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rait toujours le plus de monde. Les portes avaient été fermées avec soin pour que personne ne pénétrat dans la salle pendant le diner qui la. précédait, Mais le repas finissait à peine que l’on vint annoncer que cette salle était occupée par la foule. Il y avait quelque part auprès du collége une grande échelle pour servir en cas de besoin; des hommes l’appliquèrent à la maison, ils entrèrent par les fenêtres du lieu des exercices, trouvèrent moyen d'ouvrir une porte latérale, et en peu de moments à l’aide de cette escalade la foule avait pris possession de la place.
Ce qui attirait un si grand concours aux examens c'étaient les drames tragiques et comiques que l'on jouait, Les matières classiques n'étaient pas écoutées avec un entier silence ; on entendait un certain bruissement ; mais aussitot qu'une pièce dramatique commençait, tout chuchottement cessait ; on écoutait avec l'attention la plus soutenue, le plus vif intérêt, Voilà ce qui s’est fait durant tout le cours de nos études,
M. RICHARD
Les drames ont été abandonnés depuis. Je crois que le dernier qui se soit joué est le Prince Constant de Calderon en 1843. Je pense qu’on a eu raison de les faire disparaître. Les examens perdaient leur caractère propre pour devenir un théâtre. La préparation nécessaire pour bien représenter des tragédies entières faisait perdre beaucoup de temps, et fatiguait professeurs et élèves à raison de leurs autres travaux. Un certain nombre d’écoliers tenaient plus à paraître avantageusement dans un drame attirant les regards et les applaudissements, qu'à se bien préparer pour un examen où on leur ferait quelques questions pour la forme, et où la réponse ne serait guère écoutée. Assez souvent le succès de la pièce demandait qu'on employät certains élèves peu distingués par leur travail, et le fruit de leurs études, mais qui étaient doués du talent de la déclamation ; leurs noms rappelés avec compliments dans le compte-rendu des journaux était pour eux un dédommagement de ce
“qu’ils n'avaient point ou peu de prix. Et puis cela donnait aux élèves et aux spectateurs un goût théâtral dont on pouvait appréhender les conséquences, comme certains faits l'ont prouvé.
Malgré ces raisons plus ou moins contestables,peutêtre, il y a de grands exemples pour l'emploi de pieces dramatiques dans les colléges ; ce qui ferait voir que les inconvénients exposés ne sont pas reconnus partout, il y a là un exercice fort utile pour former les élèves à la déclamation.
M. RICHARD
Je ne serais pas opposé à ce que, non aux examens devant le public, mais dans le cours de l’année, on représentàt, sans grand appareil, quelques scènes choisies des tragédies classiques pour en faire sentir les beautés littéraires et les fixer dans la mémoire des
é'èves : ce serait un exercice qui aurait son utilité. Quant à la déclamation on s'y for.ne beaucoup mieux par le débit de discours, car il s’agit de préparer des hommes qui puissent parler dans les assemblées publiques, et non des acteurs pour le théâtre.
M. DUCITARME.
Depuis nombre d'années il n'y a plus d'examens publics, et cela, je crois, dans aucune maison de haute éducation dans le pays. Dans ce collége, c’est une simple distribution de prix, précédée d’une dissertation ou d’un entretien sur des questions philosophiques, littéraires ou sociales ; on choisit des sujets propres à instruire, qui gravent dans l'esprit des élèves et des auditeurs, des enseignements salutaires. J'ai assisté à plusieurs de ces exercices ; et j'y ai vu un grand nombre de membres du clergé, et outre les parents, beaucoup de citoyens éclairés, parmi lesquels se distinguaient des hommes occupant de hautes dignités.
