‹ Histoire du siècle de Louis XIV;Chapitre 89 sur 206 · II · texte numérisé non relu

II

i64 DU CALVINISME [char

obligé de soutenir la guerre partout, ne pouvait envoyer contre eux que peu de troupes. Il était difficile de les surprendre dans des rochers presque inaccessibles alors, dans des cavernes, dans des bois où ils se rendaient par des 5 chemins non frayés, et dont ils descendaient tout à coup comme des bêtes féroces. Ils défirent même dans un combat réglé des troupes de la marine. On employa contre eux successivement trois maréchaux de France.

Au maréchal de Montrevel succéda en 1704 le maréchal

10 de Villars. Comme il lui était plus difficile encore de les trouver que de les battre, le maréchal de Villars, après s'être fait craindre, leur fit proposer une amnistie. Quelques-uns d'entre eux y consentirent, détrompés des promesses d'être secourus par le duc de Savoie, qui, à l'exemple de tant de

15 souverains, les persécutait chez lui, et avait voulu les protéger chez ses ennemis.

Le plus accrédité de leurs chefs, et le seul qui mérite d'être nommé, était Cavalier. Je l'ai vu depuis en Hollande et en Angleterre. C'était un petit homme blond, d'une

20 physionomie douce et agréable. On l'appelait David dans son parti. De garçon boulanger il était devenu chef d'une assez grande multitude à l'âge de vingt-trois ans, par son courage, et à l'aide d'une prophétesse qui le fit reconnaître. On le trouva à la tête de huit cents hommes qu'il enrégimen-

25 tait, quand on lui proposa l'amnistie. Il demanda des otages: en lui en donna. Il vint suivi d'un des chefs à Nîmes, où il traita avec le maréchal de Villars.

(1704) Il promit de former quatre régiments de révoltés, qui serviraient le roi sous quatre colonels, dont il serait le

30 premier, et dont il nomma les trois autres. Ces régiments devaient avoir l'exercice libre de leur religion, comme les troupes étrangères à la solde de France. Mais cet exercice ne devait point être permis ailleurs.

On acceptait ces conditions, quand des émissaires de

35 Hollande vinrent en empêcher l'effet avec de l'argent et des promesses. Ils détachèrent de Cavalier les principaux fanatiques ; mais ayant donné sa parole au maréchal de Villars, il la voulut tenir. Il accepta le brevet de colonel, et commença à former son régiment avec cent trente

40 hommes qui lui étaient affectionnés.

Page 1