‹ Histoire du Séminaire de St. Hyacinthe [microforme] seconde partieChapitre 6 sur 7 · L'HONORABLE CHARLES DE ST. OURS AU REV. M. GIROUARD · texte numérisé non relu

L'HONORABLE CHARLES DE ST. OURS AU REV. M. GIROUARD

St. Ours, 8 Février 1821.

Monsieur,

Nous voici arrivés à une époque à laquelle il ne nous est plus possible de dissimuler le danger qui menace notre religion dans cette Province. Le petit nombre de prêtres et la difficulté d'en obtenir d'aucune partie

de l'Europe doivent nous faire envisager que dans peu d'années plusieurs des paroisses qui n’ont à présent qu'un curé pour la desserte de deux ou trois, ne pourront être desservies que comme des missions, si nous ne nous hâtons de prévenir ce malheur qui doit être bien vivement appréhendé par notre clergé et par les laïques attachés à la religion dans laquelle ils ont eu le bonheur d’être élevés, et à qui il doit paraître terrible de prévoir que peut-être leurs descendants seront privés de “et inestimable avantage, à moins d'une action immédiate de leur part.

Nous nous étions flattés que notre Evêque aurait facilement obtenu du gouvernement la permission de faire venir de l'Europe un nombre de prêtres nécessaire pour le soutien de la religion de ce peuple Canadien, à qui le libre exercice en était accordé par la capitulation, lors de la Conquête, et qui par sa loyauté et son courage a prouvé à notre Mère-Patrie, pendant

OS (*) Voir page 21 de l'entretien.

la dernière guerre, qu'elle n'a pas de meilleurs sujets que les Canadiens Catholiques; mais nous sommes trompés dans notre attente à ce sujet, et peut-être ce refus sévère des ministres de Sa Majesté, auquel nous devons cependant être sensibles, tournera à l'avantage de notre religion et de notre pays. Si nous prenons à temps les mesures nécessaires pour procurer de l’éducation à un nombre de nos jeunes garçons de campagne dans nos colléges de campagne, par ce moyen, nous pourrons espérer de nous procurer des prêtres dan: peu d'années, et ceux de nos élèves qui ne prendront pas l'état ecclésiastique,deviendront des citoyens bien instruits, de sorte que nous tendrons en même temps à deux buts avantageux pour notre pays.

Je remarquerai ici que nos colléges des villes de Québec et de Montréal ne nous procureront jamais un nombre d’ecclésiastiques proportionné à celui que nous devons attendre de nos colléges de campagne. Les écoliers des villes en faisant leurs études, sont en général entretenus des projets de leurs parents qui les destinent à devenir des notaires, des avocats, des membres de la législature, et quelques-uns des Ecclésiastiques ; mais l’aisance et la dissipation ne manquent pas de les rendre en grandissant fort indifférents pour ce dernier état, et quand il faut se décider, ils choisissent naturellement ceux dont les dehors et la liberté les flattent davantage.

Il n’en est pas ainsi pour les écoliers de nos colléges de campagne. Appartenant à des familles dont les vues les plus ambitieuses se portent à voir leurs enfants prêtres, ce dont leurs parents les entretiennent et les flattent en toute occasion, ils mênent dans leurs familles une vie uniforme et tranquille avant d'aller au Collége et pendant le temps de leurs vacances. de sorte qu'ils désirent retourner à leurs études ; ce qui n'est pas le cas avec les écoliers de nos villes, et les jeunes gens se disposent par degré à prendre un état qui leur parait d'autant plus avantageux qu’ils ne peuvent désirer ceux dont l'éclat leur est inconnu.

Voilà, je crois, ce que l'expérience nous a déjà bien

démontré, et ce quelle nous prouvera de plus en plus, si le plan que je vous propose peut réussir ; iln'y a pas un moment à perdre pour en tenter l'exécution qui serait trop tard dans quelqués années.

En conséquence, je proposerais à Messieurs les Curés de la Rivière Chambly, et aux laïques aisés du même endroit une souscription annuelle, sur une échelle assez considérable pour nous permettre de placer au Collége de Yamaska dont vorte générosité nous a offert le précieux avantage, au moins vingt écoliers pour le temps de huit années consécutives. Ces. écoliers, enfants de bons habitants, seront choisis et recommandés par les Curés, a raison d’un, de deux ou de trois par paroisse, suivant la somme que nous obtiendrons, supposant toujours que les familles de presque tous ces écoliers contribueront à l'éducation de leurs enfants, en fournissant leurs lits, leur entretien, douze minots de blé et un peu d'argent, si c'est pos- Sible,

Cette souscription doit être libérale, car je ne voudrais pas l'étendre à plus de vingt-cinq ou trente souscripteurs, pour éviter les difficultés inséparables de la collection de sommes modiques qu'on obtiendrait peut-être de quelques-uns des habitants; mais eur faible contribution en rendrait sans doute plusieurs exigeants quant à leurs propres enfants, ce qui gênerait les Curés dans le choix des écoliers que doivent fournir leurs paroisses respectives,

Nous vivons avec un peuple qui pour des objets de moindre conséquence, fait des souscriptions dont la générosité nous étonne ; imitons-le dans une circonstance qui doit être pour nous d’une conséquence, d'autant plus grande qu'il ne s’agit pas moins que du soutien de notre religion menacée,

Une assemblée des souscripteurs que je prie de m'honorer d’un mot de réponse aura lieu à St.Charles le plus tôt possible,

J'ai l'honneur d’être Monsieur Votre très-humble et obéissant serviteur,

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