‹ Histoire du Séminaire de St. Hyacinthe [microforme] seconde partieChapitre 1 sur 7 · ENTRETIEN SUR L'HISTOIRE DI SEMINAIRE DE STHYACINTHE · texte numérisé non relu

ENTRETIEN SUR L'HISTOIRE DI SEMINAIRE DE STHYACINTHE

M. NORMANDIN

Messieurs, nous vous saluons—-Nous sommes d'anciens élèves qui nous trouvions à la grande fète de l'année dernière ; nous y avons eu une si douce jouissance que nous sommes revenus pour assister à la distribution des prix qui doit avoir lieu dans la journée, et jouir encore du plaisir de revoir des confrères avec qui nous rappelions tout le bonheur que nous avons goûte au beau jour de la réunion.

M. LANGEVIN

Vous nous faites beaucoup d'honneur, messieurs, en voulant bien prendre part à la fête littéraire d’aujourd'hui, Nous aussi nous sommes sous l'influence des émotions de celle de l’année dernière, A la joie que nous avons vu éclater chez les anciens élèves, nous avons compris Ce qui nous est répété si souvent, que le temps du collége est le plus beau de la vie, et cela nous fait apprécier davantage notre séjour en cette maison d'éducation.

M. NORMANDIN

Jouissez de la paix que vous y goütez. Vous ne la trouverez pas toujours au sortir de cette enceinte, Vous rencontrerez des soucis de toute espèce, et dans la vie privée et dans la vie publique,

M. RICHARD

Nous respirons ici une atmosphère de paix et de sérénité qui nous réjouit, ce me semble. Vous Ctes

heureux d’habiter dans cet asile de la science, et de jouir habituellement, du moins à la belle saison, de ces bosquets magnifiques qui avoisinent cette maison et du beau parterre qui en fait l'avenue ; nous le trouvons encore embelli cette année,

M. DUCHARME

Nous ne voyons ces lieux qu'avec une émotion pleine d’allégresse au souvenir de tout ce qui s’y est passé l’année dernière, l'intéressante séance de la veille, la messe à la paroisse avec les anciens cantiques, la procession solennelle, l'inauguration de la statue de M. Girouard, les discours qui ont été prononcés, le diner où la joie a éclaté avec toute la vivacité et la naïveté du jeune âge.

M. GUERTIN,

Pour nous, il est un souvenir que nous avons spécialement conservé, c’est celui de l'entretien où l’on a raconté l’histoire des premiers temps du collége; ce qui a excité vivement notre intérêt, en même temps que nous avons été bien amusés des anecdotes que l'on a relatées ; si nous n'avons pas eu l'honneur de prendre la parole en cette circonstance, comme quelques-uns de nos confrères, nous étions auprès des interlocuteurs, les écoutant avec la plus vive attention.

M. LANGEVIN

Mais je crois que Monsieur était un de ceux qui ont pris part à cet entretien ?

M. NORMANDIN

Oui, et je suis heureux d’avoir pu vous donner ce contentement.

M. LANGEVIN

Nous le serions nous-mêmes si nous pouvions avoir la même jouissance. La continuation de l’histoire de cette maison aurait encore pour nous un bien haut

intérêt, Mais nous sentons que ce serait une impertinence de notre part de vous prier de continuer la narration que vous avez faite l’année dernière, Nous comprenons que votre temps doit être employé à revoir vos anciens confrères,

M, NORMANDIN

Nous en avons déjà salué un grand nombre hier soir et ce matin ; je me rendrais volontiers à votre désir ; il est si doux de rappeler un passé de bonheur, et je pense que ces messieurs n'auraient pas d’objection à vous parler du temps qu’ils ont passé au collége, Mais le temps doit vous manquer à vous-mêmes, La distribution des prix doit avoir lieu dans quelques heures, et vous avez à faire les préparatifs du départ.

M. LANGEVIN

Ah ! cela est fait, et rien ne saurait nous faire plus de plaisir que d'entendre raconter une partie de l'histoire de cette maison qui nous est si chère.

M. NORMANDIN

Pour ma part, je ne puis guère vous parler que de ce qui s’est passé sous la direction de M. Maguire ; j'ai quitté le collége l’année qui a suivi son départ. Deux de ces Messieurs sont restés dans la maison plusieurs années après que je l’eusse laissée, et Monsieur a commencé ses classes comme je finissais les miennes ; ils voudront bien, je m'en flatte, faire leur part en racontant ce qui s’est passé de leur temps.

M. DUCHARME

Pour moi, j'ai oublié bien des choses ; je redirai pourtant à ces jeunes messieurs ce que je pourrai me rappeler de plus intéressant.

M. RICHARD

Il en sera ainsi de moi.

