ARGUMENT
État tic lu place au commencement de 1826. — Ibrahim se borue d'abord à exercer ses troupes. — Ravages causés par ses bombes. — • Prières publiques sor les remparts.^ Arrivée de.la fiotte grecque. — Combat naval du ai jaa» vîer. — Propositions du capitan^-pacfaa transmises à Blis. soloii^hi par un capitaine anglais. — Réponse de la junte. — Incendie d'une corvette ottomane. — Bataille navale du 28; victoire de Miaouii. — Ibrabiin fait construire une
flottille.— général Georges Kitsos est accusé de trahi* son<— 4kMi innof^oe est reconnne.— Lettre du jeune fils de Marcoa Botzaris. — État des forces des assiégeants. — Moyens adoptés par le gouverDenicnt grec pour fournir
aux dépenses d'une nouvelle ex[)édili()n maritime. — Souscriptions en Grèce. — Incpiiétude de tous les peuples su|' le sort de Missolon^L— Quêtes à Paris.«M. £ynard. — Ibrahim redouble le feu de ses batteries. — > Sol^tie du aS . février.
OoMMK je Tai déjà dit, la garnison ne redoutait ni la valeur, ni la discipline des Arabes. £Ue connaissait sa force, éprouvée par tant de périls, accrue par tant de succès. Pour anéantir Ibrahim^ elle ne demandait que deux choses, de
a3a HiSTouuB du siège
la poudre et du pain. Les soldats commençaient à manquer de vivres; leurs vêtements en lambeaux ne pouvaient les défendre contre la rigueur de la saison; depuis le commencement du siège, aucun d'eux n'avait reçu sa solde; ils se plaignaient avec amertume du gouvernement grecj qui paraissait les néglige : mais les souffrances ne les effrayaient pas plus que les périls. T^s Missolonghiotes même, qui pouvaient craindre pour leurs familles, n'étaient nullement abattus. Une fois que les hommes ont monté leurs sentiments sur le ton . de rbéroïsme, une fois qu'ils ont décidé dé lutter jusqu'au bout ' contre linfortuue, plus l'infortune grandit^ plus ils grandissent eux-mêmes à leurs propres yeux; et il y a dans cette activité extraordinaire de Famé une douceur secrète qui compense bien des douleurs. Les Missolonghiotes étaient d'ailleurs flattés de voir se concentrer sous leurs murs, avec toutes les forces de Tennemi, toutes les espérances de la Grèce , les regards et les vœux de toutes les nations. Il leur tardait d'ajouter à leurs triomphes sur des hordes barbares, des triomphes obtenus sur des troupes disciplinées; ib attendaient avec impatience les nouveaux assauts que devait diriger l'habileté des instructeurs européeus^^ .
DB HlSSOljOirGBI* a33
Ibrahim semblait avoir bien moins de difficultés à vaincre que n'eki avait rencontré Reschid. Les assiégés étaient parvenus, il est vrai, à nettoyer leurs fossés et à détruire les nombreux caçahèrt élevés par les Tim»; mais ils n^avaient pu combler les parallèles, ni réparer les brèches des remparts. On se rappelle que le. bastion Botzaris surtout en offrait une très-hrge. L'évéque Joseph (i), voulant enflammer Je zèle des Missolonghiotes pour ces travaux périlleux, fit lire, le dimanche i®^ janvier (2), dans toutes les églises de la ville, une lettre pastorale, par laquelle il invitait les prêtres, les primats et tons les habitants à se rendre avec lui sur les remparts, où
(i) Dans beaucoup d'écrits français on appelle ce respectable prélat Joseph Rogon. On se trompe; et yoici la cause de cette erreur. Selon l'usage des évéques grecs , il plaçait à côté de son nom celui de son évéché. Il signait: Poyay ictoiff , comme révéquedePatras, Germanos, signe î Harptov r£pu.o(.voçj comme Porphyre évéque d'Arta signe : ApTYjç Ilopyupioç , etc. On peut être surpris que FéYéche où se trouvait une ville aussi importante que celle de Misaolôughi prît le nom d'un lieu inconnu; inais les exemples, dé ce genre ne sont pas rares dans la Grèce , où les circonscriptions ecclésiastiques sont totalement différentes des divisions territoriales établies par le gouvernement civil.
