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é On sait que M. Désaulniers avait une chevelure l'ils- hérissee, qu’au premier abord il paraissait un peu nt. brusque, quoiqu'il fut plein de bonté, et qu'il avait tte l'habitude de parler très-fort quand il discutait et de des pousser des cris quand quelque chose l'étonnait, Or, )lie,. un jour, M. LaRocque entre dans sa chambre.—Il . trouve sur sa table le cahier où il écrivait ses notes pour son enseignement. Alors à la suite de celles qui devaient lui servir pour la leçon du soir, M.LaRocque il y écrivit : : | Nr es oup: “Il me reste à vous parler d un animal singulier, ère, “ propre à notre pays. Il a le poil droit sur la tête, il trots “ a un aspect farouche, cependant il n’est pas malin,il cons “est même peureux. Il fait souvent entendre des A “cris aigus; mais il ne faut pas s'en effrayer : À de “ s’apprivoise facilement, et il peut être très utile. Il > vue “ se nomme le Désaulniers.” be M. Désaulniers alla faire son cours sans relire d'aà ét 1 vance ses notes. Il donna la leçon qu'il avait prépatit: ; rée. Puis ne faisant pas bien attention à la différence at M. de l'écriture qui au reste n'était pas très-grande, il note commence à lire, —" Il me reste à vous parler d'un eçons animal singulier, propre à notre pays. Il a le poil. et les Alors il s'arrête—puis à demi voix : qu'est-ce que cela Las à veut dire? je neme rappelle pas avoir écrit cela.— te Continuant de lire seul, il s'aperçut de la malice deson Las confrère, Et s'adressant aux élèves.— C'est assez pour “hé ce soir, l'heure de la fin de la leçon est à peu près otes arrivée, —la continuation à une autre fois. Her M. RICHARD.
désir
M. Maguire, de retour de son voyage, revint prendre la direction du Collége; mais il n’y mit pas la même activité que dans les autres années—les affaires dont il avait été chargé l’occupaient encore: il souffrait de plus en plus du rhumatisme; d’ailleurs sous le rapport de la surveillance, il n’y avait point eu en lui une aptitude spéciale ; ce qui s'explique par son âge avancé, et le laps de temps si considérable qui s'était écoulé depuis sa sortie du Collége; il n’était pas au
fait de tous les tours des écoliers ; puis le nombre des élèves diminuait sensiblement. Il sentit lui-même qu'il était appelé à faire plus de bien ailleurs Mais en quittant la maison il lui rendit un grand service, Il fit imprimer une adresse aux habitants des comtés de St. Hyacinthe, de Richelieu, de Rouville, de Verchères et de Chambly pour leur faire sentir les avantages d’une éducation collégiale, et il réduisit la pension à 50 piastres, en exigeant rigoureusement le payement d'avance par semestre.Cette mesure réussit : l'année scolaire suivante, le nombre des pensionnaires fut plus que double ; il n’a point diminué depuis: l'impulsion était donnée : et on put un peu plus tard augmenter sans inconvénient le prix des pensions ; ce qui, on le sent, devenait une nécessité,
M. GUERTIN.
Qu'est devenu ce vénérable prêtre après son départ du Collége ?
M. NORMANDIN
Il a été aumônier des Ursulines ; il a rendu les plus éminents services à cette communauté, si chère, si précieuse à notre pays, où s'est toujours maintenu l'esprit de sa vénérable fondatrice, celle que nous espérons appeler bientôt la Bienheureuse Marie de l’Incarnation, On peut voir ce que M. Maguire a fait pour cette maison dans l'Histoire du Monastère des Ursulines, en 4 vols. in 8°. publié en 1866. C'est un ouvrage extrêmement intéressant par les faits qui y sont racontés, et qui, par sa forme, est un des plus beaux monuments de notre littérature nationale.
M. LANGEVIN
Nous connaissons cet ouvrage ; il a été dignement apprécié dans un discours sur la littérature prononcé il y a quelques années à la distribution des prix : on <ena même fait déclamer quelques extraits.