Pour continuer l'histoire du Collége dans le temps que nous en étions élèves, je dirai qu'en lannée 1836, M. Clément Aubry, auparavant curé de St. ÂAthanase, est entré dans la maison avec l'intention de s'y fixer, si la vie de séminaire pouvait lui convenir. C'était un homme de talents distingués, aimant l’étude, et très remarquable par ses originalités spirituelles. Il fut chargé de l’enseignement de la Philosophie; il montra qu'il possédait bien cette matière ; il fut agréable et utile à ses élèves. Mais l'enseignement le fatiguait ; aussi, l'année scolaire expirée, il quitta là l'institution pour reprendre le ministère.
Cette même année la maison se recruta de deux nouveaux ecclésiastiques qui venaient de terminer leurs études: c'étaient M.Hyppolite Moreau,maintenant Vicaire-Général de Mer. l'Evèque de Montréal, et M. Isidore Gravel, ci-devant Curé de Laprairie,. Ces messieurs continuèrent à rendre service à la maison les deux années suivantes.
M. Désaulniers était professeur de Mathématiques et de Physique. Ses leçons dans cette dernière science, étaient écoutées avec une vive attention par ses élèves, à cause de la clarté avec laquelle il en exposait les principes, et de l'utilité pratique qu'il faisait reconnaitre à ses applications. Il agrandissait sans cesse le domaine de ses connaissances en cette matière par ses études de chaque jour. En 1837, la maison fut pourvue d’un cabinet de Physique contenant un :ssez grand nombre d'instruments parmi lesquels se trouvaient la grande machine électrique et le télescope. Cette acquisition a été due à M. l'abbé Holmes, ce célèbre professeur et préfet des études du Séminaire de Québec, Dans un voyage en Europe, il choisit avec discernement et utilité, à prix assez réduits, des instruments de physique pour l'institution à laquelle il appartenaiït, et pour diverses autres maisons d'éducation. Il a toujours montré un intérêt bienveillant pour ce Collége,
DS
M. RICHARD
M. Désaulniers sut exploiter habilement les instru. ments mis à sa disposition. Il se livra à toutes sortes d'expériences qui intéressaient et instruisaient beaucoup ses élèves. Il en fit même devant le public, soit dans les exercices de la fin de l’année scolaire, soit dans les réunions qu’il convoquait et où il exposait devant de nombreux auditeurs les nouvelles découvertes faites dans cette science, celles surtout qui se rattachaient à l'électricité, Il aimait à faire voir les divers instruments aux personnes qui visitaient la maison ; il en expliquait le mécanisme, montrait l’usage que l’on en pouvait faire, et faisait ressortir l'utilité des inventions récentes. Il mêlait à ses explications, qu’il savait toujours rendre piquantes, de ces saillies originales si fréquentes chez lui, et qui étaient écoutées avec plaisir par ceux qui en étaient les témoins. Aussi disait-on : “Ce qu'il y a de plusintéressant au Cabinet de physique de St. Hyacinthe, c’est le professeur qui le montre et en fait voir l'usage.”
C'est M. Désaulniers qui a introduit l'étude de la Chimie dans la maison qu'il a pourvue d’un apparatus convenable pour l’enseignement de cette science. Ses leçons sur cette matière ont été reçues avec beaucoup de satisfaction, et un grand profit de la part des élèves. Ceux d’entre eux qui ont embrassé la carrière médicale se sont bien trouvés des connaissances qu'ils avaient acquises au Collége de St. Hyacinthe, et ils se sont plus à rappeler à leurs condisciples dans leur nouvelle carrière le talent et le succès de leur professeur.
