‹ Histoire du siége d'OrleansChapitre 6 sur 24 · Q CE · texte numérisé non relu

Q CE

— 4B — rivent par la Sologne vingt-six combattants de la compagnie du maréchal de Boussac.

6 février. — Pendant vêpres, le maréchal de Boussac, La Hire, Poton, Chailly, à la tête de deux cents cavaliers, courent jusqu’à la Madeleine, où ils rencontrent Scales et font quatorze prisonniers.

8 février. — Les guetteurs signalent une troupe considérable se dirigeant sur la ville. C'était le secours annoncé par Villars, mille hommes environ, amenés par Jean de Lesgot, seigneur de Verduzan, William Stuart et Raoul de Gaucourt, gouverneur d'Orléans, qui s'était

* porté au-devant d'eux.

Dans la nuit arrive un second corps de troupes composé de deux cents hommes appartenant à La Hire et à Guillaume d'Albret, seigneur d’Orval,

9 février. — Entrent dans la ville trois cents combattants commandés par le maréchal de Lafayette (1). |

Chabannes, Renault de Fontaine et le Bourg de Bar (2), avec vingt cavaliers d’escorte, sont

(1) Gilbert Motier de Lafayette, maréchal de France. (2) Le Bourg de Bar, c'est-à-dire le bâtard de Bar, fils de Gui de Bar, qui servait avec les Bourguignons à Paris,

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envoyés à Blois. Îls rencontrent un parti d’Anglais et de Bourguignons. Le Bourg de Bar est fait prisonnier. Chabannes et Fontaine parviennent à s'échapper et continuent leur route.

Ïls ont pour mission d'annoncer au comte de Clermont et au Bâtard d'Orléans que le renfort annoncé est entré dans Orléans depuis deux jours, et de les prévenir qu’un convoi considérable de vivres et d'artillerie, parti de Paris avec une forte escorte, est attendu au camp anglais de Saint-Laurent.

Sur cet avis, les chefs réunis à Blois tiennent conseil; il est résolu que l’armée du comte de Clermont et la garnison d'Orléans, combinant leur action, se porteront au devant du convoi; que l’armée du comte de Clermont sortira de Blois et se dirigera sur Étampes; qu'une partie de la garnison d'Orléans, de son côté, se détachera et prendra la même direction. Les deux troupes devront se réunir à Rouvray-Saint-Denis, près Angerville.

L'armée du comte de Clermont s'élevait à quatre mille hommes environ, dont quatre cents Écossais sous la bannière de John Stuart de Darnley. Le reste se composait d’Auvergnats et

en 18. (QUICHERAT, IV, 63.) Après la levée du siége, il resta

à Orléans, dont il eut la vicomté. (Voir notre Histoire de la Communauté des Marchands fréquentant le la Loire. Document 570.)

de Bourbonnais commandés par le seigneur de la Tour-d'Auvergne et le vicomte de Thouars (1). A l’heure convenue, elle se met en marche et s’avance au travers de la plaine de Beauce par des chemins connus du Bâtard.

11 février. — Sur l’ordre transmis de Blois, quinze cents combattants sortent d'Orléans par la porte Parisis et prennent la route de Toury. Le maréchal de Boussac, Verdurzan, Guillaume d’Albret, William Stuart, Jamet du Tillay, La Hire, les deux Xaintrailles, sont à leur tête. Du haut des murs les habitants et ceux de la garnison qui restent pour la défense de la ville, les suivent du regard et les accompagnent de leurs vœux.

42 février. — L'attente et la préoccupation sont dans les esprits ; vers le soir chacun se porte aux remparts. Les guetteurs sont à leur poste; rien n’est signalé. Une vague inquiétude com- . mence à se répandre : les heures s’écoulent; minuit approche, et l’on est sans inouvelles. Tout à coup, des pas de chevaux retentissent, quelques cavaliers se présentent aux portes et entrent avec précipitation, suivis bientôt d’une troupe en désordre : ce sont les Auvergnats du comte de

(1) Louis d'Amboise, vicomte de Thouars.

