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148 DU CALVINISME [char
son devoir, en accordant au parti le célèbre édit de Nantes en 1598. Cet édit n'était, au fond, que la confirmation des privilèges que les protestants de France avaient obtenus des rois précédents les armes à la main, et que Henri le Grand, 5 affermi sur le trône, leur laissa par bonne volonté.
Par cet édit de Nantes, que le nom de Henri IV rendit plus célèbre que tous les autres, tout seigneur de fief hautjusticier pouvait avoir dans son château plein exercice de la religion prétendue réformée : tout seigneur sans haute
10 justice pouvait admettre trente personnes à son prêche.
L'entier exercice de cette religion était autorisé dans tous
les lieux qui ressortissaient immédiatement à un parlement.
Les calvinistes pouvaient faire imprimer, sans s'adresser
aux supérieurs, tous leurs livres, dans les villes oli leur
15 religion était permise.
Ils étaient déclarés capables de toutes les charges et
dignités de l'État; et il y parut bien en eff"et, puisque le roi
fit ducs et pairs les seigneurs de la Trimouille et de Rosny.
On créa une chambre exprès au parlement de Paris,
20 composée d'un président et de seize conseillers, laquelle jugea tous les procès des réformés, non-seulement dans le district immense du ressort de Paris, mais dans celui de Normandie et de Bretagne. Elle fut nommé la chambre de redit. Il n'y eut jamais, à la vérité, qu'un seul calviniste
25 admis de droit parmi les conseillers de cette juridiction. Cependant, comme elle était destinée à empêcher les vexations dont le parti se plaignait, et que les hommes se piquent toujours de remplir un devoir qui les distingue, cette chambre composée de catholiques rendit toujours aux
33 huguenots, de leur aveu même, la justice la plus impartiale. Ils avaient une espèce de petit parlement à Castres, indépendant de celui de Toulouse. Il y eut à Grenoble et à Bordeaux des chambres mi-parties catholiques et calvinistes. Leurs Églises s'assemblaient en synodes, comme
35 l'Église gallicane. Ces privilèges et beaucoup d'autres incorporèrent ainsi les calvinistes au reste de la nation. C'était à la vérité attacher des ennemis ensemble ; mais l'autorité, la bonté et l'adresse de ce grand roi les continrent pendant sa vie.
40 Après la mort à jamais effrayante et déplorable de