‹ Histoire du siége d'OrleansChapitre 5 sur 24 · TOUR AUBERT · texte numérisé non relu

TOUR AUBERT

Tour CARRÉE ou CASSÉE (tour à huit pans) ..............

Tour DES TANNEURS. Ces trois tours portant sur les grèves.

Le pont, où l’on arrivait par la rue des Hôtelleries, avait dix-neuf arches :

La première arche en pont-levis;

La cinquième appuyant sa culée sur une île qui s’appelait en amont Motte-Saint-Antoine, en aval Motte-des-Poissonniers.

Dans la traversée de cette île, le pont, en terreplain, était défendu par une bastille formée de deux-tours qui s’appuyaient, l’une sur la chapelle construite en l’île Saint-Antoine, l’autre sur une maladrerie construite en l’île des Poissonniers.

Entre la onzième et la douzième arche s’élevait une croix de bronze doré appelée la Belle-Croix.

Sur larche dix-huitième et ses deux piliers formant culée était le fort des Tourelles, deux tours massives, et deux tours secondaires réunies par une lourde construction voûtée.

L’arche dix-neuvième en pont-levis.

Sur la rive, un boulevart fortifié formant tête de pont.

En amont et en aval du pont, cette rive, qui servait de. port, s'appelait le port Tudelle, le portereau de Saint-Marceau, lé Portereau *.

La ville était percée de rues étroites et tortueuses, comme toutes les villes au moyen âge. Deux artères principales la divisaient en croix : l’une de ces artères, qui allait de la porte de Bourgogne à la porte Renart, portait les noms de rues Saint-Liphard, Saint-Sauveur, de l’Ormerie, Pomme-de-Pin, de la Cordonnerie, de la

Faverie, du Tabour, aujourd’hui rues de Bourgogne et du Tabour; l’autre, qui allait de la porte du pont au Martroi, portait les noms qu'elle a

” conservés de rue des Hôtelleries et de rue Sainte-

Catherine ou de l’Aiguillerie.

Le Martroi formait en dedans de la porte Bannier une pelite place triangulaire.

Les principaux monuments étaient :

L'église cathédrale de Sainte-Croix et son cloître ; l'Évêché et l'Hôtel-Dieu attenants:

L'église et le cloître de Saint-Etienne ;

L'église de Saint-Pierre-le-Puellier ;

Le couvent des Bénédictins ou de Bonne-Nouvelle (hôtel de la Préfecture);

L'église de Saint-Donatien ;

L'église de Saint-Pierre-Empont ou en Pont (emplacement du temple des protestants) ;

Le Châtelet, où étaient la justice et les prisons, bâtiment carré d’un aspect lourd et sombre. Il s’élevait sur l'emplacement actuel de la rue du Châtelet et baignait dans la Loire.

La maison commune était installée dans une dépendance du prieuré de Saint-Samson (lycée), dont la Ville payait le loyer. A Noël 1429, elle loua pour le même objet l’hôtel Créneaux (hôtel des musées de la Ville), et plus tard elle l’acheta (1443) ;

L'église de Saint-Paul, qui renfermait une statue vénérée de la Vierge.

Toutes les lucarnes pratiquées dans les toits aigus des portes et des tours, tous les cônes de ces toits étaient surmontés d’aiguilles portant des girouettes ou des panonceaux aux armes du duc d'Orléans ét aux armes de la Ville.

Sur le fort des Tourelles flottaient des bannières aux armes du Duc; sur les clochers des églises de Saint-Paul et de Saint-Pierre-Empont, des bannières aux armes de la Ville ; des guetteurs veillaient jour et nuit au sommet de ces clochers, les plus hauts de la ville. La tour actuelle du beffroi n’existait pas encore.

Le mouvement principal de la population se portait dans les rues Saint-Liphard, Saint-Sauveur, de l’Ormerie, occupées par les marchands ; dansla rue des Hôtelleries, où étaient, comme son nom l'indique, les hôtels et les auberges. Dans la paroisse de Saint-Pierre-le-Puellier et de Saint- Donatien demeuraient les tanneurs, les bouchers; les mariniers, les poissonniers ; là se trouvaient également les maisons de droguerie, d’épicerie et de gros commerce, les marchés, les halles ; les orfèvres occupaient la rue de la Faverie. Les bâtiments occupés par l’université étaient attenants au couvent de Bonne-Nouvelle ; ses régents, ses suppôts, les écoliers habitaient les alentours. Les écrivains, les libraires, les imagiers tenaient boutique entre les cloîtres de Saint-Étienne, de Sainte-Croix, et la rue de l’Ormerie. Les of-

ficiers de justice et de finance avaient leurs hôtels aux abords du Châtelet et dans la paroisse de Saint-Paul, qui était le quartier le plus retiré de la ville. | |

Mais la population tout entière n’était pas contenue dans les murs ; depuis long-temps déjà elle s’était répandue au-dehors, dans des faubourgs qu’on disait être les plus beaux du Royaume.