M. NORMANDIN
M. Maguire a fait un second voyage en Europe pour une mission qu'il a accomplie avec un succès complet, Ila été nommé Vicaire-Général de Mgr. l'Archevêque de Québec. Il a publié divers opuscules très instructifs ; il est mort en 1854 à l’âge de 80 ans.
M. Maguire a conservé jusqu'à la fin de sa vie une aimable originalité, Dans ses derniers temps il disait quelquefois à ceux qui le visitaient : Voulez-vous voir mon portrait? c'est une spécialité : Pour les autres portraits, quelques années après qu'ils ont été pris, ils ne ressemblent plus autant à leur original : maïs quant au mien, je tends de plus en plus en vieillissant, à lui faire reproduire ma parfaite ressemblance, et il montrait un tableau qui représentait un squelette.
M. RICHARD
Vous me rappelez un fait non moins original. J'étais allé le voir à Québec l’année qui précéda sa mort : il me reçut avec son exquise urbanité, et cette affection qu'il avait gardée aux anciens élèves du Collége de St. Hyacinthe. Quand je me levai pour partir il me dit : si vous revenez me voir, vous ne me retrouverez plus dans cette chambre, Venez, je vais vous conduire à la demeure que j'occuperai. Et prenant ses clefs, il descend avec moi l'escalier, me fait traverser la cour extérieure du Monastère, entre à la sacristie, pénètre dans l’église : et s’arrêtant auprès de l’autel,indiquant du doigt le plancher—il me dit: ce sera là que je demeurerai bientôt; puis il ajouta avec émotion: priez pour moi.
M. GUERTIN.
Vous nous avez intéressés beaucoup par tout ce que vous nous avez dit de cet homme si distingué: veuillez maintenant nous parler de son successeur. C’est Mgr. Prince, je crois. .
M. RICHARD
Oui.—Comme cela vous a déjà été dit, sept ans auparavant, étant simple ecclésiastique, il avait été employé comme professeur de Philosophie dans cette maison où il avait laissé les meilleurs souvenirs. Il avait ensuite enseigné au Collége de Nicolet, Devenu prêtre en 1826, il fut appelé à l'Evêché de Montréal où il fut chargé de diriger les ecclésiastiques qui y faisaient leur séminaire, et de leur enseigner la Théologie, Mgr. Lartigue appréciait ses services ; il avait pour lui une haute estime et une vive affection : mais il consentit à en priver sa maison, pour le donner comme directeur au Collége de St, Hyacinthe, fidèle à la promesse qu'il avait faite à M. Girouard de protéger, autant qu'il le pourrait, l'institution qu'il avait fondée.
M. Prince arriva ici avec le prestige d’une renommée de talent et de vertu: il fut dès l’abord l’objet d'une confiance qu'il satisfit pleinement,
M. DUCHARME
Il a été le vrai type du directeur, Il comprenait tous les devoirs que lui imposait sa charge, et il les a remplis avec le plus grand dévouement ; il était d'une sollicitude continuelle ; il examinait tout ; sa surveillance était pleine de sagacité ; rien ne lui échappait ; il était habile à tout découvrir. Sa gravité en imposait et maintenait le respect à son égard. On sentait en même temps qu’il y avait dans son cœur une bonté qui attachait à lui, malgré une certaine sévérité. Il se faisait craindre par le blâme qu'il infligeait publiquement à ceux qui étaient en faute. Quand on le voyait arriver à la lecture spirituelle avec le front soucieux, et un air mécontent, on s'attendait à quelque sortie véhémente contre ceux qui avaient manqué au devoir : il affectait un air d’irritation qui faisait redouter sa censure.