Clermont. Le trouble, la confusion sont partout et ne font que s’augmenter au fur et à mesure qu'arrivent des hommes isolés, des groupes sans chef; le comte de Clermont séparé des siens; le Bâtard se soutenant à grande peine sur son cheval; le maréchal de Boussac n'ayant plus à qui commander ; des charriots rapportant les blessés et les morts; enfin, une troupe un peu mieux en ordre ralliée par Jamet du Tillay, Poton et La Hire, qui rentrent les derniers dans la ville.

Le désastre avait été complet. Le 12 février

au matin, le détachement orléanais était arrivé

le premier sur le plateau de Rouvray-Saint-Denis, et presque aussitôt on avait vu l’armée du comte de Clermont apparaître à l’ouest, et le

convoi attendu déboucher dans la plaine par la”

route d'Étampes. Ce convoi, formé d’une longue file de charrettes pesamment chargées, était accompagné de quinze cents hommes environ, Parisiens pour la plupart, qui suffisaient à peine pour le couvrir, tant les voitures étaient nombreuses. Rien ne semblait plus facile que de le prendre par le travers et de le couper avant que l’escorte ait eu le temps de se former en ligne. Les Orléanais voulaient se porter en avant; majs par déférence on envoya demander l’ordre au comte de Clermont, prince du sang royal. Le comte de Clermont était fort jeune et n'avait jamais commandé ; on venait de larmer chevalier

le matin même. Soit malentendu, soit impéritie de ceux qui l’entouraient, la réponse fut d’attendre. Falstoff, qui commandait l’escorte, avait saisi la situation d’un coup d’œil. En tacticien habile, il rassemble les charrettes, fait planter les épieux, et en arrière il met sa troupe en bataille.

Le moment échappait : les Orléanais le comprennent et poussent en avant. À cette vue le Bâtard abandonne le comte de Clermont et rejoint son monde ; les Écossais le suivent, et le combat s'engage.

Il était trop tard. Les Anglais, retranchés derrière leurs charrettes, reçoivent le choc sans s’ébranler ; ce sont, au contraire, les lignes françaises qui se rompent devant l'obstacle qu’il leur faut franchir. Falstoff en profite pour lancer sa cavalerie. Si à ce moment on les avait soutenus, les Orléanais pouvaient encore se reformer et prendre l’avantage ; mais le comte de Clermont reste immobile, et la déroute devient complète.

Les Écossais et une grande partie de ceux d'Orléans sont taillés en pièces. John et William Stuart, Guillaume d’Albret, Lesgot de Verdurzan, Jean de Naïlhac, Louis de Rochechouart, Jean Chabot périssent sur le champ de bataille. Le Bâtard, blessé au pied dès le commencement de l’action, manque de tomber au pouvoir de l’ennemi ; deux archers parviennent à le remettre en selle et à letirer de la mêlée. La Hire peut

enfin rallier quelques cavaliers à son guidon. Xaintrailles et Jamet du Tillay lui viennent en aide ; tous les trois se placent à l’arriére-garde, pendant que les Auvergnats et les débris de l'armée reprennent en désordre la route d'Orléans. Encore fut-on heureux que les Anglais du siége ne fussent pas sortis de leurs bastilles pour fermer la retraite aux fuyards.

43 et 14 février. — On se met en devoir de rendre les honneurs funèbres aux morts. Leurs restes, rapportés dans Orléans, sont mis « en sépultüre » dans l’église de Sainte-Croix.

La consternation règne dans la ville ”.

Du 15 au 17 février. — Plus encore que les Orléanais, les troupes du comte de Clermont sont frappées de stupeur; elles refusent d’attaquer les bastilles anglaises. Plusieurs jours se passent dans l’inaction.

Le fort des Tourelles continue son feu. Un boulet tombe sur l’hôtel de la Tête-Noire et ricoche dans la rue des Hôtelleries. Il tue trois personnes, dont un marchand nommé Jehan Turquoys.