Ces faubourgs contenaient un grand nombre d’édifices publics, d’églises, de monastères : à la porte de Bourgogne, le cloître et l’église de Saint- Aignan, l’église et l’abbaye de Saint-Euverte, les chapelles de Saint-Victor, de Saint-Michel et de Notre-Dame-du-Chemin; à la porte Parisis, les églises de Saint-Avit et de Saint-Michel-des- Fossés, les couvents des Jacobins et des Cordeliers; à la porte Bannier, l’église de Saint-Pierre- Ensentelé, la chapelle des Mathurins, l'aumône et l’église de Saint-Pouair; à la porte Renart, le monastère des Carmes, la Croix-Morin, le prieuré de la Madeleine, l’église de Saint-Laurent; de l'autre côté de la Loire, le couvent des Augustins et l’église de Saint-Marceau.

Les faubourgs se trouvaient eux-mêmes enveloppés par le territoire des paroisses de Saint- Marc et de Saint-Jean-de-Braye, où était le prieuré de Saint-Loup, à l’est; de Saint-Vincent et de Saint-Ladre, au nord ; de Saint-Jean-de-la-Ruelle, à l’ouest; de Saint-Pryvé, d’Olivet et de Saint-

Jean-le-Blanc, où était un couvent de capucins, au midi, de l’autre côté de la Loire:

Dans la Loire existaient plusieurs îles. En face Saint-Loup, Île-aux-Bœufs ou de Saint-Loup ; en face Saint-Aignan, Île-aux-Toiles; sous le pont d'Orléans, Motte-Saint-Antoine et Motte-des- Poissonniers ; entre Saint-Pryvé et Saint-Laurent, Ile-Charlemagne. |

Entre l’Ile-aux-Toiles et l’église de Saint-Aignan, le fleuve était couvert de moulins flottants ; des moulins pendus obstruaient plusieurs arches du pont *.

La population totale, ville et faubourgs, dépassait trente mille âmes °; population bourgeoise et commerçante, probe, persévérante, capable de sacrifices.

Parmi cette population le clergé tenait une grande place, et il ne restait en arrière d'aucun dévoüment. De longue date la ville d'Orléans, comme si elle eût pressenti le rôle qu’elle serait appelée à remplir dans la lutte de cent ans qui s’agitait entre l’Anglelerre et la France, s’était mise en mesure de tenir têle à l'ennemi. Depuis la fin du XIVe siècle, elle avait consacré chaque année des sommes importantes à « se remparer,; » elle avait reconstruit ses murs, creusé ses fossés, flanqué ses portes de défenses nouvelles, élevé des boulevards, garni ses tours d'armes, de traits, d'engins de toutes sortes, puis de bouches à feu,

— 2% — lorsque vers 1413 on avait commencé à en faire usage. Ces dépenses, distinctes des dépenses ordinaires de la commune, donnaient lieu à un compte particulier qu’on appelait le compte de forteresse; le clergé y contribuait de ses propres deniers pour un sixième. Ses délégués veillaient, concurremment avec les Procureurs, à l’exécution des travaux et à l'emploi des fonds ‘.

Commune, siége épiscopal, ville du Royaume et en mêmetemps ville ducale, Orléans possédait un évêque, un gouverneur ou bailli, magistrat et commandant militaire, nommé par provision du Duc ; un lieutenant-général du bailli, un prévôt ou garde de la prévôté et son lieutenant ; un chancelier, un maître des eaux et forêts, et un trésorier du Duché (1). Elle s’administrait ellemême par douze procureurs que les habitants élisaient tous les deux ans, sous approbation de l'élection par le bail. |

En 1498, ces officiers étaient :

Evêque : Jean Kirkmichael (de Saint-Michel), d'origine écossaise ;

Gouverneur-bailli : Raoul de Gaucourt, chambellan de Charles VIT, nommé en 1427;

Chancelier du Duché: Guillaume Cousinot ;

Maitre des eaux et forêts : Philippe Viole;

Trésorier du Duché : Jacques Boucher ;

(4) La chambre des comptes du Duché siégeait à Blois.