(a) Le ao décembre.
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ciiacun travaillerait à réparer les ravages de l'arttUdiie ennemie. L'apotre du Christ menaçait de la BialédidtÎQii divine le» oitoyens qui resteraient sourds à sa voix , en même temps qu il appelait ks bireurs du ciel sur œux qui s'empresseraient de le suivre. Mais, soit que le feu des assiégeants rendit ces travaux impossibles, soit qu'on man« quât dans.k place des matériafnx nécessaires, le Botzaris ne fut point réparé. Seulement on éleva, vis-i-vis de ce bastion et au-delà du £Msé, on énorme massif de terre pour empêcher les bouletç turcs d'agrandir encore la brèche.
Du reste, les Arrabes ne se ptwssaieiit point d'attaquer. A voir leurs mouvements, on aurait pu les croire dans un camp de plaisance, et non sous les murs d'une ville ennemie. Chaque jour, leurs officiers les instruisaient aux évolutions, àû raaniementdesanmes, et particulièrement atix manœuvres de lattaque des places. Les renégats choisissaient pour ces exercices les lieux les plus exposés aux regards des Missolonghiotes; ils semblaient vouloir ef£rayer ces braves^ en déplo}saut devant enx un art si funeste ft la Morëe. Les Grecs les regardaient avec le plus froid mépris, liebut infect de la France^ s'écriaient-ils, vous pouvez apprendre aux infidèles à s élancer contre des remparts j mais non contre des poitrines qui com*
DE Mpuoœmnu ^35
àattent .pouri la foi et pour la patrie , puisque vous n*amz ni foi ni patriotisme^ et que vos
élèi^es n'ont aucune idée de ces deux graruls sen* timents (i)!
Le l^irit s'était répandu que le fils de Mëhé-
met-Ali voulait attaquer la ville dans la nuit de lioëL On sût avec quel emprcsseanent les Grecs voient arriver les jours de leurs solennités reli* gieuses, qui soi^t aussi , pour eux des jours de divertissements et de plaisirs-; mais jamais féce ue fut attendue avec tant de joie par les Missoloqgbioles que edie qu'ils espéraient sanctifier par la victoire. Les soldats ne s'entretenaient que de Tassaut livré, à pareil jour, trois ans auparavant, et se promettaient bien de mêler sur leurs remparts le sang des guerriers d'Ibrahim au sang des phalanges d'Orner. Leur impatience re«> doubla dans la nuit. A ohâqike instant ils croyaient entendre gronder le canon, ou voir briller les baïonnettes. Leur espoir fot trompé :. l'ennemi ne fit aucun mouvement; et lorsque le soleil se
a36 BISTOIAE J>U SIÉ&É
leva, lenrs décharges de mousqueterie et le ca- Bou des remparts n'eurent à célébrer, avec la naissance du Christ, que l'anniTersaire de la défaite d'Omer.
Ce n'étaient pas seulement l'instinct de la valeur et la haine de l'étranger qui leur faisaient désirer qulbrahim les attaquât sans délai : ce desir était encore ches eux Tefifet de la prudence et le résultat du calcul. Si l'Égyptien , n'écoutant que sa fureur, se fut d'abord précipité contre les remparts, son armée se serait épuisée dans ces attaques infructueuses ; ses soldats auraient perdu la confiance qu'il avait su leur inspirer, et il aurait fini par éprouver le sort de Reschid. Rien, au contraire , d'était tant à redouter pour la garnison que de le voir renoncer aux assauts, et porter toute son attention sur les moyens d'a£fiuoer la ville et de la bloquer du côté du bassin comme du côté de la terre. Plusieurs indices paraissaient annoncer déjà qu'Ibrahim pœdiait vers ce dernier parti, auquel il a dà plus tard ses succès. Naturellement impétueux et violent, il, semblait avoir changé de caractère en arrivant tous les murs de Missolonghi. Non-seulement il n'attaquait pas; mais, renfermé dans son. caînp, il n'occupait point les tranchées creusées par Reschid. Dans les premiers temps qui suivirent
DE MISSOLOIVraf. tài'}
son arrivée, le feu des batteries turques était même moins vif qu'aupârarant Des jours entiers s'écoulaient sans qu'elles répondissent à celles de la place; et lorsque les artilleurs de TËgypte eurent remplacé les canonnîers du sérasker, ils s'occupèrent presque uniquement à bombarder l'intérieur de la ville, chercbani à renverser les maisons qui restaient encore debout, plutôt qu'à s'ouvrir les remparts.
