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d'une entreprise si périlleuse glaçait de crainte, n'obéissait qu'à regret. Tout-à<x>up un boulet parti du vaisseau de Miaouli tua deux marins sur le pont de la frégate. Leurs camarades devenus ftirieux à force de peiur, se révoltèrent contre le capitaine et re&sècent d'avancer. Us ne conservèrent même pas la présence d'esprit nécessaire pour fuir avec promptitude : ils restèrent quelque temps exposés au feu du brick de Miaouli ; et si deux vaisseaux grecs se fussent trouvés sous voile , la fr^ate et le futur capitan-bey seraient tombés au pouvoir des durétiens (i).
Les captifs ajoutèrent que Topai restait presque toujours à Crionérif abandonnant If commandement de la flotte à MoucharirBey , gendre de Méhémet-Ali.
Après quelques jours de repos, les Turcs attaquèrent de nouveau l'escadre grecque. Cet engagement fut peu considérable. La victoire demeura incertaine; et Miaouli, dont la mission était remplie, ne tarda pas à quitter ces rivages qu'il ne devait revoir que pour assister à l'agonie de ses généreux compatriotes sans pouvoir les secourir.
(i) Rapport dlkessios Georgiou, secrétaire de l'amiral grec, sous la date du 19 janWer.
aSo HISTOIRE ]>ij Sites
Pendant les combats des deux âottes le camp d'ibrabim parut tranquille, et son artiUerie cessa de tirer. Il ne voulait attaquer sérieusement la ville qu'après avoir reçu cinq mortiers et vingt canons de si^e que Tamiral ture avait détuor^ qués à Crionéri, mais que la crue de TEvenus empécbàit de conduire dans le caïkip. En attendant Tarrivée de ces nouveaux moyens de destruction y le chef des Égyptiens disposait tout pour rendre plus redoutables ses premières^tentatives. Il avait laissé sous le commandement particulier de Reschid la partie de ses lignes qui entourait l'aile gauche de la place; il s'était établi lui-même devant le âanc on^atai des fortifications. Là , il avait élevé deux lorts en pierre , situés à peu de distance l'un de Tautre , et pourvos d'une nombreuse artillerie. Un bataillon arabe avait pris position à la tour constrtiite par Keschid sur le coté <ka bassin où s'étaient réfugiés , l'année précédente ^ les débris de la flottille de Machmout , espèce de petit port appélé par les Grecs A^m Alikis. Du haut des remparts on apercevait souvent sur ce point des mouvements de troupes et des convois de chevaux chargés. Quelques soldats montés sur des monoxyllons s'avancèrent un soir vers la tour ; ils entendirent, un gramd' bruit de maillets et de
Dv MiMOLOireHi. a.^f
marleaux. S'approchant dayanlage » ils virent qu'on y transportait une immense quantité de
planches. Ce qui leur fit conjecturer qu'Ibrahim résolu d'attaquer la ville du côté de la mer, faisait préparer des bateaux plats , ou niéme des espèces de ponts en bois pour traverser les lagunes.
En effet, les officiers européens à sa solde, lui avaient déjà conseillé «de tenter un assaut contre la partie de la place qui n'avait pour défense que des eaux trè&-peu profondes; et une foule d'ouvriers étaient occupés à construire une flottille où l'on pût embarquer plusieurs régiments. Mais cette attaque devait être combinée avec celle du bastion Botzaris , et la plupart des Arabes disciplinés étaient journellement exercés par leurs oificiers à escalader des remparts et k monter sur la brèche. Le spectacle de ces évolutions, au lieu d'e£6rayer les GfTécs qui en eom* prenaient le but , excitait toujours leur gaieté et souvent leur mépris : ils se moquaient de ces répétitions létemelies , et provoquaient les ac* teurs à paraître enfin sur la scène au pied de leurs murs. Des Pallicaresquîn'arf aient au* cune idée de ces manœuvres 5 les regardaient avec un étonnemeut qu'ils exprimaient quelquefois par d'heureuses saillies. Un jour, par exem-
a5a HI5T0I1IB ms siioK
pie, quelques soldats examinaient attentivement le camp turc; tout-à-coup il& enteodeiit le tambour, ib Toyent les Arabes sortir de leurs tentes, et les offîciers français , le glaive en maiu , les former en bataille noa loin d'une tour qui, construite au pied de FAracynthe, dominait le camp de Reschid. L'attention des Grecs redouble. Bientdt les Arabes s^avancent contre la tour en faisant un feu soutenu ; ils Tatteigneot, dressent des échelles contre le mur, et se pressent d'y monter. Un Épirote qui n'avait jamais vu, jusqu'alors, de troupes régulières, s'imagine que les ennemis ont pris une feusse direction, et leur crie de toutes ses forces : Fous vous trompez, , Musulmans , <!est ici âfissolonghi (i) !
