés des anecdotes que l'on a relatées ; si nous n'avons pas eu l'honneur deprendre la parole en cette circonstance, comme quelques-uns de nos confrères, nous étions auprès des interlocuteurs, les écoutant avec la plus vive attention.
M. LANGEVIN
Mais je crois que Monsieur était un de ceux qui ont pris part à cet entretien ?
M. NORMANDIN
Oui, et je suis heureux d’avoir pu vous donner ce contentement.
M. LANGEVIN
Nous le serions nous-mêmes si nous pouvions avoir la même jouissance. La continuation de l’histoire de cette maison aurait encore pour noue un bien haut
intérêt. Mais nous sentons que ce serait une impertinence de notre part de vous prier de continuer la narration que vous avez faite l’année dernière. Nous comprenons que votre temps doit être employé à revoir vos anciens confrères,
M. NORMANDIN
Nous en avons déjà salué un grand nombre hier soir et ce matin ; je me rendrais volontiers à votre désir ; il est si doux de rappeler un passé de bonheur, et je pense que ces messieurs n'auraient pas d’objection à vous parler du temps qu'ils ont passé au collége. Mais le temps doit vous manquer à vous-mêmes. La distribution des prix doit avoir lieu dans quelques heures, et vous avez à faire les préparatifs du départ.
M. LANGEVIN
Ah ! cela est fait, et rien ne saurait nous faire plus de plaisir que d'entendre raconter une partie de l'histoire de cette maison qui nous est si chère.
M. NORMANDIN
Pour ma part, je ne puis guère vous parler que de ce qui s’est passé sous la direction de M. Maguire ; j'ai quitté le collége l’année qui a suivi son départ. Deux de ces Messieurs sont restés dans la maison plusieurs années après que je l’eusse laissée, et Monsieur a commencé ses classes comme je finissais les miennes ; ils voudront bien, je m'en flatte, faire leur part en racontant ce qui s’est passé de leur temps.
M. DUCHARME
Pour moi, j'ai oublié bien des choses ; je redirai pourtant à ces jeunes messieurs ce que je pourrai me rappeler de plus intéressant,
M. RICHARD
Il en sera ainsi de moi,
M. VALIN
Si vous me laissez quelque chose à glaner, je le recueillerai.
M. LANGEVIN
Messieurs nous sommes confus de votre condescendance ; veuillez vous asseoir sur ces humbles siéges.
M. GUERTIN.
Vous avez dit l’année dernière que vous auriez aimé à parler de l'administration de M. Maguire qui avait remplacé M. Crevier, comme directeur. Nous prêtons l'attention la plus vive à ce que vous voudrez bien nous faire entendre, +
M. NORMANDIN
M. Maguire a été l’un des prêtres les plus distingués du clergé canadien. Il naquit à Philadelphie en 1774 d'un père issu d’une ancienne et noble famille d'Irlande qui était venu s'établir aux Etats-Unis, et qui ensuite alla demeurer à Halifax où il exerça des emplois honorables. Notre futur directeur fit ses études au Séminaire de Québec ; il y eut les plus grands succès. Ayant embrassé l’état ecclésiastique, Mgr. Denault Evêque de Québec, se l’attacha comme secrétaire ; puis Mgr. Plessis le nomma vicaire à la Cathédrale. Il fut ensuite quelque temps curé à Berthier de Bellechasse, et en 1816, il fut chargé de la paroisse de St. Michel de la Durantaye, une des plus importantes du diocèse, Il s’y distingua par le zèle le plus dévoué, et par le talent d’instruire son troupeau dans les cathéchismes qu'il faisait tous les dimanches à la fin de l'office, et où il exposait la doctrine chrétienne, avec une grande clarté, et une manière qui excitait vivement l'intérêt. Il savait distinguer les heureuses aptitudes intellectuelles des enfants ; il prenait un soin particulier de les instruire.
Parmi ceux qui fréquentaient le catéchisme, il y avait un enfant qui se faisait remarquer par la manière
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intelligente avec laquelle il répondait, et par le compte rendu qu'il donnait des instructions ou des histoires pieuses qu'il avait entendues, soit au curé lui-même, soit à ses jeunes compagnons au sortir de l'église. Avec une naïveté respectueuse, il adressait souvent à son pasteur des questions qui dénotaient son désir ardent de s’instruire, M. Maguire lui porta un intérêt particulier, et frappé de son intelligence, il engaga ses parents à lui procurer une éducation classique. Cet enfant est devenu cet homme qui, par sa vaste érudition, ses éminents services dans l’ordre politique et judiciaire, et la beauté de son caractère est la gloire la plus pure de notre pays dans la société laïque, et le modèle accompli du grand et du bon citoyen ; on sent que je veux parler de l’'Honorable Augustin Norbert Morin, dont les restes reposent dans l’église de Notre-Dame de St, Hyacinthe,
M. Maguire avait toujours montré l'intérêt le plus dévoué à la cause de l'éducation : c'est sans doute ce qui le porta à se charger de la direction de ce collége qu’il prit en 1828. Il était alors agé de 54 ans. Souffrant presque continuellement des atteintes du rhumatisme, il se livra cependant à <a nouvelle œuvre avec une grande activité, Il mit l’ordre aux affaires temporelles de la maison, Doué d’une aptitude remarquable sous ce rapport, il surveilla avec un grand soin ce département et y établit l'économie, Il s’adressa au gouvernement pour avoir une aide pécuniaire en faveur de l'institution ; elle fut accordée ; c’est, je crois, la première allocation qui ait été faite par la législature aux colléges du Bas-Canada.
