XXXVI.] AU TEMPS DE LOUIS XIV
Henri IV, dans la faiblesse d'une minorité et sous une cour divisée, il était bien difficile que l'esprit républicain des réformés n'abusât de ses privilèges, et que la cour, toute faible qu'elle était, ne voulût les restreindre. Les huguenots avaient déjà établi en France des cercles^ à l'imitation de 5 l'Allemagne. Les députés de ces cercles étaient souvent séditieux ; et il y avait dans le parti des seigneurs pleins d'ambition. Le duc de Bouillon, et surtout le duc de Rohan, le chef le plus accrédité des huguenots, précipitèrent bientôt dans la révolte l'esprit remuant des prédicants et le 10 zèle aveugle des peuples. L'assemblée générale du parti osa, dès 16 15, présenter à la cour un cahier par lequel, entre autres articles injurieux, elle demandait qu'on réformât le conseil du roi. Ils prirent les armes en quelques endroits dès l'an 1616; et l'audace des huguenots se 15 joignant aux divisions de la cour, à la haine contre les favoris, à l'inquiétude de la nation, tout fut longtemps dans le trouble. C'étaient des séditions, des intrigues, des menaces, des prises d'armes, des paix faites à la hâte et rompues de même; c'est ce qui faisait dire au célèbre cardinal Benti- 20 voglio, alors nonce en France, qu'il n'y avait vu que des orages.
Dans l'année 162 1, les Églises réformées de France offrirent à Lesdiguières, devenu depuis connétable, le généralat de leurs armées, et cent mille écus par mois. Mais 25 Lesdiguières, plus éclairé dans son ambition qu'eux dans leurs factions, et qui les connaissait pour les avoir commandés, aima mieux alors les combattre que d'être à leur tête; et, pour réponse à leurs offres, il se fit catholique. Les huguenots s'adressèrent ensuite au maréchal duc de 30 Bouillon, qui dit qu'il était trop vieux ; enfin ils donnèrent cette malheureuse place au duc de Rohan, qui, conjointement avec son frère Soubise, osa faire la guerre au roi de France.
La même année, le connétable deLuynes mena LouisXIII 35 de province en province. Il soumit plus de cinquante villes, presque sans résistance; mais il échoua devant Montauban : le roi eut l'affront de décamper. On assiégea en vain la Rochelle, elle résistait par elle-même et par les secours de l'Angleterre ; et le duc de Rohan, coupable du crime de 40
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lèse-majesté, traita de paix avec son roi, presque de couronne à couronne.
Après cette paix, et après la mort du connétable de Luynes, il fallut encore recommencer la guerre et assiéger 5 de nouveau la Rochelle, toujours liguée contre son souverain avec l'Angleterre et avec les calvinistes du royaume. Une femme (c'était la mère du duc de Rohan) défendit cette ville pendant un an contre l'armée royale, contre l'activité du cardinal de Richelieu, et contre l'intrépidité de
lo Louis XIII, qui affronta plus d'une fois la mort à ce siège. La ville souffrit toutes les extrémités de la faim ; et on ne dut la reddition de la place qu'à cette digue de cinq cents pieds de long que le cardinal de Richelieu fit construire, à l'exemple de celle qu'Alexandre fit élever autrefois devant
15 Tyr. Elle dompta la mer et les Rochellois. Le maire Guiton, qui voulait s'enseveHr sous les ruines de la Rochelle, eut l'audace, après s'être rendu à discrétion, de paraître avec ses gardes devant le cardinal de RicheHeu. Les maires des principales villes des huguenots en avaient. On ôta les siens
20 à Guiton, et les privilèges à la ville. Le duc de Rohan, chef des hérétiques rebelles, continuait toujours la guerre pour son parti : et, abandonné des Anglais quoique protestants, il se liguait avec les Espagnols quoique catholiques. Mais la conduite ferme du cardinal de Richelieu força les
25 huguenots, battus de tous côtés, à se soumettre.
Tous les édits qu'on leur avait accordés jusqu'alors avaient été des traités avec les rois. Richelieu voulut que celui qu'il fit rendre fût appelé redit de g?'âce. Le roi y parla en souverain qui pardonne. On ôta l'exercice de la
33 nouvelle religion à la Rochelle, à l'île de Ré, à Oléron, à Privas, à Pamiers ; du reste, on laissa subsister l'édit de Nantes, que les calvinistes regardèrent toujours comme leur loi fondamentale.
Il paraît étrange que le cardinal de Richelieu, si absolu
35 et si audacieux, n'abolît pas ce fameux édit: il eut alors une autre vue, plus difticile peut-être à remplir, mais non moins conforme à l'étendue de son ambition et à la hauteur de ses pensées. Il rechercha la gloire de subjuguer les esprits; il s'en croyait capable par ses lumières, par sa puissance
40 et par sa politi(|ue. Son projet était de gagner quelques