0e. agent

Lieutenant-général du gouverneur-bailli et du maître des eaux et forêts : Hervé Lorens ;

Prévôt : Alain du Bey;

Procureurs : Jehan Compaing, Guion du Foussé, Regnault Brune, Aignan de Saint-Mesmin, Guillaume de Coulons, Jehan Mignon, Jehan Malis, Sanxon Peuvrier, Michelet Filleul, Jehan Bordier, Guiot de Mareau, Estienne de Bourges.

Telle était la cité qui eut à soutenir contre l’armée anglaise le siége célèbre dont voici, jour par jour, le récit :

4498, 192 octobre. — Ce jour, le comte de Salisbury, prenant pour base d’opérations et pour places de ravitaillement les châteaux de Baugenci, de Meung et de Jargeau, porte son camp entre Olivet et le portereau Saint-Marceau. Les chefs qui l’accompagnent sont : William Pole, comte de Suffolk, John et Alexandre Pole, lord Falcombridge, sir Richard Guétin, bailli d’Evreux, lord Molhyns, lord Poynings, William Glasdale, Lancelot de l'Isle et autres, « tant Anglois que Bourguignons. »

Le même jour, les Orléanais, après délibération du Conseil et des citoyens, brûlent et détruisent le couvent des Augustins, l’église et les maisons du Portereau, qui pouvaient servir de refuge à l'ennemi.

Du 13 au 17 octobre. — Les Anglais avancent, s’établissent au Portereau et placent sur la levée de Saint-Jean-le-Blanc des canons et bombardes qui lancent dans la ville d'énormes boulets de pierre. Les murailles et les édifices sont très-endommagés ; une femme est tuée en dehors de la poterne Chesneau.

Douze moulins sur bateaux, qui se trouvaient sur la Loire à la hauteur de Saint-Aignan, sont emportés et détruits ; les assiégés y suppléent en établissant dans l’intérieur de la ville onze moulins à chevaux.

Du 18 au 20 octobre. — La garnison fait plusieurs sorties qui donnent lieu à des escarmouches entre les Tourelles et Saint-Jean-le- Blanc. |

24 octobre. — A dix heures du matin, les Anglais attaquent le boulevard des Tourelles. Il est défendu par Archambaud de Villars, don Mathias, Xaintrailles, de la Chapelle, Guitry, Coarraze. Les habitants, mêlés à ceux de la garnison, s’y comportent vallamment. Les femmes elles-mêmes donnent assistance en apportant de l’intérieur de la ville de l’eau, de l'huile, des graisses bouillantes, de la chaux, des cendres et des chaussestrappes.

Après une lutte de quatre heures, les Anglais

sont repoussés ; les Orléanais restent maîtres du boulevard. |

L'action avait été des plus vives; les assiégeants comptent cent vingt morts. Les Orléanais eurent aussi leurs pertes : Xaintrailles fut blessé, de La Chapelle tué. Pendant l'assaut, le gouverneur Raoul de Gaucourt, qui traversait la ville en toute hâte, était tombé de cheval prés de Saint-Pierre- Empont, il s'était démis le bras, et 1l avait fallu le porter aux étuves pour « apparëéiller » sa blessure ‘.

22 octobre. — Les Orléanais rompent une arche du pont en-deçà de la pile de la Belle-Croix, où ils conslruisent avec des madriers et des fagots un boulevard, ou plutôt une barricade percée de meurtrières. |

23 octobre. — Le boulevard en avant des Tourelles, miné detoutes parts, n’est plus tenable. Les assiégés y mettent le feu et se retirent dans Le fort. -

24 octobre. — Les Tourelles battues et ébranlées par le choc des boulets menacent de s’écrouler. La garnison les abandonne et se repliesur la ville. Les Anglais en prennent possession et, pour se mettre à l'abri d’une attaque par le pont, rompent deux arches entre le fort et le boulevard de la

Belle-Croix ; ils élévent eux-mêmes un boulevard de terre et de fagots en avant du fort.