M. RICHARD
Il y eut aussi un grand travail de la part de M. Maguire pour mettre les études sur un meilleur pied ; il pourvut les classes de cartes géographiques et la bibliothèque de la maison de livres utiles. Il mit sa propre bibliothèque, qui était volumineuse et bien choisie, à l'usage des professeurs, et il fit l'acquisition de quelques instruments pour commencer un cabinet
de physique. Il avait acheté dans son voyage à Québec la première machine électrique qu'il y ait eu dans cette maison : de Sorel il l'a apportée jusqu'ici sur ses genoux. Il faisait fréquemment des examens et interrogeait les élèves d’une manière piquante : il stimulait chez eux, par divers moyens, le désir de s’instruire, et il s'attachait surtout à rendre les connaissances pratiques et utiles. Il aimait à converser avec les maîtres qui étaient de jeunes ecclésiastiques : il leur indiquait ce qu'ils avaient à étudier, et leur inspirait à eux mêmes un grand désir d'acquérir la science. J'ai entendu dire à votre Supérieur qu'il lui devait beaucoup sous ce rapport.
Ce directeur distingué formait les élèves avec un soin tout particulier aux bonnes manières, à la politesse et à la propreté; il leur faisait remarquer les moindres défauts opposés à ces qualités, et il a pu s’'applaudir de voir les efforts qu’il a faits couronnés d’un succès difficile à obtenir.
M. NORMANDIN
Voici un trait qui prouve ce que vous dites quant à la propreté. Lorsqu'il se rendait à la salle d’études pour l'examen ou la lecture spirituelle, s’il remarquait le plus petit morceau de papier sur le plancher, il le montrait du doigt à l'élève près duquel il se trouvait, et il fallait que celui-ci l’enlevât à l'instant. Aussi la salle d’études était toujours nette. Il voulait que tout fût bien rangé; et s’il voyait traîner quelque part un objet quelconque, il s’informait à qui il appartenait,et après lui avoir reproché sa négligence, il l’obligeait à le mcttre dans l'endroit convenable, Ceci lui causa un jour une aventure un peu compromettante. Il avait trouvé dans un corridor je ne sais quel meuble, Il entre à l'étude pour l'examen; les professeurs s’y trouvaient comme de coutume. Il parla de la nécessité qu’il y avait à avoir de l’ordre partout, et à mettre chaque chose à sa place, et ensuite il dit : “ Que celui à qui appartient ce meuble se fasse connaître, ce sera sa punition. Personne ne bougea; le directeur in--
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sista ; alors un des ecclésiastiques, et c'était celui qui était le plus considéré parmi les professeurs, s'avança et dit: “L'objet est à moi—il avait besoin d'être raccommodé—je viens de le descendre, dans l'intention de vous demander la permission d2 l'envoyer chez l'ouvrier.” Les écoliers se regardèrent en souriant un peu malicieusement, et la contenance du directeur parut embarrassée,
M. DUCHARME
J'ai aussi mon anecdote à raconter quant à la politesse qu’il exigeait des élèves. J'étais alors dans ma première année de collége. Avec deux de mes cama: rades j'avais je ne sais quoi à demander au directeur. La porte de sa chambre était entr'ouverte: nous entrons sans frapper, ni saluer, et exposons ex abrupto notre demande, M. Maguire prend un air de surprise et de mécontentement, et nous dit:—“Qui êtes-vous, d'où venez-vous, qui vous a donné le droit d'entrer dans ma chambre ? ” —Mais, monsieur, nous sommes des écoliers qui venons vous demander une permission. — Vous, ‘des écoliers ? Des écoliers ne sont pas des grossiers : ils frappent à la porte, et saluent le directeur, ils n’agissent pas comme vous avez fait, Si vous êtes des écoliers, faites les choses comme il faut—je verrai ce que j'ai à faire. Nous comprenons la leçen ; nous sortons un peu piteusement, Nous frappons. M. Maguire dit d'une voix forte: Entrez. Nous le saluons de notre mieux. Alors avec un accent affectueux : Bonjour mes enfants; vous venez me voir, asseyez-vous sur ces sièges. Pardonnez, Monsieur, nous venons vous prier de nous accorder telle permission, —Avec plaisir ; vous faites les choses si poliment que je ne pourrais vous refuser. —Nous le remercions en le saluant, et il nous reconduisit jusqu’à la porte,
D'après ces traits, vous trouverez qu'il y avait dans le caractère de M. Maguire une certaine teinte d’originalité : il s'y mêlait quelquefois une finesse un peu malicieuse, Un jour, un bon Curé vit sur sa table un
livre traitant des sciences naturelles. L'ayant ouvert, il vit certains passages qui excitèrent son désir de le lire, et il demanda la permission de l'emporter ; ce qui lui fut accordé, Mais, dit M. Maguire, après avoir raconté le fait: Que le diable soit mort, s'il en comprend seulement la préface.