Cependant Falstoff victorieux avait continué sa marche, trainant à sa suite les munitions et les vivres qu’il avait amenés de Paris, augmentés de. ceux que les Français avaient abandonnés

sur le champ de bataille. Le 17 au matin, il arrive sous les murs d'Orléans. Vainement les assiégés essaient de lui courir sus; ils ne peuvent le joindre, et le convoi tout entier entre dans le camp de Saint-Laurent. Il fallut essuyer les huées des Anglais et les lazzis des Parisiens, qui, par allusion aux poissons salés dont le convoi se composait en grande partie, donnérent 4 la journée du 1% février le nom dérisoire qui lui est resté de Journée des Harengs!

48 février. — Le comte de Clermont, La Tour-d’Auvergne, l'archevêque de Reims (4) et deux mille hommes, Auvergnats et Bourbonnais, sortent de la ville. Les Orléanais les voient sans peine les quitter; c'étaient gens qui les affamaient et ne leur étaient d’aucuns secours.

Mais avec eux partaient l’évêque d'Orléans, La Hire, l'amiral de Culan, qui se rendaient près du Roi pour l’informer de la défaite de Rouvray- Saint-Denis, et prendre ses ordres. Vainement ont-il promis de revenir : leur départ jette la cité dans le découragement.

(1) Regnault de Chartres, archevêque de Reims et chancelier de France. Son départ d'Orléans est constaté par le Journal du siège, à la date du 18 février, sans qu'on trouve dans cette chronique ni dans aucune autre l'indication de son entrée dans la ville. I] était du conseil de Chorles VII, et avait été probablement envoyé près du Bâtard pour conférer avec lui des affaires du Roi et de la Ville.

— — I En

Les Orléanais se croient délaissés. Au moment où s’augmentaient les forces des assiégés, ils voyaient se diminuer le nombre de leurs défenseurs : le Bâtard, le maréchal de Boussac, Xaintrailles et quelques capitaines, gens de cœur, leur restaient, ïl est vrai, mais en trop petit nombre pour lutter contre une armée qui se ravitaillait par l'Angleterre, Paris, la Normandie et la Bourgogne. Depuis longtemps déjà cette armée était maîtresse de toutes les places environnantes, et 1] était facile de prévoir qu'avant peu elle envelopperait la ville d’un cercle de bastilles qui la réduirait à famine. Deux bastilles nouvelles commençaient à s'élever, l’une au Pressoir-Ars, qu’on appelait Rouen ; l’autre à Saint- Pouair, qu’on appelait Paris.

Il y avait lieu de s’inquiéter d'autant plus que la garnison était aux gages du Roi, et que trop souvent la solde se faisait attendre. Charles VIT y pourvoyait de son mieux; les registres du « trésorier de ses guerres » mentionnent les sommes qui plusieurs fois, pendant le siége, furent envoyées de Bourges aux nombreux capitaines enfermés dans la ville. Mais ces envois étaient incertains, incomplets, et à chaque instant on était exposé à voir partir des hommes d’armes ou de trait qu'on ne pouvait payer régulièrement (4).

(4) Pièces justificatives, XII.

49 février. — En cette extrémité. on se souvint que le duc de Bourgogne était parent du duc d'Orléans. Poton de Xaintrailles (1) et deux des Procureurs, Guion du Fossé et Jean de Saint-Avy, lui sont envoyés en ambassade. Ils avaient pour mission d'exposer la situation de leur ville, de prier Philippe-le-Bon de la prendre sous sa protection et de la sauvegarder à leur duc prisonnier, en obtenant du Régent que le siège en fût suspendu jusqu'après « l’éclaircissement » des troubles du Royaume.

Cette résolution avait raffermi les courages ; chacun se sentait prêt à redoubler d'efforts en attendant la réponse du duc de Bourgogne ; peu à peu on se remit du trouble où l’on était depuis la fatale journée du 12. Les sorties recommencent comme aux premiers lemps du siége.