M. VALIN
Cet enseignement de la Chimie me rappelle une des. plus singulières espiègleries que peuvent faire des écoliers. Si vous n'aviez pas l'air si sage, je craindrais de vous scandaliser en vous la racontant ; mais elle ne fera que vous amuser. M. Désaulniers avait parlé dans la classe du gaz nommé hilariant ; il avait dit à ses élèves qu'on pouvait connaître par ses effets le caractère de ceux qui en prenaient, et il avait annoncé.
que des expériences seraient faites dans l'après-midi. Dans l'intervalle un complot se forma : on savait que le savant professeur n'était pas plus brave devant les vivants que devant les morts, et que son caractère naïf ne le rendrait pas défiant. Quand les élèves furent en classe, M. Désaulniers, dans l'intention de les amuser, commença à leur faire aspirer le gaz dont il avait parlé Il en présente à l’un d'eux que je désignerai par son nom de baptême, Robert.—Non, je n'en prends point, dit celui-ci, je me connais, je suis très prompt; si comme on le dit, ce gaz excite, je ne puis m'empêcher de dire ou de faire des sottises. Un de ses condisciples insiste pour qu'il en prenne, Le professeur dit que le gaz ne pouvait produire l’effet qu'il craignait. Robert parait se laisser persuader, imbibe son mouchoir du fluide, et fait semblant de l’aspirer fortement, C’est trop, lui crie M. Désaulniers. — Robert parait être dans une sorte d'exaltation. Un des élèves lui dit un mot propre à le taquiner: “Tu m'insultes, reprend-il, et prenant un bâton quise trouvait là comme par hasard, il fait mine de frapper. M. Désaulniers lui crie de s'arrêter, Robert se retourne vers lui avec un air menaçant. Le professeur craint qu'il ne le frappe; la porte était ouverte, il sort de la classe en courant. Robert court après lui. M. Désaulniers crie : arrêtez-le ; les autres élèves le suivent ; ils l’atteignent et l'arrêtent. Robert semble revenir à lui, et parait surpris de tout ce mouvement.—On lui dit ce qu'il avait fait. Je vous l'avais bien dit, reprend-il, et il se confond en excuses. M. Désaulniers n’a appris le tour que longtemps après.
M. NORMANDIN
Voici une autre anecdote qui m'a été racontée. Parmi les élèves de M. Désaulniers il s'en trouvait un qui avait du talent pour le dessin, et avait acquis certaines notions de cet art. M. Désaulniers était avide d’avoir des connaissances sur tout ordre de choses, Il demande à son élève de lui donner quelques leçons de dessin. Quelque temps après en faisant sa classe
de Chimie,il interrogea celui-ci, qui ne sut guères que répondre, et reçut de sa part une réprimande, A la fin de la classe quelqu'un demanda au jeune dessinateur, comment réussissait l'élève qui suivait ses leçons, voulant parler de M. Désaulniers qui était présent.— À peu près comme moi dans la Chimie, répondit-il. Et de fait c'était assez vrai.
M. RICHARD
Les faits plaisants qui viennent d'être racontés n'empêchaient pas les élèves d’avoir à l'égard de M. Désaulniers la plus haute estime, à cause de ses talents, de sa science, de son mérite sous tous rapports, et ils avaient pour lui une vraie affection correspondant à celle qu'il leur témoignait. Mais les écoliers sont toujours des écoliers : ils ne résistent pas à la tentation d'une espièglerie quand l'occasion s'en présente. N'est-ce pas vrai, Messieurs ?