Pendant que la garnison s'amusait de ce simulacre d'assaut et formait les vœux les. plus ardents pour qu'Ibrahim se résolût enfin à tenter de véritables combats, un événement imprévu répandit le trouble dans la ville. Quelques Musulmans saisis par une barque grecque au moment où ils portaient des vivres à Fatras, avaient été jetés dans les prisons de Misso- . longhi. Un soldat grec, nommé Lécas, favorise
DE MISSOLOlVGHi. 2 53
leur évasion f il est pris sur le fidt, et dédare qu'il n'agit que par les ordres du général George Kitzos. Aussitôt un bcuit sourd se répand de tous côtés : «Kilzos a promis à Ibrahim de livrer la lunette de Guillaume d'Orange dont le commandement lui est confié. Pendant que nous ne songeons qu'à repousser la force , la trahison va nous anéantir », Ces paroles volent de bouche en bouche; quelques-uns, en les répétant, ajoutent : « Deux frères de Kitzos sont dans l'armée ennemie. »Des groupes se forment sur le^places, sur les remparts. Chacun , sans examiner le fon- . dément de ses alarmes , se hâte de les propager. Telle est , partout , la suite des accusations de ce genre : on connsut l'eff et que. produit sur les apnées, et sur les populations assiégées» le terrible mot de trahison.
Cependant les hommes sages ne pouvaient croire & cette délation. Le caractère du générai Kitzos et ses services depuis qu'il était entré dans la place, leur répondaient de sa loyauté. Comment un des héros de la Romélie aurait - il pu, disaient-ils, livrer pour un peu d'or un poste où chaque jour il acquérait tant de gloire? Hier encore , ceux qui l'accusent aujourd'hui étaient les premiers à vanter son patriotisme ? Et quelle est la source de ces accusations si
a 54 HISTOIRE OU SIÈGE
soudaines ?L*allégatioB (Von 'coupable qui, fut» eiie vraie , ne prouverait puiut que Kitzos nous trahit. Ces discours parvinrent à calmer la multitude. Daus une lettre pleine d'une nobJe fierté {i)rht gèfkénk pria la junte de Missolonghi de nonnner une- commbsion poui^ le juger, ou de lui accorder au moins la permission de se rendre auprès du gouvemetnent qui ferait exa* miner sa conduite.
.Les membres de la junte formèrent à l'instant un tribunal militaire composé des généraux Noti Botzaris , M itzos Contoghiannis . George Yal^ tinos, Christos Pholoraani , Nicolas StoumariSt et Zois Panou.
Ces généraux y saisis de l'affaire, ne négUgè<* rent vim pour découvrir promptement la vérité. Lécas, amené devant eux, soutint d'abord ses premières assertions. Alors, le tribunal le remit fentre les mains d'un prêtre dont les exhortations l'engagèrent à tout avouer, il convint que George Kitzo$ n'avait pas même eu connaissance du projet de mettre les prisonniers turcs en liberté ^ que hii Lécas avait tout fait de son propre mouvement, parce que ces captifi étaient nés dans le même village que lui.
(i) Ybyea les pièces jusuûcakiyes , 11^9.
DE MiaSOLOMHf. . à 55
U déclara de plus que le seul désir de sauver sa TavaiC porté à se couvrir du nom de Kilzos.
Alors, la commission déclara unanimement le général innocent» et engagea la junte à lui rendre le commandement du poste qu'il avait si vaillamment défendu. ■}
Les membres de Ja junte se hâtèrent d'accéder à cette invitation. lis écrivirent à Kitzosdans les termes les plus flatteurs. Ils ne doutaient point, disaient-ils, qu'il ne montrât toujours le patriotisme et la valeur dont il avait déjà donné tant de preuves* Ik ravertissaient , en >niéme temps, que celui qui Tavait injustement accusé ne tarderait pas k recevoir la punition due à tant dé perfidie (i).
La décision des généraux et le message de la jonte dissipèrent toutes les inquiétudes. Ceux qui avaient donné le plus de croyance aux soupçoifs, s'étonnaient .alors d'avoir pu s'y arrêter. On reconnut qu'aucun parent de Kitzos ne eom* battait avec les ennemis. On se rappela plus vi* veinent tous ses services. Il fut reconduit en triomphe dans la lunette de Guillaume d'Orange, où ses soldats le reçurent avec transport. La confiance Inrittait sur tous les fronts ; les guer*
(i) Yojet les {lièces jMàêpÊÛveSf jo.
