RÉSUMÉ DE L'INVENTAIRE
Plus de 500 chartes . appartenant aux xme , xivc et xv* siècles, nous font assister année par année aux événements qui onl a^itc l'existence de nos pères pendaiil Le moyen-âge. Les délibérations du Conseil municipal, dont la série n'est presque pas interrompue, depuis la lin du XIVe siècle, jusqu'à la révolution de 1789, complètent les éléments de cette étude intéressante.
Je voudrais signaler ici ions les faits curieux , qui m'oii s ■ la lecture de ces documents : mais
un volume in-folio n y suffirai! pas e je dois y renoncer.
lelques-u - chartes el
délibérations qui m'onl paru se rattacher le plus
étroitement à l'histoire municipale de Toulon , ou renfermer îes détails les plus intéressants sur l'état des personnes et l'administration de la justice en Provence, antérieurement à sa réunion à la France.
Je crois utile , pour l'intelligence des documents que je vais analyser , de dire un mot sur l'origine de Toulon et sur ses commencements, jusqu'au moment où son histoire se lit jour par jour dans ces mêmes documents.
Un ancien consul de Toulon , Honoré Aycard , qui écrivait vers le milieu du xvir siècle , fait remonter la fondation de cette ville à 1800 ans avant l'ère chrétienne (1) ; d'autres écrivains plus sérieux lui ont donné une origine celtique (2) ; il en est enfin , qui attribuent aux Romains l'honneur d'avoir fondé la cité Toulonnaise.
Deux faits seuls sont incontestables: c'est que les Romains avaient à Telo-Martius une teinturerie en pourpre . mentionnée dans la Notice de V Empire , (3) et
(1) Honoré Aycard , 1er consul en 1619, viguier en 1626, intendant delà santé en 1632, et conseiller de ville en 1636, prétendait avoir copié sur un ancien manuscrit ayant plus de trois cents ans d'existence , l'histoire fort curieuse , mais absurde et remplie d'anaehronismes , qu'il écrivit sans doute lui-même et qui a pour titre : Las causas antiquas de Vantiqua cieutat de Tolon. — Ce manuscrit est classé dans l'article 1er de la série II.
(2) Cette thèse a été soutenue avec beaucoup de talent et d'érudition par M. Laindet de la Londe dans son Histoire de Toulon, dont le manuscrit est déposé dans les archives de la commune , série II, art. 9.
(3) Livre II , Chap. XXXIX,
que la ville désignée sous le nom de Teto-Martius, dans l'itinéraire d'Antonin, est bien Toulon (1).
Indépendamment de ces monuments écrits, dont l'authenticité n'est pas contestée, les nombreuses tombes el les médailles anciennes qui ont été découvertes à diverses époques, dans les environs de Toulon, sont des témoignages imVusables de l'existence d'établissements romains au fond de la rade de Toulon ("2).
Il est également prouvé que Toulon eut un siège épiscopal dès les premiers siècles du christianisme, les actes des conciles el des martyrs en font foi (3) ; mais à part les noms de quelques sainls évêques qui gouvernèrent L'église de Toulon, on ne sait rien de positif sur
(h .1 Pomponianis, Telo-martio portu. . . . xvm mille p^s. A Telone martio,JË 'mines positio. . . . XVIII mille pas. YVai.ckenaer. Géog. anc. des Gaules, t. III. p. 120. i On a trouvé un grand nombre de tombes romaines et de médailles, au commencement de ce siècle, en construisant le chemin de Toulon à La Valette. e1 en 1835. en défonçant les terrains du nouveau cimetière. Plus récemment encore, on a découvert une vingtaine de tombes et une belle mosaïque, en établissant les fondations du théâtre. La forme et l'orientation des tombes, les amphores placées aux pieds léfunts el les monnaies oxydées dont leurs dents ont conservé la it autant d'indications positives, sur lesquelles il serait difficile de se tromper.
it, Évoque de Toulon, signa, en 461, la lettre synodique
i sur l'hérésie d'Eutichès. (Richard, Analyse
. 1 . p. 435). — Si Gratien souffrit le martyre en 4ML
(Baillet, Topographie d* • — St Gyprien disciple de
3 octobre, — Quesnay, Massilemis ann.
-PaUade assista au Concile d'Orléans en 549. (Conciliorum
l'histoire de notre ville depuis l'occupation romaine jusqu'en 973 , époque où les Sarrasins furent définitivement expulsés de la Provence.