Doué d’une grande piété, M. Prince savait exciter la dévotion parmi les élèves ; dans la direction intime, il parlait avec une onction qui pénétrait le cœur,
Il prêchait assez souvent, ce que ne faisaient point ses prédécesseurs. Il y avait toujours quelques idées frappantes dans ses instructions ; mais comme il n'avait point le temps de se préparer, sa parole était lente, et peu soignée. Il était au reste plus écrivain -qu'orateur ; comme le prouve ce qu'il a écrit plus tard dans les Mélanges Religieux, et ses mandements comme Evêque : il avait à un haut dégré le talent épistolaire.
M. VALIN
M. Prince donnait aussi une attention dévouée aux études, aidé cependant en cela par quelques uns des professeurs : il avait le don de savoir encourager ceuxci dans leur œuvre. Il a travaillé extraordinairement ; il était directeur, préfet des études, pro- £esseur de théologie, procureur, et la première année seul confesseur d’une communauté déjà nombreuse, Il faut bien dire que cette multiplicité d'occupations lui a été nuisible sous un rapport. Elle l’a empêché d'acquérir par l'étude, des connaissances qui auraient donné plus d'éclat et d'utilité aux facultés intellectuelles dont il était doué.
M. RICHARD
M. Prince, pendant quelque temps, a employé «comme économe M. Antoine Birs, le neveu de M. Girouard, qui, étant alors ecclésiastique, l'avait aidé dans la construction du collége et avait été un des premiers régents ; ce Monsieur a encore rendu, dans l'emploi qu'il a rempli sous M, Prince, des services qui ont été appréciés.
M. VALIN
Ce que vous avez dit de la surveillance sévère de M. Prince me rappelle une anecdote. Il allait de temps à autre au manoir seigneurial où l'honorable M. Dessaulles, et son épouse si distinguée, le recevaient avec cette politesse qui leur était propre, et cette bienveillance affectueuse qu'ils ont toujours té-
moigné au fondateur du collége et à ceux qui ont. continué son œuvre, Or, un jour, la spirituelle seigneuresse lui dit: Il parait, M. le directeur, que vos: élèves ont fait dernièrement une importante découverte, dont ils sont heureux. —Mais, je n’en ai pas entendu parler. —Je pense bien qu'ils n’ont pas dû vous en informer, —Eh ! que serait-ce donc ? —On. s'est aperçu que vous aviez la vue courte, et qu'ainsi votre surveillance serait moins à appréhender.—Le fait était vrai. M.Prince sourit, mais au fond demeura. peu satisfait de la découverte.
M. RICHARD
La première année de la direction de M. Prince se: termina plus tôt que de coutume, à raison du choléra. Auparavant on sortait vers le 15 août ; cette année, cefut au commencement de juillet: deux élèves pendant les vacances furent enlevés par l'épidémie. C'est dans ces mêmes vacances que, comme vous le savez, le Collége de St. Hyacinthe a perdu son vénérable: fondateur; on vous a raconté, l’année dernière, les circonstances de sa mort. M. Prince fit tout en son: pouvoir pour que ses obsèques fussent aussi solenneiles que possible, et il a tenu à rendre sa mémoire vénérée par les élèves.
À le rentrée des classes, le directeur eut l’aide de deux prêtres, M. Raymond, qui fut ordonné au mois. de septembre, et M. Magloire Turcotte, Ce dernier était vicaire de M. Girouard quand il mourut, (Chargé de régler les affaires de sa succession, il demeura au coliège, et aida M. Prince dans l'administration. temporelle de la maison.
M. LANGEVIN
Nous tenons à connaître les professeurs qui se sont succédés dans l'institution, Veuillez bien nous dire quels étaient ceux de cette époque.