20 février. — Un engagement a lieu entre les Anglais portant sept étendards et ceux de la ville, qui sont repoussés au premier choc et ramenés sous les murs; mais le feu de la place oblige les assiégeants à se retirer dans leurs bastilles.

92 février. — Un héraut envoyé par le comte de Suffolk apporte au Bâtard un présent de

(1) Poton était connu du duc de Bourgogne pour avoir été son prisonnier.

dattes, de figues et de raisins. Le Bâtard envoie par un autre héraut de la panne noire que Suffolk lui avait demandée pour fourrer une robe.

95 février. — Quinze chevaux chargés de harengs et de vivres entrent dans Orléans.

27 février. — Crue de la Loire. L’eau gagne les embrasures etles meurtrières des Tourelles. Les terrassements établis en avant du fort, sur l'ile Charlemagne et à Saint-Pryvé, sont submergés. Les Orléanais espèrent que la force du courant les entraînera; mais les Anglais font telle diligence de jour et de nuit, qu’ils parviennent à les préserver.

Le même jour, le tir de la bombarde de la croche Chesneau renverse un pan de mur des Tourelles.

3 mars. — Les Anglais s'étant mis à creuser un fossé pour communiquer à couvert du bou-

. Jevart de la Croix-Boissée aux bastilles de Lon-

dres, de Rouen et de Paris, les assiégés se portent sur les travaux où plusieurs engagements ont lieu. Guilhen de la Vernade est blessé; les Anglais le font prisonnier. La coulevrine de maître Jehan tue cinq personnes, parmi lesquelles lord Grey, capitaine de Janville, neveu de Sa-

lisbury. Les Orléanais perdent un des leurs (1) et ramènent neuf prisonniers.

Si la défense d'Orléans était onéreuse aux finances de Charles VII, l'entretien de l’armée qui assiégeait la place ne l'était pas moins aux finances de Henri VI. On n'avait pas compté sur une résistance aussi longue, sur des travaux d'investissement aussi considérables. Des renforts d'hommes, des vivres, des munitions étaient sans cesse réclamés du camp.

Les ports du nord, la Beauce, Paris, fournissaient les vivres et les munitions, et on prenait aux places de la Normandie et de l'Ile-de-France leurs garnisons, pour les envoyer au siége. Meulan, Pontorson, Coutances, y avaient des contin-

gents. Mais il fallait payer et les troupes qui "depuis cinq mois étaient sous Orléans, et ces recrues qu’on leur expédiait. La solde s'élevait haut: un chevalier banneret recevait par jour quatre sols esterlins, un chevalier bachelier, deux sols ; un homme d’armes, un sol; un archer, dix deniers. Il fallait pourvoir à ces dépenses ; le trésor était épuisé, et le duc de Bedford avait été obligé d'avancer une somme de quarante mille francs (2) tirée de ses pro-

(1) Étienne Fauveau.

(2) Représentant, en valeur intrinsèque, 321,600 fr. d’aujourd’hui.

pres domaines. Pour l’en rembourser et pour satisfaire aux exigences ultérieures du siége, car on commençait à comprendre que l’entreprise ne serait ni promptement ni facilement conduite à fin, le grand conseil de régence voulut se créer des ressources. Il décréta qu'un emprunt du quart de leurs gages serait fait, en France eten Normandie, aux gens pourvus d’offices. Un édit fut rendu au nom de Charles VI, roi de France et d'Angleterre, portant que: « en considération des grandes et excessives finances que nécessitoient la conduite et entretènement » du siége mis devant Orléans, siége qui avait déjà « duré longuement et pourroit encore plus durer, » toute personne gagée « (prenant de Nous gaige, et de quelque estat que ce soit), prêtera ses gages d'un quartier d’an, pour être employés à la poursuite dudit siége (1). »

4 mars. — Les Anglais se répandent aux alentours de Saint-Ladre et de Saint-Jean-de-la- Ruelle. Ils enlèvent des charrues et emménent prisonniers plusieurs vignerons et cultivateurs.