M, VALIN

Si vous me laissez quelque chose à glaner, je le recucillerai,

M, LANGEVIN

Messieurs nous sommes confus de votre condescendance ; veuillez vous asseoir sur ces humbles siéges,

NM, GUERTIN,

Vous avez dit l'année dernière que vous auriez aimé à parler de l'administration de M, Maguire qui avait remplacé M, Crevier, comme directeur, Nous prétons l'attention la plus vive à ce que vous voudrez bien nous faire entendre,

M, NORMANDIN

M, Maguire à été l'un des prêtres les plus distingués du clergé canadien, Il naquit à Philadelphie en 1774 d'un père issu d'une ancienne et noble famille d'Irlande qui étais venu s'établir aux Etats-Unis, et qui ensuite alla demeurer à Falifax où il'exerça des emplois honorables, Notre fütur directeur fit ses études au Séminaire de Québec: il y eut les plus grands succès, Ayant embrassé l'état ecclésiastique, Mgr. Denault Evèque de Québec, se l'attacha comme secrétaire ; puis Mgr. Plessis le nomma vicaire à la Cathédrale, Il fut ensuite quelque temps curé à Berthier de Bellechasse, et en 1816, il fut chargé de la paroisse de St, Michel de la Durantaye, une des plus importantes du diocèse. Il s'y distingua par le zèle le plus dévoué, et par le talent d'instruire son troupeau dans les cathéchismes qu'il faisait tous les dimanches à la fin de l'office, et où il exposait la doctrine chrétienne, avec une grande clarté, ct une manière qui excitait vivement l'intérêt. Il savait distinguer les heureuses aptitudes întellectuelles des enfants ; il prenait un soin particulier de les instruire.

Parmi ceux qui fréquentaient le catéchisme, il y avait un enfant qui se faisait remarquer par la manière

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intelligente avec laquelle il répondait, et par le compt endu qu'il donnait des instructions ou des histoires

pieuses qu'il avait entendues, soit au curé lui-même, soit à Ses jeunes compagnons au sortir de l'église Avec une naïveté respectueuse, il adressait souvent à son pasteur des questions qui dénotaient son dési ardent de s'instruire, M. Maguire lui porta un intérèt particulier, et frappé de son intelligence, il engaga ses parents à lui procurer une éducation classique, Cet enfant est devenu cet homme qui, par sa vaste érudition, ses éminents services dans l'ordre politique et judiciaire, et la beauté de son caractère est la gloire la plus pure de notre pays dans la société laïque, et le modéle accompli du grand ct du bon citoyen ; on sent que je veux parler de l'Honorable Augustin Norbert Morin, dont les r°stes reposent dans l'église de Notre-Dame de St, H;,uacinthe, M. Maguire avait

dévoué à la cause de l'éducation : c'est sans « qui le porta à se charger de la direction de ce coliégx qu'il prit en 1828, Il était alors age de 54 ans, Soutfrant presque continuellement des atteintes du rhum

tisme, il se livra cependant à sa nouvelle œuvre avec une grande activité. Il mit l'ordre aux affaires tem

porelles de la maison, Douc d'une aptitude remar quable sous ce rapport, il surveiila avec un grand soin ce département et y établit l'économie, Il s'adressa au gouvernement pour avoir une aide pécunlaire en faveur de l'institution ; elle fut accordée ; c'est, je crois, la première allocation qui ait éte faite par la Iégisiature aux collèges du Bas-Canada.

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[Il y eut aussi un grand travail de la part de M. Maguire pour mettre les études sur un meilleur pied , il pourvut ies classes de cartes géographiques et L bibliothèque de la maison de livres utiles. Il mit sa propre bibliothèque, qui était volumineuse et bien choisie, à l’usage des professeurs, et il fit l'acquisition

de quelques instruments pour commencer un cabinet

de physique. Il avait acheté dans son voyage à Québec la première machine électrique qu'il y ait eu dans cette maison : de Sorel il l’a apportée jusqu'ici sur ses genoux. Il faisait fréquemment des examens et interrogeait les élèves d’une manière piquante : il stimulait chez eux, par divers moyens, le désir de s'instruire, et il s'attachait surtout à rendre les connaissances pratiques et utiles. Il aimait à converser avec les maîtres qui étaient de jeunes ecclésiastiques : il leur indiquait ce qu'ils avaient à étudier, et leur inspirait à eux mêmes un grand désir d'acquérir la science. J'ai entendu dire à votre Supérieur qu'il lui devait beaucoup sous ce rapport.

Ce directeur distingué formait les élèves avec un soin tout particulier aux bonnes manif “es, à la politesse et à la propreté, il leur faisait remarquer les moindres défauts opposés à ces qualités, et il a pu s'applaudir de voir les efforts qu'il a faits couronnés d’un succès diffcile à obtenir.

M. NORMANDIN

Voici un trait qui prouve ce que vous dites quant à la pronreté. Lorsqu'il se rendait à la salle d’études pour l'examen ou la lecture spirituelle, s’il remarquait le plus petit morceau de papier sur le plancher, il le montrait du doigt à l'élève près duquel il se trouvait, et il fallait que celui-ci l’enlevât à l'instant, Aussi la salle d’études était toujours nette. Il voulait que tout fût bien rangé; et s’il voyait trainer quelque part un objet quelconque, il s'informait à qui il appartenait,et après lui avoir reproché sa négligence, il l’obligeait à le mcttre dans l'endroit convenable, Ceci lui causa un jour une aventure un peu compromettante. Il avait trouvé dans un corridor je ne sais quel meuble, Il entre à l'étude pour l'examen; les professeurs s’y trouvaient comme de coutume. Il parla de la nécessité qu’il y avait à avoir de l’ordre partout, et à mettre chaque chose à sa place, et ensuite il dit : “ Que celui à qui appartient ce meuble se fasse connaître, ce sera sa punition. Personne ne bougea; le directeur in-

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