LIVRE IX
tail (àïi accorder le droit qu'exprima larliele 6 du 9èa«tn9-cofi«mUe rendu pour Yespasien , d'ordonner
toul«*s ieb mesurer que pourraient exiger le salut et la majesté de la république. Ce pouvoir extraordinaire avait offert peu de dangers , quand il était exercé par un consul annuel ; condè ii un prince iaainovible, il substituait aux vrais principes de la monarchie la sanction légale de tous les caprices du despotisme.
La puissance civile du prince recevait une nouvelle extension par les droits de la puissance tribunitienne, qui 1 exemptaient de Topposilion des tribuns; par l'exercice de la préfecture des mœurs , qui mettait à sa disposition les privilèges et le rang des citoyens. iVlais son indépendance n'était qu'apparente, car elle était réduite à s'appuyer sur le pouvoir militaire. Elle ii'exer( aiten effet que la force qu'elle lui avait empruntée, et cette force s épuisait sans cesse dans la lutte avecd'anciennesinsti tu lions, énervées sansdoutÇy et qui n'avaient conservé que Tappareil de la puis- ' sance , mais que soutenait contre ses efforts l*ascen*dant des souvenirs et des adections populaires.
Auguste avait rendu cette lutte inévitable lorsque , j 28. contre lavis de Mécène » il avait décidé le maintien des institutions républicaines ; car II n'avait pu laisser subsister les coiukes du peuple qu'en simmisçant dans l'exercice de leur puissance législative i^t judiciaire , et en modifiant leurs droits d'élection par les préférences qu'il exigeait pour ses candidats. C'élail uniquement dans son intérêt qu il avait montré au sénat plus de faveur, et lui avait conservé une partie de ses prérogatives. Mais son influence s'était mani-* festée surtout par Tavilissement des magistratures.
Le consulat n'était plus en effet qu une vaine déco-
ration , bientôt transmise par ses possesseurs à des cousais subrogés ou mineurs, c|ai n'entraient pas même toujours en exèrcice, et en Mdent dédomfnàgés par les ornements consulaires. Le tribnnat (Mnit devenu une charge onéreuse, désormais imposée à 1 ordre des chevaBm. La préture araii perdu sa pitis iinp6r* , tante préroptive, celle d'interpréter les lois, délégûée aux jurisconsultes du prince ; ses attributions avaient ièté restreintes par la loi Julia judiciaire , et traostnises ensuite an préfet de Rome.
Tel était même le but que se proposait Auji^uste et ■déléguant sa puissance au préfet de iiome et aux ma- :gistrats impériaux ; il voulait lenr accorder les droits des magistrats républicains. (Tétait pourim sembldble dessein qu il instituait en quekjuo sorle un sénat Impérial , en dépouillant ce corps de ses anciennes attributions, et loi déléguant la plupart dé celtes étaient comprises dans la prérogative du [>rince. Mais ces institutions impériales et les institutions républicaines se corrompaient mutuellement» les unes par de continuelles usurpations, tes autres par fetir tèâ^ lance désespérée. La jurisprudence était exposée aux mêmes altérations par les décisions contraires des Jnrisconsuttes monarchiqnes et de cent qui persévéraient dans hi doctrines répobFfcarnes.
De pareilles crises devaient ramen.er raotorilê monarcbique à son origine , et forcer le prince à redevenir empereur. Auguste éprouva bientôt que le délégué dv sa puissance civile , le préfet de Rome , ne lui pouvait oilrir qu une trop faible garantie , et il établit des préfets do prétoire. Mais, en déléguant ainsi «à puissance mHHaire, i( la reconnaissait pour la înM ét l'appui de toutes ses innovations. Tel fui donc le vice
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ém la amnlKulion impérialB; elle avftfl prodalt des
i nâlUotioiiâ ml litdires cooMamment opposées am insfltutioDS civiles par leur principe et par ieur natare. Ainsi 08 jostlAe Topioloo émise par M. De la Malle dans mm Dfseonrs aor Tacite , que le défaut de eette prétendue monarchie fui qu on y laissa beaucoup trop de république.