M. VALIN
Je n'ai point connu M. Maguire ; mais, entré au collége peu de temps après son départ, j'ai entendu raconter un fait qui montre qu'il avait une manière plaisante et habile de faire les choses. Alors on ne connaissait ni le gaz, ni l'huile de pétrole ; on ne s'éclairait même à l'étude qu'avec d’humbles chandelles. Un écolier était chargé de les préparer et de faire de temps à autre le tour des tables pour les moucher. C'était une fonction peu agréable et qui faisait perdre du temps, et l'élève qui la remplissait portait le nom peu honorifique de suiffer, Celui qui l'exerçait depuis un certain temps trouva qu'il avait fait son tour, et qu'il était juste qu’un autre prit sa plate. Il demanda au directeur d’être déchargé de ce pénible emploi, Celui-ci accepta sa démission : mais il sentait la difficulté de le remplacer, vû la répugnance des élèves à cet office. Voici comment il se tira d'affaire. A la lecture qui suit le chapelet, il dit : Un de vos confrères, et il le nomma, vous a rendu beaucoup de services dans l'emploi qu'il a rempli : il s’en est acquitté de la manière la plus satisfaisante, il s'est montré digne de la confiance que j'avais reposée en lui, Je le remercie solennellement pour moi et pour vous. Il lui faut un remplaçant. Cette charge demande de la part de celui qui doit l'exercer, beaucoup de propreté, de vigilance, et un grand amour du devoir pour ne pas manquer à la règle du silence en passant si souvent au milieu de ses confrères pendant l'étude : la nomination à cet office est un témoignage d'estime et de confiance : Je trouve que M. un tel le mérite, et en conséquence je le proclame Surintendant de la lumière, L'élève décoré de ce titre pom-
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peux et revêtu, si solennellement de cette fonction l’accepta avec fierté, et pour soutenir son honneur l'exerça avec exactitude,
M. RICHARD
M. Maguire aimait à prendre les élèves par le sentiment de l'honneur. Il punissait quelquefois ; il n’infligeait point de peine corporelle, mais rappelait le délinquant au devoir en lui faisant sentir par des
termes énergiques ce qu'il y avait dans sa conduite de répréhensible.
M. VALIN
Son âge, sa dignité, lui donnaient une autorité qui lui permettait d'en agir ainsi, Quant aux punitions corporelles, je répéterai un mot célèbre, S'il y a de grands exemples contre, il y 1 de fortes raisons pour. Dans tous les cas elles ne doivent avoir lieu que rarement, avec mesure, pour des fautes d’une grande gravité, seulement à l'égard d'élèves incorrigibles par d’autres moyens de répression, et avec une expression de la part de celui quiles fait subir indiquant qu'il agit par devoir et dans l'intérêt de l'élève qui les a méritées.
M. RICHARD
La gravité de M. Maguire ne l’empêchait pas de se montrer aimable envers les élèves : il leur parlait avec bienveillance, prenait plaisir à regarder leurs jeux, et quelquefois il les amusait lui-même par certains tours qu’il appelait ses sortiléges, Il passait ses récréations entières au milieu des écoliers malgré le bruit étourdissant, et la poussière qui était étouffante dans la salle si basse du vieux collége, C'était pour lui un devoir ; il le remplissait. De temps à autre il lisait, ou assis sur un banc il regardait. Un soir, il vit venir près de lui un des plus jeunes élèves qui lui dit : Monsieur, deux autres écoliers et moi nous voudrions jouer aux cartes ; mais il nous faudrait être quatre pour
faire la partie : nous avons demandé à plusieurs qui nous ont refusés : vous ne paraissez pas occupé dans ce moment ; venez donc jouer avec nous autres.—Le directeur accepta, et s’amusa beaucoup avec ses partenaires,
Quoiqu'il y eut plus de trente ans qu'ileut quitté le séminaire, et que ses fonctions de curé dans une grande paroisse eussent dû être chez lui un obstacle à la vie régulière d'une communauté, cependant on le voyait avec admiration se rendre avec la plus ponctuelle exactitude à tous les exercices. Il apparaissait à son poste au premier coup de cloche ; il souffrait pourtant presque habituellement du rhumatisme, mais il surmontait ses douleurs pour accomplir ses devoirs. Il a été d’ailleurs pour les professeurs et les élèves du collége, un sujet constant d'édification par sa grande piété. Son recueillement daris la prière, et la vivacité de sa foi, qu’il manifestait en toute rencontre, étaient une leçon bien efficace.
M. Maguire faisait le catéchisme de la manière la plus instructive et la plus propre à captiver l'attention : les élèves aimaient à l'entendre, et ils regrettaient qu'il ne vonlût jamais leur faire de sermons proprement dits.