Dans la soirée du même jour, le comte de Salisbury visite le fort des Tourelles, et pour mieux examiner le pont, il s'approche d’une fenêtre ouvrant sur la Loire. Au même instant un boulet parli de la tour de Notre-Dame vient se briser sur l’angle de la croisée. Salisbury, atteint à la tête d’un éclat de pierre, tombe sans connaissance. On le transporte à Meung, où il expire. Dans cette mort soudaine, les Orléanais voient une manifestation de la protection de saint Aignan, et en même temps une juste punition du pillage de l’église de Cléry. On ne sut . qui avait mis le feu au canon de la tour de Notre-Dame ; le canonnier chargé de la garde de la pièce étant accouru au bruit de la détonation, avait aperçu un enfant qui s’enfuyait et qu'on ne put retrouver *. |

25 octobre. — Le Bâtard d'Orléans entre dans la ville, et à sa suite huit cents hommes d'armes, arbalétriers poitevins, gascons et écossais, infanterie d'Italie et d'Espagne, commandés par Jean de Brosses, seigneur de Sainte-Sévère et de Boussac, maréchal de France ; Jean de Nailhac, vicomte de Bridiers, grand-panetier de France, Jacques de Chabannes, sénéchal de Bourbonnais ; sir Hug de Kennedy et La Hire, qui déjà avaient

combattu à la rescousse de Montargis ; Jean de Beuil, comte de Sancerre, chevalier tourangeau; Pierre d'Amboise, seigneur de Chaumont-sur- Loire; Thibaut d’Armagnac, seigneur de Termes; don Cernay, chevalier aragonais, capitaine de

Vendôme ; Théode de Valpergue, capitaine lombard “*.

Du 26 octobre au 7 novembre. — Si la prise des Tourelles avait été un échec pour les Orléanais, la mort du comte de Salisbury et l’arrivée du Bâtard frère de leur Duc, des troupes et de la cavalerie d’élite qui l’accompagnaient, avaient bien vite relevé les courages.

Bien au contraire, la consternation est chez l'ennemi. Privés de leur chef, avertis des renforts que la ville vient de recevoir, les Anglais ne se croient pas en force suffisante pour tenter un nouvel assaut.

8 novembre. — Ils lèvent leur camp du Portereau, et, après avoir brûlé dans le val quelques maisons et quelques pressoirs, se retirent dans les places de Jargeau, de Meung et de Baugenci. La garde des Tourelles est confiée à une garnison

de cinq cents hommes, sous le commandement de Glasdale.

Du 9 au 30 novembre. — Cependant les Or-

— Y — léanais avaient compris que ce mouvement des troupes anglaises n’était pas une retraite, que

bientôt elles reviendraient plus nombreuses sous

la conduite d’un nouveau général. — Dans cetic prévision, les mesures les plus énergiques sont arrêtées.

La Hire est envoyé près du Roi, qui tenait sa cour à Chinon, pour lui rendre compte de la perle des Tourelles, et demander des secours.

Les assiégés pressentent que si l'attaque à commencé par la Sologne et le fort des Tourelles, ce n’est plus de ce côté qu’elle se renouvellera ; que de Meung les Anglais reviendront par la Beauce et envahiront la ville par le nord. De ce côté étaient les faubourgs, et dans ces faubourgs des abbayes, des églises, des hospices, l'honneur et l’ornement de la cité. Mais c’étaient autant de points de retraite où l'ennemi pouvait s’embusquer et se fortifier. Le conseil de la commune décide qu’ils seront détruits. L'église et le cloître de Saint-Aignan, les églises de Saint-Michel et de

. Saint-Victor de la porte de Bourgogne, de Saint-

Avit, de Saint-Michel-des-Fossés, les couvents des Jacobins et des Cordeliers, la chapelle du Martroi,

-l'aumône de Saint-Pouair, l’église de Saint-Ma-

thurin, le couvent des Carmes, l’église de Saint- Laurent-des-Orgerilz et une grande partie des habitations sont incendiés et démolis.

À peine cette grande résolution est-elle exécu-

tée, que John Talbot (1), successeur du comte de Salisbury dans le commandement de l’armée anglaise, arrive aux Tourelles, amenant des vivres, des canons, des bombardes, et un renfort de trois cents combattants. — L'attaque de la ville est aussitôt reprise avec vigueur.

Du 4e au 5 décembre. — Les canons et les bombardes des tourelles et de la turcie de Saint- Jean-le-Blanc dirigent un feu trés-vif. Des boulets de pierre de cent soixante livres sont lancés dans la ville. Une de ces pierres tombe sur une maison de la rue des Petits-Souliers, traverse le toit, les planchers, une table autour de laquelle cinq convives étaient assis, et ne fait de mal à personne.