En l'année 1837 et 38, M. Désaulniers reprit la
classe de Philosophie, qu'il a faite avec un bien grand succès ; mais ce n'est que plus tard qu'il a étudié et enseigné les doctrines de St. Thomas. Parmi les professeurs de cette année se trouvaient M. Pierre Blanchet qui a depuis été le rédacteur de l'Avexir, et M. D'Orsonnens, aujourd'hui Professeur à l'Ecole de Médecine de Montréal,
M. DUCHARME
Mil huit cent trente-sept—quel souvenir cette date rappelle! Malgré les efforts faits par le directeur pour empêcher toute expression d'opinions politiques, nous ne pouvions ignorer le mouvement qui agitait tout le pays ; le sentiment patriotique ne pouvait être comprimé en nous. Quand nous avons appris que le soulèvement avait eu lieu, et qu'il fallait s'attendre à une rencontre avec les troupes anglaises, jugez quelle anxiété il y avait dans les cœurs de ceux d’entre nous qui avaient des parents partis pour le combat. Pendant que le Dr. Nelson se battait si vaillamment à St. Denis, son fils Arthur était ici. Il fut, on le pense
bien, joyeux de la victoire; mais l'allégresse ne dura pas longtemps ; il put voir quelques jours après la lueur de l'incendie de St, Denis où brülait la maison de son père. La bataille de St. Charles avait été désastreuse pour les patriotes, Je me rappelle encore vivement la pénible émotion que nous éprouvions en voyant la terreur répandue dans la ville ; on s’attendait à voir arriver à chaque instant les soldats anglais ; la plupart des citoyens qui étaient compromis dans le soulèvement avaient pris la fuite. On tremblait sur leur sort à cause des poursuites dont ils pouvaient être l’objet,
Pendant la nuit qui suivit, les grands écoliers veillaient en faisant une sorte de patrouille, pour qu'on fût en garde contre toute surprise facheuse, On sent que dans ces jours il n'était pas facile de se livrer à l'étude. Les anxiétés se calmèrent un peu, vü qu'on ne vit pas arriver immédiatement les soldats, Les craintes étaient dissipées, lorsque quelques jours après, une compagnie militaire entra à St, Hyacinthe. Son commandant vint demander qu'elle fut reçue au Collége, et il exprima le désir qu'elle fût bien traitée, parceque les soldats étaient exténués de fatigue.Ceuxci furent reçus le mieux possible ; ils couchèrent deux nuits dans la salle de récréation sur de la paille qu'on y avait préparée. Il faut dire qu'ils se conduisirent bien ; on n'eut pas de vol à leur reprocher ; les écoliers se familiarisèrent avec eux. Un certain nombre d’entre eux étaient catholiques et voyaient les prêtres avec plaisir.
M. VALIN
Nous eûmes encore une visite militaire l’année suivante, après la nouvelle insurrection qui eut un sort si fatal. Un régiment entier entra à St. Hyacinthe; nous n’eûmes pas cette fois de soldats à loger; maïs le Collége eut à héberger le major-général McDonald, un des officiers les plus brillants de l’armée anglaise qui avait fait des prodiges de valeur à Waterloo; c'était un homme d’unetaille colossale. Il
était accompagné du Capitaine Torrance, et avait pour aide de camp, le jeune Lord Aberdeen, fils du ministre d'État de ce nom. Ces hôtes distingués se montrèrent gracieux. Le major général demanda à voir les élèves, et il leur donna un congé, Dès le lendemain ces militaires quittaient le village, laissant seulement un certain nombre de soldats qui occupèrent le palais de justice.
Il ne faut pas oublier une aventure qui à failli les compromettre, À cette époque les élèves de la maison s'amusaient à des exercices militaires ; ils avaient des fusils faits de bois avec lesquels ils faisaient la parade. De temps à autre il y avait des combats simulés. Une fois on représenta la bataille de Waterloo. Je me rappelle qu'un certain nombre d'élèves tombaient comme morts, En cette qualité ils ne pouvaient remuer jusqu'à la fin du combat, Une fois un écolier s’approcha d’un de ceux-ci, et lui fit, je ne sais quelle niche : tu me le paierais, si je n'étais pas mort, lui répondit l’autre élève,
Or, un jour de congé, les écoliers partirent pour la promenade, étant sous les armes, comme cela se faisait de temps à autre. Un des soldats logés au palais de justice les vit venir. En apercevant ces fusils, il crut à une nouvelle attaque des insurgés ; aussitôt il donne l’alarme, Vite la compagnie court à ses carabines ; mais elle fut bientôt avertie de la méprise, et les soldats de Sa Majesté n’eurent pas la gloire de se mesurer avec la redoutable milice du Collége.