Le poids de leurs nouvelles bombes étonnait les Grecs. Une famille, composée de quatre personnes, fut écrasée sous les débris de son habitation, entièrement détruite par un seul de ces projectiles, que les habitants appelaient galio' arabes {i). a Voilà donc, s*écriaient les Missolonghiotes, voilà donc à quoi servent les institutions militaires de la France 1 Malheureuse Grèce ! Quel homme doué du moindre sentiment d'humanité aurait pu s'imaginer qu'au moment où tes chaînes affreuses seraient sur le point d'être brisées, au moment où tu combattrais pour reprendre ton rang parmi les nations ennoblies par tes bienfaits, des fils impies de ces nations mêmes s'armeraient contre toi, et que tu serais réduite par eux aux^demiertf périls (2)? Ces ré- .
(1) VcùXo - ÂpaÊDcai.
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flexions, au lieu de décourager les Grecs^ exaltiieiit laor patriotisme et leur confiaDoe dam l'appui de FÉternel. Le jour de l'Epiphanie, que rÉgUae grecque célèbre le 18 de jaoTier, la junte de gouvemement et les généraux ordonoèrent que des prières publiques auraient lieu sur les Kinparts. Tout le clergé, parcourant, à pas lents, à la vue des batteries ennemies, leTaste conloar des inuraîlles, implora le secours du Très-Uaut. Les seuls chrétiens qui sussent encore rootnir pour la foi , n'avaient pas d'autre allié. Abandonnés par la plupart de leurs co^religionnaires, combattus même par quelques^ms, Us plaçaient leur unique espérance daos le Dieu qui, voyant tous les états libres, tombés sous le sceptre des empereurs, descendit sur la terre esclave pour j semer de nouveaux germes de liberté.
Comme si Dieu eût voulu montrer à l'instant qu il avait écouté les prières de Théroïsme, dès le lejodemain, 19, k flotte grecque parut tout
«ou, xflil 6v ^ i^Y«m90n( ik xa6ofxct<i>67i( p.t tocç Xotirà«, ràç iKoiaç oi»
i^euyÉvKjeç iirixf areia; , X^lOIh; àro xà dtTriç'a xe'xva toûtwv aùrûv
D£ HissoLOKGju. aSg entière entre Zacynthc et Glarentza, où Tescadre de Spetzia, arrivée cette fois la première , mais composée seulement de trois vaisseaux , attendait, depuis quelques jours, les bâtiments liydriotes et ceux de Psara. Une lettre de MiaouU en avertit la junle de gouvernement. Bientôt on vit plusieurs barques ottomanes se réfiigier sous le canon de Patras, et deux jours après, à Fap» proche de la nuit , vingt - deux vaisseaux grecs entrèrent dans le golfe, au bruit des salves de réjouissance grondant du haut des remparts.
Le 22, malgré la tempête qui* agitait la mer^ la flotte turque se mit en mouvement pour em» pêcher les marins grecs de débarquer les provisions qu'ils apportaient aux Missolonghiotes. Cinq frégates, favorisées par le vent, s'avancèrent coatre les vaisseaux deMiaouli. Après un combat d'une beure, où la moitié del'escadre grecque fut seule engagée , les frégates fuyaient et se dirigeaient vers les cotes du Péloponèse, lorsque l'une d'elles bissa des signaux, en tirant trois coups de canon. A Tinstant^ neuf autres frégates et deux bricks vidèrent à son secours. Tous ces
navires se rangèrent en ligne de bataille, ce qui acheva de prouver que les marines chrétiennes avaient aussi leurs So!eiman*Bey, chargés d'initier les matelots turcs aux maiiiœuvres euro-
UlSXOIA£ DU &I£G£
péennes. Les onze bricks grecs se fenDèrent dans
le même ordre. Le poste de Vassiladis et les Missolonghiotes rassemblés sur le môle, suivaient d'un œil avide et inquiet les mouvements des deux escadres. Mais la violence de la tempête ne permit pas une bataille rangée. Au bout d'une heure d'engagement, les Turcs] se retirèrent vers le cap Papa, et les Grecs vers celui de Scrophas, sans que ni les uns ni les autres eussent essuyé de grandes pertes.