M. DUCHARME
Il faut bien dire qu’il ne voulait non plus confesser personne : etil s’en suivait un grave inconvénient ; le vicaire désigné pour la confession ne pouvait pas toujours se rendre à l'heure fixe : quelques uns s’adressaient à M. Girouard, et il fallait alors aller à la sacristie de la paroisse, attendre son tour au milieu des nombreux pénitents du vénérable curé; ce qui faisait perdre beaucoup de temps ; et puis, pour aller du collége à l’église, ou revenir de l'église au collége, il y en avait qui, vu que cela leur est propre, faisaient le tour des écoliers, allant dans le village, s’arrêtant chez un parent ou une connaissance aux dépens de la contrition et du ferme propos.
Un trait frappant dans la conduite de M. Maguire
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était la grande vénération qu'il avait pour le fondateur du collége : il n’en parlait qu'avec un profond respect, et il aimait à faire sentir aux écoliers ce qu'il devait à cet insigne bienfaiteur de la jeunesse. M. Girouard, à son tour, se plaisait à parler du directeur avec l'expression d'une haute estime, et d’une . vive reconnaissance pour les services qu'il rendait à sa maison.
M. NORMANDIN
Je ne sais pas pourtant si dans une circonstance M. Maguire n'eut pas une intention uu peu malicieuse à l'égard du vénérable fondateur. Celui-ci avait pris dans ses missions chez les sauvages l'habitude de fumer, et il faut bien dire qu’il ne laissait la pipe que lorsque le devoir ou les convenances l’exigeaient, ce qui donna lieu a une plaisante aventure.
Un citoyen de St. Hyacinthe se trouvant dans une paroisse voisine, après avoir fait, sous plusieurs rapports, l'éloge de son curé, dit qu’il fumait beaucoup, et s'apercevant de la naïveté de ceux à qui il parlait, il dit que c'était une habitude telle chez lui que lorsqu'il chantait la grand'messe, il se faisait apporter sa pipe pendant le G/oria et le Credo. Ceux-ci le crurent, racontèrent la chose à leurs voisins, et le dimanche suivant il vint un certain nombre de gens de cette paroisse assister à la messe de St. Hyacinthe pour être témoins de ce curieux fait.
Donc M. Girouard était un grand fumeur.
Si c’est un défaut il y en a bien qui ne peuvent lui jeter la première pierre. Or M. Maguire s'était aperçu que quelques-uns des jeunes professeurs faisaient usage de la pipe, que lui avait en horreur, et ce qui était d’ailleurs contre l’ordre. Le règlement ne contenant pas la défense de fumer, le directeur y ajouta un article renfermant cette prohibition avec l'exposé des motifs qui la nécessistaient, consistant dans l’énumération des inconvénients de tout genre que la pipe amène avec soi. Mais il fallait que le Supérieur approuvât cet article pour qu'il eut force de loi.—Je com-
prends, dit M. Girouard, lorsqu'il lui fut: présenté, et: prenant sa pipe, il signa en disant : il faut faire ce que je dis et non ce que je fais.
M. DUCHARME
Nous ne devons pas oublier que M. Maguire fut. bien efficacement aidé dans la première année de son. administration par M. Crevier, qui avait été directeur l'année précédente, et qui alors exerçait la charge de. procureur, Les sages conseils de celui-ci furent utiles à celui qui l'avait remplacé et qui n'avait pas l’expérience du gouvernement d’un ccllége. M. Crevier mit. à son emploi ce dévouement, cet amour du bien, ce: désir de rendre service qui l'ont animé dans tout ce qu'il a fait. Il quitta le collége à la fin de cette année scolaire en 1828, et il fut nommé curé de St. Luc; il dirigea cette paroisse avec un tel succès, que,comme cela vous a été raconté, M. Girouard, que ses infirmités forcèrent a d «ner sa démission, le demanda pour être son remplaçant à la cure de St. Hyacinthe. Ilne pouvait avoir un plus digne successeur : cette paroisse qu'il a desservie pendant 20 ans doit lui conserver une perpétuelle reconnaissance pour le zèle avec lequel il a rempli ses devoirs de pasteur, les vertus dont il l’a édifiée, et la fondation de cet Hotel-Dieu, si précieux à cette ville, dont les membres ont exercé la charité avec un héroïque dévouement, et qui accomplit sa belle œuvre dans les diverses maisons qu'il a établies dans ce diocèse et dans ceux de Sherbrooke et de Portland.
M. VALIN,
M. Crevier a continué de porter un vif intérêt au Collége de St Hyacinthe. Devenu l’un des membres de la corporation -ivile de cette institution, il prenait part régulièrement aux assemblées qu’elle tenait et, donnait des avis judiciéux pour lesquels on avait un respectueux égard. En diverses circonstances, il a fourni des preuves de la bienveillance qu'il a conservée envers les anciens membres de la maison avec lesquels C il avait été en rapport. d
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ut ce année Luc; omme -mités ur être Il ne 1roisse er une quel il at il l'a écieux harité plit sa tablies et de
rêt au embres brenaîit.
ait et, ait un es, il a servée esquels.
