‹ Histoire du siège de Toulon par le duc de Savoie, écrite sur notes, pièces et documens de 1707;Chapitre 62 sur 109 · M. OCTAVE TEISSIER · texte numérisé non relu

M. OCTAVE TEISSIER

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La science historique a fait de grands progrès depuis un demi-siècle. On ne se borne plus à copier servilement ou à commenter les auteurs anciens; l'école moderne tient à honneur d'étudier l'histoire dans ses sources originales, et n'admet pas qu'un puisse bien connaître le passé avec le ; secours des livres: aussi attache-t-elle une importance extrême au dépouillement des archives publiques.

Augustin Thierry, qui est considéré comme le chef, ou tout au moins comme le promoteur de cette école, disait à ce sujet, en 1820, dans une de ses lettres sur l'histoire de France: (de ne doute pas que beaucoup de personnes ne commencent à sentir les vices de la méthode suivie par nos historiens, qui, s'imaginant que l'histoire était toute trouvée , s'en sont tenus , pour le fond , à ce qu'avait fait leur prédécesseur immédiat, cherchant seulement à le surpasser comme écrivains, pour l'éclat et la pureté du style. » « Je crois, ajoutait-il, que les premiers qui oseront changer de route, et remonter pour devenir historiens, aux sources mêmes de l'histoire , trouveront le public disposé à les encourager et à les suivre. Mais le travail de rassembler en un seul corps de récit tous les détails épars ou inconnus de notre histoire originale, sera long et difficile; il exigera de grandes forces , une sagacité rare, et je dois me hâter de dire que je n'ai pas la présomption de l'entreprendre. (1) »

Il l'entreprit cependant, et y consacra son existence tout entière. Il faut lire dans la préface de son livre intitulé: Dix ans d'études historiques , comment

(1) Lettres sur l'histoire de France pour servir d'introduction à l'étude de cette histoire. — Première lettre.

il perdit la vue en fouillant avec une fiévreuse ardeur dans toutes les bibliothèques, dans tous les dépôts d'archives , en déchiffrant les vieilles chroniques et 1rs plus anciennes charlesdumoyen-àge. Son frère, M. Amédée Thietry, Fauiiel, le compagnon inséparahledesesétudes, MM* Miguel , Sismondi , Guizot, Miehelet, Henri Martin, ne tardèrent pas à entrer dans la même voie, et la réforme historique, rêvée par l'illustre aveugle, s'accomplit sous le patronage de ces grands écrivains.

Ce retour vers les études sérieuses fut surtout encouragé par M. Guizot, qui mit toute sa persévérante énergie au service de la nouvelle école historique.

Il fonda, en 1833, sous le nom de Société de Fhistoire de France, une société spécialement vouée à publier des documents originaux relatifs à notre histoire nationale, et fit voter par les chambres, l'année suivante, une allocation de 120,000 francs pour faciliter les travaux de cette société. « Je voûtais, dit-il, dans ses J/emo/m, faire rechercher, recueillir et mettre en sûreté dans toute la France, 1<*> monuments de notre histoire qui n'avaient pas i dans les destructions et les dilapidations révoionnaires. .!»' voulais choisir dan- les archives locales ainsi rétablies el dans celles de l'Etat, les documents importants ete l'histoire ci les faire

publier successivement. Pour qu'un tel travail fut dignement exécuté, il fallait que de tous les points du territoire, les érudits, les archéologues locaux, entrassent en correspondance avec le Ministre et son Comité, pour lui indiquer les richesses ignorées et en seconder l'exploitation. Le bon vouloir et l'activité efficace que je rencontrai chez tous les amis des études historiques , me furent bientôt de sûrs garants de succès. Le nombre de nos correspondants dans les départements s'accrut rapidement ; quatre-vingt-neuf étaient désignés en décembre 1834, et cinq mois après, ce nombre s'était élevé à cent cinquante-trois. Evidemment le sentiment national et scientifique était ému et satisfait (1). »

En effet, l'impulsion donnée par le Comité des travaux historiques, se propagea bientôt dans toute la France. Chacun se mit à l'œuvre. C'est ainsi, pour ne parler que du département du Var, que les archives de plusieurs de nos communes furent successivement visitées par des hommes dévoués à l'étude du passé.