Les assiégés pensèrent que le vent seul avait empêché MiaouU de remporter la victoire, et ils espérèrent que -de nouveaux efiorts lui ouvrt* raient Tentrée du golfe et lui permettraient de porter dans la place les secours dont elle avait tant de besoin. Le 23, la violence du vent fiit extrême ; on n'apercevait du haut des remparts que les vagues agitées par la tempête : aucun bâtiment ne pouvait tenir la mer. Le ^4, la flotte ottomane reparut. Toute l'attention des Missolonghiotes était alcNTs fixée sur les événements maritimes. Une victoire de Miaou ii pouvait seule les arracher à la famine. La crainte et l'espérance partageaient tous les esprits. On recueillait avec avidité les moindres détails sur le combat du 22. On apprit par le poste de Vassiladis , qu'il y avait eu un moment où les deux escadres s'étaient
DE MISSOLONGUI. sAl
assez approchées pour faire usage du fusil, et
que le grand nombre de coups partis en même temps de chaque «frégate prouvait que les Turcs y avaient embarqué des troupes régulières. Le 1x6, tandis que plusieurs bâtiments ennemis voguaient tranquillement à la vue des remparts, l'un de ces navires échoua près de la petite île de Calamos« Les assiégés crurent que c'était une irégate. Les autres vaisseaux turcs s'eflTorcèrent de le relever : mais tous leurs efforts furent inutiles. Le lendemain , on ne voyait encore flotter sur le golfe que le pavillon du Croissant, on n'avait point de nouvelles de Miaouli. Les uns craignaient qu'il ne pût point tenter de nouveaux combats ; les autres espéraient toujours : mais aucun n'était exempt d'inquiétude* . ,
Au milieu de cette agitation, on apprit que la corvette de S. M. Britannique, la Rose ^ venait de jeter l'ancre devant le fort de VassUadis , et que le capitaine Abbat avait envoyé un de ses officiers vers les soldats qui gardaient ce poste, pour les informer que, désirant de s'entretenir avec les autorités deMissolonghi sur des af£{ujçQ$ d'une haute importance, il priait lescbefe civils et militaires de se rendre à Yassiladis. La Junte . de .gouvernement envoya sur-le-champ des députés chargés de conférer avec le capitaine.
2^2 HISTOIRK DO Slfel
Dans le malheur on accueille quelquefitMa les plus folles espérances : les Grecs s'imaginèrent que le roi de la Grande-Bretagne était eniiu touché de leurs héroïques misères. Ils s'attendaient à des communications utiles. Ils reçurent M. Abbat avec les plus grands égards. QueL ne fut pas leur étonnement lorsque, pour tonte conférence, cet officier leur remit une lettre dans laquelle il disait am che& de Missolonghi, de la part du Capitan-pacha, que tous les préparatifs d'un assaut seraient terminés dans huit jours , et que Tamiral turc, ayant à cœur de prévenir refiusion du sang , desirait savoir si la garnison consentait à capituler et quelles conditions ses che& pouliaient demander? M. Abbat offrait d'envoyer à Topai la réponse des Grecs, et finissait par déclarer qu'il ne prenait point sur lui de se porter garant des conventions qui pourraient être conclues, et qu'il ne se permettàit de donner aucun avis (i). ' Les commissaires confondus prirent cependant la lettre et la portèrent à la junte. Papadiamantôpottlos, Théméhs et les généraux enfermés dans la place répondirent aussitôt que la liberté pouvait seule indemniser les Hellènea des mm% qu'ils avaient soufferts; que la gardismi attelait
(i) Voye* les pièces justificatives , 7.
DE IMUSSOLOKGBI. ^43
sans* crainte le& assauts dlbrahiro , qu'elle saurait, avec Taîde du ciel, les repousser comise elle avait repoussé ceux de Reschid; et que, du reste, la Grèce aii«ûcun gouvemepient auquel seul appartenait le droit de faire la guerre ou la paix (i).