Frère Jean Hillairet, religieux « de l’ordre et couvent de Notre-Dame-des-Carmes de Poitiers, » arrive à Orléans, après un voyage de plusieurs jours, où 1l a été « en grand doubte et péril de son corps. » Îl apporte des lettres closes des gens d'église, bourgeois et habitants de Poitiers, par lesquelles une somme de neuf cents livres tournois « est ordonnée » aux habitants d'Orléans pour résister aux ennemis du Roi « estans à siége devant eux (2). »

(1) John, seigneur de Talbot et de Fournival, chevalier banneret, comte de Shrewsbury et de Waterford, capitaine de Coutances.

(2) Pièces justificatives, à la fin du volume, I.

6 décembre. — Pendant la nuit, les Anglais jettent des planches sur les arches rompues du pont, arrivent en silence jusqu'au pied du boulevard de la Belle-Croix et dressent leurs échelles pour l’escalader. À ce moment la cloche du beffroi se fait entendre, la garnison accourt. Les Anglais se voyant découverts, rentrent dans les tourelles. |

De leur côté, les Orléanais avaient pris soin d'augmenter leur artillerie. Ils avaient fait venir des canons du dehors; l’un de ces canons, emprunté à la ville de Montargis, portait son nom. En même temps une forge fonctionnait dans l'intérieur de la ville, sous la direction de Guillaume Duisy, trés-habile fondeur. Tout le fer, le cuivre et le plomb qu’on pouvait se procurer y était porté et converti en canons, boulets, traits et « plombées. » Dans d’autres ateliers, on taillait les boulets de pierre (1) “.

(1) Les plombées étaient de grosses balles de plomb dont on chargeait les coulevrines. Les boulets de canon étaient de fer, de cuivre, de pierre ; les bombardes principalement lançaient des boulets de pierre. Dans le cabinet de M. de Noury, percepteur à Orléans, on voit un boulet de cuivre qui pèse 4,500 grammes. Ce boulet est aplati sur un point, ce qui montre qu’il a servi et avait été lancé, soit par les Anglais contre les murs d'Orléans, soit par les Orléanais contre le fort des Tourelles. Le musée historique de l'Orléanais, de son côté, possède plusieurs boulets de pierre du diamètre de 20, 45 et 10 centimètres, du poids de 9,100, 2,900 et 500 grammes. Ces boulets sont des pierres grossièrement taillées en boules.

Des bouches à feu, au nombre de soixante et onze, garnissaient les tours et les murailles, particulièrement celles du bord de l’eau qui répondaient sans relâche au feu des tourelles “.

23 décembre. — Pour la première fois on fait l'essai d’une bombarde de la fabrique de Duisy, jetant des pierres de cent vingt livres. Il faut vingtdeux chevaux pour la conduire à la croche de la poterne Chesneau (1), où elle est « assortie. » Tout auprès se trouvaient le canon Montargis, un autre canon et une bombarde qui portaient les noms de Riflart et de Bergère. Les Anglais baptisaient leurs canons et bombardes de noms analogues. L'une des bombardes de la levée des Augustins s'appelait Passe- Volant.

25 décembre. — Trève. — Le tir de l’artillerie des Orléanais était dirigé par treize canonniers, qui avaient sous leurs ordres des aides et des valets. Le service de chaque pièce exigeait plusieurs hommes; pour la seule bombarde de la Croche-Ghesneau, il en fallait onze. Douze de ces maîlres canonniers étaient des Orléanais aux

Il y en avait, suivant l'abbé Dubois (mss. déjà cités), d’une pierre dure et lisse, qu'on appelait boulets de pierre de fer.

(4) La croche de la poterne Chesneau était un éperon avancé en rivière pour soutenir et protéger le mur de la ville.

gages de la ville ; le treizième, qu’on appelait Jehan le Lorrain, était, comme son nom l’mdique, un étranger. Sur sa réputation d’habile pointeur, on l'avait appelé dans la ville, où 1l arriva vers le milieu de décembre. Pendant toute la durée du siège, il rendit de très-grands services, sans vouloir toucher une solde. Après la délivrance, la Ville le dédommagea en lui offrant un cadeau de vingt-quatre livres parisis *. De l’un des piliers du pont, touchant au boulevard de la Belle-Croix, où 1l s'était installé, il pointait luimême une coulevrine dont chaque coup portait,

- si bien que maître Jehan et sa coulevrine furent

sous peu de jours connus des Anglais non moins que des Orléanais. Des Tourelles on tirait constamment sur lui, mais sans l’atteindre. Se fiant sur la maladresse des artilleurs Anglais, il les bravait avec audace. Parfois 1l lui arrivait de se laisser cheoir par moquerie, et de se faire emporter comme s’il eût été frappé, puis un instant après il revenait prendre place auprès de sa coulevrine, aux applaudissements des assiégeants et à la grande confusion des assiégés ‘”.