La ville de Brignoles eut l'honneur de donner l'exemple. Un de ses enfants devenu illustre, M. Raynouard, de l'Institut, ne dédaigna pas, au

(1) Mémoires pour servir à l'histoire de mon temps, t. III, p. 180.

moment même où il s'occupait de son beau travail sur la langue romane, de fouiller dans les archives de cette petite ville , et d'en écrire les annales. Sa Notice sur Brignoles, offerte par lui à la Société des sciences, arts et belles-lettres de Toulon, dont il était correspondant, suggéra la pensée aux membres de cette compagnie de faire pour Toulon, ce qu'il avait fait pour Brignoles. M. Vienne, archiviste, M. Laindet de laLonde, bibliothécaire, et M. Henry, correspondant du ministère de l'instruction publique, publièrent, dans le bulletin de la Société, à partir de 1838, une série de documents et d'articles très intéressants sur l'histoire de notre ville. M. A. Denis, l'un de nos érudits les plus éminents, s'occupa avec le môme succès du dépouillement des archives de la ville d'Hyères, qu'il administrait. Vinrent ensuite les travaux de MM. Rostan et Magloire Giraud , Tun et l'autre correspondants du ministère de l'instruction publique et membres de la Société des sciences, arts et belles-lettres de Toulon.

Le même goût pour les études historiques s'était manifesté à Draguignan, et quelques travaux isolés avaient prouvé que le chef-lieu n'entendait pas rester en dehors du mouvement général ; mais il manquait un lien entre les hommes d'étude de cette partie du département M. l'abbé Barbe ,

encouragé par le bienveillant appui de M. Mercier- Lacombe, Préfet du Var, et membre honoraire de notre compagnie, organisa en 1856 , une société littéraire qu'il intitula : Société d'études scientifiques et archéologiques de Draguignan. Cette société réunit, en très peu de temps, un grand nombre de collaborateurs, et publia dans un bulletin qui a déjà pris place parmi les meilleurs recueils de province, des documents inédits du plus haut intérêt historique Les archives ecclésiastiques, notamment celles de la célèbre abbaye de Lérins, récemment découvertes (1), et les archives communales de Draguignan, de Barjols, de Cotignac, de Vence, d'Antibes, du Val et de Pignans, explorées avec zèle et intelligence par les membres de cette nouvelle société, leur ont fourni les éléments de plusieurs études très curieuses, dont il serait trop long de donner ici rénumération.

(1) Les archives de l'abbaye de Lérins furent découvertes, en 1854, par M. de Lasteyrie , dans une mansarde de l'ancien évêché de Grasse. Notre confrère, M. Billon, qui était alors à Draguignan, eut connaissance de cette trouvaille et la signala à M. Mercier-Lacombe, Préfet du Var, qui en rendit compte immédiatement à S. Exe. le Ministre de l'Intérieur. Il fut décidé que les archives de l'ancienne abbaye seraient transportées à Draguignan. M. Billon et M. l'abbé Barbe voulurent bien, sur la demande de M. Mercier-Lacombe, présider au déplacement de ce précieux dépôt, qui a été transféré un peu plus tard à Nice, par suite de la formation du nouveau département des Alpes Maritimes.

Ces publications partielles, entreprises presque simultanément dans toute la France, ont été comme le prélude des travaux dYnsemble que le gouvernement a tenté plusieurs lois de faire exécuter, et qui, poussés avec une grande activité depuis quelques années, semblent toucher à leur fin. Je veux parler du dépouillement des archives départementales, de leur classement et de la publication des inventaires, établis uniformément dans les 89 départements de l'Empire.

