ET REMARQUES
Le comte de Sebville, chef d'escadre, qui servoit en qualité de maréchàl-de-camp dans l'armée de terre, étant monté sur la montagne de Coudon , dans la pensée qu'il découvriroit de plus loin les ennemis, tomba du haut du rocher et mourut à l'instant même.
Le 3i juillet, quelques chaloupes débarquèrent du monde au château de Bandol qu'ils pillèrent ainsi que la campagne. Le comte de Barrille brigadier du roi , accourut avec quatre compagnies de grenadiers , les chassa et les força à se rembarquer.
Le ier ;.oùt, neuf vaisseaux anglois mouillés sur la rade du Biuscq, firent une descenteau village de St-Nazaire, et enleat ou brûlèrent toutes les barques et petits bâtimens m irehands qui se trouvoient dans le port.
Le i août , le vent ayant poussé quelques vaisseaux des ennemis vers St-Sanary , ils pillèrent et brûlèrent le village , et jetèrent quelques bombes dans la Ciotat.
Arles n'est point une ville de guerre , quoiqu'elle ait une enceinte de remparts. Cependant on fortifia la ville ; on envoya chercher des armes à Lyon. Tous les habitans se levèrent en masse et formèrent quatre bataillons de garde bourgeoise de 400 hommes chacun , décidés à défendre leurs foyers jusqu'à la mort
M. d'Aguières commandoit le Iet bataillon , M. Liautaud le 2e , M. de Montblanc le 3e , M. de Beaumont le 4e.
Le major de ces quatre bataillons étoit M. de Montfort, fils du maire , premier consul de la ville d'Arles.
La ville de Grasse fut taxée à trente-six mille livres ; obligée de plus à fournir trente mille rations de pain , six cents paires de souliers, quantité de fer et beaucoup d'autres choses.
Dans ce temps-là , la garnison d'Antibes envoyoit de fréquents détachemens à Grasse pour prendre ce qui lui étoit nécessaire; ce que l'on fournit toujours très volontiers, malgré la sévérité des défenses du duc de Savoie.
Le 5 août, le duc de Savoie fit répandre le bruit dans son armée que la disette étoit très grande dans Toulon , que la place ne pouvoit tenir encore huit jours et qu'il en donneroit le pillage à ses soldats, pendant trois jours.
Tous les paysans de la côte , depuis la Ciotat jusqu'à Toulon , a\ oient pris les armes pour ne pas payer les contributions aux ennemis, que plu> d'une fois ils contraignirent à. se
rembarquer.
Les ennemis vinrent au nombre de huit cents hommes, cavalerie et infanterie, pour fourrager à Signes, mais les paysans, étant en armes , résistèrent et furent si à-propos soutenus par les troupes du Beausset , qu'ils furent obligés de s'en retourner sans fourrage.
Il plut si prodigieusement le i3 août que l'artillerie fut obligée de discontinuer son feu de temps à autre. On reconnut alors l'inconvénient du dépavement. Les eaux n'ayant plus d'écoulement on avoit , dans les rues , de la boue jusques à mi-jambe, et cet iuconvénient à duré longtemps après le
La place de la halle au blé a fourni un exemple de l'inutilité du dépavement des lues , car une bombe étant tombée dans un endroit qui n'avoit pas été dépavé , elle y enfonça sans éclater.
Les vaisseaux le Fortuné et le Diamant qui prirent feu n'avoient pas été roulés bas à moitié comme les autres, parce qu'ils nYtoient pas des gros. On auroit été bien embarrassé si Le feu avail pris a un de ceux-ci. Comment l'auroit-on pu éloigner des autres puisqu'ils touchoient ; il auroit été bien difficile d'éviter un embrasement de tous les vaisseaux du port.
Le duc de Savoie se souvint dans sa retraite de la manière dont il avoit été traité en entrant en Provence , par M. de Lamotte-Guerin , commandant des îles Ste-Marguerite. Aussi , convaincu que ce commandant lui disputeroit le passage , il quitta de nuit, le 26 août, son camp delà Siagne, pour se rendre à Biot. Dans ce village , les soldats maltraitèrent le chevalier de Bives et pillèrent sa maison. Celui-ci qui connaissoit beaucoup le duc de Savoie et presque tous les autres généraux de l'armée , demanda à leur parler , mais ils refusèrent de le
voir.
(Ces notes sont extraites de divers journaux du siège.)
tJNE PAGE DUN LIVRE ANGLOIS.
« Il y a bien de l'apparence que l'entreprise des alliés sur « Toulon auroit réussi, si le prince Eugène ne l'eût traversée ; « nous ne devons pas imputer cette conduite à la mauvaise « volonté de ce prince, mais à la politique de la cour de Vienne « qui songeoit alors à la conquête de Naples. Le duc de « Savoie avoit résolu de combattre dès que ses troupes arri- « veroient : on l'obligea de différer le combat , et pendant ce « temps-là, toute l'armée du maréchal de Tessé se rendit à « Toulon , après quoi il fut impossible d'exécuter le dessein « des alliés contre cette place. Si nous nous en fussions ren- « dus maîtres, il est certain que nous aurions ruiné entièrement « la marine française dans la Méditerranée.
( Manifeste pour le ministère anglois, en 1707,^ imprimé à Londres en 1 7 1 1 par Jean Mosphion.)
vxr rvr.r pi L HISTOIRE du mixer. EUGENE.
Ces! envain que les anglois accnsèrenl le duc de Savoie d'être d'intelligence avec la Cour de France , et d'en avoir tondu- de l'argent pour lever le siège de Toulon. Le désir a:dcnt qu'avoit cette nation d'oter aux François les moyens de figurer sur mer, lui faisoit souhaiter passionnément la conquête de cette place , et ce souhait la lui représentent comme
r-facile; delà, le chagrin qu'elle eût de voir ses espérances évanouies . lui lit chercher dans la conduite du duc de Savoie un vujot de blâme, certainement mal fondé.
Extrait de l'histoire du prince Eugène. )