96 décembre. — Les charges de la Ville étaient énormes. L’emprunt fait au cours de l'été, les dons particuliers, n'avaient pas suffi. Le Roi n’envoyait rien, et ne pouvait faire autrement ; ses finances étaient dans une telle détresse qu’il

y eut un moment où son trésorier-général n’avait dans sa caisse que quatre écus d’or “.

Les Orléanais eurent encore une fois recours à eux-mêmes ; les habitants rassemblés aux halles votérent la levée d’une taille de six mille livres tournois, décision que le Bâtard rendit exécutoire par une ordonnance portant « qu'incontinent » ladite somme de six mille livres serait levée par le gouverneur et le prévôt « le plus également que faire ils pourroient (1). »

27 au 29 décembre. — On apprend que les troupes anglaises sont en marche et s’approchent par la Beauce. L'investissement de la place, prévu dès le mois de novembre précédent, est à la veille de s’accomplir. Les Orléanais, sans plus tarder, achèvent de détruire leurs faubourgs. Saint-Loup, Saint-Marc, Saint-Gervais, Saint-Euverte, Saint-Vincent-des-Vignes, Saint-Ladre, la " Madeleine sont démolis. En-dehors des murs, plus rien n’est debout. Les habitants des maisons abattues sont recueillis par ceux de la ville.

80 décembre. — Une armée de deux mille trois cents hommes, commandés par Talbot, Suffolk, Scales (2) et Lancelot de l'isle, paraît du

(4) Pièces justificatives, IT.

(2) Thomas, seigneur de Scales, chevalier, capitaine de Pontorson. °

37 — côté de Saint-Laurent-des-Orgerils. Le Bâtard d'Orléans, le maréchal de Boussac, Ghabannes et plusieurs autres de la garnison, sortent à sa rencontre. Des engagements assez vifs ont lieu près de Saint-Laurent et de la Croix-Boissée. Maître Jehan s’y irouve et fait son devoir. L'avantage demeure aux Anglais, qui s'emparent des ruines de Saint-Laurent et s’y fortifient.

31 décembre. — Gasquet et Védille, tous deux de la compagnie de La Hire, envoient au camp des Anglais un défi de deux coups de lance. Le gage est accepté, et les quatre champions entrent en lice sous les yeux des deux armées. Gasquet renverse son adversaire. Védille ni le sien ne peuvent se désarçonner.

Aer janvier. — Les forces anglaises s’augmentent aux abords de Saint-Laurent. Sortie de la garnison et engagement entre la porte Renart, la rivière Flambert et la grève de la Loire. L'abbé de Cerquenceaux y est blessé; la coulevrine de maître Jehan tombe au pouvoir de l'ennemi. Les Français, refoulés par des masses supérieures en. nombre, rentrent précipitamment dans la ville. La perte est considérable de part el d'autre; celle des Français dépasse.

2 janvier. — Les Anglais tentent d’escalader

Ja porte Renart. Les habitants, avertis par la cloche du beffroi, se portent sur les murs et rejettent l'ennemi dans le fossé.

4 janvier. — À trois heures après minuit, la cloche du beffroi annonce une nouvelle attaque. Simultanément la porte Renart est assaillie par ceux de Saint-Laurent, et le boulevart du pont par ceux de la garnison des Tourelles. Les assiégés font face des deux côtés; les Anglais sont repoussés.

Le même jour est introduit dans la ville, par le port de Saint-Loup, un convoi de neuf cent cinquante pourceaux et quatre cents moutons.

D janvier. — Les guetteurs des tours de Saint- Paul et de Saint-Pierre-Empont signalent un gros de cavaliers s’avançant du côté de la Sologne, dans la direction du Portereau. À mesure que cette troupe approche, on reconnait les couleurs françaises : c’est l'amiral de Culan äla tête de deux cents combattants. Les Anglais sortent des Tourelles pour lui barrer le chemin, mais en vain : Culan et les siens traversent la Loire devant Saint-Loup et entrent dans Orléans par la porte de Bourgogne.