M. GUERTIN.
Nous avons souvent entendu nos maîtres nous parler de ce vénérable prêtre avec l'expression d'une haute et respectueuse estime pour ses vertus, et d’une
vive reconnaissance pour les services qu'il a rendus à cette maison.
M. LANGEVIN
Vous rappelez-vous quels étaient les professeurs employés pendant l'administration de M. Maguire ?
M. RICHARD
M. Pouliot faisait les Mathématiques ; c’est lui qui a été pendant longtemps Curé de la paroisse de St, Gervais dans le diocèse de Québec ; il est décédé il y a quelques années. M. Proulx, depuis directeur, faisait la Rhétorique. La classe de Belles-Lettres avait pour professeur M. Jean-Baptiste Boucher Belleville, qui depuis a quitté l’état ecclésiastique, et il faut l’attester avec tristesse, a abandonné la foi catholique. Il y avait alors parmi les maîtres, M. Léon Birs, ce respectable neveu de M. Girouard que nous avons vu l’année dernière à la réunion ; M. Brien, longtemps Curé de St.Mathias et qui est mort à l'Hotel-Dieu de cette ville; M. Ignace Archambault, frère de M. le Curé de St. Hugues, décédé à St. Antoine dans sa deuxième année de prêtrise ; M. Raymond le supérieur actuel, qui fit d’abord la Syntaxe, et ensuite la Rhétorique,
N'oublions pas un ecclésiastique irlandais, M. Dempsey, qui amusait beaucoup par ses saillies et la manière dont il parlait le français.
Un jour, il fut mandé auprès de Mgr. Lartigue qui faisait la visite de la maison, et on lui demanda au sortir de l'entretien, s’il n'avait pas éprouvé quelque crainte, quelque embarras en présence de ce prélat dont l'aspect était sévère. Oh non, répondit-il, il ne m'a pas du tout serré, il voulait dire gêné.
M. NORMANDIN
Vous avez mentionné un ecclésiastique à qui il est arrivé une assez singulière aventure,
A cette époque, il y avait une bande organisée de voleurs, anglais ou américains, qui en divers endroits du pays étaient entrés la nuit dans les maisons, et s'étaient emparés de sommes d'argent plus ou moins considérables ; on les redoutait à St Hyacinthe comme aïîlleurs. Or, l’ecclésiastique en question,ayant un peu d'argent, en avait une terrible peur. Deux de ses confrères s’avisèrent de lui jouer une pièce. Ils se déguisent, entrent dans-sa chambre pendant la nuit ; puis affectant un accent étranger etune manière de parler plus anglaise que française, ils lui demandent, le poignard à la main, de leur remettre sa montre et tout l'argent qu’il pouvait avoir. La frayeur de celuici était si grande qu’il donna tout sans se faire prier.
Le matin, tout pâle et tremblant de l'aventure de
. la nuit, il en racontait les circonstances à ses confrères, parmi lesquels se trouvaient les deux voleurs. Quelle espèce d'hommes étaient ces brigands, lui demandent ceux-ci? —‘#“ Ah! c'étaient des gaillards d’une haute stature et d’une grande force, comme je l'ai bien senti lorsqu'ils ont mis la main sur moi; vous comprenez bien qu'il n’y a que des gens robustes qui se livrent à ce métier.” —Or l’un des deux assaillants était de petite taille, et d'apparence peu redoutable.—Et qu'estce qu'ils vous ont dit ? demandent encore ceux-ci, —ÏIls me disaient: Bourse ou vie!—donne vite ou la mort, et en même temps ils prononçaient, en anglais, des jurements épouvantables.-Mais vous ne savez pas l'anglais ; comment pouvez-vous dire qu’ils juraient ? —Ah ! je sais assez d'anglais pour avoir pu les comprendre.—Et que disaient-ils donc ?—Je n'ose le répéter.—Dites sans scrupule : vous ne faites que rapporter leurs paroles.—Ils disaient : God bless me.— Vous ne ririez pas si vous aviez été à ma place, ajouta-t-il Au reste, je vais chez le directeur pour qu'il me permette d'aller faire ma déposition chez le magistrat : peut-être retrouverai-je ma montre et ma bour-
= D FA A Mo fs Lo À
| est
e de roits s, et oins nthe yant x de ls se uit ; e de lent, re et -elui- Drier.
re de rères, ruelle dent jaute senti enez ent à à pe- ’estxX-Ci.
ou la plais, L pas ent ?
ome rérap- Le, — jouqu'il agisour-
se.— Voici la montre, dit l’un de ceux auxquels il s’adressait, en la tirant de sa poche.—Voici la bourse, dit l’autre, Il comprit alors la mystification dont il avait été l’objet, et la joie de recouvrer les effets qu’il s'était cru enlevés fit qu'il ne parut pas trop mécontent et ne garda pas de rancune.