236 HISTOIRE DU SIlÉGC
riers et les habitants s'embrassaient en lépéti^nt
pleins de joie ; Non, il n'y a.poiut de traître parmi nous.
Un fisiible en&nt, éloigné de pins de trois cents lieues , accrut encore cette noble émotion. On vit le vieux ^oti fiotzaris s'avancer a!u milieu de ses frères d'armes. Des larmes roulaient dans ses yeux vénérables; il tenait une lettre à la main. Camarades, dit-il,, l'aigle de la Selléide n'est pas mort tout entier. Le fils de Mai:ços possède déjà les sentiments de son père ; un jour il en aura la valeur. Écoutez ce qu'il m'écrit- V
Le» dbefe et les soldats se pressaient autour de lui, et il leur lut la lettre suivante :
« Mon très-honoré général et oncle Noti. — Pins un respectable et bon -«itoyen souffre pour l'utilité commune et fait d'efforts pour le salut de sa patrie, plus il devient ferme et courageux contre le malheur, et supporte avec constance les maux de soa corps, parce que. son amé se réjouit et se complaît dans ces actions héroïques. Ainsi, vous, mon très -honoré et très-cher onde, vous vous réjouissez des souifrances que vous éprouvez dans la place de Missplonghi pour le salut commun, et vous encouragez avec graijideur d*ame*tous ^ux qui com-
m inssoLOirGHi. 267
battent pour la liberté de notre patrie. Que ne * puis-je être auprès de vous pour prendre part à ces sacrés et divins combats dont vous faites vos délices ! Combien je gémis d'être encore si jeuoe!... Jem'efibroe, a» moins, de tout mon pouvoir, d'acquérir quelques lumières afin que je puisse T bientôt m'^nvoler comme l'aigle et retourner dans notre commune patrie pour y remplir les devoirs que mon père m'a tracés par son honorable trépas. ~ Je baise votre lioain droite, èt suis avec le plus grand respect votre cher neveu, le patriote DÉMÈmm , fils de Marcos Botzaris ( i ).
Oui, s'écrièrent les guerriers, oui, notre position doit fiaire envie à tous les cœurs généreux.
àyâXXtTai, ^là ràç r.puïxàç is^d^nç tou. Ùdsv 3(ai où, ai6aop.i(ÔTaTt juLiftkTOxi i&M OtUf xaiç999i%lç xaiMic«SAtiflcv tiîv 6iMtav ^o«i-
|i.t (AtyaXe^ttx^flc» Iv6a^6vii€ toîk ^«m iroXtfi^ iXiuÔtftov Tlk
ouvaYci)vi<i6û TÔv Upèv xai ôetov toûtov àyûva Tàv 6iroIcv éoù ^vTpuça;! âXXà irooov Xu7coi3(Aat, 5ti 4 i&Xtxfot (&ou «Tvou êbitf|Ml| |Miip«l . . MoXov
a5â HISTOfflB DV SIÉGJK
Oui , tous les maim aont doux ^ soufferts pour U pa(riQ et dans l'attente de la victoire.
A ces nK^9 ib portaient leurs tegards SOT le camp ennemi , avides d'y découvrir quelques signes d'uA a^swt. prochain*. Mais Ibrahim deiQeurait toujoiira-dans la même înadioii. Seule* iW\ïl le a4 février un bataiUon ^t un escadron 4e. ses troupes disciplinées que les Orecs appe-.
iaient Gallo- Arabes ^ s avancèrent vers le bord
du bafisin , vi&*à-vi^ d/e l'aile <nientale des remparts , mais hors de la portée du canon» La cavalerie s'arrêta ^ur le rivage, les fantassins eiitrèreot dans la mer^ et marchèrent en ordre
vers rUe de Clissova. Ils s'en approchèrent à une certaine distance; mais dès que le poste qui. se trouvait dans Tîle commença de tirer sur eux, its se replièrent sur les cavaliers. Ce n'était pas une attaque sérieuse ; ils n'avaient,' sans doute , d'autre objet que de sonder le terrain , et de re-
ix i\ i-Bii iiii ■■■ Il f .T ■■ .1. ■■ — ^r„--i - w I , ffljitryA^y^
Ô iifv/tenyJti^ ioêvSfiiiç «ou xal «aT^iutniK
B£ MISSOLOKCIJI. ±^
connaître les difflcullës qu'ils pourraient trouver daiis une entreprise contre cette position importante des lagunes. . • « .