Dès Tannée 1838, la richesse des dépôts publics, constatée par les communications tous les jours plus nombreuses que recevait le Comité de l'histoire de France, avait révélé l'extrême utilité d'un dépouillement général des archives départementales et communales. Une loi, rendue le 10 mai de cette année, rangea parmi les dépenses ordinaires des départements, les frais de garde et de conservation de leurs archives, et permit d'en elfectuerla miseen ordre , et de réaliser successivement plusieurs améliorations. Mais la pénurie d'employés spéciaux, 1»' désordre inouï qui exilait partout, et il faut bien le dire , le peu d'intérêt que portaient certains administrateurs aux choses du passé, s'opposèrent pendant longtemps à la réalisation dès mesures prescrites.

En 1853, un décret impérial préparé par M. de Persigny, vint donner une impulsion plus vive à cette œuvre importante. Des inspecteurs généraux sortis de la savante École des chartes, reçurent la mission de visiter les archives des départements, des communes et des hôpitaux, afin d'en surveiller la conservation et le classement, de diriger le personnel et de relier entre eux les efforts isolés des archivistes, dans le but de les faire concourir à l'exécution d'un inventaire uniforme.

En moins de huit ans, les inventaires de la plus grande partie des départements ont été rédigés et les conseils généraux en ont ordonné l'impression.

A l'exemple des départements, plusieurs administrations communales et hospitalières ont commencé à faire imprimer l'inventaire de leurs collections.

Cette seconde opération, exécutée conjointement avec la première, permet dès à présent, d'entrevoir le moment oùl'ensembledeces travaux, encouragés par le gouvernement, constituera, selon l'expression de M. de Persigny, un véritable monument national (1).

(1) Rapport à l'Empereur par S. Exe. le Ministre de l'Intérieur, concernant la publication de l'inventaire sommaire des archives départementales antérieures à il 90. — Moniteur universel du 21 août

C'est pour concourir dans la mesure de mes forces à l'exécution de cette grande! entreprise, que j'ai sollicité l'autorisation de classer les archives de la commune de Toulon. Je dois ajouter que ma proposition présentée au Conseil municipal par M. Pessonneaux du Pujet, alors maire de cette ville, fut accueillie avec beaucoup d'empressement, et que par délibération du 20 septembre 1860 , le conseil vota une somme de 3,000 francs destinée à la rémunération de mes collaborateurs.

J'ai été assez heureux pour mener à bonne fin, en moins de deux ans, cet important travail, qui avait été commencé plusieurs fois depuis un demi- >iéele, sans jamais être continué. Il est vrai que j'ai été puissamment secondé par l'active et intelligente collaboration de MM. Meiffren et Perrin, et par le bienveillant concours qu'un savant ecclésiastique de notre ville, M. le chanoine Estelle, a eu la bonté de me prêter, pour la traduction des chartes du moyeû-âge, dont le nombre s'est trouvé beaucoup plus considérable que je ne le supposais.

Il esl difficile de se faire une idée de l'importance el de la variété des documents qui étaient entassés au nombre de 83,000, dans les mansardes de l'hôtel de ville <\r Toulon, <i ((in aujourd'hui, sont groupés par séries, suivant

l'excellente méthode prescrite par le Ministère de l'Intérieur (1).

Je vais essayer de résumer, le plus succinctement possible, les principales divisions de l'inventaire de ces documents, en attendant qu'il puisse être livré à l'impression; car, tout fait espérer, que M. le Maire de Toulon et le Conseil municipal, imitant ce qui a déjà été fait à Lyon et dans quelques autres villes, voudront bien en ordonner la publication.

(1) Les instructions relatives au classement des archives communales ont été annotées par M. A. Champollion-Figeac. Ce nom seul est un éloge. Je signale volontiers à l'attention des personnes qui s'occupent du dépouillement des archives, le Manuel de l'Archiviste, publié par ce savant fonctionnaire; car il m'a été un guide précieux.

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