Un document contemporain, transcrit en entier dans le cartulaire de St-Victor, fournit sur l'état du territoire de Toulon à cette époque, un renseignement très important. L'abbé de St-Victor, Pons, successeur d'Adalard, dit, en effet, dans une charte de l'an 995, qu'après l'expulsion des Sarrasins, le vicomte de Marseille et le seigneur d'Hyères , se disputèrent , les armes à la main , la possession des terres de Toulon, qui commençaient à être habitées et cultivées.
Toulon, exposé aux descentes des pirates par l'accès trop facile de son port, et livré d'ailleurs aux mêmes invasions que les autres villes de Provence, avait dû être ruiné de fond en comble; car à peine trouvet-on dans les annales de l'église les noms de deux ou trois évêques, de l'an 680 à l'an 1021. Du reste les termes de la charte de 993, ne laissent aucun doute sur ] 'état d'abandon dans lequel se trouvait le territoire de Toulon, à la fin du xe siècle. « Lorsque les Sarrasins, dit » l'abbé de St-Victor, eurent été expulsés de leur retraite, » c'est-à-dire du Fraxinet, et que le territoire de Toulon » commença à être habité et cultivé par ses habitants,
collectif) regia t. XI, p. 645). — Didier souscrivit au Concile de Paris, en 593. (Concil. t. XII, p. 702). — Mennas reçut une lettre du Pape St-Grégoire-le-Grand, en 591. (Sancti Grégori epistolarum t. II, epist. 58 ). — Taurin fut membre du Concile de Rome, en 618, (Richard, Analyse des Conciles, 1. I, p. 607).
» chacun selon qu'il était le plus fort, s'empara de la
» terre, ne tenant aucun compte des limites, et s'en
» rendit propriétaire. Or. les plus puissants d'onlr'eux
» après discussion . en vinrent aux mains , je veux
» parler de Guillaume, vicomte de Marseille et de Tons
» deFos, seigneur d'Hyères (1).
L'abbé du monastère de Saint-Victor, dont les anciennes possessions avaient été usurpées, se rendit auprès de Guillaume, comte de Provence, et lui dit: « Seigneur » Comte, voilà le pays que tu as délivré des Sarrasins, » il t'a été concédé par un don royal. Nous te prions de i venir le visiter et d'y poser les limites qui doivent » séparer les villes, les bourgs, et le domaine de l'église ; » car tu en as le droit, et tu peux assigner à chacun la
pari qu'il te conviendra de lui accorder. » « Le comte, - ajoute la charte, accueillit cette demande et montant à » cheval, il se mit immédiatement en route (2). »
(1) [gitur, cum gens pagana fuisset e finibus suis, videlicet de Fraxeneto. expulsa, et terra Tolonensis cepissetvestiri et a cultoribus coli. unusquisque secundum propriam virtutem rapiebatterram, transgrediens terminos, adsuam possessionem. Quapropter, illi qui potentioresvidebanturesse, altercafcione faeta, inpingebant se ad invicem, rapidités terram ad posse. videticel Wilelmus vicecomes et Pontius l'abbaye de Si-Victor, (charte n»77).
eccc terra, soluta a vinculo pagane gentis, in manu tua, donatione régis. !deo rogamus ut pergas illuc, >ppid i '•; c istra et <"iT.nu . anctuai
oam im terminare, e\ unicuique distribuere quan-
tum tibi placitum fuerit • Quod ille ui audivil it, e< con
tinuo in suis t'<|ui^ perrexit.» Cart. de St-Victor, ut supra.
Ce document précieux qui a échappé aux injures du temps, ne mentionne que les portions du territoire qui furent assignées à l'abbaye de Saint-Victor. Mais on sait qu'après l'expulsion des Sarrasins, le comte de Provence avait concédé à Guillaume Ier, vicomte de Marseille, en récompense de ses services, des terres considérables du diocèse de Toulon et notamment la ville épiscopale de ce nom (1). Il existe d'ailleurs divers actes anciens dans lesquels les vicomtes de Marseille prennent le titre de seigneurs de Toulon.
Déodat, chanoine de Marseille, occupa le siège êpiscopal de Toulon depuis 1031 jusqu'en 1048. Aymin l'un de ses successeurs se croisa avec Gilbert, comte de Provence, et Hugues Geoffroy, seigneur de Toulon, vers l'an 1095. Une charte de 1096 dont l'authenticité a été contestée, mais qui paraît contenir des renseignements exacts (2), fait connaître qu'au retour de la croisade, Gilbert fonda la cathédrale de Toulon (3)
Quoi qu'il en soit de l'authenticité de cette charte, il est certain que Toulon, siège épiscopal depuis plusieurs
(1) Rouchon. Résumé de l'Histoire de Provence, p. 107.