9 mars. — La plombée d’une coulevrine de

là place tue un seigneur anglais, auquel l'ennemi fait de pompeuses obsèques.

(4) Pièces justificatives, IT, IV, V, VI, VII, VII, IX, XI.

6 mars. — Vers ce temps il se répand que, par la ville de Gien, avait passé, depuis peu, certaine jeune fille des marches de Lorraine, se rendant à Chinon, en compagnie de deux gentilshommes, de ses deux frères et de quatre serviteurs. Cette jeune fille, qui avait nom Jehanne, annonçait qu'elle venait par mission divine pour faire lever le siége d'Orléans. Il se racontait qu’elle était fille d’un laboureur, et que dans le jardin de son père elle avait eu vision de larchange saint Michel. D’autres ajoutaient que sainte Catherine et sainte Marguerite conversaient avec elle; que par leurs voix elle avait su la défaite de Rouvray-Saint-Denis et l'avait annoncée le jour même au capitaine de Vancouleurs, lequel capitaine, voyant bien alors que Dieu l'avait choisie, lui avait donné chevaux et escorte pour aller en France.

Le Bâtard ordonne à Chabannes, Archambaud de Villars et Jamet du Tillay, de se rendre à Chinon pour s'informer du « fait de cette

pucelle » et lui rapporter ce qu’on en doit croire *.

7 mars. — Les bombardes et les canons

anglais causent de grands dommages dans la rue des Hôtelleries.

8 mars. — Les assiégés, dans une sortie,

font rencontre de six marchands et d’une « damoiselle » qui se rendaient à l’armée anglaise avec neuf chevaux chargés de vivres. Ils s’en emparent et les aménent dans la ville.

Dans la soirée, deux cents Anglais de la garnison de Jargeau et de plusieurs villes de la Beauce arrivent au camp de Saint-Laurent et sont répartis dans les bastilles. Les Orléanais en augurent qu’une attaque se prépare.

9 mars. — Il se découvre que pendant la nuit une ouverture a été pratiquée près de la porte Parisis dans le mur de l’aumône (1), qui était en même temps mur de ville. Le public s’en alarme. On suppose qu’il y a trahison et que, par cette ouverture, l'ennemi devait s’introduire. Une rumeur, que rien ne justifie, signale les religieux de l’infirmerie de lHôtel-Dieu. Le supérieur est obligé de s’enfuir.

40 mars. — Les Anglais, résolus à compléter le blocus de la ville, s'emparent de l’église de Saint-Loup, l’entourent de fortifications et en font une bastille.

De l’ordre du prévôt d'Orléans, le maître du guet se rend à Blois pour demander de la poudre et en presser l'envoi.

(1) Hôtel-Dieu.

41 mars. — Les troupes anglaises occupées à la construction de la bastille de Saint-Loup courent jusqu’à Saint-Euverte, où elles enlévent plusieurs vignerons pour les employer aux travaux.

12 mars. — Sortie des assiégés, qui ramèpent quelques prisonniers.

45 mars. — Le Bâtard de Lange entre dans la ville avec six chevaux chargés de poudre qu’il amène de Blois.

Trente Anglais sortent de la bastille de Saint- Loup habillés en femmes et arrivent, à l’aide de ce déguisement, dans les vignes de Saint-Marc, où ils enlèvent neuf ou dix vignerons *.

