‹ Histoire du siècle de Louis XIV;Chapitre 15 sur 206 · XXVI.] ET ANECDOTES · texte numérisé non relu

XXVI.] ET ANECDOTES

duite de Vardes fut trop tard connue ; et Vardes, tout criminel qu'il était, ne fut guère plus puni que les innocents qu'il avait accuse's, et qui furent obligés de se défaire de leurs charges, et de quitter la cour.

L'autre favori était le comte, depuis duc, de T.auzun ; 5 tantôt rival du roi dans ses amours passagers, tantôt son confident, et si connu depuis par ce mariage qu'il voulut contracter trop publiquement avec Mademoiselle, et qu'il fit ensuite secrètement, malgré sa parole donnée à son maître. i o

Le roi, trompé dans ses choix, dit qu'il avait cherché des amis, et qu'il n'avait trouvé que des intrigants. Cette connaissance malheureuse des hommes, qu'on acquiert trop tard, lui faisait dire aussi: Toutes les fois que je donne u/ie place vacante, Je fais cent viècontents et nn ingrat. 1 5

Ni les plaisirs, ni les embellissements des maisons royales et de Paris, ni les soins de la police du royaume, ne discontinuèrent pendant la guerre de 1666.

Le roi dansa dans les ballets jusqu'en 1670. Il avait alors trente-deux ans. On joua devant lui à Saint-Germain 20 la tragédie de Britannkus ; il fut frappé de ces vers :

Pour toute ambition, pour vertu singulière.

Il excelle à conduire un char dans la carrière,

A disputer des prix indignes de ses mains,

A se donner lui-même en spectacle aux Romains. ^5

Dès lors il ne dansa plus en public, et le poëte réforma le monarque.

C'est un grand exemple du pouvoir des préjugés et de la coutume, qu'il ne fût pas permis à la petite-fille de Henri IV d'avoir un mari. Mademoiselle, après avoir refusé tant de 30 souverains, après avoir eu l'espérance d'épouser Louis XIV, voulut faire à quarante-quatre ans la fortune d'un gentilhomme. Elle obtint la permission d'épouser Péguilin, du nom de Caumont, comte de Lauzun, le dernier qui fut capitaine d'une compagnie de cent gentilshommes au bec- 35 de-corbin, qui ne subsiste plus, et le premier pour qui le roi avait créé la charge de colonel général des dragons. Il y avait cent exemples de princesses qui avaient épousé des gentilshommes: les empereurs romains donnaient leurs filles

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à des sénateurs : les filles des souverains de l'Asie, plus puissants et plus despotiques qu'un roi de France, n'épousent jamais que des esclaves de leurs pères.

Mademoiselle donnait tous ses biens, estimés vingt 5 millions, au comte de Lauzun ; quatre duchés, la souveraineté de Dombes, le comté d'Eu, le palais d'Orléans qu'on nomme le Luxembourg. (1669) Elle ne se réservait rien, abandonnée tout entière à l'idée flatteuse de faire à ce qu'elle aimait une plus grande fortune qu'aucun roi n'en

10 a fait à aucun sujet. Le contrat était dressé: Lauzun fut un jour duc de Montpensier. Il ne manquait plus que la signature. Tout était prêt, lorsque le roi, assailli par les représentations des princes, des ministres, des ennemis d'un homme trop heureux, retira sa parole, et défendit cette

15 alliance. Il avait écrit aux cours étrangères pour annoncer le mariage ; il écrivit la rupture. On le blâma de l'avoir permis, on le blâma de l'avoir défendu. Il pleura de rendre Mademoiselle malheureuse. Mais ce même prince, qui s'était attendri en lui manquant de parole, fit enfermer

20 Lauzun, en novembre 1670, au château de Pignerol, pour avoir épousé en secret la princesse qu'il lui avait permis, quelques mois auparavant, d'épouser en public. Il fat enfermé dix années entières. Il y a plus d'un ro)^aume oii un monarque n'a pas cette puissance : ceux qui l'ont sont

25 plus chéris quand ils n'en font pas d'usage. Le citoyen qui n'offense point les lois de l'équité doit-il être puni si sévèrement par celui qui représente l'Etat? N'y a-t-il pas une très-grande différence entre déplaire à son souverain et trahir son souverain ? Un roi doit-il traiter un homme plus

30 durement que la loi ne le traiterait?

Ceux qui ont écrit^ que madame de Montespan, après avoir empêché le mariage, irritée contre le comte de Lauzun, qui éclatait en reproches violents, exigea de Louis XIV cette vengeance, ont fait bien plus de tort à ce monarque.

35 II y aurait eu à la fois de la tyrannie et de la pusillanimité

1 L'origine de cette imputation, qu'on trouve dans tant d'historiens, vient du Sci^raisiana. C'est un recueil posthume de quelques conversations de Segrais, presque toutes falsifiées. Il est plein de contradictions ; et l'on sait qu'aucun de ces ana ne mérite de croyance.

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