(2) Ruffi. Histoire des Comtes de Provence. — L. de La Londe. Histoire de Toulon. — Rossi. Etude archéologique sur la cathédrale de Toulon, page 44. Dans cette savante étude, M. Rossi, discutant l'authenticité de la charte de 1096 et du procès-verbal dressé en 1374, a confondu le roi de France Charles V, qui régnait en 1374, avec l'Empereur Charles-Quint. Cette rectification fait disparaître un des anachronismes signalés par M. Rossi.
(3) La copie de cette charte est classée dans la série II art. 2.
siècles, devait posséder une église, et il ne sérail pas impossible que la cathédrale actuelle , anciennement défendue par une forte tour, eût été construite vers la lin du xie siècle, alors que notre ville, à peine relevée sur ses ruines, avait à craindre les excursions des pirates qui ravageaient les cotes de la Méditerranée. Elle subit, en effet, plusieurs autres invasions. Les plus terribles eurent lieu en 11 76 et en 1197. «Le 527 juillet 11 7 G, dit l'histo- » rien Honoré Bouche, la ville de Toulon, assiégée par » les Sarrasins, par mer et par terre, fut surprise par » ces infidèles, trois cents de ses habitants mis à mort, » et les autres avec leurs femmes et enfants menés en » captivité en la Barbarie ; et vingt-un ans après , » le i août de Tan 1107, la même ville étant repeu- » plée . fut de rechef surprise par les Sarrasins, qui » tirent encore captifs tous ses habitants de toute sorte » de condition et d'âge, et mirent le feu à tous les » bâtiments (1). »
Le Conseiller Gaufridi , dans son Histoire de Provence , (t. I,r. p. M, dit que Hugues Geoffroy, seigneur de Touluii. lui pris dans le sac de cette ville avec son neveu, en 1178. Papou dit égalemenl que la ville fut saccagée en 1 178 et en 1 197 . el il s'étonne . avec raison , qu'il se trouvai encore des hommes qui voulussent habiter un ne et les biens étaient continuellement en péril
(1) H ! chorographie de P .il. liv. IX. p. 172
H de Prov., t. II. p. 274.
La destruction de la ville ne fut pourtant pas aussi complète que le prétendent ces historiens ; car le siège èpiscopal continua à être occupé. En 1170, Pierre Isnard, évêque de Toulon , est un des signataires de l'acte de fondation de la Chartreuse de la Verne ; il assiste en 1 1 7 9 , au troisième concile de Latran , et , quatre ans après , il est nommé à l'Archevêché d'Arles (1). Didier, qui lui succède , est appelé à terminer comme arbitre , en H 97 , les différends survenus entre les Templiers de la Rue et Amiel de Guers , au sujet de certaines maisons vendues à l'Ordre , par Pons de Ghâteaurenard. Cette sentence dont l'original existe dans les archives de la Préfecture des Bouches-du-Rhône , est datée de Cuers, aux ides de mars 1197 (2).
Didier donne sa démission en 1201 ; Pons Rausin lui succède et il est remplacé lui-même , en 1210 , par Guillaume , de Soiliès. — Etienne , successeur de Guillaume, règle, en 1212, les droits respectifs du prévôt et du sacristain. La copie authentique de ce règlement fait partie des documents classés dans la série G G. de nos archives (art. 2). La même année et le 10 du mois d'avril , il achète , en son nom et au nom de l'Eglise , de Raymond Dacil , le château et le territoire de
(1) PAPON , t. 1er , p. 273.
(2) V. l'analyse de cette Charte, et la description du sceau èpiscopal de Didier , dans le magnifique ouvrage publié par M. l'archiviste Blancard. , ancien élève de l'École des chartes, sous le titre de: Iconographie des Sceaux et Bulles conservés dans les Archives des Bouches-du-Rhône, p. 168.
Châteauneul". connu plus lard sous le nom de Sainte- Marguerite.
La plus ancienne charte, conservée en original, est du 18 novembre 1 ^-~:> : elle a pour objet la délimitation «les territoires de Toulon et d'Ollioules. L'évêi]ue Rostaing , choisi comme arbitre par Geoffroy ou Gaufridel . seigneur de Toulon et par Guillaume de Signes el d'Evènes , seigneur d'Ollioules , pose , en leur présence . les limites respectives de ces territoires. Sa ision est accueillie avec respect et considérée comme irrévocable par les parties (1).