Cette démonstration et Factivité qui régnait dans la eonstnietidn de ta ibttille, coofiraièmit les assiégés dans l'idée qu'Ibrahim voulait les attaquer par mer comme par tme. Le long espacé de tétûpi qa*il employait à se^ prépàratîfi semblait annoncer un assaut soigneusement cdttlbîné. Xottt poltait à amte qu'il île diffâfut ' de frapper que pour réndre ses premiers coups décisifs. Le reste de son Artillerie de siège tiô pondrait taider d'arriver. Sebi dimp Tenait de se grossir d'une partie des troupes de Reschid qui , mécontentes de passer sous le commandement de& Égyptiens, s^^taietit d'abord tarées, mais n'avaient pas tardé à revenir. Il avait alors sous les murs de MKssolonghi huit mille six- cents hommes dé troupes disciplinées conduites par des officiers français; deux mille quatre cents soldats irrégulier» tii^^ ta <Mte ^ de.Modon et de Lala ; deux mille deux cents Albanais à sa solde; dous^ cents Mamehiéks; etnq eeiÊits Cosaques amenés parle Capitan-Pacba; et au moins dix mille hommes commandés , sous lui , par Reschid. Ainsi , sans compter les tmipes embarquées sur les vaisseaux qui bloquaient le golfe ,
a6o HiaroiAE jdu siège,
vingt-cinq mille hommes se trouvaient réunis contre une faible garnison qui n'avait plus pour remparts que des ruines.
Ce n était pas cependant le nombre des assiégeants .qui inspirait le plus de craintes au gouvernement et aux amis de la Grèce. Les défenseurs de la p)ace avaieiiiit. toujours 4it qu'ils ne rejdoutai^tque ia famine, et ils étaient parvenus, par leurs exploits, à le faire croire à Tunivers. ^Hf^s Miaouli n'avait apporté que Tapprovision* nemept de deux mois; la flotte ottomane devenait toujours plus formidable, et les ressources des Greqs, épuisées par tant d'effortS:^ pouvaient ne pas suffire aux. dépenses d'une ij^ouvelle expédition navale.
. Une députation des che6 de Missolonghi se
rendit à NapoU., Introduite dans le sénat, ,eile demanda qu'on pourvût la viilc^ de mninitions .de guerre et de bouche, et qu'on acquittât la solde jde.li^g^inson, dont, les malheureux soldats restaient exposés sans vêtements à toutes les rigueurs de l'hiver. Le trésor était vide, un emprunt à l'étranger devenait impossible dans les circonstances où se trouvait la Grèce ; la loi sur l'hypothèque des tenues nationales n'avait rien produit, pas un seul préteur ne s'était présentéw Décidés par toutes ces considérations, les séna-
DR MlSSOLOirOHI. a6i
teurs abrogèrent la loi 5 janvier, et ordonnèrent layente des oliTÎers et d*autreft arbres des terrains nationaux jusqu'à concurrence de trois millions de piastres (environ i5oo,oo6 francs). Le Pouvoir Exécutif fiit de l'avis du sénat. Alors on rappela les membres de la députation dans la salle des séances, et le secrétaire de Fassembiée leur parla ainsi : . - .
« Braves guerriers, le gouvernement et la nation entière connaissent les combats mémorables que vous avez livrés pour la défense du boulevard de la Grèce.
« Vous et vos dignes compagnons, vous avez rempli vos devoirs envers la patrie. Dans le seul but de conserver Missolonghi , dont le salut est la sauve-garde de la Hellade^ vous avez supporté la disette des vivres, des vêtements, de toutes les choses les plus nécessaires; vous avez bravé la mort que lançaient sur vous les barbares.
« Vous avez teint de votre sang celte terre sa-^ crée; et la nation vous doit une reconnaissance ét^nelle. Elle n a aucun moyen de s'acquitter. Votre valeur est au-dessus des éloges et de la reconnaissance. Mais rhistoire portera vos noms immortels à toutes les générations futures. Toutes les lignes des ouvrages qui renfermeront la i e-
lation particulière chi siège de IVIissolongbi sembleront é<arites avec votre sang*
« Le gouvernemoDt de la Grèce s'est occupé, autaat qu'il la pu, de vos besoins; et mainteuant, puisque tout autre moyen lui manque, il vieat d'ordonner la vente de plusieurs propriétés nationales, dont le produit sera spécialement affecté à l'approvisionnement de Slissoloiigln.
