‹ Histoire du siècle de Louis XIV;Chapitre 80 sur 206 · XXXVI.] AU TEMPS DE LOUIS XI F · texte numérisé non relu

XXXVI.] AU TEMPS DE LOUIS XI F

prirent cette religion que quand ils secouèrent le joug de l'Espagne. Genève devint un État entièrement républicain en devenant calviniste.

Toute la maison d'Autriche écarta ces religions de ses Etats autant qu'il lui fut possible. Elles n'approchèrent 5 presque point de l'Espagne. Elles ont été extirpées par le fer et par le feu dans les Etats du duc de Savoie, qui ont été leur berceau. Les habitants des vallées piémontaises ont éprouvé en 1655 ce Q'^^ ^^^ peuples de Mérindol et de Cabrière éprouvèrent en France sous François I^"". Le duc 10 de Savoie, absolu, a exterminé chez lui la secte dès qu'elle lui a paru dangereuse : il n'en reste que quelques faibles rejetons ignorés dans les rochers qui les renferment. On ne vit point les luthériens et les calvinistes causer de grands troubles en France sous le gouvernement ferme de 15 François I^"" et de Henri II : mais dès que le gouvernement fut faible et partagé, les querelles de religion furent violentes. Les Coudé et les Coligny, devenus calvinistes parce que les Guises étaient catholiques, bouleversèrent l'État à l'envi. La légèreté et l'impétuosité de la nation, 20 la fureur de la nouveauté et l'enthousiasme, firent, pendant quarante ans, du peuple le plus poli un peuple de barbares.

Henri IV, né dans cette secte qu'il aimait, sans être entêté d'aucune, ne put, malgré ses victoires et ses vertus, 25 régner sans abandonner le calvinisme : devenu catholique, il ne fut pas assez ingrat pour vouloir détruire un parti si longtemps ennemi des rois, mais auquel il devait en partie sa couronne; et s'il avait voulu détruire cette faction, il ne l'aurait pas pu. Il la chérit, la protégea et la réprima. 30

Les huguenots en France faisaient alors à peu près la douzième partie de la nation. Il y avait parmi eux des seigneurs puissants : des villes entières étaient protestantes. Ils avaient fait la guerre aux rois : on avait été contraint de leur donner des places de sûreté: Henri III leur en avait ac- 35 cordé quatorze dans le seul Dauphiné ; Montauban, Nîmes, dans le Languedoc; Saumur, et surtout la Rochelle, qui faisait une république à part, et que le commerce et la faveur de l'Angleterre pouvaient rendre puissante. Enfin Henri IV sembla satisfaire son goût, sa politique, et même 40

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