Cette sentence est le dernier document dans lequel l'influence ecclésiastique se manifeste d'une manière prépondérante. Plus tard, les èvêques n'interviennent plus dans les affaires temporelles ; ils sont remplacés par les hommes de loi. Les juges , les notaires , les avocats , se glissenl partout . et la vie publique des Toulonimis , comme celle des autres populations provençales , n'est plus . en quelque sorte . qu'une interminable procédure. Les écritures se multiplient . les procurations, encombrées de formules . prennent des proportions étonnantes, ♦ ,j les enquêtes judiciaires sp développent sur des parchemins de plusieurs mètres de longueur (2).
(1) Série D D. art. 1.
(2) Voyez L'enquête sur les élections de 1402, série FF, et les itsdu 5 novembre 1352, dans lesquels Le roi Louis el la reine
Jeans . venl aux notaires, ".dont la cupidité es1 insatiable,
de renoua ible habitude le transcrire toutes Les proc -
léte el L'entière déposition des témoins .
Je n'entends point médire de cette profusion d'écrits. C'est à elle que nous devons la connaissance de l'histoire du moyen-âge. De tous ces écrits : chartes , enquêtes , procurations , lettres patentes , il nous est resté quelques débris et ces débris nous aident aujourd'hui à reconstituer le passé , ou du moins nous révèlent certains faits intéressants.
Voici , en effet , quelques chartes qui ont résisté , pendant plus de six cents ans , aux bouleversements et aux destructions qu'entraînent si souvent les guerres civiles et les invasions étrangères , et qui , souvenirs précieux d'un passé ignoré ou mal connu , viennent jeter une vive lumière sur l'histoire de Toulon au xme siècle.
C'est d'abord une charte , en date du 8 novembre 1252 , par laquelle Sibille , fille de feu Gaufridet , dame de Trets , de Toulon et de Castellane , confirme les privilèges concédés aux Toulonnais par ses prédécesseurs , et renonce, pour elle et ses successeurs, au droit de taille ou de quête. Elle interdit , en outre , sur la demande des Toulonnais , l'introduction dans Toulon des vins et des raisins récoltés en dehors de son territoire (1).
écrivant plutôt dans la vue du gain , avec trop de recherche , et faisant des écritures prolixes pour recevoir le salaire d'une récompense non due, plutôt que pour prendre les intérêts de la justice. »(SérieFF). (1) Parchemin percé en divers endroits, et dont l'écriture à peu près effacée est d'une lecture difficile. Sans le secours de M. Damase Arbaud, de Manosque , qui a su restituer certains passages enlevés et déchiffrer les parties effacées, je ne serais jamais parvenu à donner la traduction complète de cet ancien document. (Série AA, art.l).
Le 14 août 1261 . cette même dame Sibille , devenue veuve et n'ayant pas d'enfants, lègue, par testament, s s droits sur la ville de Toulon, à Charles I,r , comte de Provence, (i).
Les termes de la charte de 1252, nous apprennent tpie les Toulonnais possédaient . antérieurement à celle époque, une constitution municipale, car il y est dit : que la dame Sibille confirme toutes leurs libertés, immunités
et franchises.
Le testament de 1201 n'est pas moins intéressant ; il fait connaître la date précise de la réunion de Toulon au domaine comtal.
À partir de ce moment , une correspondance directe s'établit entre les Toulonnais et les comtes de Provence ou leurs lieutenants.
Vers latin de 1285 , pendant la captivité de Charles II, les Toulonnais craignant une invasion, écrivent au grand sénéchal de Provence , Isnard d'Entrevènes , pour le prier d'affecter le produit de certains impôts à la reconstruction des remparts de la ville. Le Sénéchal accueille leur demande el donne des ordres en conséquence aux gabeleurs . par une lettre en date du 25 septembre
Dès la réception de celle lettre, l'universalité ^>
(\ i Extrail certifié . série I 1 1 r. I Iharte originale, série DD, art. 52.
citoyens de Toulon ; ou du moins un très-grand nombre d'entre-eux (1), appelés par le trompette public , se réunissent en présence du viguier d'Hyères , du bailli de Toulon et des gabeleurs. Et là , Amiel de Malval , agissant au nom de l'universalité des habitants , présente aux gabeleurs les ordres du sénéchal dont il est porteur. Le notaire Hugues de Fonte en donne lecture en langue romane , c'est-à-dire qu'il traduit la lettre pour qu'elle soit comprise de tous. Les agents du fisc royal déclarent qu'ils sont prêts à fournir les 100 livres abandonnées par le Sénéchal , sur la gabelle du sel ; mais ils demandent une garantie pour l'emploi des fonds. Aussitôt Raymond de Saint-Pierre , Pierre Beaussier et vingt-trois autres citoyens , parmi lesquels deux juifs , se constituent garants et répondants.