M. RICHARD
Je reviens à M. Maguire, Au printemps de 1829, il fut chargé par l'Evêque de Québec conjointement avec M. Tabeau, Curé de Boucherville, d'une mission à Rome pour des affaires très importantes. Il justifia la confiance qu’on avait en son habileté par un succès complet, Il revint prendre la direction du collége en Octobre 1830.
C'est de grand matin que M. Maguire avait quitté la maison; il avait tenu son départ caché, excepté à celui qui devait le remplacer, et à un ecclésiastique qu'il avait fait lever la nuit, pour lui dire de le recommander aux prières des élèves; ceux-ci furent très surpris d'apprendre que leur directeur avait quitté la maison en quelque sorte furtivement.
M. LANGEVIN
Permettez-moi de demander qui a remplacé comme Directeur M. Maguire pendant son absence,
M. DUCHARME,
Ce fut M. Proulx. Ce prêtre a écé une des gloires du clergé de notre pays. Il était de la paroisse de la Baie-du-Febvre ; il avait fait ses études à Nicolet avec le succès le plus brillant. Ainsi qu’il a été dit, il fut d’abord Professeur dans cette maison ; il fit la classe de Rhétorique ; il s'est éminemment distingué par son enseignement ; il avait un goût littéraire exquis ; il savait exciter l'intérêt de ses élèves pour les matières, objets de leurs études ; il s'attachait à les former à la déclamation. Aussi les pièces théâtrales
qu'il faisait jouer à la distribution des prix étaient-
elles parfaitement exécutées. Peut-être a-t-il trop: recherché le succès en ce genre ; et on a remarqué que sa prédication, du reste solide et éloquente, avait quelque chose de trop étudié quant à la déclamation.
M. Proulx était aussi un excellent musicien, tant pour le piano que pour le violon ; c’est lui qui a donné le premier enseignement de la musique dans la maison.
Il a été ordonné prêtre à Boucherville en 1828, 1} est revenu au Collége comme professeur de Philosophie ; il remplissait cette fonction quand le départ de M. Maguire pour l'Eurepe lui fit prendre la direction de la maison. Alors il arriva un fait peu ordinaire ; il fut remplacé dans la chaire de Philosophie par un élève de Rhétorique. Voici comment la chose s’explique. Celui qui, après avoir été coadjuteur de l'Evéque de Montréal, et ensuite Evêque de St. Hyacinthe, est aujourd'hui l’objet de notre vénération sous le titre d'Evêque de Germanicopolis, terminait cette année son cours d’études dans lequel il avait eu les succès les plus distingués, ayant été presque constamment le premier dans ses diverses classes ; un travail assidu secondant sa belle intelligence, il était devenu un élève très fort, et possédant beaucoup de connais- < sances. Après ses Belles-Lettres, il avait fait son cours. s de Philosophie, montrant la plus haute aptitude pour cette science, Ses progrès dans l'étude qu’il en faisait étonnaient son maître, M.Michel Morin, ce professeur | é distingué dont il vous a été parlé; il fit ensuite ses < ! Mathématiques et sa Physique sous M.Pouliot, et puis sa KRhétorique sous M. Raymond. C'est pendant qu’it était élève en cette classe, qu'il fut appelé à remplacer M. Proulx comme professeur de Philosophie. Il gardait le costume et suivait le réglement des écoliers ; il inspirait une telle estime que ses élèves eurent pour lui beaucoup de respect, et de docilité Son enseignement, grâce à la préparation qu’il y apporta fut goûté et donna une pleine satisfaction. Cependant comme c'était une position anormale, on fit venir pour le remplacer, M. Octave Boucher, étudiant alors au
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Séminaire de Montréal ; c'était un jeune ecclésiastique de talents supérieurs. Ilest mort après quelques années de prêtrise.
M. NORMANDIN,
C'est à la fin de cette année scolaire (1829) qu'un discours de remerciements fut adressé aux membres de l'Association de la Rivière Chambly, qui par leurs souscriptions généreuses avaient procuré le bienfait de l'éducation classique à un certain nombre d'élèves, comme cela vous a déjà été dit. Orce cours commencé en 1821, se terminait en 1829. Mgr. Joseph LakRocque était un de ceux qui avaient dû leur éducation à cette société. En son nom et en celui deses confrères qui avaient joui de la même faveur, il exprima un vif sentiment degratitude, C'était pour les prêtres et les laics généreux qui avaient concouru à cette œuvre une bien glorieuse satisfaction de voir leur zèle pour l'avancement de l'éducation récompensé par un si grand succès: qu’auraient-ils senti s'ils avaient prévu que deux de ces écoliers seraient devenus Evêques de St Hyacinthe, honorant leur siége épiscopal par leurs éminentes qualités ? Des laïcs qui ont occupé des rangs distingués ont dû aussi les services qu'ils ont rendus à leurs concitoyens à cette bienfaisante association ; je ::9mme entre autres, M. le Dr. Giard qui depuis tant d'années sert si avantageusement la cause de l'éducation dans le département de l’Instruction Publique,
M. VALIN
C’est, comme vous le savez, l'Honorable Charles de St Ours qui fut le promoteur de cette belle œuvre, Il écrivit à ce sujet à M. Girouard une lettre qui lui fait le plus grand honneur pour ses sentiments religieux et patriotiques. * Son fils l'honorable Roch de St, Ours a aussi montré beaucoup de bienveillance envers
* Nous publions cette lettre à la fin de cet entretien.