M. RICHARD
Il y avait donc M. Raymond que je viens de men--
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tionner, M. Désaulniers, M. Joseph Larocque, M. Marchessault dont il a été question, M. Chabot, depuis curé de St. Lin, ensuite aumônier de diverses communautés à Montréal, M. Elie Lévêque ex-curé de St, Marc, maintenant retiré à St. Charles, M. Lecours curé actuel de St.Théodore d’Acton, et aussi,pendant une partie de la première année de M. Prince, M.Eusèbe Durocher, qui, après une carrière si bien remplie, est mort récemment à l’'Hôtel-Dieu. Les portraits de ces derniers messieurs,que j'ai vus dans le salon du collége, indiquent leur bienfaisance envers la maison et la reconnaissance qu’on leur conserve,
M. LANGEVIN
Oui, ces portraits rediront à la longue suite des élèves qui se succèderont dans ce Séminaire, la libéralité d’un certain nombre de membres du clergé à son égard. Mais nous sommes heureux d'avoir à dire aujourd’hui que l'exemple qu'ils ont donné vient d’être généreusement imité par un membre de la société laïque. Un respectable cultivateur de la paroisse de la Présentation n’a pas cru pouvoir mieux disposer des biens que lui ont acquis son travail industriel et son économie qu'en les employant à favoriser l’éducation de la jeunesse de son pays, heureux de contribuer à former dans cette maison de dignes ministres des autels et des citoyens qui serviront honorablement la patrie. Lui aussi a donné à cette institution la somme de 4,000 piastres. Son portrait conservera le souvenir de ce bienfuit, et des prières pro'’nquées par la reconnaissance attirercnt sur lui les +: édictions du Ciel.
M. DUCHARME
M. Désaulniers n'est pas demeuré toute cette année scolaire à St, Hyacinthe, De bonne heure au printemps, pour qu’il apprit l'anglais et se perfectionnât dans l’étude de la Philosophie et des sciences physiques, il fut envoyé au célèbre collége de Georgetown
aux Etats-Unis, dirigé par les Jésuites. Il fit remplacé dans la classe de Philosophie par M. R:ymond, lequel, à la fin de l’année scolaire, ft soutenir une thèse qui a amené une discussion dimeurée célèbre,
M. Désaulniers avait lu, étant encore élève à Nicolet, l'EÆssai sur l'Indifférence de Y Abbé de Lamennais. Il était difficile à un jeune homme de ne pas se laisser entraîner aux idées de cet écrivain qui exprimait ses doctrines avec une vigueur et un éciat de style qui subjuguaient. Il adopta son système philosophique, et il le soutint même contre ses professeurs. St. Hyacinthe, il n'eut pas à lutter pour soutenir la thèse dite du sens commun, Ses coi frères dans l’enseignement se prirent vite d'une forte admiration pour le célèbre écrivain, qui était regardé alors comme le plus grand apologiste du Christianisme, Le premier volume de l'EÆssai sur l’'Indifférence avait acquis à son auteur un. nom qui faisait autorité. Et certes, il est peu de livres où la religion ait été défendue avec plus de vigueur et d'éclat. On se trouvait tout disposé, si on n'avait pas fait de fortes études philosophiques ou théclogiques, à admettre les idées du second volume de cet ouvrage, à raison de l'influence que le génie de l’auteur faisait subir à ses lecteurs, et parcequ'on croyait voir dans le systême philosophique qui s’y trouve une arme puissante en faveur de la foi. On le sait, l'abbé deLamennais eut une école brillante en France ; il avait attiré à sa doctrine des hommes, jeunes alors, qui sont devenus dans la suite ces vigoureux et brillants athlètes qui ont fait la gloire de la polémique catholique en noire siècle. Il me suffit de citer les noms des Gerbet, des Lacordaire, des Montalembert, des Guéranger, des Bonnetty. L'abbé de Lamennais était regardé comme un homme qui rendait de tels services à l'Eglise que le Pape Léon XII avait eu la pensée de l'élever au cardinalat,
Il n'est donc pas étonnant qu'au Collége de St, Hyacinthe on ait adopté ses idées, partagées d’ailleurs par Mgr. Lartigue sous l'autorité et la direction duquel était l'institution.
