A MONSIEUR DE CHAMILLART
COItTROLEUR-GÉlTÉRAL DES FINANCES ET MINISTRE DE LA. GUERRE:
6 septembre 1707.
Monseigeur ,
Nous sommes enfin délivrés du péril, grâces à Dieu , par la levée du siège, le mois passé , après avoir été bombardés par terre depuis le 1 5 à six heures du soir , jusqu'au 21, et par mer, depuis le 21 à onze heures du matin , jusqu'au 22 à quatre heures ou cinq heures du matin. Il y a environ deux cents maisons endommagées par les boulets de canon , pour le moins six cents par les bombes , dont il y en a plusieurs rognées et quelques-unes abattues par ordre. Si le dommage à cet égard n'a pas été^^ considérable que nous avions lieu de le craindre , ça été par la diligenoie et par les.
bons ordres que M. le marquis de Chalmazel a donnés et que nos habitans ont exécutés avec tout le zèle et Tardeur possi^ blés ; on peut dire qu'il a fait dans cette occasion tout ce qu*on pouvoit souhaiter d*un bon Commandant sage et intrépide, et i) n a pas ménagé ny sa personne ny sa bourse , et s'est exposé à toute sorte de dangers comme le moindre particulier. Cependant , Monseigneur , comme Toulon en qui réside uniquement le salut du reste de la province , a souffert de si grandes pertes pour la défense commune, nous avons cru en pouvoir espérer le dédommagement de la bonté du Roi , à l'exnnple d'autres villes qui ont eu le même malheur dans la dernière guerre. Nous avons pour cet effet présenté requête à M. Lebret intendant de Provence , tendant à faire commettre des experts non suspects, pour faire rapport de Tétat des maisons et héritage& endommagés et de ce qu'il& valoient auparavant ; mais avant que de statuer là-dessus , il en a voulu écrire à votre grandeur.
Nous avons ressenti si souvent, Monseigneur, les effets de la protection dont votre grandeur honore les habitans de Toulon , que nous espérons qu'elle voudra bien employer son crédit auprès du Roi pour leur procurer cette indemnité , la pluspart se trouvant entièrement ruinés par le ravage de leurs terres , par le pillage de leurs fruits , par la démolition ou rincendie de leurs maisons , et par l'impuissance d'y faire aucune réparation sans des secours extraordinaires, Nous attendons cette grâce , et sommes avec le plus profond respect ,
Monseigneur ,
Vos très-humbles et très-obéissans serviteurs^
Signes : TLAMENQ , FERAND , MARIN , consuls.