M. LANGEVIN
Les exercices militaires qui avaient été longtemps en usage au Collége, étaient abandonnés depuis un certain nombre d'années. Ils ont été repris dans ces derniers mois. Nous avons entendu dire qu’à une certaine époque le bataillon collégial avait eu pour colonel M. Rodrigue Masson, le compagnon de M. Désaulniers, dans son voyage d'Europe dû à la libéralité de sa vénérable mère, et qui lui-même a toujours montré un si bienveillant intérêt à cette maison. Après
“avoir commandé l'humble milice du Collége, il est devenu l'Honorable Ministre de la Milice et de la Défense, élévé ainsi par son mérite à une des plus hautes positions de l'Etat, honneur qui rejaillit sur le Collége où il a reçu son éducation.
M. DUCHARME
À propos des troubles de 37 et de 38, je dois rappeler qu'il circulait des bruits compromettants pour le Collége à l'égard du gouvernement: le directeur et les professeurs étaient accusés de manquer de loyauté, d’avoir encouragé la contrebande, et favorisé le mouvement insurrectionnel. Craignant l'effet de ces rumeurs, Mgr. de Montréal, par l'entremise de son secrétaire, demanda aux prêtres de la maison un mémoire justificatif. Ils le firent, j'en ai pris moi-même connaissance dans le temps.
Le Mémoire établit que la question de contrebande avait été traitée au Collége sous le point de vue théologique, que les opinions diverses des auteurs sur cette matière avaient été citées dans les discussions qui a- ‘vaient eu lieu, mais que les membres de la maison n'avaient jamais traité ce sujet devant des laïcs,et qu'ils n'avaient donné à ceux-ci aucune décision pratique favorisant la contrebande,
Les directeurs disaient ensuite qu'il n'y avait pas d'enseignement politique proprement dit au Collége de St. Hyacinthe, parcequ'ils comprenaient toute l'inconvenance qu'il y aurait à initier la jeunesse à des discussions sources de tant de difficultées, et aliment de querelles déplorables. Changer, disaient-ils, le sanctuaire paisible des lettres en arène politique, n'a jamais dû être, n’a jamais été une de leurs pensées.
Le Mémoire affirmait que toute discussion politique entre les élèves était sévèrement prohibée. De plus il établissait que l’enseignement philosophique et théologique de la maison sur l’obéissance à l'autorité était conforme à la doctrine apostolique, que venait de reproduire solennellement le chef de l'Eglise dans l'Encyclique Afirari vos, et il appelait en confirmation
de cette assertion les élèves tant ecclésiastiques que laïcs qui avaient suivi le cours de Philosophie dans les dernières années,
Il était rapporté qu'en 1835, une discussion sur la civilisation avait été soutenue par les élèves de Philosophie, dans laquelle les doctrines du libéralisme qui avaient amené la Révolution française, étaient flétries avec indignation,et où il était proclam que la raison ne justifie pas la violence comme moyen de réprimer les abus du pouvoir, On ajoutait que divers écrits, faits par un professeur du Collége avaient été publiés sur les journaux contre la thèse favorable à l'insurrection, dans l’un desquels se trouvaient ces paroles prononcées récemment par O’Connell : “ Je le déclare en présence de Dieu qui doit me juger, je repousserais la modification politique la meilleure, si elle devait coûter une seule goutte de sang.”
Dans le document dont je parle, il était attesté que les Messieurs du Collége avaient déclaré à ceux qui les consultaient qu'il ne leur était pas permis de prendre les armes pour attaquer les troupes anglaises, et qu'ils ont refusé, à ceux qui se rendaient au camp de St. Denis et de St. Charles, leurs chevaux et certaines armes qu’il y avait dans la maison.
Je ne saurais assurer que ce mémoire remis à l’'Evéque de Montréal ait été présenté au Gouvernement, mais il est certain qu'il n'y eut de la part de celui-ci aucune expression défavotable à la maison.