la maison. Il prêtait volontiers des livres de sa bibliothèque, il correspondait avec l'un des professeurs, qui s’en tenait fort honoré, Je me rappelle qu'un jour il fit une visite à l'établissement: une adresse lui fut présentée où l'on rappelait avec reconnaissance la. mémoire de son vénérable père,
M. DUCHARME
M. Proulx montra dans la direction de la maison une grande habileté ; il savait y maintenir l’ordre— il était respecté et aimé des écoliers ; il les rappelait souvent au sentiment de l’honneur ; il a pu cependant agir quelquefois avec sévérité, Les élèves à ctte époque étaient beaucoup moins nombreux qu'à présent : et je crois plus difficiles à conduire : il se faisait de temps à autre des actes de dissipation qui, d'après ce que je puis en connaître, ne se renouvellent pas: aujourd’hui. Vous êtes plus sages que nous ne l’étions de notre temps.
M. LANGEVIN
Vous êtes; Monsieur, trop bienveillant à notre: égard.
M. GUERTIN.
M. Proulx a-t-il été longtemps directeur ?
M. DUCHARME
Non, au retour de M. Maguire, en 1830, il quitta la maison pour aller prendre la direction du collége de Ste. Anne. La renommée qu'il avait acquise à St. Hyacinthe, le fit appeler à cette charge que les circonstances rendaient très-difficile à remplir, Il y réussit néanmoins parfaitement, Depuis, ii a été Curé de St. Pierre les Becquets, de St. Antoine de Tilly, puis appelé à l’Archevêché de Québec; ensuite il est devenu Curé de cette ville, où par son zèle, le talent de sa parole, la dignité de ses manières, son affabilité, et les œuvres auxquelles il a pris part, il s’est attiré:
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une estime générale, Fatigué des travaux qu'exigeait de lui cette importante fonction, il la demandé à en être déchargé, Il fut nommé Curé de Ste. Marie de la Beauce en 1851. Entre autres actes importants düs à son zèle, se trouve l'érection d'une magnifique église gothique qui est un des plus beaux édifices du pays. Il est devenu Vicaire Général de l’Archevêché de Québec ; il est mort en 1871.
M. NORMANDIN
Il ne faut pas oublier que M. Proulx a montré un grand talent d'écrire dans une publication dirigée contre l’impiété qui cherchait à s'introduire dans le pays. Cet ouvrage est écrit avec beaucoup de force et d’éloquence. Il est à regretter que son auteur n'ait pas écrit plus souvent : il aurait été une de nos gloires littéraires.
M. GUERTIN.
Quels étaient les professeurs qui étaient chargés des classes pendant la direction de M. Proulx ?
M. RICHARD
C'était d’abord M. Raymond qui en 1829 commençait sa troisième année d'enseignement, M. Charles LaRocque, depuis Evêque de St. Hyacinthe : il était de la même classe que son cousin, mais comme il n'avait pas fait son année de Mathématique et de Physique, il avait pris la soutane un an avant lui; puis M. Joseph LaRocque, M. Marchessault, le digne Curé de St.Aimé, et je crois, M. Olivier Archambault mort il y a quelques années Curé de St. Thimothée, lesquels, venant de finir leurs études,étaient employés comme régents. Le professeur d'anglais était M. Blyth,Curé actuel de Ste.Martine. Il est un des maîtres qui ont.le mieux réussi dans l'enseignement de cette langue, et il a laissé un souvenir agréable à la maison à cause de l’amabilité de son caractère et de ses saillies spirituelles,
Cette même année arrivait M. Désaulniers.
Comme tout le monde le sait, il avait fait ses études à Nicolet de la manière la plus brillante, Il fut chargé de l’enseignement des Mathématiques. Il était plein d’ardeur pour cette science. Il était toujours vivement préoccupé de problèmes algébriques et géométriques. Il s’attachait aux plus difficiles, et quand il en avait trouvé la solution, il éprouvait une joie qu’il exprimait devant tout le monde, et par cela même il intéressait beaucoup ses élèves à l'étude de la science dans les profondeurs de laquelle il se plaisait ainsi à pénétrer, Dès lors il donna une haute idée de son talent, et il put faire présager l'éclat dont sou enseignement devait briller plus tard. Il fit imimédiatement apprécier ces qualités qui l'ont si éminemment distingué comme professeur : une exposition nette et lucide de la doctrine qu'il enseignait, et une grande habileté à répondre aux questions qu'on pouvait lui présenter. Son esprit subtil et prompt lui fournissait toujours une raison à l'appui de ce qu'il avançait, ou pour la solution d’une objection qu'on lui avait faite, Il inspirait à ses élèves une haute idée de son intelligence, et il obtenaït ainsi leur confiance à son enseignement ; en même temps il se les attachaïit par le vif désir qu’il avait de leur être utile, par les connaissances qu’il leur communiquait, et aussi par les traits de la naïveté de son caractère qu'il laissait fréquemment échapper. Les élèves aimaient tout en lui, jusqu'aux formes un peu rudes de son langage, qu'ils accueillaient avec un sourire bienveillant parce qu'ils y voyaient à leur égard une familiarité qui semblait exprimer de la confiance.