Les bruits concernant la pucelle venue de Lorraine se répandent de plus en plus. Chaque jour les arrivants apportent de nouveaux récits. Les dires les plus merveilleux circulent sur son enfance prédestinée, sur les périls de son voyage, la protection des anges et des saints qui la conduisent. Quelques-uns avaient d’abord voulu penser que tout cela n’était que dérision; mais c’était le petit nombre, et l'espoir des assiégés s'était bien vite porté de ce côté. Confiants dans les droits du Roi et du duc leur seigneur, pénétrés de la justice de leur cause, les Orléanais croyaient volontiers à cette assistance du Ciel,

__ à et depuis que la rumeuf en courait, leür énergie s'était accrue « de rmoilié ®#. y»

46 mars. — Le maréchal de Boussac, obligé de se rendre près du Roi pour régler la succession de son beau-frère, Jean de Naiïlhac, tué à Rouvray-Saint-Denis, quitte la ville. Il était aimé des habitants et fort prisé pour les belles actions que lui et ses gens n'avaient cessé de faire depuis le commencement du siége; aussi ne le laisse-t-on partir qu'après lui avoir fait promettre qu'il reviendra sous peu.

47 mars. — Mort du prévôt Alain du Bey par suite de fatigues prises en pourvoyant à la défense et aux besoins de la ville. Il était prévôt depuis l’année 1408, et particulièrement homme de bien. Chacun le regrette. Il est remplacé par Jehan Le Prestre.

49 mars. — Archambaud de Villars, Chabannes et Jamet du Tillay reviennent de Chinon et, en présence du peuple assemblé, rapportent qu’en effet était arrivée dans lés premiers Jours de mars une jeune fille du village de Domremy, se disant envoyée de Dieu pour lever le siège d'Orléans, délivrer le Duc prisonnier et conduire « le Dauphin (1) » à Reims, pour quoi faire elle

- (4) Charles VIT, qui n’était pas encore sacré, et à quai, pér À

demandait avec instance qu’on lui donnât équipage et gens de guerre; qu’eux-mêmes l'avaient vue dans la ville de Chinon; que d’abord les seigneurs et les vieux chevaliers n'avaient voulu croire qu’une aussi jeune fille, car elle n'avait que dix-huit ans, pôt entendre quelque chose au métier des armes. Le Roi lui-même, pendant plusieurs jours, avait refusé de la recevoir; mais enfin, ayant été introduite dans la salle où il se trouvait, elle était allée droit à lui et l'avait reconnu, bien qu'il se mélât à dessein à ceux de sa cour et soutint qu'il n’était pas le Roi. « En nom Dieu, gentil prince, »

avait-elle dit, « c’est vous et non autre. » Puis se jetant à genoux : « Gentil Dauphin, » avaitelle ajouté, « pourquoi ne me croyés-vous? Je vous dis que Dieu a pitié de vous, de votre royaume'et de votre peuple, car saint Louis et saint Charlemagne sont à genoux devant lui, faisant prière pour vous ; et je vous dirai s’il vous plait telle chose, qu’elle vous donnera à connoitre que me devez croire. » Le Roi l'ayant alors prise à part, elle lui avait révélé un secret de lui seul connu. Le signe de sa mission avait paru manifeste par cette révélation, et le Conseil avait décidé qu’on se fierait à elle. Le Roi toutefois

ce motif, plusieurs ne donnaient pas le titre de Roi, mais celui de Dauphin.

avait jugé expédient qu'elle fût interrogée par

‘les clercs et docteurs de sa cour de parlement

réunie à Poitiers, où il l'avait fait conduire et l'avait lui-même accompagnée.

Les députés ajoutent que pendant ce temps on s'occupe de réunir une armée pour être envoyée à Orléans sous les ordres de la Pucelle, si les docteurs la reconnaissent fille sage et envoyée de Dieu comme elle le prétend.

Ïls apportent des lettres du Roi accordant au Bâtard une somme de deux mille livres tournois à prendre sur les greniers à sel du pays du Languedoc, « pour l’aider à soutenir les gens d’armes et de trait » qui sont avec lui dans la ville *.