M. VALIN
Si les membres du Séminaire se montraient si opposés à la rébellion qui a eu des suites si funestes, il n'en partageaient pas moins les idées et les + nt ments de leurs compatriotes sur la nécessité d dressement des griefs dont ceux-ci se plaignaie: Le4 Novembre 1837, il se tint à la maison une assemblée où. fut formé le projet d’une requête du Clergé au Gouverneur pour le prier d’aviser aux moyens de tranquiliser le pays. M. Prince, promoteur de la mesure, fut un des prêtres chargés de présenter cette requête à Lord Gosford.
Le bé
Après la fatale journée de St. Charles, les prêtres du Collége ont caché pendant plusieurs jours dans leur maison quelques citoyens compromis dans le mouvement ; ils ont favorisé l'évasion du fils et du frère de l'honorable M. Papineau; deux d’entre eux MM. Raymond et Désaulniers sont allés à Montréal intercéder auprès de Sir John Colborne, alors administrateur de la Province, en faveur des citoyens de St, Hyacinthe, retenus prisonniers pour leur participation à l'insurrection qui avait eu lieu,
Ils continuèrent au reste à être en bons termes avec le gouvernement, La dernière année que j'ai passé au Collége, nous avons reçu la visite de Sir Poulett Thompson, depuis Lord Sydenham, alors Gouverneur- Général. Je me rappelle la gêne qu'il parut éprouver quand il fut introduit dans la communauté ; pendant qu'on lui faisait entendre une adresse de bienvenue, il y avait chez lui une sorte de tremblement, et il répondit avec une voix entrecoupée et embarrassée ; du reste, il se montra très-affable,
M. DUCHARME
Je ne me souviens d'aucun fait important de l’année scolaire 1838-1839. Les hautes classes avaient toujours les mêmes professeurs. Il y eut de nouveaux régents, entre autres M. Lévêque, M. Tétreau, et M. Prince qui sont encore dans la maïson, puis M.Esdras Lamothe, mort curé de St. Aimé, et nous avons eu pour professeur d'anglais, M. McGilvray, décédé en
1840. Il est le premier qui soit mort dans la maison même.
M. VALIN
L'année 1840 fut remarquable. La mort enleva Mgr.Lartigue, Evêque de Montréal, le jour de Pâques, 19 Avril. Cet illustre prélat avait toujours manifesté la plus grande bienveïllance à cette maison. Il lui avait obtenu son incorporation civile ; il avait tenu à la pourvoir des professeurs qui pouvaient lui être le
plus utiles, Il venait de temps à autre la visiter, et lui donnait toutes sortes de témoignages de son intérêt, Malgré la distance des lieux, dans un temps où il n’y avait point de voies ferrées, nous l’avons vu à plusieurs reprises assister aux examens publics. Nous aimions à l'entendre prêcher ; il avait, on le sait, un talent de déclamation extrêmement remarquable.
Il avait un aspect sévère qui nous mettait un peu à la gêne en sa présence. On dit queses lettres étaient brêves, concises, ayant en quelque sorte l'accent de sa parole. (Cependant j'ai eu occasion de voir dans le temps une lettre qu'il adressait à M. Prince ; d’un bout à l’autre elle était écrite avec le ton du badinage : elle était montrée comme une chose extraordinaire de sa part.
M. DUCHARME
Le successeur de Mgr. Lartigue n'a pas montré moins de dévouement au Collége de St Hyacinthe ; il l'a hautement favorisé, et il a contribué à sa prospérité. C'est lui qui en 1842 a constitué les prêtres du Collége en Séminaire, avec une organisation particulière et l'octroi de certains priviléges. Mgr. Joseph La- Rocque a été le premier Supérieur. Mgr. Bourget n’a cessé de s'intéresser efficacement à la maison tant qu'elle a été sous sa juridiction, et depuis il lui a donné encore de nombreuses marques de sa bienveillance.
M. GUERTIN.
Aussi une vive gratitude est-elle conservée dans ce Séminaire pour ce vénérable Prélat si distingué par ses hautes vertus, et ses œuvres admirables.