La démarche du capitaine produisit dans la ville une' impression difficile à décrire; Tous les habitants en furent indignés. I^prsque, six mois auparavant, le.dievalier Bouratovilfr s'était aussi rendu l'interprète du Capitan- pacha, sa conduite leur avait paru toute naturelle. Bouratovits était au service de l'Autrkhe* Mai» qu'un officier anglais leur transmît les propositions et les menaces* des barbares, cela leur causait autant de surprise que â'afiGRetioci.- Depuis long-temps l'Angleterre avait renoncé à cette guerre cachée que le ministère de Gastlereagh eut la bassesse d'entreprendre contre les Grecs. Et, même du vivant de Sic Thomas Maitland , presque tous le» officim anglais,^ n'obéissant qu'à regret k des'
ordres barbares, avaient montré, dans tout ce quf dépendait de leur volonté, les sentiments les plus favorables à la cause des Hellènes. Seraitce en effetrhu^nité, disaient enân quelques Missokmghiotes, serait«<x^ la pitié qui aurait engagé
(i) Voyez le» pièces juttiicalives, S.
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le capitaine à nous faire de pareilles communications? Croiroit-il que cet assaut dont on nous menace ne peut être repoussé ? La flotte grecque, que nous n'apercevons plus , aurait-elle été forcée de s'éloigner encore sans nous avoir laissé du pain?
Ces réflexions inquiétaient les esprits sans ébranler les courages. Minuit Tenait de sonner; le camp d'Ibrahim était plongé dans le silence; et l'artillerie de la ville avait cessé de gronder. Soudain des coupsde canon se font entendre du côté de la mer. Quoique ce bruit cesse par intervalleSy il excite fortement l'attention des gardes nocturnes, incertaines de ce qui se passe dans le golfe. Au bout d une heure, les soldats voient subitement unè grande clarté s'allumer sur les flots non loin du rivage. Ils s'aperçoivent que la frégate échouée est en feu. A la lueur des flammes, ils découvrent plusieurs navires qui voguaient à quelque distance. Ils pensent que c'est la flotte grecque, qui, après 'une courte résistance* du bâtiment ennemi, vient de l'incendier. Pendant trob-quarts d'heure il pariïl embrasé xle la poupe h la proue. Enfin le feu parvint au magasin des poudres. Aussitôt quatre énormes colonnes de flamme s'élevèrent vers les deux avec un bruit effroyable , et tout fut replongé dans l'obscurité.
DE XISSOLOVGHI. a45
Aux premiers rayons du jour, les assiégés virent distinctement, le pavillon de la croix flotter non loin de Vassiladis. Ils aperçurent en même temps la flotte ottomane qui, réunie tout entière et Êiyorisée par le vent , s'avançait avec vitesse et dans un ordre régulier contre la petite escadre de Miaouli. Cet intrépide amiral, malgré Vinfériorité du nombre, et le désavantage êe la position, n'hésita point à commencer lui-mémo le combat. Les assiégés ne pouvaient aider que de leurs vœux ces frêles bâtiments qu'ils virent avec orgueil traverser plusieurs fois la ligne ennemie. Les Turcs résistèrent jusqu'à midi; mais alors, des acclamations de victoire partirent des remparts^ à l'aspect de ces immenses navires qui s'enfuyaient en désordre, et cherchaient un honteux refuge sous le canon de Fatras et 4c !Naupacte. 'Miaouli les poursuivit quelque temps, et revint en trioiçphe sur les côtes de Missolonghi.