Le bruit que bientôt les assiégeants seraient secourus avait pénétré parmi les Anglais et gagné Paris. À cette nouvelle, Bedford sent qu’un danger se prépare, et il le juge assez grand pour user d’un expédient extrême. Un.ban est publié; tous les vassaux et gens nobles du duché de Normandie et « pays de conquête » sont appelés à « faire service, » et convoqués à Vernon et à Paris, pour de là se rendre « devant Orléans et ailleurs sur la rivière de Loire, y séjourner, demeurer et attendre, » disent les lettres royales, « les ennemis que l’on dit venir à puissance pour advitailler ladite ville d’Orléans. » Vingt jours de paie leur sont alloués

__. —éé— pour les aider à supporter les charges du voyage (1). |

20 mars. — Le feu des Tourelles est très-vif; les murs de la ville sont endommagés. Deux pierres de bombarde tuent ou blessent quinze personnes, parmi lesquelles un potier d’étain appelé Jehan Tonneau.

21 mars. — Sortie des assiégés. Gens de guerre, eltoyens et paysans y prennent part et se portent contre le boulevart de Londres (route du Mans). La garnison se replie sur Saint-Laurent; ceux du camp de Saint-Laurent sortent à leur tour et repoussent les Orléanais jusqu’à l’aumône Saint-Pouair. Mais presque aussitôt ils reprennent l'avantage et rejettent les Anglais dans leurs bastilles.

99 mars. — Escarmouche entre Saint-Pouair et la Croix-Morin.

23 mars. — Les nobles et vassaux, convoqués par le ban du duc de Bedford publié dans les premiers jours du mois, « font montre » à Paris, au nombre de deux cents bommes d’armes, et les archers « à l’afférent » (quatre par homme d'armes). Îls sont dirigés sur l’Orléanais (2).

(1) Pièces justificatives, IX. (2) Pièces justificatives, IX.— Les montres ou revuesavaient

24 mars (jeudi saint). — Üne pierre de bom-

barde tombe dans la rue de la Charpenterie, où elle tue cinq personnes.

Le bruit court « qu'aucuns avaient formé le dessein » de livrer la ville aux Anglais. La population entière se tient sur ses gardes. On fait le guet sur les murs. La journée et la nuit s’écoulent sans alerte *.

25 mars (vendredi saint). — Le prévôt Jean Le Prestre fait aux troupes de la garnison une grande distribution de blé et de vin. — Prennent part à cette distribution les compagnies de Graville, Madré, Denis de Chailly, Termes, Guitry, Coarraze, Valpergne, Cernay, Xaintraiiles, Villars, les gens d'armes du maréchal de Boussac et les Écossais.

Les Procureurs font donner des œufs de Pâques aux aides des canonniers *.

26 mars (samedi saint). — Les chefs des deux armées conviennent de faire trève le lendemain jour de Pâques. La trêve est maintenue jusqu’au jeudi suivant 31 mars.

pour objet de constater la présence du vassal sous la bannière du suzerain, le nomhre des combattants qu'il amenait à sa suite, et de faire courir leur paie lorsqu'ils étaient gagés.

. — 66 ——— | 4er avril. — Escarmouche près le boulevart de Londres.

2 avril. — Les assiégés se portent de nouveau contre le boulevart de Londres, où ils sont accueillis par quatre cents Anglais qui sortent du camp de Saint-Laurent, précédés de deux étendards ; l’un de ces étendards était mi-partie rouge et blanc avec une croix rouge. Les Orléanais se rompent et sont refoulés jusqu’à Saint- Mathurin. Le Bâtard, La Hire, Graville, Poton et Jamet du Tillay parviennent à les remettre en bataille et les raménent sur l’ennemi. Pertes de part et d’autre causées principalement par le canon et les coulevrines.

8 avril. — Un chaland chargé de neuf tonneaux de vin, d’un porc et de venaison, qui descendait à Saint-Loup, est pris par les Orléanais.

Après les vêpres de ce jour, qui était un dimanche, les pages des deux armées se livrent escarmouche auprés de Saint-Laurent ; l’avantage demeure aux Français, Aymard de Poysieu, page dauphinois, leur servait de capitaine. Il était fort blond, trés-éveillé et de grande hardiesse. La Hire lui donne le surnom de Capdorat.

4 avril. — Un parti d’Orléanais qui, dans la

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