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des sculpteurs, de mettre des esclaves aux pieds des statues des rois : il vaudrait mieux y repre'senter des citoyens libres et heureux. Mais enfin on voit des esclaves aux pieds du clément Henri IV et de Louis XIII, à Paris; on en voit à Livourne sous la statue de Ferdinand de Médicis, qui 5 n'enchaîna assurément aucune nation ; on en voit à Berlin sous la statue d'un électeur qui repoussa les Suédois, mais qui ne fit point de conquêtes.
Les voisins de la France, et les Français eux-mêmes, ont rendu très-injustement Louis XIV responsable de cet 10 usage. L'inscription Viro hnmortali, j± Ihonune immortel^ a été traitée d'idolâtrie ; comme si ce mot signifiait autre chose que l'immortalité de sa gloire. L'inscription de Viviani, à sa maison de Florence, yEdes a Deo datœ, Maison do7i7iée par un Dieu, serait bien plus idolâtre: elle n'est 15 pourtant qu'une allusion au surnom de Dieu-donné, et au vers de Virgile, Deus 7iobis Jiœc otiafecit. (Ecl. i, v. 6.)
À l'égard de la statue de la place Vendôme, c'est la ville qui l'a érigée. Les inscriptions latines qui remplissent les quatre faces de la base sont des flatteries plus grossières que 20 celles de la place des Victoires. On y lit que Louis XIV ne prit jamais les armes que malgré lui. Il démentit bien solennellement cette adulation, au lit de la mort, par des paroles dont on se souviendra plus longtemps que de ces inscriptions ignorées de lui, et qui ne sont que l'ouvrage 25 de la bassesse de quelques gens de lettres.
Le roi avait destiné, les bâtiments de cette place pour sa bibliothèque publique. La place était plus vaste; elle avait d'abord trois fiices, qui étaient celles d'un palais immense, dont les murs étaient déjà élevés, lorsque le malheur des 30 temps, en 1701, força la ville de bâtir des maisons de particuliers sur les ruines de ce palais commencé. Ainsi le Louvre n'a point été fini ; ainsi la fontaine et l'obélisque que Colbert voulait faire élever vis-à-vis le portail de Perrault n'ont paru que dans les dessins; ainsi le beau portail 35 de Saint-Gervais est demeuré offusqué ; et la plupart des monuments de Paris laissent des regrets.
La nation désirait que Louis XIV eût préféré son Louvre et sa capitale au palais de Versailles, que le duc de Créqui appelait un favori sans mérite. La postérité 40
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admire avec reconnaissance ce qu'on a fait de grand pour le public ; mais la critique se joint à l'admiration, quand on voit ce que Louis XIV a fait de superbe et de défectueux pour sa maison de campagne.
5 II résulte de tout ce qu'on vient de rapporter, que ce monarque aimait en tout la grandeur et la gloire. Un prince qui, ayant fait d'aussi grandes choses que lui, serait encore simple et modeste, serait le premier des rois, et Louis XIV le second.
lo S'il se repentit en mourant d'avoir entrepris légèrement
des guerres, il faut convenir qu'il ne jugeait point par les
événements : car de toutes ses guerres la plus juste et la
plus indispensable, celle de 1701, fut la seule malheureuse.
Tant de détails pourraient rebuter un philosophe : mais
1 5 la curiosité, cette faiblesse si commune aux hommes, cesse presque d'en être une, quand elle a pour objet des temps et des hommes qui attirent les regards de la postérité.