Le lendemûn le vice-amiral Sachtouris, après avoir £dt débarquer les munitions de guerre et de bouche, envoyées à la garnisoa, se rendit luimême dans la ville. Les généraux, les ^Idats, le peuple , l'entouraient de félicitations et d'éloges. Les che& voulurent apprendre de sa bouche les détails de la dernière bataille dont on ne connaissait guère que l'heureuse issue. Il se
HISTOIRE 0D SIB6B.
rendit à leurs désirs. « Notre flotte , dit-il , était composée de vingt Vaisseaux d'Hydra, de trois navires spezziotes et de quatre bâtiments de Fsàra^ parmi lesquels on comptait le brûlot de Canaris. L'amiral averti qu'une frégate ennemife avait touché prè&de Calainos, et qu'une partie de la flotte ottomâne était OGOopée à la remettre à flot , partit de Scrophas à la tombée de la nuit LWaot^garde de Tamiral turc, forte de vingt bAtinlents, ^énfuit à notre aépeot et fut poursuivie jusqu'auprès de PaU*as, par quatre de nos vaisseaux. Nous nous avançâmes vers le navire échoué qui faisait un feu assez vif. Bientôt George Politi d'Hydra, d'après les ordres de MiaouU , dirigea son brûlot contre -ce bâtiment, parvint à le joindre et l'embrasa.
«Ce n'était point une frégate, comme nous l'avions cru d'abord, mais une grande corvette de vingt-six canons, nouvellement construite et fine voiiière. Une partie dé Téquipage s'élança sur le rivage de Calamos. Ces barbares y furent suivis par nos marins et y reçurent la mort.
D'autres , parmi lesquels se trouvaient des chrétiens esclaves forcés de servir comme matelots , se jetèrent dans la mer et forent reeueiBis par nos chaloupes.
« Dès que le jour parut, Miaouh nous conduisit
DB MlttOUDOIOm. i!l47
à la pourauite de la flotte eniwime* D'abord elle força de Voilés pour se reCirep sons les murs de Nâupacte et de Patras. Mais bieatôt trouvant un favorable et gro6ste pàr le reste des vaisseaux ottomans qui venaient de la rejoindre , elle s'arrêta, se ferma bataille et revint siir nous. Alors comtnença l'un de nos combats lés plus acharnés. L'ennemi avait en ligne soixante bâtiments, et dans le nombre dix-buit brûlots. Au milieu de Faction, des brûlotiers turcs se dirigeaiat sur le vaisseau de Miaouli , voulurent imiter liiéroSsme de Canaris. Mais ils ne firent que donner une nouvelle preuve de la distance qui les sépare de oeux dont ib se disent ks maîtres. A peine nos brûlotiers virent-ils le mouvement du uâvire incendiaire, que, s'élançant dans leurs chaloupes, ib coururent su6 le glaiVe en maki. A leur approche, les barbares qui le montaient, ' au nombre d'environ quarante, se jelèrént dans leurs propres chaloupes, non pour combattra, mais pour se réiugier sur la frégate la plus voîsîne, abandonnant ainsi le brûlot à nos marins, t|ui, sur-le-champ, y montèrent et ramenèrent en triomphe au imlieo dé notre flotte.
« Cependant le combat continuait avec vivacité : le vent ne cessait de favoriser Tennemi. Enfin , après une lutte de cinq heures , malgré
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le nombre des Tàisseaux turcs, malgré l'ayan-
tage immense que leur donnaient la quantité et surtout le calibre de leurs pièces , malgré les leçons des instructeurs européens. Dieu couronna nos efforts et Miaouli triompha. L'ennemi s'enfuit dans le plus grand désordre. Les marins d'un de ses bricks , troublés par la peur, serrèrent de trop près les cotes du Péloponèse ; le bàtimettt échoua. L'équipage y mit le feu et se réfugia dans la ville voisine. »
Ce récit accrut encore la joie de la garnison et sa confiance dans la marine grecque qui venait de s'associer, pour la seconde fois, à la gloire de la défeiise de Missolonghi. On interrogeait avidement les prisonniers turcs saisie sur la corvette incendiée. Us racontèrent qu'au moment de l'arrivée des vaisseaux chrétiens , Topai résolut de sacrifier une de ses frégates pour faire périr Miaouli Dans- ce dessein, disaient -ils, Topai annonça solennellement qu'il élèverait au grade de capitana-bey celui de ses'capitaines qui montmit k l'abordage sur le bâtiment du redoutable Hydriote. Dans le combat du 21 janvier, une ir%ate s'approcha da brick amiral, pour tmter de remplir les vœux du pacha; mais l'équipage, qui se souciait fort peu de voir son capitaine acquérir de nouveaux honneurs, ét que l'idée