6 janvier. — Sortie des assiégés, sous la conduite de l'amiral de Culan et du maréchal de

Se A RÉ

Boussac. Les Anglais font bonne contenance; de part et d’autre on se comporte vaillamment; maître Jehan, avec une nouvelle coulevrine, recommence ses prouesses.

Les escalades tentées sans succès contre la porte Renart et le boulevart du pont avaient appris aux Anglais que la ville ne se laisserait pas facilement emporter d’assaut. Les vivres introduits le # janvier, le renfort amené le 6 par l'amiral de Culan, avaient augmenté les ressources des assiégés. Leurs communications demeuraient ouvertes avec la Sologne et la haute Loire par le port de Saint-Loup, avec le Gâtinais et la Beauce, par la porte Bannier et la porte Parisis. Les généraux anglais tiennent conseil, et décident d’entourer la place d’une ceinture de bastilles dont les garnisons, se soutenant de l’une à l’autre, devront intercepter les arrivages.

Un camp retranché est établi à Saint-Laurent, et devient le quartier général de l’armée anglaise.

Sur l’île Charlemagne et à la rive opposée, sur le « champ Saint-Pryvé, » des redoutes sont élevées pour relier le fort des Tourelles au camp de Saint-Laurent, et protéger le va et vient de plusieurs bacs établis sur ce point. La garde de ces redoutes est donnée à Lancelot de l'Isle.

Le couvent des Augustins est entouré de forti-

— AD — fications qui constituent un ouvrage avancé couvrant les Tourelles. |

Du côté de la Beauce une bastille est élevée près de la Croix-Boissée, entre la porte Renart ét le prieuré de la Madeleine ; une seconde un peu plus loin, entre la Croix-Morin et Saint-Jeande-la-Ruelle, au lieu des LDouze-Pierres ; les Anglais lui donnent le nom de Londres. La bastille de la Croix-Boissée commandait là route de Blois, la bastille de Londres, la route de Chàteaudun. |

Le même système devait se continuer, et d’autres bastilles s’élever successivement sur le pourtour entier de la ville.

À la vue de ces travaux, les’ Orléanais se gardent de demeurer oisifs. Ils font demander des secours aux villes du parti du Roi, et inquiëétent l'ennemi par des sorties qui chaque jour amènent des escarmouches sanglantes.

Le Bâtard envoie à Chinon une ambassade composée d’Archambaud de Villars, de don Cernay et des deux Xaintrailles, pour informer le Roi du blocus dont il est menacé.

40 janvier, — Un convoi de poudre et de vivres envoyés de Bourges entre dans la ville.

41 janvier. — À neuf heures du soir, le boulet d’un canon de fer du boulevart de la Belle-Croix

— M — enlève le comble du toit des Tourelles; six Anglais sont écrasés sous les décombres.

15 janvier. — À huit heures du soir, le B4tard d'Orléans, le maréchal de Boussac et le sénéchal de Bourbonnais s’approchent en silence du camp de Saint-Laurent où ils espèrent surprendre l'ennemi. Aperçus et refoulés dans uné sortie des Anglais, ils sont obligés de se replier sous le canon de la porte Renart.

16 janvier. — Les Anglais reçoivent un renfort considérable de canons, de bombardes et de vivres, amenés par sir John Falstoff à la tête de douze cents hommes, qui arrivent au camp de Saint- Laurent à deux heures de l'après-midi.

17 janvier. — Un boulet de pierre, parti de la bastille de la Croix-Boissée, tombe devant le boulevart de la porte Bannier au milieu de plus de cent personnes, sans en tuer ni blesser une seule ; un « soldat compagnon français » est atteint au pied; mais le boulet ne fait que lui enlever son soulier.

Le même jour, une rencontre en champ clos devait avoir lieu, à la porte Bannier, entre six Anglais et six Français. Ceux-ci se présentent, les Anglais ne paraissent pas.

— &9 — 18 janvier. — Le Gastelier, arbalétrier de la

milice d'Orléans, est tué, sur le boulevart de la

Belle-Croix, par un boulet des Tourelles.

24 janvier. La Hire, revenant de la mission dont il avait été chargé en octobre, brave, à la tête de trente hommes, le feu des bastilles de Saint-Laurent et de la Croix-Boissée, et rentre dans la ville où 1l apporte un secours de six cents : livres envoyé par la ville de Tours. Il annonce le retour prochain d’Archambaud de Villars.