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Aux examens de 1833, le Professeur de Philosophie it soutenir par ses élèves des thèses sur divers points de cette science, l'une entre autres en faveur du système de M. de Bonald sur l’origine des idées, et une autre en faveur du systême de l'abbé de Lamennais, sur le fondement de la certitude: on avait plutôt 'intention de faire connaître ces doctrines que celle de les présenter comme des vérités absolues hors de toute contestation : c'était un essai de l'opinion publique que l'on voulait faire. Les élèves étaient préparés à répondre à certaines objections mises entre les mains des interrogateurs. Parmi ceux-ci était M. Odelin, Curé de St, Hilaire. Il présenta alors une difficulté à laquelle l'étudiant en Philosophie n'avait pu s'attendre, Le professeur le fit remarquer, et dit quelques mots pour répondre à l’objection. M, Odelin sépliqua. Alors, Mgr. Lartigue qui présidait à la séance, déclara que la discussion était hors de propos dans cette circonstance.
L'incident fut clos pour le moment, mais il devait avoir des suites.
M. VALIN
En effet, quelque temps après, on vit paraître sur L'Au du Peuple, journal qui se publiait à Montréal, une correspondance signée Dionel qui attaquait l’'enseignement philosophique du Collége de St. Hyacinthe, Il ne fut pas difficile de reconnaître dans cette signature l’anagramme de M.Odelin,Curé de StHilaire, M. Prince répondit dans un article caustique, mais sans toucher le fond de la question, M. Odelin sous son vrai nom, entama une discussion dans les formes.
La polémique s'engagea : MM. Joseph Larocque et Raymond la soutinrent pour le Collége,
M. Odeiin avait l'extérieur le plus désavantageux, mais il était doué d’une forte intelligence, st d’une aptitude spéciale pour les questions philosophiques ; an voyait qu'il avait autrefois beaucoup étudié ces auatières : il soutint la discussion qui fut longue,n'ayant aucun auteur dont il pût s’aider, Il portait de rudes
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coups aux défenseurs des systèmes de MM. de Bonal! et de l'abbé de Lamennais Cependant, comme il. n'avait pas leurs ouvrages entre ses mains, quelquefois ses objections portaient à faux, ce que ses adversaires. ne manquaient pas de relever, et ils prenaient d’ailleurs leur revanche en attaquant les principes cartésiens qu'ils croyaient trouver dans la doctrine du Curé. de St. Hilaire. Assez souvent, comme il arrive dans les discussions philosophiques, on ne s’entendait pas. sur les termes ; il fallait des explications qui prolongerient la polémique.
:.., nessieurs du Collége publiaient des articles sous «|: -erses signatures qui n'étaient point celles de noms propres : on crut qu'ils avaient des auxiliaires de côté et d'autre. Ceci embarrassait M. Odelin, qui pensait avoir affaire à plusieurs adversaires. Il lui arriva un jour une fatale méprise, L’abbé de Lamennais avait pour nom de baptême Félicité ; or un ex-élève du Collége, doué de beaucoup de talents, et ayant déjà l’art d'écrire, publia sur un journal, un article sur la question au bas duquel étaient les initiales. de son nom, Félix Maynard. M. Odelin crut que c'était Félicité de Lamennais. Il fut un peu déconcerté de voir l’illustre écrivain intervenir dans la lutte ; il répondit cependant, Son jeune adversaire letira d'erreur en se faisant connaître, et en le remerciant malicieusement de l’honneur qu'il lui avait fait de le prendre pour M. de Lamennais.
M. RICHARD
Une autre fois, il fut l’objet d'une charmante plaisanterie, Celui des professeurs du Collége qui défendait spécialement le système de M. de Bonald, avait, dans un de ses articles, cité ces paroles de ce philosophe : “ Un systême est un voyage au pays de la vérité: on en remporte toujours quelque chose d’utile.” Oh! dit M. Odelin, en répondant à cet article: “If paraît que vous ne connaïssez pas encore la vérité ; vous partez pour la chercher, je vous souhaite un bon voyage, que l'ange Raphaël accompagne vos pas.”