CéiaH toujours , m eflM , par racllen de la puissaoee mlKtafre i|fie le prlaee maintenait rabaissemént des pouvoirs dont il n'avait pas changer rorigine et la nature. Sa puissance civile n aurait pu la sup* plèer, nalquemenl formée par les eoneessiotts du
corps quelle devait réprimer. Le sénat, qui «attirait les mépris du prince lorsqu il s humiliait à ses pieds, ■'avait qu'à se relever pour lanéaniir. Pour rendre aux ressorts de Fanelen gouvernement toute leur vigueur. Il lui suffisait d user des prérogatives que le prince même avait reoHinues , lorsqu il acceptait de lui ces emoessioafl. Le décret qui rétablissait la puissance si longtenups vénérée du consulat fut même proposé après la mort de Caliguïa. Les prétoriens prévinrent son adoption en proclamant aussitôt un empereur, fluds cette révolution légale était toi^ours haminente.
Les citoyens n'aspiraient qu'à la voir s'accomplir , S 29. ou même qu'à la favoriser par leurs soulèvements. Contenus d'abord par les illusions qu'on prince habile avait em Tart d'entretenir , Ils voyaient le successeur d'Auguste s armer du glaive qui était désormais son unique appui , et les accusations de Majesté devenir oHiast é'exéculions m^italres. Ils ne pouvaient plus ètr* abusés par la vaifle Image des InstitirHons qui avaient été le principe de leur grandeur ; cette grandeur même ne servait qu'à accreitre leur infortune.
;>|4 SIECLE D'ALGUSTE.
Expetésaax plus tynnniqiiesattenlaU, ils se voyaîeat
eDrermès dans des limiles qui embrassai^t le monde civilisé. Ils no pouvaient même espérer un asile au delà de ces frontières si reculées ^ les barbares qui les entooraîenl n*avaient que trop souvent acheté , au prix du sang de leurs hôtes, la protection ou les libéralités du chef de 1 empire.
La nature vicieuse des rapports que les innovations d'Auguste avaient établlsentre les citoyens et le prince, fut alors pleinement dévoilée. Les citoyens , toujours menacés et sans avenir , n'envisageaient que les ressources du désespoir. Le prince partageait les terreurs qu'il avait inspirées, và uiaintenait son autorité par une marche contraire à celle qui en avait préparé rétablissement. Auguste avait d'abord versé le sang^ des citoyens; et ensuite énervé les institutions; ses successeurs lurent amenés, par cette attaque poursuivie contre les institutions, à proscrire les citoyens. Les excès deli^éron précipitèrent le dénouement de ces drames sangutnures, et l'empire sortit de la famille des Césars.
Auguste ne peut pas être soupçonné d'imprévoyance pour ces dangers , mais il fut réduit à conjurer des dan^ilers bien plus pressants. Pour éluder les haines perfides qui avaient éclaté par le meurtre de son pére adoptif » il laissa subsister toutes les apparences de Tanclen gouvernement. En dépouillant les autorités civiles de leurs attribut ious, il leur en conserva tous les signes extérieurs , et se rendit ainsi indispensable une puissance militaire arbitraire et illimitée. Il fut amené à déployer les ressources d'un tyran par l'impuissance d'obtenir les prérogatives d'un monarque avoué par les lois.
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Nous sommes ainsi autorisé à comprendre le meurtre de Jules-César parmi les grands attentats où s'est Je plus ouTertement manifestée l'intervention de cette Providence invisible qui fait retomber sur leur postérité les crimes des grands et des peuples. Le crime des grands de Rome prépara cette effroyable série de calamités qui devait peser sur leurs descendants. Inutile aux institutions dont la défense lui avait servi de prétexte, il souleva les orages qui devaient, si Ton ose ainsi s'exprimer , dessécher le soi de la patrie, et* la rendre inféconde pour les institutions que ses intérêts mieux compris eussent réclamées.
Nous pourrions même soutenir avec de justes motifs qu'il n'a manqué à la gloire d'Auguste que d'avoir pu
présenter comme Théritler d'une puissance déjà établie. Quand on le voit, pendant quarante-deux ans, obtenir d'un gouvernement si défectueux de tels éléments de prospérité, on regrette ceux que ses qualités éminentes lui eussent promis dans un empire sagement constitué par Jules-César. Paraissant au contraire comme son vengeur, il acheta cette sanglante succession par les infortunes de la république. La même cause le réduisit ensuite à préparer, par des institutions vicieuses, les crises non moins fécondes en catastrophes qui devaient rendre si prompte et si humiliante la chute de sa dynastie.