M. VALIN
Il faut dire pourtant que ie premiier acte de Mgr. Bourget, devenu Evêque de Montréal n’a pas été en faveur de c°tte maison ; il lui a enlevé son directeur, M. Prince, qu'il a appelé auprès de lui. Il serait difficile d'exprimer la douloureuse émotion qui se fit
ii =
sentir dans la communauté à cette triste nouvelle. Malgré une certaine sévérité, M. Prince était l'objet d'une grande affection de la part des prêtres de la maison et des élèves. Les larmes qui furent répandues en cette occasion ont dû le prouver.
M. Prince eut pour successeur dans la direction du Collége M. Joseph LaRocque, et M. Raymond devint Préfet des Etudes.
M. DUCHARME
En l’année qui suivit le départ de M. Prince, il arriva un fait, qui, je crois, est peu connu. Les R:vérends Pères Jésuites venant d'arriver dans le pays, on songeait à leur donner un Collége. Celui de St. Hyacinthe parut pouvoir leur offrir une position convenable, M. Prince, autorisé sans doute de qui de droit, écrivit aux directeurs de cette maison pour leur demander s'ils ne seraient pas prêts à céder leur établissement à la Compagnie de Jésus, en entrant dans cet institut, ou en acceptant des places dans le ministère ; et on priait ces Messieurs de donner une prompte réponse.
Ils répondirent qu’une affaire de cette importance demandait une bien longue réflexion, que la vocation religieuse ne s'imposait pas; qu'en supposant chez quelques-uns d'eux un certain attrait pour l'Institut des Jésuites, ils pouvaient bien ne pas être jugés lui convenir, et qu’ainsi leur avenir serait compromis. Ils disaient qu'ils n'avaient point de goût pour le ministère paroissial; qu'occupés déjà depuis un certain nombre d'années à l’œuvre qu'ils accomplissaient, ils y avaient trouvé du bonheur et un succès qui semblait un signe que la Providence les voulait là où ils étaient ; que l'intention du fondateur avait été de faire de sa maison un petit séminaire pour le recrutement du clergé, sans exclure pourtant les élèves se destinant à la vie séculière. Et ils ajoutaient, que malgré tout ce que l’on pouvait attendre de l’enseignement des Jésuites si renommés comme instituteurs de la jeunesse, le clergé et la population préféreraient la conservation
de l'institution telle que constituée d’abord, se composant de prêtres du pays, sous la dépendance de l'Evêque diocésain.
En vain on leur offrit des stalles dans le Chapitre de Montréal qui s'érigeait alors, les Directeurs du Collége maintinrent leur détermination, et la chose n'eut pas de suite.
M. NORMANDIN
Il est heureux qu'il en ait été ainsi: car cela a amené la fondation du Collége Ste, Marie à Montréal, où la jeunesse d'élite de cette ville a reçu une brillante et forte éducation, sous la direction des Révérends Pères Jésuites ; et d'une autre part ie Collége de St. Hyacinthe s'est maintenu avec son caractère primitif, et avec une prospérité croissante, La réunion de l’année dernière montre ce qu'il a fait pour la religion et la patrie ; nous nous flattons que la Providence qui l'a favorisé jusqu’à présent lui continuera sa bienveillance, ct que son avenir correspondra à son passé.
Vous contribuerez pour votre part, mes jeunes Messieurs, à ce qui peut faire son honneur, en profitant de l'éducation que vous y recevez pour remplir avec succès les devoirs qui vous seraient imposés dans l'état ecclésiastique ou laïc. Puissent vos jours se pro- Jonger assez pour vous permettre de prendre part,dans un certain nombre d'années, à une fête semblable à celle dont c’est aujourd’hui l'anniversaire, où vous vous féliciterez des fruits que vous aurez recueillis de l’enseignement qui vous est donné dans cette institution !