J'accepte votre souhait, lui fut-il dit dans la réplique, et je me flatte d’être assez heureux à mon retour pour guérir l’aveuglement du bon vieillard.—Ce mot fit fortune, M. Odelin en fut blessé, Jusque-là ses articles, quoique un peu acerbes quelquefois, néanmoins n'’avaient rien exprimé d’injurieux, Cette fois, il mit en tête de sa réponse: Vous serez d'autant plus long-
temps sots que vous avez commencé plus de bonne ‘heure à l'être.
M. DUCHAXME,
La discussion avait été transportée de l’Awi du Peuple à Echo du Pays, journal qui se publiait à St. Charles, Rivière Chambly : elle dura six à sept mois, vu que les articles de part et d'autre ne se succédaient pas toujours à des intervalles rapprochés. Le public s'y intéressait beaucoup, et la défaveur n'était pas à d'égard du Collége,
M. NORMANDIN
On avait à peine cessé la controverse que parut
l'Encyclique de Grégoire XVI qui la décida. M. de Lamennais, qui avait d'abord été un ardent défenseur je dirai presque de l’autorité illimitée des souverains, s'était constitué, après la révolution de 1830, l’athlète de la liberté absolue de la presse et de la parole,mime en fait de religion. Il avait fondé dans ce but un journal ayant nom l'Avenir, où écrivaient avec lui ceux que j'ai déjà mentionnés : MM, Lacordaire, Gerbet, Montalembert,et d’autres écrivains du plus grand mérite ; je ne sais si un journal a jamais publié des articles rédigés d’une manière plus brillante. Cette publication rendit service à l'Eglise par les coup mortels qu'elle porta au Gallicanisme, mais elle soutint des doctrines erronnées sur les rapports de l'Eglise et de l'Etat, Celles-ci furent condamnées dans l'Encyclique de Grégoire XVI Mirari vos. M. de Lamenmais parut d'abord se soumettre ; mais l'orgueil avait ris possession de son esprit : il revint sur une rétrac-
tion qu'il avait faite—et il publia le livre fameux intitulé les Paroles d'un Croyant ; cet ouvrage avait été composé en grande partie dans le temps où l'auteur avait conservé toute sa foi. Il y a des passages d’une beauté ravissante ; la magnificence du style du grand écrivain s’y montre dans tout son éclat. Mais il y avait ajouté un certain nombre de chapitres où s’exprimait dans les termes les plus injurieux un esprit de révolte et de haine contre l'Eglise et l'autorité des souverains, Ceci provoqua une nouvelle Encyclique du Pape, qui condamna les Paroles d'un Croyant, et en même temps improuva fortement le système philosophique de l'abbé de Lamennais, Hélas le malheureux prêtre ne se soumit point. Il se sépara complètement de l'Eglise ; il perdit la foi, et ses derniers ouvrages sont un démenti de tout ce qu’il avait écrit dans les premiers, Mais il semble avoir perdu en même temps son génie ; il n'y a aucun éclat dans les ivres publiés depuis sa défection ; aussi ils sont ou-bliés. Chose plus étonnante encore, aucun de ces disciples qu'il s'était attachés en exerçant sur eux unesorte de fascination, ne le suivirent dans sa chute ; ils devinrent tous de zélés défenseurs de l'Eglise—ils.
pleurèrent les égarements de leur maître, et d’après la connaissance qu'ils avaient de son caractère, ils ont constamment désespéré de sa conversion; c'est ce que nous avons entendu dire à votre Supérieur qui dans son voyage en Europe a eu occasion de s’entretenir avec quelques-uns d’entre eux.
M. RICHARD
Pas plus en Canada qu’en France M. de Lamennais: n'eut d’adhérents après sa condamnation, Aussitôt qu’au Collége on eut connaissance de l’Encyclique du 21 juin 1834 qui désapprouvait son système de philosophie, le directeur, M. Prince, publia dans les journaux une adhésion complète au document pontifical. Depuis, des rapports tout-à-fait bienveillants se sont établis entre les prêtres du Collége et M. Odelin.
Celui-ci venait de temps à autre les visiter et leux