« A votre retour, vous direz à vos compagnons d'armés que le plus vif désir du gouvernement
est de secourir cette place, et que toute la nation partage notre reconnaissance envers vous (i). »
ècÇf TQt> MeaoXoYyiou.
ooc, ftirtflpm Mil irtTvotv, koI ^(fcv«i9tv, xol çlpuatv IXciv râv dcv*
vÀ fiuXee^ert MiaoXoYYicv, toû ôiroiou iq ottTupia dtoçaXtCtt rnv aci>-> TUptav TTj; ÉXXâ^oç.
(A* î, Ti xoSetç YiOeXe ç-oxacO-îî • Yevvaiorr,; aaç eivai dcvwTÉpx èiraîvtdv xail tùyvwpioffvvr,; • îçopia Ojxo; OeXei irepaaei rà «ôoivocTOl twv Oitep-
M MiaSOlONGBI. 263
Les généFauz répondirent que te moyen Jidopté par le sénàt prèoorerait peut-éti« de l'argent,
maâs n'en procurerait pas assez tôt pour fouroir aux bésotus de Missoloughi; qu'ils devaient re^ partir dans deux jours, et que, si le gouverne»ment voulait secourir cette ville, il devait songer à trouver tout de suite une somme suffisante, quon pourrait rembourser aux préteurs sur le produit de la vente ordomiée. Cela dit, ils' se retirèrent.
La commission des contributions fui chargée de voir, dès le jour même, ce que les citoyèns les plus riches de la capitale voudraient ofTrir pour satisfiaûre à la demande des généraux. Le lendemain, en relisant le projet de loi, on dé»
(bciYXOf <t(Li, xftl Ttt^a, iicti^ xàOt «DCX«c 'ir^po; yj^ny.cLrixo(;
264 HISXOIEE DU $I£G£
dda d'ajouter à la ▼ente des arbres, etc. , celle d'une partie des terres nationales. Cette loi fut 8iir4e<hamp décrétée par le Pduyoir Exécutif ( i ) ; mais on était au 1 8 février. Un grand mois avait été perdu. 11 était trop tard : le sort de Missolonghi devait être décidé avant que le produit de ces ventes put être employé à le défendre.
Quelques jours après, Sacbtouri, Nenka et Siachini, députés de l'île d'Hydra, exposèrent, dans une pétition au sénat, qu'ils avaient représenté au gouvernement le danger que courait cette ile, par Timpossibilité où elle se trouvait d'équiper ses vaisseaux, et qu'on ne s'était point occupé de leurs plaintes ; qu'ils attendaient dans la journée une réponse définitive pour s'en re- . tourner aussitôt, et que, s'ib n'en recevaient pas, ils protesteraient expressément contre l'indifférence de ceux qui n'avaient voulu ni voir le péril, ni songer aux moyens de le repousser (2).
Trois sénateurs, parmi lesquels se trouvait l'éloquent Missolong^ote Spyridon Tricoupi, furent envoyés par l'assemblée auprès des membres du Pouvoir Exécutif, pour conférer avec eux dur
( t ) Voyez les pièces justificatives, 1 1 • (2) Compte rendu des séances du Sénat, dans le journal oITicicl de la Grèce.
OK MISSOLDlfGHI. a65
rappovi&ionnement de la flotte. Il fut décidé qu'on prendrait sur les fonds déjà rassemblés par des contributions volontaires, cent vingt mille piastres (œviron 60,000 firancs), qu'on remettrait aux députés d'Hydra, et trois cent mille qui seraient versées entre les mains de ceux de Missolonghi.
On a blâmé» et j'ai blâmé moi-même la ienteur des délibérations du sénat dans des circonstances si pressantes : cependant, avant d'adresser des reprodies au gouvernement grec de cette époque , ou doit faire attention à la position déplorable où il se trouvait. Après cinq ans d'une guterre d'extermination , dont les fureurs avaient détruit toutes les ressources de la Grèce, ce gouvernement était obligé de lutter encore contre toutes les forces de Tempire turc, favorisé, secouru, guidé par des puissances, chrétiennes. Les cabinets, au lieu de céder enfin aux vœux des. peuples, au lieu d'obéir enfin à la religion et à l'humanité, se montraient chaque jour plus dévoués au Croissant, plus opposés à la Croix. Un instant seulement, les Hellènes purent espérer un changement favorable dans la diplomatie européenne.
Le chef de la Sainte -Alliance venait de descendre au tombeau. Ce souverain sera sigualé dans rhistoire comme un phénomène singulier.
ft66 HfSToiaB mj êiim
Presque tous les rois punissent dans leurs sujets toutes les idées de liberÉé; mais on les roit souvent fomenter chez les autres peuples ces mêmes idées, quand ib peurent en tirer quelque prc^t. Alexandre seul poussa la haine des Tertas politiques jusqu*à sacrifier à cette haine sa renommée, ragrandis8einent.de son empire, le triomphe de sa religion, l'unique source de richesses qu'il pût avoir» Il se dévoua au triomphe du système au* trichien : ce fut le Déoîos des ennemis du patrio* tisme.
