XXXVI.] AV TEMPS DE LOUIS XIV
délivre les deux filles et quelques autres prisonniers. Les séditieux saisissent l'abbé du Chaila; ils lui offrent la vie, s'il veut être de leur religion. Il la refuse. Un prophète lui crie : Meurs donc, V esprit te condamne, ton péché est conti'c toi : et il est tué à coups de fusil. Aussitôt après ils saisis- 5 sent les receveurs de la capitation, et les pendent avec leurs rôles au cou. De là ils se jettent sur les prêtres qu'ils rencontrent, et les massacrent. On les poursuit : ils se retirent au milieu des bois et des rochers. Leur nombre s'accroît: leurs prophètes et leurs prophétesses leur an- 10 noncent de la part de Dieu le rétablissement de Jérusalem et la chute de Babylone. Un abbé de la Bourlie paraît tout à coup au milieu d'eux dans leurs retraites sauvages, et leur apporte de l'argent et des armes.
C'était le fils du marquis de Guiscard, sous-gouverneur 15 du roi, l'un des plus sages hommes du royaume. Le fils était bien indigne d'un tel père. Réfugié en Hollande pour un crime, il va exciter les Cévennes à la révolte. On le vit quelque temps après passer à Londres, où il fut arrêté en 1711 pour avoir trahi le ministère anglais, après avoir trahi 20 son pays. Amené devant le conseil, il prit sur la table un de ces longs canifs avec lesquels on peut commettre un meurtre ; il en frappa le chancelier Harley, depuis comte d'Oxford, et on le conduisit en prison chargé de fers. Il ]:) révint son supplice en se donnant la mort lui-même. Ce 25 fut donc cet homme qui, au nom des Anglais, des Hollandais et du duc de Savoie, vint encourager les fanatiques, et leur promit de puissants secours.
(1703) Une grande partie du pays les favorisait secrètement. Leur cri de guerre était : Point d'impôts et liberté de 2,0 conscience ! Ce cri séduit partout la populace. Ces fureurs justifiaient aux yeux du peuple le dessein qu'avait eu Louis XIV d'extirper le calvinisme. Mais, sans la révocation de redit de Nantes, on n'aurait pas eu à combattre ces fureurs. 3 5
Le roi envoie d'abord le maréchal de Montrevel avec quelques troupes. Il fait la guerre à ces misérables avec une barbarie qui surpasse la leur. On roue, on brûle les prisonniers. Mais aussi les soldats qui tombent entre les mains des révoltés périssent par des morts cruelles. Le roi, 40