On décide dans la même réunion qu'il sera levé un vingtième sur toutes les denrées , et que le produit de cet impôt sera ajouté aux cent livres de la gabelle , pour être affecté à relever les fortifications. Le viguier, sur les instances de la communauté des habitants (universitas hominum). déclare que les clercs seront soumis au paiement du vingtième, sous peine de la confiscation de leurs biens.
En résumé , il ressort de ce document que vers la fin du xiir siècle, les Toulonnais, réunis en communauté,
(1) Quod hominum universitalc civitatis Tholoni vel majore saltim parte ejasdem universitatis.
«iq
traitaient directement de leurs affaires dans des assemblées publiques, qu'Us votaient leurs impôts, et que
loin d'agir sous l'influence du clergé ou des nobles , ils obligeaient tous les habitants, clercs ou autres, à participer aux charges communales . sous peine de la confiscation de leurs biens.
Il est facile de se faire une idée , par cet exemple , de L'importance des renseignements historiques contenus dans les chartes du moyen-âge ; si j'analysais , ici , toutes celles que j'ai dû traduire pour en connaître l'objet (souvent mal indiqué dans les sommaires des anciens inventaires), je donnerais à cette notice un développement qu'elle ne comporte pas; mais ce que je ne puis faire aujourd'hui . d'autres le feront un jour . je l'espère du moins, cl ils trouveront dans nos archives tous les éléments nécessaires pour écrire l'histoire communale , la plus complète et la plus exacte qui ait jamais été publiée.
Ce riche dépôt renferme , en outre , de nombreux documents sur l'administration de la justice en Provence. Les statuts de Charles II, de Robert et delà reine Jeanne, transcrits in extenso dans le livre rouge, mérii» ni d'être mentionnés. Charles II , s'exprime ainsi dans ses statuts du 19 avril 1289 : «Nous n'ignorons pas » que notre fisc s'accroîtra si nous avons des sujets rii ches; mais pour obtenir ce résultai il faul que nous » les délivrions des extorsions des collecteurs pervers; ■ que . dans les procès, nous leur évitions «les dépenses
» et des charges trop lourdes , et qu'ils ne soient pas » molestés par nos baillis et autres agents, » (1).
Je ne puis citer (j'en ai déjà exprimé le regret ) tous les passages curieux des documents innombrables que j'ai annotés, analysés ou traduits ; mais pour rendre mon travail aussi complet que possible , je donnerai à la suite de ce rapport la traduction abrégée d'une centaine de chartes choisies parmi les plus intéressantes.
Les détails qui précèdent et les traductions sommaires dont je viens de parler suffiront , je n'en doute pas , pour faire apprécier toute l'utilité du classement de nos archives, au double point de vue administratif et historique. Maintenant , je vais indiquer les diverses combinaisons de ce classement.
Les instructions ministérielles, du 25 août 1857, prescrivent de diviser les archives , antérieures à 1790 , en neuf grandes séries , en groupant sous un même titre tous les documents relatifs aux questions qui ont une certaine analogie entre elles.
Après avoir opéré cette première répartition , qui a nécessité un bouleversement énorme, (2) mais dont l'extrême utilité m'a été promptement démontrée , j'ai dû
(1) Livre rouge, folios 90 et 91 .
(2) Il s'agissait , en effet , d'opérer sur 83,000 pièces et 900 registres.
subdiviser chaque série en autant d'articles qu'en comportait le nombre dos objets classés sous une même dénomination.
Je transcris ci-après les titres des neuf séries , en y joignant rémunération des principaux documents renfermes dans chacune d'elles. Ce sera . en quelque sorte . un abrégé de l'inventaire lui-même : mais , malgré son étendue , cette revue de nos archives historiques , aura beaucoup d'intérêt pour un grand nombre de lecteurs . Cet abrégé fera connaître la judicieuse combinaison des séries et permettra d'apprécier tout le parti que Ton pourra tirer un jour . dans l'intérêt de l'histoire, des renseignements si habilement groupés dans ces inventaires méthodiques.
En effet . le jour où toutes les communes auront fourni 1 inventaire qui leur a été demandé par la circulaire ministérielle du Vô août 1857 , la France connaîtra parfaitemenl son passé . et alors seulement , il sera possible d'écrire une histoire vraiment complète des anciennes provinces qui forment aujourd'hui l'empire français.
Sfiaiï AA
Série A A.