Indignés de sa conduite, les Grecs le plaigni*
rent peu. Ils savaient qu'après les avoir poussés à rinsorrection, il les avait abandcMinés du mo« ment qu'il s'était aperçu que ce n*était pas pour prendre ses fers, qu'ils brisaient leurs vieilles chaînes. Cependant, comme on prétendit que la voix de Dieu avait éveillé ses remords, et qu'il avait voulu réparer ses fautes, ies Grecs implo<> rèrent en sa faveur la clémence divine. Ce dut être pour son ame, dégagée par la mort des petits intérêts de cour, une leçon bien déohi* rante et bien terrible, que de voir et d'entendre, du pied du tribunal suprême , où on lui deman<» dait compte du sang de tant de Martyr^ , léurs parents, à genoux sur leurs tombeaux, intercé* der pomr lut auprès de son juge.
Oa attendait be^ucoiip de Constantin, légitime héritier .de k couronne. On savait qa^û akmait la guerre et la Russie, et qu'il s'était souvent montré humain tandi» qu'Alexandre parlait d'humanité. On ne doutait point qu'il ne vtnt s'asseoir sur le trône de Conatantiuopley et on pensait qu'il serait assea juste et assez prudent pîbur n'être qu'un allié fidèle et bienfaisant de la Grèce. Ces espérances ne durèrent pas long-temps. L'ordre de succession au trône des casars fut interrompu i au lieu de passer le Pruth, on négocia, et dès^ lors il devint évident que la ituaaîe serait encore sacrifiée, par sou empereur, aux intérêts de l'Au*ti:iche et de l'Angleterre.
La Grèce n'avait plus rien à attendre du de'hors. La nécessité de faire de nouveaux efforts pour conserver Missolonghi frappa davantage tous les esprits. Une population épuisée réunit ses dernières ressources. L'éloquence et la religion élevèrent la ypix pour mflammer la géné* rosité des citoyens. Un discours, prononcé par Tricoupi dans les discussions qu'avait amenées la pétition des Missolonghiotes, frappa vivement les habitants d'Hydra. Levéque de cette île fit lire dans toutes les églises une exhortation pastorale dont les paroles, vraiment évangéliques, émurent tous les cœurs. Les marins, revenus
a68 HISTOIBE DV STÊm
depuis peu de Missolonghi, redoublaient, par leurs récits, l'admirattonetlapitié qu'inspiraient au peuple Théroïsme et les souffrances de la garnison. Il faut, disaient-ils, avoir vu, comme nous, la misère de ces guerriers pour s*en £dre une juste idée. Leurs logements ont croulé, ainsi que leurs remparts, sous un bombardement de dix mois. Ils sont obligés de se construire eux-mêmes, tenant d'une main le fusil et de Tauti^e la pelle ou le marteau, de misérables cabanes qui les défendent à peine de la pluie; ils veillent toujours la plus grande partie de la nuit, quelquefois la nuit entière pour observer Fennemi; et souvent, après tant de fatigues, ils manquent de pain pour réparer leurs forces; ils marchent presque nus et sans chaussure au milieu du froid de Thiver; et, en les voyant si sales et si infects, on se détournerait avec dégoftt, si Ton n'apercevait sur leurs vêtements usés par les combats, la trace des balles ennemies et les glorieuses taches du sang des martyrs. Quand nos vaisseaux quittèrent le port, ces braves, au milieu de leur détresse, ne réclamèrent point les rations et la solde dont ils sont privés depuis si long-temps; ils ne demandèrent que de la poudre et du pain.
Ce tableau de constance et de malheur touchait vivement les généreux Hydriotes. Un co-
I>£ MISSOLOUGHI. 269
mité fat ncannué pour reoeroir les o£firandes des citoyens en faveur de Missolonghi. Le zèle était grand; mais les spuscriptiGns ne furent pas considérables , parce que tous les habitants riches avaient déjà fait d'énormes sacrifices à Ja cause de la liberté.
