GOMMENT LA. VILLE DE GRASSE NE FUT PAS PILLEE
Le duc de Savoie et le prince Eugène, qui avoient promis de récompenser quelques régîmens d'infanterie et de cavalerie en leur abandonnant la ville de Grasse, y songèrent pendant leur retraite; six à sept mille hommes forent envoyés dans cette ville pour la piller. En arrivant ^ ils en trouvèrent les portes fermées et les habitans sous les armes , bordant le rempart et résolus de se bien défendre, sçachant les violences que les troupes avoient faites partout où elles avoient passé. Quelques officiers s'approchèrent pour tenter si , par adresse, ils pourroient faire ouvrir les portes; mais ne l'ayant point obtenu , ils se mî-^ rent en état d'attaquer.
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Comme la ville n*a pour toutes fortifications qu*une enceinte de murailles 9 elle crut devoir offrir de nouvelles contributions, et elle fit demander aux ennemis un mémoire de ce qu'ils souhaitoient, ajoutant qu*à l'égard de l'entrée de la ville , les hommes , les femmes et les enfans m<^me perdrolent plutôt mille vies, s'ils les avoîent, que de l'accorder. A cela les alliés répondirent :
«Nous voulons ao,ooo livres argent, 10,000 bouteilles de « parfums de toute espèce , tout le vin et le pain dont nous « avons besoin , et un couvent de religieuses à discrétion. »
Les habitans de Grasse répliquèrent qu'ils étoient prêts à s'en^velir sous les murs de leur ville. Mais voici le coup de la providence : M. Ragonneau, commissaire des guerres au département d'Antibes, étoit allé à Aix chercher de l'argent pour payer sa garnison et revenoit avec 1 2,000 livres. Le grand chemin n'étant pas praticable , il gagna les montagnes; et, comme ce détour lui avoit fait perdre beaucoup de temps,ilnesavoit plus ce qui se passoit. Arrivé à deux lieues de Grasse, il envoya un paysan aux consuls pour leur demander s'il pouvoit approcher avec snreté. Ce paysan, qui arriva en même temps que les ennemis, fut remis dehors sur-le-champ avec ce billet:
« Il ny a aucune sûreté ici pour vous ; nous avons six à sept « mille ennemis autour de nos murailles qui cherchent les « moyens de nous piller. »
Le paysan fut rencontré par quatre dragons d'un détachement françois que le général de Sailly comn^andoit. La fatigue et la chaleur excessive qu'il faisoit les avoient obligé de s'arrêter au pont de Toumon, à une lieue et demie de Grasse. Le paysan ayant cherché à les éviter, leur parut suspect, et ils le conduisirent à leur général. Ce malheureux s'empressa , pour se justifier , de montrer à M. de SaiUy le billet dont il étoit porteur. Aussitôt celui-ci fit monter en toute diligence ses troi|pes à
cheval 9 et partit au grand galop pour Tenir au secours de Grasse. Les braves habitans de cette ville avoient déjà engagé le feu avec les troupes de l'armée des alliés , lorsque des signaux qui annonçoîent rapproche des dragons françob, étant faits à ces troupes , elles se retirèrent aussitôt et avec tant de précipitation que beaucoup de soldats laissèrent leurs armes.
Le général de Saill y entra à Grasse au bruit des acclamations des bourgeois et du peuple en armes. On trouva , depuis la ville jusqu'au bas de la hauteur où elle est située , près de quatre cents fers à cheval, tant la rapidité avec laquelle les ennemis s'en étoient enretournés, avait été grande. Ainsi le courage de ses habitans , soutenu par un coup du hazard , empêcha la ville de Grasse, l'une des plus riches de la Provence, d'être pillée.
(Relation de M. Devize.)
DRAGUICNAN ET LE CHEVALIER DE MIANE.
Le duc de Savoie envoya 2^000 hommes à Draguignan afin d'obliger la ville à payer les contributions auxquelles elle avoit été taxée. Ces troupes avoient ordre, faute de paiement, de tout brûler et saccager , même le pays des environs; mais, le chevalier de Miane ayant été averti de la marche des soldats ennemis et de l'ordre qu'ils avoient reçu , résolut d'empêcher l'exécution d'un dessein qui alloit ruiner entièrement la ville de Draguignan et son terroir. En conséquence, il divisa en pelotons cinquante dragons qu'il avoit, les mit en tête de cinq petites divisions formées des habitans et paysans draguignanois qui s'étoient levés spontanément pour la défense de
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leurs foyers y et s'avança en si bon ordre et avec une contenance si fière j <pie les ennemis, étonnés , croyant que le che- Talier de Miane et ses soldats étoient suivis d*un nombre de troupes plus considérable j puisqu'ils osoient marcher à eux .avec tant d'assurance, décampèrent aussitôt.
(Notes du chevalier Bernard.}