M. DUCHARME
Vous ne parlez pas de la peur qu'il avait des morts ; je vais vous en rappeler un trait plaisant. Un jour de congé, il était allé patiner avec un de ses confrères ; c'était un amusement qu’il aimait beaucoup. Ilsy était livré avec une telle satisfaction qu’il était revenu un peu tard au Collége. Quand il arriva, un des
ésaulniers.
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-ecclésiastiques lui dit: Savez-vous que vous nous avez donné de l'inquiétude ? En re vous voyant point de retour à cette heure où tout commence à être dans l'obscurité, nous avons craint quelque malheur ; nous appréhendions que vous n'eussiez été vous jeter dans une mare que vous n'auriez pas aperçue.—Je me figuais, dit un autre, voir entrer votre cadavre apporté par quatre hommes dans cette maison.—Dieu, s'écrie M. Désaulniers, que j'aurais eu peur! et un instant après :—Mais non, c'est moi qui aurais été mort.
S'il entendait parler de la mort d’une personne qu'il -avait tant soit peu connue, il craignaït de la voir apparaître : pendant plusieurs jours il ne pouvait rester seul à sa chambre, et il fallait que quelqu'un y couchât mettant son lit près du sien.
M. VALIN
Mais un jour, d’après ce que j'ai entendu raconter plus tard, il se vengea joliment de ses confrères qui, sans trop de charité, avaient voulu l’'épouvanter. Ils avaient préparé une sorte de fantôme qu'ils avaient mis dans sa chambre, où il ne devait rentrer que le soir, Et ils se tenaient à l'étage supérieur d’où,comme il n’y avait qu’un simple plancher, ils espéraient pou- “voir l'entendre pousser un cri d’effroi, et ensuite courir éperdument hors de sa chambre. Maisils furent pris dans leur propre piége. En entrant dans sa chambre, M. Désaulniers se douta d’un tour de leur part—et ‘pensant bien qu'ils étaient là comme à l’affut—il fit entendre un grand cri, et il se laissa tomber sur le plancher avec le bruit d’une chute subite, Commeil l'avait prévu,ses confrères se hâtèrent de descendre.En le voyant étendu par terre sans mouvement, ils sont eux-mêmes tout effrayés et confus, et se disent l’un à l'autre : Qu’avons-nous fait ? Il est sans connaissance. Peut-être est-il mort, ajouta l’un; un autre lui prend le pouls et dit: il vit encore.—Il peut mourir d’un instant à l’autre, dit un troisième, allons vite chercher le directeur pour qu'il lui donne l’absolution, En ce moment, M. Désaulniers se lève avec un vif éclat
de rire, au grand ébahissement des assistants à cette scène, heureux toutefois, après la crainte qu'ils. avaien' . ::e, que l'aventure se terminât aussi gaiement.. Le triomphe remporté par M. Désaulniers en cette circonstance,ne le guérit pas cependant de la peur des morts: ill'a conservée, peut-être un peu affaiblie,. jusque à ses derniers jours.
M. NORMANDIN
Pendant l’année de la direction de M. Proulx, il y eut un enseignement exéra qui fut suivi avec beaucoup: d'intérêt par les élèves. Tous les soirs après la prière, les classes supérieures se réunissaient pendant trois quarts d'heure pour assister à des cours dont les leçons étaient données alternativement par quatre professeurs.
M. Raymond exposait les principaux faits de l'Histoire, en les faisant apprécier sous le point de vue moral ; M. Joseph LaRocque racontait la découverte et la conquête de l'Amérique par les Européens, et. faisait connaître les riches productions de ce continent ; M. Désaulniers enseignait l'Histoire Naturelle; et M. M. Proulx, directeur, résumait les événements contemporains les plus importants, et donnait des leçons élémentaires sur les formes des gouvernements et les lois générales de la société pour préparer les élèves à la carrière publique qu’un certain nombre devait embrasser, Ces cours coûtaient beaucoup de travail aux professeurs, jeunes alors ; ils étaient suivis avec une grande attention par les élèves qui prenaient des notes et rendaient compte des leçons. Je ne sais s’il y a eu, à une autre époque, un labeur aussi fort et un désir anssi vif de s’instruire chez les élèves de la maison pris en génére!
M. DUCHARME
Le cours d’histoire naturelle de M. Désaulniers me rappelle une pièce fort amusante dont il a été l’objet de la part de l’un de ses confrères, M. Charles La- R ocque, le futur évêque de St. Hyacinthe,