L^exemple d'Hydra fut imité à Napoli. On y établit une commission chargée de recueillir les offrandes des patriotes de la capitale,' et d'envoyer des délégués dans toutes les villes de la Grèce. Ceux qui se rendirent à Athènes y re* cueillirent huit mille neuf cents piastres eu argent, et plusieurs dons en nature > particulière^ ment des habits et du Unge (i). La plupart des autres villes s'empressèrent aussi de concourir par de généreux sacrifices à la défense da bou^ levard de la patrie. Mais il fallait un temps considérable pour réunir, par ce moyen , même de très-Ëdbles sommes. On ne savait à quelle époque la flotte grecque serait en état de ren^ettre ep mer; et, pendant son inaction, les vaisseaux du capitan-pacha parcouraient librement les rivages de .l!Ét;plie et de la Morée, bloquaient étroi-* tement le port «de Missolonghi, .portaient Tabon-
•^11 I » I II 111.^1 ■■■■■ ■ .11 ■ ! Illl f .l ■ *i » * t t t
(1) Le général Gouras donna lui seul quatre mille piaitres,
et sa femme ciB^it trente phoustanelles (espèce de jaque^tçs).
S70 RIBTOIBS DU 81B»E
liaiice dans le camp d'Ibrahim , entretenaient des •eoibfminicalicms active» entre ce cartnp et Patres, «entre Patras «t les villes nkarritiiiies de la Morée occupées par les Turcs. Mtssotoughi alhntétre attaqué e» même temps par terre èt par mer; une artillerie nombreuse, dirigée par des canonniers autrement habiles que les Turcs, se préparait k fbodfiyfer te« remparts déjà ouverts ou ébranlés par les boulets de Reschid; c'étaient des trimpes disciplinées qui devaient s'érander sur les brèches agrandies ; c'étaient des officiers sortis des écoles militaires de r£urope qui devaient diriger lés assalils; c'étaient' encore des officiers européens qui devaient s'opposer, sûr lés Mviyes ottômâtis, à Teotriée de tous les se^ cours. '
' Le danger de la place devenait extrême. Le ton ées letttës de 1» Grèce' et de ntàHe cfaangeà subitemeujt. Tout peignait Tinquiétude et même l6t tèivelii*. Ai» bruit du canon qai' récomtnen-
cait à gronder contre la ville sainte , le clergé d'itbaque récita les prières des agonisants pour tes'liéros de Missolonghi, et , au milieu de ces chants funèbres-, s'élevait vers le ciel ce cri déchirant et terrible : Çu'tufms^noiis fiUt à la France ? • Ce reproche trop mérité, ces prières qui re^
JOB MISaOLON&ill. 271
coHumndAient; k Dieu les ânes d'une popnbtion
entière^ retentirent dans tous les cœurs restés tm»q^ Umindignatioa^énéreose sfempsrada toutes les classes de la société. Tous les citoyens voulureni prateater contre la bieaveiUaQce que notre ciibmet témbi^ait aux infidelcsi Le iDini** stère et la nation se trouvèreot en présence sous les mûf^ de ia mïé déwmèn mmÊHj^.hlai^ rensement, les forces n'étaient pas égales. Tandis que 1(68 alliés des miaifitres fondreyaieol ka cfarétiens, la nation espérait Ji peine de. pouvoib leur faire passer > à la faveur des ténèbres , quel* qties iaibles secours oontre la fidok Un iKiinnie dont l'histoire doit conserver le nom, M. Eyv uard» ngn content d'aiouter à ces<«ecours une portion de sa fortune^ Toulnt en sueveiUer, en presser le départ; il se rendit en Italie pour diepeiia^ àJa Grèce fe& iûeiiiiaita de }'£nibpe; et remptit^ avècle-Mlete jplns édairé, ce bei^i rôle qui convenait si bien à son dévouement. .
Iiie-oomté de Paris « oeuaL d'Amsterdam -et de Genève, redoublèrent d'efforts. Des souscriptions.^^ùuvrtrent daos la- plupart des viUes France. Tandis que d'obscurs émÎBaaîMs pàrooi»^ rant, dit-on, les ca^^iiueâ. et ie& antichambreav recrutaient des bras pour égorger les MisaoloBghiotes, les feipmes les plus distinguées par la
27a HISTOIHE DU SIEGE
missanoe, par retfnit et les Tertas, paroouru->
rent toutes les demeures des citoyens , recueillant les dons de l'humanité w feveiir des hérosde l'Étolie, en Êiveur de ces milliers de femmes et d'enfants que l'héroïsme pouvait sauver du fer des barbares^ mais non des atteintes de la faim. £lles passaient leurs journées entières dans les traTaux decette mÎHmi'vrainient chrétienne; et le soii^y' enr.se ^reposant de ces pieuses fatigues, elles continuaient, dans leur salon, à plaider la cause de la religion et de la piti& La bourse de secours restait ouverte , et se grossissait des offrandes de leurs amis^ Ce n'était pas seulement la Grèce, qne servaient leurs noÛes soins. Les discussions politiques, qui, depuis long-temps, n'intéressaient plus que fesprit et la vanité, recommencèrent à émouvoir le cœur. Las .Français y gagnaient plus que les Hellènes. Qa'cst'ce qii'un peu d'or , auprèsdes-pbos nobles
émotions ? .
