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Il aimait les louanges; et il est à souhaiter qu'un roi les aime, parce qu'alors il s'efforce de les mériter. Mais Louis XIV ne les recevait pas toujours, quand elles étaient trop fortes. Lorsque notre Académie, qui lui rendait toujours compte des sujets qu'elle proposait pour ses prix, 5 lui fît voir celui-ci : Quelle est de toutes les vertus du roi celle qui mérite la préférence 1 le roi rougit, et ne voulut pas qu'un tel sujet fût traité. Il souffrit les prologues de Quinault ; mais c'était dans les beaux jours de sa gloire, dans le temps où l'ivresse de la nation excusait la sienne. 10 Virgile et Horace par reconnaissance, et Ovide par une indigne faiblesse, prodiguèrent à Auguste des éloges plus forts, et, si on songe aux proscriptions, bien moins mérités.
Si Corneille avait dit, dans la chambre du cardinal de Richelieu, à quelqu'un des courtisans: Dites à M. le car- 15 dinal que je me connais mieux en vers que lui, jamais ce ministre ne lui eût pardonné : c'est pourtant ce que Despréaux dit tout haut du roi dans une dispute qui s'éleva sur quelques vers que le roi trouvait bons, et que Despréaux condamnait. Il a raison, dit le roi; il s^ connaît mieux que 20 moi.
Le duc de Vendôme avait auprès de lui Villiers, un de ces hommes de plaisir qui se font un mérite d'une liberté cynique. Il le logeait à Versailles dans son appartement. On l'appelait communément Villiers-Vendôme. Cet homme 25 condamnait hautement tous les goûts de Louis XIV en musique, en peinture, en architecture, en jardins. Le roi plantait-il un bosquet, meublait-il un appartement, construisait-il une fontaine ; Villiers trouvait tout mal entendu, et s'exprimait en termes peu mesurés. " Il est étrange, disait 30 le roi, que Villiers ait choisi ma maison pour venir s'y moquer de tout ce que je fais." L'ayant rencontré un jour dans les jardins : '' Hé bien! lui dit-il en lui montrant un de ses nouveaux ouvrages, cela n'a donc pas le bonheur de vous plaire? — Non, répondit Villiers. — Cependant, reprit le 35 roi, il y a bien des gens qui n'en sont pas si mécontents. — • Cela peut être, repartit Villiers; chacun a son avis. — Le roi, en riant, répondit : On ne peut pas plaire à tout le monde."
Un jour Louis XIV jouant au trictrac, il y eut un coup 40
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douteux. On disputait; les courtisans demeuraient dans le silence. Le comte de Gramont arrive. " Jugez-nous, lui dit le roi. — Sire, c'est vous qui avez tort, dit le comte, — Et comment pouvez-vous me donner le tort avant de savoir 5 ce dont il s'agit? — Eh! sire, ne voyez-vous pas que, pour peu que la chose eût été seulement douteuse, tous ces messieurs vous auraient donné gain de cause?"
Le duc d'Antin se distingua dans ce siècle par un art singulier, non pas de dire des choses flatteuses, mais d'en
10 faire. Le roi va coucher à Petit-Bourg; il y critique une grande allée d'arbres qui cachait la vue de la rivière. Le duc d'Antin la fait abattre pendant la nuit. Le roi, à son réveil, est étonné de ne plus voir ces arbres qu'il avait condamnés. Cest parce que Votre Majesté les a co7idamnés,
15 qiielle ne les voit plus ^ répond le duc.
Nous avons aussi rapporté ailleurs que le même homme ayant remarqué qu'un bois assez grand au bout du canal de Fontainebleau déplaisait au roi, prit le moment d'une promenade ; et, tout étant préparé, il se fit donner un ordre
2 0 de couper ce bois, et on le vit dans l'instant abattu tout entier. Ces traits sont d'un courtisan ingénieux, et non pas d'un flatteur.
On a accusé Louis XIV d'un orgueil insupportable, parce que la base de sa statue, à la place des Victoires, est
25 entourée d'esclaves enchaînés. Mais ce n'est point lui qui fit ériger cette statue, ni celle qu'on voit à la place Vendôme. Celle de la place des Victoires est le monument de la grandeur d'âme et de la reconnaissance du premier maréchal de la Feuillade pour son souverain. Il y dépensa
33 cinq cent mille livres, qui feraient près d'un million aujourd'hui; et la ville en ajouta autant pour rendre la place régulière. Il paraît qu'on a eu également tort d'imputer à Louis XIV le faste de cette statue, et de ne voir que de la vanité et de la flatterie dans la magnanimité du maréchal.
35 On ne parlait que de ces quatre esclaves; mais ils
.- figurent des vices domptés, aussi bien que des nations vaincues ; le duel aboli, l'hérésie détruite : les inscriptions le témoignent assez. Elles célèbrent aussi la jonction des mers, la paix de Nimègue ; elles parlent de bienfaits plus
40 que d'exploits guerriers. D'ailleurs c'est un ancien usage