Deux cents pourceaux et quarante têtes de gros bétail sont introduits dans les murs. Le même jour, un autre convoi de cinq cents têtes de bétail venant par eau est arrêté à Jargeau. Un habitant de Sandillon est accusé d’avoir averti les Anglais du passage de ce convoi.

25 janvier. — Les Anglais s'emparent du bac de Saint-Loup, qui jusque-là était demeuré en la possession des Orléanais. Ce bac, par lequel on communiquait avec la Sologne, était d’une grande utilité. On décide de le reprendre. À cet effet, un gros de la garnison passe la Loire en face de la croche Saint-Aignan, traverse l’Ile-aux- Toiles et s’avance sur la levée de Saint-Jean-le- Blanc. Derrière cette levée les Anglais se tenaient embusqués ; les Orléanais, pris à l’improviste, sont mis en déroute, et laissent vingt-deux morts :

sur la place. Plusieurs sont faits prisonniers, parmi lesquels un homme du Bâtard et un autre du maréchal de Boussac ; maïtre Jehan est obligé d'abandonner sa coulevrine que les Anglais emportent aux Tourelles. Il ne se sauve lui-même qu’à grande peine en se jetant sur le gouvernail d’un chaland qui s’en allait à la dérive.

26 janvier. — Escarmouche au-devant de la porte Bannier. Vingt Anglais sont tués : les Français ne perdent qu’un archer appartenant au maréchal de Boussac.

27 janvier. — Les Anglais, au nombre de cinq cents, menacent d'attaquer la porte Renart. Les Orléanais sortent avec précipitation ; repoussés au premier choc, ils sont ralliés par le ma- : réchal de Boussac et rejettent l'ennemi dans son camp de Saint-Laurent.

28 janvier. — À onze heures du soir, l’ambassade envoyée à Chinon rentre dans la ville; elle annonce que, d'aprés un plan de campagne élaboré dans les conseils du Roi, une armée composée de noblesse auvergnate, sous le commandement du comte de Clermont, se rend à Blois; qu’en même temps d’autres capitaines sont en marche sur Orléans, avec ordre de se jeter dans la place.

— &h — . Ces nouvelles étaient déjà connues des généraux anglais qui, se voyant menacés de deux

côtés, tentent de nouveau d'enlever la ville d'assaut.

29 janvier. — Attaque de la porte Renart..

Dans une sortie vigoureuse, la garnison, soutenue par les habitants, repousse les Anglais, qui se retirent avec grande perte.

Ce même jour, sûreté est donnée à La Hire du côté des Orléanais, à Lancelot de l'Isle du côté des Anglais, pour avoir ensemble une conférence. L’entrevue a lieu en dehors des portes. L’heure de la sûreté écoulée, chacun se met en devoir de retourner vers ses gens. Lancelot reprenait la route de Saint-Laurent ; un boulet parti de la place l’atteint et lui emporte la tête. IL était maréchal de l’armée et « bien vaillant homme ; » le deuil fut grand dans le camp ennemi. Quant aux Orléanais, comme la trève était expirée au moment où la place avait tiré, ils crurent n’avoir rien fait que de loyal et pouvoir se réjouir.

Quarante-deux hommes d'armes et cent vingtneuf archers que Lancelot de l'Isle avait sous son commandement passent sous celui d'Henri de l'Isle, son frère, écuyer (1).

(1) Pièces justificatives, VI.

30 janvier. — À une heure du matin, le Bâtard, accompagné de quelques chevaliers et écuyers, sort secrètement de la ville pour se rendre à Blois près du comte de Clermont, et se concerter avec lui.

Dans la journée, les Anglais se répandent dans les vignes de Saint-Jean-de-la-Ruelle et de Saint-Ladre, pour enlever des échalas qui leur servaient de bois de chauffage. Le maréchal de Boussac, La Hire, Poton, Jacques de Chabannes, Denis de Chailly, don Cernay, courent sur eux, en tuent sept et raménent quatorze prisonniers. Un bourgeois d'Orléans, Simon de Baugenet, perd la vie dans cette rencontre.

81 janvier. — Huit chevaux chargés de graisses et d'huiles sont introduits dans la ville. Ces graisses et ces huïles servaient à enduire des fascines incendiaires qu'au moment des assauts on jetait sur l'ennemi.

8 février. — Le maréchal de Boussac, La Hire, Chabannes, Coarraze viennent jusqu’au pied de la bastille de Saint-Laurent défier les Anglais, qui crient aux armes et déploient douze bannières sans sortir de leurs palissades.

D février. — À la fermeture des portes, ar-

Page 1