L'impulsion donnée en France se communiquait à toutes les nations. Les dons se multipliaient de toutes parts. On espérait qu'ils parviendraient assez tôt dans Missolonghi pour ar- .xacher à. Ibrahim l'héroïque proie qu'attendait sa fureur*
Ce général, voyant enfin toute son artillerie
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de siège réunie, et sa £lottiUe prête à seconder
ses opérations, fit commencer, le ^4 (t) i^* vrier,*un feu terrible qui se soutint sans in« terniption pendant trois jours. Le 28 , à deux heures du matin, cinq mille hommes de son ar-^ mée, favorisés par une mût obscure, s'avancèrent vers les remparts, portant les outils et les matériaux nécessaires pour construire des re« tranchements. On se rappelle que le^ Grecs avaient élevé un amas de terre devwt.le bastion Botzaris, pour parer les boulets que Tennenii lanoerait contre la brèche. Ce fut sur cette es** pèce de rempart que les .Turcs se logèrenJ; d'à»bord. La garde du bastion ne tarda pas à s'en apercevoir, et donna sur-lefchamp le signal cour venu pour annèncer Fappreche de r.ennemi. €0 signal fut porté dans tous les postes , la tronir pette sonna, une partie de la garnison se réunit dans le Botzaris ; et le feu commença vers deux heures et un quart. Ce genre de combat qui ne pouvait rien décider ne stiffit pas long» temps à Tardeur des Grecs. Les uns tirent leur ^abre^ les autres l^^ur atagân , ils demandent que les portes sk>tivrent et qu'on leur permette de se mesurer de plus près avec les barbares. Leurs
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Tœux sont remplis ; ils s'élancent hors des mur^. £n un instant, ils ont repris le monticule , et la mêlée s'engage avec le gros des forces ennemies. Les soldats disciplinés d'Ibrahim surpris de Taudace de la garnison, troublés par ses clameurs guerrières, sont les premiers à plier. Plusieurs, cessant de combattre , implorent la pitié des Grecs. La différence de leurs cris ^prouve cpie tous ne sont pas nés dans les états de Méhémet- Aii. Les uns, jetant aux pieds des chrétiens leurs fusils encore chargés, s'écrient: Aman capitan ! les autres s'écrient en français : Pardon , capitaine 1 Mais les Grecs n'écoutent ni amanj ni pardon. Tout ce. qui ne fait pas, tombe sous le glaive* Bientôt les Albanais, les Guégues et les Ttircs asiatiques- se retirent également en désordre.
Au moment où les vainqueurs se rapprochaient des murailles, un corps de Mamelucks
s'avança contre eux. Les Grecs , feignant de se troubler à cette vue, attirant les cavaliers sur un terrain miné, et l'explosion fit périr phi* sieurs des barbares. Ibrahim perdit plus de cinq cents hommes dans cette afi&ire qui ne finit qu'à onze heures du matin. Les chrétien^ eurent sept guerriers tués et onze blessés, parmi lesquels on comptait le lieutenant-général Giannaki Soul-
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tâiias, qui s'était fait remarquer au milieu de la mêlée par des prodiges de valeur. Le général Photoraara et le lieutenant-général Giannaki Razocotzica partagèrent avec lui l'hoiuieur de cette journée.
A Taspect des Grecs qui rapportaient en triomphe dans leurs inurs un grand nombre de fusils à baïonnettes et les têtes de quelques officiers européens, Ibrahim sentit que la réputation de ses troupes disciplinées était compromise. Il essaya de la rétablir par une nouvelle attaque, et fit occuper une seconde fois le monticule élevé devant le bastion Botzaris. Les généraux grecs se réunirent, et le conseil décida qu'on sortirait après le coucher du soleil pour reprendre cette position. Les soldats , instruits de cette délibération, ^'attendirent pas le signal ; ils retournèrent au combat, tuèrent ou blessèrent plus de trois cents ennemis, poursuivirent le reste jusqu'à la première parallèle, et rentrèrent dans la ville , couverts de sang de la téte aux pieds, n'ayant perdu qu'un seul homme, et ^ chargés de nouvelles dépouilles, parmi lesquelles ils étalaient surtout avec orgueil ces fusils européens dont on les avait si long<-temps menacés.