‹ Histoire du siège de Toulon par le duc de Savoie, écrite sur notes, pièces et documens de 1707;Chapitre 38 sur 109 · AVEU PRECIEUX · texte numérisé non relu

AVEU PRECIEUX

Monseigneur le dur de Savoie avoit la persuasion d'arriver

a roulon avant les troupes du roi de France. Lorsqu'on lui dit le a3 juillet a Pignans, qu'il avait été prime , il ne put croire que cela fut exact . car il scavoit l'époque précise à laquelle L'armée du Dauphiné s'étoit ébranlée et , d'après ses supputations , elle ne pouvoit être arrivée sitôt. Il est vrai que monseigneur calculoit sur les routes ordinaires ; mais quand il apprit qu'on en avait suivi une autre jusqu'alors inconnue et que c'etoit 31. le comte de Grignan qui l'avoit

ordonnée , il commença à croire la chose possible. « Ce vieux Grignan, dit-il, en s'adressant au prince Eugène, ce vieux Grignan ! c'est encore lui ! il ma gagné de la main *. »

( Relation de la campagne du duc de Savoie, publiée à Turin en 1708. )

REMARQUE d'un OFFICIER -GENERAL.

En l'année 1707, si le maréchal de Tessé , après n'avoir rien voulu faire contre le duc de Savoie et le Prince Eugène , lorsqu'ils abandonnèrent l'entreprise de Toulon, avoit connu le Piémont et les facilités que M.de Savoie pouvoit trouver pour forcer des marches d'infanterie dans la plaine dès qu'il y seroit rentré , le maréchal auroit promptement renvoyé de Provence toute l'infanterie pour protéger le Pragelas et Suze, qui, par ce moyen, auroient été sûrement garantis. Quoique dans cette occasion , l'on puisse avec raison accuser M. le maréchal de Tessé de n'avoir pas supputé les journées que M. de Savoie avoit à employer pour faire cette marche de Toulon à Suze, sur la connaissance qu'il devoit avoir de ce pays; cependant j'attribuerois plus aisément cette grande faute à une ignorance présomptueuse , qu'au manque de cette supputation que tous les officiers de son armée faisoient pour lui et qu'il ne pouvoit guère ignorer.

Antoine de PAS,

marquis de Feuquières , lieutenant-général.

{ Mémoires sur l'art de la guerre. )

* M'ha quadagnato délia mano. Tonte la vérité est dans ce mot, et il est assez plaisant de le trouver précisément dans un ouvrage que cherche à expliquer l'insuccès du duc de Savoie par des mésintelligences survenues entre lui et ses généraux.

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